‹ Voyages de Sarah Bernhardt en Amérique. PrefChapitre 12 sur 33 · XXII COMEDIENNES EN VOYAGE · texte numérisé non relu

XXII COMEDIENNES EN VOYAGE

La malheureu3 «Marie Colombier, dans une communauté de vie de sept mois, n'a pu éviter l'ahurissement. Est-ce Sarali BernharJt toute seule qui lui bourdonnait dans la tête? Est-ce l'Amérique avec ses hôtels ti'op vastes, ses lleuves trop larges, ses gentlemen trop pressés, et ses locomotives vertigineuses? Quoi que ce soit, on ne l'y reprendra plus. Eu sautant sur le quai du Havre (elle n'avait pas encore vu l'huissier), sa joie débordait.

... En France ! Il n'y a pas à dire, j'y suis ! C'est à n'y pas croire.

(( Des drapeaux, des fleurs, une vraie foule, de vrais arbres verts, dans de vraies campagnes, du vrai printemps! De bonnes vieilles maisons avec des bonnes rues bien propres ! Des gens polis, et qui n'ont pas peur de rire! Des cochers qui n'ont pas l'air de banquiers, des hommes du monde qui ne ressemblent pas à des cochers! Des pioupious! des bonnes d'enfant! Oh! je m'y reconnais, je suis chez nous! Le cauchemar est fini... Quel bonheur! J'ai envie d'embrasser les passants I

N'est-ce pas que cette page est jaillissante ! De vrais arbres verts! C'est pourtant vrai, il n'y a qu'en France que les arbres sont verts. Mais un auteur de profession n'eût jamais osé le dire et même ne s'en fût point avisé. Nous autres, gens de métier, nous nous donnons beaucoup de mal pour apprendre à écrire et pour écrire. La première femmelette qui laisse parler son naturel éû sait là-dessus plus que nous.

J.-J. Weiss.

{Figaro),

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