‹ Voyages de Sarah Bernhardt en Amérique. PrefChapitre 10 sur 33 · XX COMÉDIENNES EN VOYAGE · texte numérisé non relu

XX COMÉDIENNES EN VOYAGE

sexe. Le plus vif mécompte de M"« Sarah Bernhardt, Va parte des femmes et des salons, devenait le texte favori des amplifications du club, du journal et de l'église. C'était ce qu'on appelait «la situation morale» de M'^^ Sarah Bernhardt. Il ne serait pas étonnant que cette année quelque étudiant sérieux d'Harvard Collège prît pour sujet de thèse de doctorat en philosophie : De la sociologie dans ses rapports avec l'état de la comédienne française . <j

Pauvre Sarah Bernhardt! Pauvre amante passionnée de

la renommée Si elle a quelquefois péché pour trop

aimer le tapage, elle a été bien punie là-bas par où elle a péché. Les journaux de dévotion puritaine, qui se tirent à 200,000 exemplaires, disputaient sur son état civil et lui jetaient l'anathème. Les purs pasteurs méthodistes ne connaissent pas d'autre matière à leurs sermons que ce maudit serpent de France, venu pour empoisonner les mœurs de la pieuse Amérique. Ils lui prédisaient en chaire le sort de Jézabel. Ils se réunissaient en synode ou en consistoire pour vider la question théologique de savoir jusqu'à quel point on pouvait faire visite à M'I® Sarah Bernhardt «personne privée » sans encourir la damnation éternelle. Les dames et les miss de bonne bourgeoisie tenaient des meetings contre elle. Car chaque pays a ses idées ; et, s'il est choquant pour une femme, dans la Nouvelle Angleterre, de faire jouer chez elle des proverbes en vers, il n'est pas choquant qu'elle déblatère en public, ex cathedra, contre les comédiennes. A Orange- Town, dans le comté de Rockland, sur le seul bruit de son approche, de sages matrones s'assemblèrent et tinrent conseil sur cet ordre du jour : Qu'est-ce que la Bernhardt va faire de nos fils? Je ne sais si, là-dessus, les fragiles enfants d'Orange- Town se mirent dans l'esprit des espérances criminelles. Mais hélas I le caïman dévorateur ne jugea point à propos de passer par leur ville craintive et alléchée.

Nous négligeons les spéculations odieuses et burlesques, les brochures et volumes tels que les Amours de .11'^® Sarah Bernhardt, dont "'annonce en chiffres gigantesques sur toile peinte était colpoitée à travers les avenues des villes, par les charrettes. Le bon peuple les lisait. Dans cette Sarah qui, selon le livre, avait tour à tour détourné de leurs devoirs et débauché l'Empereur Napoléon III, le tzar russe et le pape

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