‹ Voyages de Sarah Bernhardt en Amérique. PrefChapitre 5 sur 33 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

l'Océan. Il faut aller en Amérique en dilettante et non

en virtuose.

Marie Colombier s'est révélée, tout d'un coup, une plumitive de bonne lignée. De la gaieté, de l'esprit, le mot attendu et inattendu, un tour de phrase qui ne chôme pas, une période luxuriante à robes courtes, très courtes, — des robes à queue très légères, — une poussière d'or sur tout cela ; voilà son style. Toute souriante qu'elle soit, elle a du mordant jusqu'à emporter la pièce. Elle aime les peintres, ce qui ne m'étonne pas, car elle porli^aiture avec une vraie palette. Elle dit qu'elle ne fait pas sa figure; mais elle fait bien celle des autres, témoins ses portraits d'actrices, toute une petite galerie d'ébauches radieuses dont je détache celle-ci : le portrait de Massin.

« Léontine Massiji. Léo dans l'intimité. Oiseau de » passage. A pris son vol, à quinze ans, du côté de » l'Orient. Nana choisie par Busnach. Vraie Musette, » rire et lai^mes tout à la fois. Pour loi : Son bon plaisir. » Prodiguant son esprit en monnaie sonnante. N'a mis » de côté que des dettes. Aime mieux s'amuser que s'en- » richir. Cœur sur la main : la main ouverte. »

IVest-ce pas que tout y est en quelques traits. Eh bien, le voyage d'Amérique est plein de ces choses-là. A chaque instant on voudrait découper un alinéa, soit sur les naturels du pays, soit sur les villes, soit sur les paysages, soit sur les figures de la caravane qui marche entre ces deux « Parisiennes bruyantes et glorieuses», dirait Destouches.

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