CHAPITRE XI
La ville du Croissant. — Cinq minutes plus tard. — Venise en Amérique. — Déceptions. — Les créoles. — Ali Qaga. — Mobile. — Sarab tombe pour la troisième fois.
Je suis réveillée par les cris de la rue : Du lait I Du bon lait I »
Je me frotte les yeux, c'est un rôve.
a Charbon ! charbon I » Je cours à la fenêtre.
En face de moi, de l'autre côté de la rue, un écriteau , « maison à louer ». Sur la maison une plaque ; ^ « rue Bourbon ». Une boutique porte une enseigne : u Pharmacie ». Je suis en France 1
La rue est sous l'eau. Gonflé par les pluies torrentielles, le Mississipi a rompu ses fameuses digues. Une crevasse s'est formée, unissant le fleuve et le lac Pontchartrin au-dessus de la ville qui menace d'être submergée. Nous somme tombés dans un désastre public.
On m'apporte un journal imprimé en français, V Abeille de la Nouvelle-Orléans. Il m'apprend que nous avons écnappé à un accident horrible.
Cinq minutes après le passage de notre li'ain, un pont immense qui traverse la baie Saint-Louis, aune demi-heure de la Nouvelle-Orléans s'est effondré sous les vagues d'une mer furieuse !
Dans la ville, les ruisseaux sont des rivières. Dans les grandes avenues coulent de vrais torrents qui charrient des débris, tonneaux, meubles, etc. Jamais la Nouvelle-Orléans n'a mérité comme à présent le surnom de Venise de l'Amérique que lui donnent parfois ses habitants. On dit aussi ville du Croissant, à cause de la courbe que forme le Mississipi devant le port.
J'ai voulu sortir pour aller au théâtre. C'est une barque qu'il aurait fallu prendre.
Les hôtels sont peu confortables. Trois fois j'ai fait transporter mes malles d'une maison à Taulre, espérant trouver un endroit convenable. Les maisons américaines m'exaspèrent. Quant aux maisons françaises, elles sont impossibles et abordables, seulement, pour les millionnaires. En revanche, on y est aussi ma que possible.
Sarah a bien fait de résister à toutes les sollicitations et de continuer de vivre à Taméricaine.
Moi, je me suis laissée entraîner au plaisir d'aller vivre chez des compatriotes ; mal m'en a pris. Quand
j'ai voulu mes costumes d'Adrienne, j'ai demandé mes malles. Un garçon m'a conduite à la cour de l'hôlel. M s malles nageaient dans deux pieds d'eau.
Apres un quart d heure employé au sauvetage de ces étranges épaves, ma femme de chambre ouvre la première caisse.
Horreur ! Soies, satins, gazes, crêpes lisses, tout cela forme une miisse informe, une affreuse bouillie.
Les chapeaux. Oh ! les chapeaux ! A leur place, il n'y a plus que des tanipons de toutes couleurs. Les carcasses de tulle gommé sont dégommées, les fleurs en pâte ; les plumes, défrisées, piteuses, ruissellent comme les branches d'un saul pleureur, faisant des fils bleus, verts et jaunes, combinées dans la plus horrible mixture! Un costume mauve a déteint sur un autre blanc crème....
Mes pauvres costumes I
Pour toute excuse, le maître de l'hôtel m'a répon lu que c était la pluie I
Depuis deux jours que nous sommes arrivés, le déluge n'a pas cessé. Les bas quartiers de la ville, qui sont habités par les Français, sont dans l'eau jusqu'au premier étage des maisons. Plusieurs se sont effondrées. Il y a des centaines de gens sans abri I
Voilà qui est loin du tableau enchanteur que je m'clais fait de cette Louisiane tant rêvée !
Les représenlations se ressentent d'un telle calamité. On a joué Frou-Frou, et Phèdre. L'unique salie
possible, la salle d'Opéra, étant occupée par la troupe d'Emilie Ambre, nous jouons dans un petit théâtre dont la haute société ne prend pas facilement le chemin.
Le lendemain de notre arrivée, un comité des premières dames créoles s'est présenté à l'hôtel Saint- Charles, où habite Sarah, pour lui remettre un bouquet et une adresse de bienvenue.
