‹ Voyages de Piron à BeauneChapitre 6 sur 61 · Ce vers manque · texte numérisé non relu

Ce vers manque

Sont, les uns plus noirs que charbons, Et les autres plus blancs qu'albâtre.

Ah! je retonnois celui-là :

Eh! bonjour, père; que fait là Votre Révérence inutile?

Voyant tant de maris ici Dont les femmes sont à la ville, Vous y devriez être aussi !

Donnons-en tout du long de l'aune

A CCS maris trop oublieux.

Mais un bruit soudain vole aux cieux.

Dit-on : a Vive Beaune, ou la Saône? « —

C'est Beaune, ou je suis bien surpris.

Comment donc! Beaune auroit le prix!

Non, non : jugement téméraire!

— Vive Beaune ! — Ouais! encore? abus.

Sabaoth î hélas! j'entends braire :

Pour le coup je n'en doute plus.

Quoi ! le chéiif ruisseau de Beaune, Fier du renom de ses enfans, Les verra venir triomphans Malgré le Doubs, l'Ouche et la Saône ! Sur tous les Bourguignons unis Un Beaunois remporte le prix !

Ah ! rare et cruelle aventure!

Un Beaunois nous a tous vaincus.

Et Silène voit sa monture Triompher des fils de Bacchus.

Venez, Martin, que je vous baise !

Il faut vous faire quelque don ;

ODE

Que l'on coure aux bords de Suzon Cueillir à monsieur une fraise; Pécheurs, qu'on jette les filets; Tirez-nous quelques beaux brochets.

Pardon si l'on vous fait attendre ; L'on y court, comme vous voyez; Mais, s'ils sont malaisés à prendre, C'est qu'ils n'ont pas les fers aux pieds.

Clairons, qui brisez nos oreilles, Et vous, impertinens tambours.

Allez aux moulins d'alentours Porter le bruit de ces merveilles; C'est là qu'au nom de nos vainqueurs Vous verrez tressaillir les cœurs Par un effet de sympathie, Et que, pour le prix remporté, Chacun chantera sa partie, En signe de fraternité.

Pour moi, sûr de ma renommée, Je donne à lire mes couplets.

Du funeste bruit des sifflets Ma muse n'est point alarmée.

Allez, mes vers, bons ou mauvais, Ne craignez rien, allez en paix Chercher une gloire assurée.

De quoi me pourrois-je effrayer Quand je vois, dans cette contrée.

Les ânes cueillir le laurier?

PlRON,

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LETTRE

DE M. MICHEL A IMRON' .

Août 1715.

C'est tout de bon, Monsieur, que je m'intéresse à l'auteur de TOde suj^ les Beaiinois -, et vous ne devez nullement douter que je n'apprenne avec plaisir les nouvelles qui le regardent. Aussi je vous sais bon gré de votre attention là-dessus. Franchement, le sérieux avec lequel le père de l'Oratoire ^, permettezmoi cette expression, parle d'une pièce où la pudeur et le prochain sont offensés, m'a fait plus rire de la moitié que les pétarades des Beaunois. Où en est la gent beaunoise, si, de

1. Avocat à Dijon, poétereau que Piron a tourné en ridicule dans une lettre à son ami Johannin (Voyez Œuvres inédites, p. 234 de l'édition in-S», et p. 262 de l'édition in-12). Ce Michel, ayant pris en main la défense des Beaunois, répondit à Piron par une ode qui est transcrite ci-après, dans le Second Voyage à Beau ne.

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