‹ Voyages de Sarah Bernhardt en Amérique. PrefChapitre 15 sur 33 · CABOTINAGE XXV · texte numérisé non relu

CABOTINAGE XXV

pauvre mademoiselle Marie Colombier, qui allait chercher de la laine, est revenue toudue, si bien tondue que les huissiers qui la guettaient au retour n'ont rien trouvé à y retondre... Elle avait, dit-elle, compté sur une promesse de mademoiselle Sarah Bernbardt ; mais c'était folie ! Dona Sol, au théâtre, meurt pour être fidèle à son serment ; à la ville, un papier est nécessaire. Est-ce de là que vient l'aigreur? Je ne le pense pas. Mademoiselle Colombier me paraît détester mademoiselle Bernhardt plus naïvement , simplement parce qu'elle a été son am'e... Je ne sais pas, entre femmes, une meilleure raison.

Mais ce trésor du pays des dollars, on l'a fait payer cher à mademoiselle Sarah Bernhardt. Il a fallu souffrir pour pilotes à l'expédition une séquelle de managers^ directeurs, exploiteurs et montreurs, qui se disputaient entre eux jusqu'à se battre, mais s'entendaient à merveille pour faire valoir l'entreprise, fût-ce par des moyens pénibles et humiliants. Au nord, au sud, au Canada, il a fallu aller, marcher, jouer dans des théâtres tels que mademoiselle Sarah Bernhardt!... un beau soir, rendit la recette, écœurée, comme on vomit une nourriture d'auberge ; il a fallu subir, après avoir connu le public délicat de la comédie Française, un public de gens qui suivaient la Dame aux Camélias sur la brochure traduite de Phàire ; il a fallu supporter des enthousiasmes de commande , organisés par l'entrepreneur et t balconer » devant une tourbe de claqueurs ! L'arrivée fut triomphale comme une entrée de cirque sur un champ de foire. C'était la Marseillaise, les drapeaux, les affiches, les portraits, le tout 0 à la Sarah Bernhardt », jusqu'aux pots de moutarde. Pour le départ, nous apprend mademoiselle Marie Colombier, on dut t galvaniser > ce public par des représentations gratuites; on connut les c demi-recettes > dans « les théâtres de banlieue » ; les bouquets de l'ovation finale furent fournis par l'imprésario, les c esclaves volontaires »> et la « ménagerie » des Parisiens faisant défaut. Et le World, l'élégant journal du high-life yankee — un high-life dont je me méfie — assura à mademoiselle Sarah Bernhardt « qu'elle avait causé tant de plaisir aux Américains à sa première visite, qu'il était à craindre qu'elle n'ait plus que de l'ennui à leur apporter à la seconde ». Tout cela pour deux cent vingt mille

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