Soit méprise, soit indifférence, ces dames n'ont pu pénétrer jusqu'à Sarah. Jarrett a reçu à sa place bouquet et compliments, pour lesquels le remerciement est encore à venir.
L'impression a été désastreuse, dans une population toute française qui se préparait à faire de son mieux les honneurs de sa ville à la tragédienne parisienne.
Un jour après, a eu lieu l'exhibition ordinaire du salon artistique. Très peu de monde y a assisté.
On avait été choisir le plus malencontreusement du monde une arrière-boutique pour salon, et les tableaux, marbres, bronzes, brillaient par leur absence, égarés qu'ils étaient en quelque coin de gare avec une partie des bagages.
Sarah s'est rendu compte de l'impression produite et s'est trouvée souffrante juste à point pour ne pas jouer V Étrangère qui était affichée.
On sait que les gens du Sud sont assez malmenés par Dumas dans cette comédie. L'indisposition, d'ail-
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leurs, n'a rien eu de grave, car le lendemain Sarah jouait, sans trop de fatigue apparente, les deux rôles si lourds de Frou-Frou en matinée, la Dame aux Camélias le soir.
Nous avons fait en barque le tour de la ville inondée. Quelle désolation I Quel spectacle !
Une immense plaine couverte d'une eau limoneuse. Çà et là des maisons éventrées, comme fondues, de toutes paris les pauvres gens déménageant un mobilier misérable. Au milieu de tout cela des gamins, des négrillons, de vieilles mulâtresses pataugeant dans l'eau, voguant d'une maison à l'autre sur une porte ou un volet transformé en radeau improvisé.
La municipalité fait distribuer des secours qui forment d'étranges convois de bateaux portant aux plus nécessiteux des vivres, du pain, des vêtements et recueillant les gens sans asile.
Mais on comprend qu'il y a plus de misères qu'on n'en peut secourir. Il faut solliciter la charité publique par quelque moyen puissant. Les dames créoles se mettent à la tête d'un mouvement et commencent une agitation ayant pour but d'organiser une grande soirée à bénéfice.
On fait appel aux artistes présents à la Nouvelle- Orléans. Emilie Ambre promet sur-le-champ son concours et celui des camarades.
Quant à Mademoiselle Sarah Bernhardt, elle se
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contente de faire répondre que son directeur Abbey ne lui permet pas de jouer.
Pas de chance, décidément, les Français d'Amérique !
Aussi, dans cette Louisiane où l'on avali, prédit à Sarah un public enthousiaste, hélas ! pas le plus petit bouquet.
Je me trompe.
Un compatriote, pensant frayer le chemin aux fleurs qu'il me destinait, a fait précéder sa corbeille d'un bouquet adressé à Sarah. Mais il s'est heurté à une inflexible consigne, et mes fleurs ont attendu dans un coin la fin du spectacle. Ma femme de chambre a pu, seulement alors, me les apporter dans ma loge.
Les eaux se retirent quelque peu. Je puis enfin accepter quelques-unes des nombreuses invitations dont nos compatriotes néo-orléannis assiègent les artistes français.
La première promenade qu'on ne peut manquer de faire faire aux voyageurs est la visite de la levée, où fument sans cesse de magnifiques bateaux-palais, faisant le service du haut Mississipi et qui sont à ce fleuve merveilleux ce que les palace cars sont aux voies ferrées.
Le coup d'œil sur le port est vraiment merveilleux.
Partout ce sont des nègres chargeant ou déchaj -
géant les marchaûdises en chantant des airs du pays, d'une mélodie monotone.
En face do la ville où vivent près de trente-cinq mille Français, descendant de Gascons et de Provençaux, se trouve, de l'autre côté du fleuve, le pays d'Alger, indiquant suffisamment la préoccupation des Marseillais de conserver les souvenirs de leur Méditerranée.
J'ai fait aussi une excursion au lac Pontchartrin.
Comme tout ce pays doit être enchanteur dans la belle saison !...
Ça et la, des citronniers, des lauriers-roses, des orangers, des palmiers nains, et toute une collection d'arbres verts.
