‹ Voyages de Sarah Bernhardt en Amérique. PrefChapitre 9 sur 33 · COMEDIENNES EN VOYAGE XIX · texte numérisé non relu

COMEDIENNES EN VOYAGE XIX

quand on court à la poursuite du million! Sur le quai de retour, au Havre, un huissier très poli, armé d^une ordonnance de M. le président du Tcibaual de la Seine, met saisiearrêt sur les bagages de M"° Marie Colombier, qui était partie trop vite pour penser à payer ses menues dettes. Et an Havre comme à New- York, il fallait jouer le soir môme!

M"*Sarah Bernhardt arrivait en Amérique pour tout enlever, les cœurs, les applaudissements, les bouquets et un chèque d'un million. Elle comptait bien qu'on détellerait ses chevaux, que les salons de New- York, de Washington et de Baltimore se disputeraient sa personne, et que M. Stebbens lui-même se ferait une gloire de la présenter à ses compatriotes. Vous savez bien, M. Stebbens, cet Américain amateur d'arts, opiileutissime, qui fut pendant une saison ou deux Tun des héros de la vie parisienne! Est-ce que voas ne vous le rappelez pas? Si! Voyons! Stebbens! Il avait loué la moitié de l'hôtel d'Arsène Houssaye, et en 1872 ou 18T3, je crois, il mit son logis à la disposition de l'aimable propriétaire, pour ce bal travesti où apparut, en costume de sphinx, une créature exquise et indéchiffrable, qui fixa tous les yeux et troubla toutes les imaginations jusqu'au jour naissant. Uu peu plus lard il voulut avoir chez lui, pour y jouer le Passant, W^' Sarah Bernhardt et Ml'« Marie Colombier. Celles-ci ne refusèrent point. Âh ! l'ingrat Stebbens! Au premier mot qui lui fut touché à New- York d'ouvrir ses salons en l'honneur de l'illustre comédienne, il tomba de son haut. Il paraît qu*à New- York ils n'en sont pas encore, en fait de fusion sociale, au point où nous sommas parvenus à Paris. Ml'« Sarah Bernhardt dut renoncer aux succès de salon et aux fructueuses lectures dans les réunions mondaines qui en auraient été U suite.

Le malheur est que l'arrivée de Ml'° Sarah Bernhardt n^en était pas moins un très grave événement pour New- York, Philadelphie, Boston, Chicago et autres lieux. Ces villes merveilleuses, ces capitales où bouillonnent, immenses, l'activité, l'invention et la richesse, sont tout de même un peu province, niérae New-York « la cité impériale», par rapport à nous. Aussi l'arrivée de Sarah la chercheuse de gloire, objet parisien du prix le plus rare, occupait égale.nent tout le pauple de ce pays-là, sans distinction de classes, d'âge, ni de

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