Mais ce qui est tout à fait digne du voyage, ce sont les chênes à mousse, aux branches desquels pendent de longues barbes grises, dont on fait le crin végétal.
Quant aux cocotiers et aux forêts vierges, on m'explique que tout cela n'existe que dans l'imagination des romanciers.
A leur place, il y a des marécages d'où sortent les germes de la terrible fièvre jaune.
Dans ces excursions, nous rencontrons des négresses, mulâtresses, quarteronnes, tout un peuple de gens de couleur, depuis le bois d'ébène le plus foncé jusqu'à la peau quasi blanche.
C'est plaisir que d'entendre tout ce monde-là parler créole et vous appeler « pitite française ».
La principale curiosité, pour une Parisienne, c'est le Marché français situé sur le port.
Le dimanche matin les élégantes y vont faire un tour après la messe, accompagnées des beaux de la ville.
On dirait un coin de quelque marché du Levant.
Des piles de melons pastèques, des bananes, des oranges dorées, des cocos, et toute la gamme des fruits et des légumes colorés. Au travers de tout cela, se mouvant parmi les étalages, les faces noires des marchands nègres ou des domestiques grimaçant, montrant leurs dents blanches, avec mille contorsions, en prenant à témoin tous les saints du paradis de rexcellence et de la fraîcheur de leurs denrées.
Les négresses à turban, à grand cabas, se font remarquer au milieu du brouhaha, par leur patois traînard et leur démarche nonchalante.
Quelques-unes sont fort jolies, et plus d'une regrette le temps de l'esclavage où elle aurait pu être élevée au rang de servante-maîtresse par quelque riche planteur.
Dans un coin isolé sont de vieilles Indiennes, accroupies à terre, offrant aux passants, silencieusement, des herbes à la vertu magique. Ces pauvres femmes au visage tanné, aux cheveux droits et noirs, sont las derniers descendants des anciens Indiens Chactats que Chateaubriand a connus.
A part ces bohémiennes silencieuses, tout le monde
dans le marché parle français ; les enseignes au-dessus des logettes des marchands ne sont pas rédigées dans une autre langue. Et depuis six heures du matin jusqu'à dix heures, tous les cris qu'on entend là sont empruntés à l'ancien vocabulaire des halles de Paris.
Si nous étions dans la belle saison, on me conduirait voir les plantations de cannes à sucre et de coton. Il faut y renoncer.
Dans la ville môme, la seule visite curieuse est celle que j'ai faite à une presse à coton.
Une machine à vapeur met en mouvement uLe énorme mâchoire d'acier garnie de dents, qui viennent s'emboîter dans une sorte de table fixe. Il suffit de faire pression d'une main sui- une manivelle, la vapeur monte, le marteau s'élève entre deux montants jusqu'à un premier étage, et des nègres cependant introduisent une énorme quantité de coton épluché qui se roule dans des bâches. Un mouvement de la manette, le marteau descend, saisit le coton dans ses serres puissantes, et crac, d'un seul coup la balle est faite.
Comment cette masse énorme de coton brut a-t-elle pu être réduite à ce mince volume? Des ouvriers aussitôt font passer des rubans d'acier sous la bâche et en un clin d'œil ficellent la balle.
Le directeur delà presse fait faire, sous mes yeux, une petite balle miniature aux initiales M. C, qu'il me prie d'emporter comme souvenir.
La société créole. Oh ! toute charmante ! Là, comme au Canada, on a conservé les hons et vieux usages de France.
La dernière guerre a causé bien des ruines et détruit bien des fortunes anciennes, réduisant les plus grandes familles aux plus dures nécessités.
Mais le charme de l'éducation raffinée, les goûts délicats, hérités du siècle de toutes les élégances, tout cela a persisté comme tradition parmi nos créoles de la Louisiane, qui sont encore les Parisiens de l'Amérique. Et, quand M. Scribe a inventé son hospitalité écossaise^ c'est qu'il n'avait pas fait le voyage de la Nouvelle-Orléans.
Par malheur, l'émigrant allemand envahit ce beau pays avec ses saucissons et sa bière, et, peu à peu, disparait devant lui notre beau langage français sur les bords du Mississipi.
Ce dernier fleuve est un peu à la Louisiane ce que le Nil est à l'Egypte. Dans les immenses marécages qui couvrent les trois quarts de sa surface, on trouve les mêmes crocodiles qui, pour n'êtres pas sacrés, n'en sont pas moins intéressants.
On les nomme ici des alligators. Quelques-uns, qui ont six pieds de long, se nourrissent volontiers de nègres, vx)ire de blancs, quand l'occasion se présente.
En revanche, les nègres en mangent la chair coriace, pour leur rendre la politesse, sans doute.
EN AMÉUIQUE 21^
Il y aussi les petits que les curieux d'histoire naturelle font courir dans leurs jardins comme des tortues en liberté.
Sarah voulut en avoir un, auquel nous donnions le nom d'Ali-Gaga. C'était le favori de la diva. A table, au théâtre, au lit, il la suivait partout. — Sarah l'avait pris en amitié sans doute à cause de ses dents pointues et de son mauvais caractère.
Par malheur, Sarah s'est obstinée à nourrir Ali- Gaga avec du lait et du Champagne. Il n*a pu se faire au régime, et finalement il en est mort.
lisent pourtant la vie dure, à ce qu'il paraît, ces intéressants amphibies. Le brave homme qui en fait commerce à la Nouvelle Orléans m'assure qu'il en envoie souvent en France, enfermés dans des boites simplement. Tout le temps que dure le voyage, une quinzaine de jours, Tanimal ne prend aucune nourriture! Je veux en faire l'essai et envoyer des petits ali fjagas comme souvenir à mes amis et connaissances.
Sarah Bernhardt a clos ses représentions à la Nouvelle-Orléans, par la Dame aux Camélias, A la môme heure, Emilie Ambre chantait la Traviata. Cette coïncidence a quelque peu nui au sucés des deux étoiles.
On a répété, à la Nouvelle-Orléans, un mot qui avait été dit à Chicago :
« Un séjour moitié moins long eût largement sufli. »
L'avant-veille un souper intime avait réuni chez moi Emilie Ambre, son mari et quelques artistes français. Je cite le fait d'un souper à la française parce que je crains bien de n'avoir pas à mentionner le pareil de quelque temps.
Nous quittons les Français d'Amérique pour retrouver les Yankees et je laisse la Nouvelle-Orléans sur un regret.
Nous partons en bateau ; les trains ne marchent plus à la suite de la rupture du pont de la baie Saint- Louis.
Le merveilleux voyage 1
Nous traversons sous un soleil spftndide ce joli lac Pontchatrin, dont les rives sont bordées de cyprières verdoyantes aux longues barbes mousseuses. Quelques amis m'ont accompagnée, et parlent avec enthousiasme de ce pays, enchanteur quand viennent les mois de printemps.
On nous montre au passage Mandeville et ses bords charmants où, sous les ombrages des grands chênes verts, viennent danser et courir les amoureux.
Notre joli petit steamer longe la rive suivi par une bande de mouettes et de goélands qui volent dans notre sillage.
Puis, quittant le lac, nous suivons quelque temps la poétique rivière de Saint-Jean, enfin nous arrive ns à une station de chemin de fer.
Mais cette route est loin d'être directe, il nous a
fallu faire un long détour et nous avons dû perdre six à huit heures.
Au lieu d'arriver à Mobile comme le comporte l'itinéraire, vers trois heures de l'après-midi, nous n'entrons pas en gare avant huit heures du soir.
Depuis la veille, le chemin de fer n'a fait qu'amener dans la ville des voyageurs venus pour assister à la représentation annoncée pour ce soir-là.
Il faut renoncer, je n'ai pas besoin de le dire, à cette première représentation. On se rattrapera demain avec le spectacle de la Dame aux Camélias...
Il est dit que Mobile n'aura pas de chance avec Sarah Bernhnrdt !
Nous sortons de la représentation de la Dame aux Camélias.
Crise de nerfs, spectacle interrompu, argent rendu au contrôle. Voilà le bilan de cette soirée épique.
Mobile est une ville de 60 mille habitants. Par malheur, les troupes dramatiques ou lyriques ne s'aventurent guère si loin, aussi n'y compte-t-on qu'une pauvre salle de théâtre incapable de rivaliser avec celles des grandes villes que nous avons déjà visitées. Il y a bien une autre salle plus convenable, mais un tragédien américain l'a fait louer à l'avance, afin de jouer à Sarah le mauvais tour de l'empêcher de s'en servir.
Lorsque l'agent d'Abbey a voulu sous-louer la salle on lui a répondu qu'elle était retenue.
— M;ûs vous ne jouez que dans huit jours ?
— C'est vrai, mais je ne donnerai pas la salle.
On en est venu aux mots et l'explication s'est terminée par un pugilat dont les journaux font gorges chaudes.
Quoi qu'il en soit, le tragédien l'emporte sur la comédienne, et si c'est empêcher Sarah de faire recelte qu'il a espéré, avouons qu'il a réussi. Voici comment :
Force a été de se contenter de la salle restée libre.
Vient l'heure de la représentation. La scène est grande comme un mouchoir de poche. En étendant les deux bras de toute leur longueur, on pourrait toucher en même temps les deux portants.
— Ce n'est pas un théâtre cela, c'est un guignol, s'écrie Sarah.
On connaît le commencement du premier acte de la Dame aux Camélias : Marguerite Gauthier va souper chez elle.
Au moment de se mettre à table, elle congédie de Varville, un soupirant qui a le don de l'agacer.
Ce soir-là, Sarah s'adressant à Varville, lui dit :
— Je vous garde à souper ; il y a assez longtemps que je vous mets à la porte, tous les soirs à la même heure ! Ce soir je vous garde... au moins nous allons rire !
EN àuërique 93Z
En effet, Sarah voyant nos têtes étonnées, part d'un grand éclat de rire ; nous faisons écho en nous mettant gaiement à table.
Sarah continue la plaisanterie, s'étend dans une sorte d'improvisation sur les mérites de Varville. Celui-ci remercie de son mieux. Mais voilà toutes les répliques bouleversées. On tient tête quelque temps à Sarah ; pourtant à la fin les réponses deviennent si comiques et la situation jure tellement avec le texte, que nous ne pouvons tenir notre sérieux.
Le rire monte, devient nerveux, saccadé. Sarah finit par quitter la scène dans un paroxysme d'hilarité, se précipite vers sa loge, d'où le bruit de sa gaieté arrive au public. Nous cherchons à soutenir la situation, mais l'absence de Sarah se prolongeant, je demande le rideau. La toile tombe après cette étrange sortie. Le public n'a rien vu, et croit peut-être encore que le premier acte se termine par cette fantaisie.
Dans la loge, Barah rit toujours, son rire s'exaspère. La voilà qui crie, maintenant. Elle pleure, frappe sa tète contre les murs, puis elle .«e calme tout à coup et se rhabille en costume de ville.
Abbey accourt.
— Qu'y a-t-il ?
— Dites-lui que je suis malade.
— Va-t-elle jouer le second acte ?
— Jouer ! ah! bien oui ! Dans cette cage à poules ! Jamais de la vie !
— AU right, répond le Yankee sans broncher, mais devenu subitement blême.
Sarah a repris ses nerfs ; elle ne crie pas, elle vocifère. Quelqu'un vient dire qu'on l'entend de la rue.
On est allé chercher Jarrett qui s'ingénie à calmer son étoile.
— Je vous en prie, madame, on dit dans le public que vous avez une crise hystérique. Oalmez-vous, de grâce... Rachel a joué dans des granges, et il faut vous attendre à des salles encore plus misérables. D'ailleurs, la recette est belle, douze mille francs.
Le nom de Rachel et le chiffre de la recette font faire la grimace à la grande artiste. Mais elle s'est entêtée. Elle ne jouera pas.
Il faut se décider à rendre l'argent au contrôle.
La foule, désappointée, s'écoule en commentant l'aventure.
Les habitants de Mobile ne verront pas Sarah Bernhardt, qui doit se remettre en route le soir même.