CHAPITRE IV
Mort ct assassinat de Picrre Magnan, Francois , du chef des Sauvages appellé Réconcilié, et d'autres deux Sauvages. — Retour d'Émery de Caen et du Père l'Allemand à Québec, — Nécessitez en la Nouvelle France.
Le 95 d’aoust un Sauvage nous apporta la nouvelle de la mort dudit Pierre Magnan, et du ré-
Mont de Pierre Magnan Fra concilié, et des autres deux Sauvages, qui nous dit
rois.
qu'un Algommequin qui s’estoit sauvé dudit village des Irocois leur avoit fait entendre au vrai comme les ennemis les avoient traittez cruellement. Comme nos ambassadeurs furent arrivez audit village des Irocois ils furent bien receus, l'on les mena pour tenir conseil sur le subject de leur ambassade : à mesme temps les villages circonvoisins en furent advertis , et là les chefs se treuvèrent pour le traitté de paix : et par malheur pour Ce erime des LES nostres , c’est que les Alzommequins ( comme
Algommequins ,
ee ‘ai dit ci-devant ) avoient esté à la guerre contre les Irocois, et en avoient tué cinq, qui fut le subjet que des Sauvages appellez Ouentouoronons d'autre nation, amis desdits Irocois, vindrent en
diligence pour se venger sur ceux qui estoient
alli lesc Pe vos ain réc( ma mer d'ur cou cont com pen:
rap rent
d'es] ter « libre cher mes que :
tenus ct est front senti
Ces deurs
qu'ils
alliez, et les tuërent à coups de haches sans que lesdits Irocois les peussent empescher, leur disant,
L Pendant que vous venez pour moyenner la paix,
L vos compagnons tuent et assormment les nostres, ainsi perdirent la vie malheureusement. Pour le" réconcilié il méritoit bien ceste moit, pour avoir
des massacré deux de nos hommes aussi malheureuse- NES ment au cap de Tourmente, et ledit Magnan natif en d'un lieu proche de Lisieux, avoit tué un autre à coups de bastons, dont il fut en peine , et avoit esté se contraint de se retirer en la Nouvelle France. Voila a comme Dieu chastie quelquefois les hommes qui vs pensent esviter sa justice par une voie et sont at- | dE trapez par une autre. Ces nouvelles nous apporté-,, pe ds We ue rent un grand desplaisir, tant pour nous voir hors" Ile- d'espérance de ceste paix, qui nous pouvoit appor- Nr ter de la commodité pour avoir les passages plus l'on libres à nos Sauvages, de pouvoir chasser et pesme cher. De plus qu'ayant fait mourir un de nos homre mes de ceste façon, cela alloit à telle conséquence que si nous ne nous en ressentions il fallait estre …. | tenus de tous les peuples hommes sans courage, | ci et estre aux risques de recevoir souvent tels af- Le fronts si nous ne mettions peine de nous en rescab sentir.
Les Oucntow
me Ces nouvelles arrivées de la mort des ambassa- nous pren. S nent un jeune
deurs parmi nos Sauvages, de rage et de desplaisir irocvis urils
traittent cruel:
lement
nt en
nn qu'ils eurent ils prindrent ce jeune garçon Irocois Dien
198 VOYAGES qu'ils avoient retenu pour ostage, ils lui arrachent les ongles, le bruslent à petit feu avec des tisons, lui faisant souffrir plusieurs tourments, et ainsi mal traitté en firent présent à d'autres Sauvages pour l’achever de le faire mourir, et les obliger de les assister en leur guerre contre lesdits Irocois, lesquels Sauvages prirent le garçon, le liérent à un poteau le bruslant peu à peu. Comme il estoit en ces douleurs extrêmes ils lui coupérenit les mains, les bras, lui levant les espaules, et estant encore
Le tuent à coups de ecus-
ed vif lui donnèrent tant de coups de cousteaux qu'il mourut ainsi cruellement, et chacun en emporta sa pièce qu'ils mangérent.
Ledit Émery ayant fait la traitte, qui fut l'une Ret d 16 1 1 1 7A] our du des bonnes (qui se fust faite 1l ÿ avait long-temps)
sieur de Cae à Québec.
s’en retourna à Québec le dernier de septembre et de là à Tadoussac porter ses peleteries.
Le 2 d'octobre deux autres barques partirent pour s’en aller audit Tadoussac, en l’une desquelles repassa le révérend Père l'Allemand, lequel
Retour du s’en retournoit fort affligé de ce que leur vaisseau l'Alle- ‘ s - q à L
Père mand.
n'estoit venu leur apporter les commoditez qui leurs estoient nécessaires pour la nourriture de
vingt sept à vingt huict personnes qui estoient au pays, cela leur faisoit perdre beaucoup de
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temps, ne pensant à autre chose, sinon que les
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vaisseaux où devait venir le Père N oyrot (qui s'es-
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toit équipée à Honnefleur) fut perdu et pris par les
DE CHAMPLAIN. 109 ent Anglois, qui fut le subject que nous ne receusmes ns, aucunes lettres de celles qu'il nous apportoit, ne insi sachant comme toutes les affaires s’estoient passées ges L en France, que ce que me mandoit ledit sieur de r de Caen qui estoit peu de chose, et ainsi pour n'avoir os, des vivres et commoditez, ledit Père l'Allemand un fut contrainct de faire passer tous ses ouvriers et ten austres, hormis les Pères Massé, Dénoue, un Frère, ins, et cinq autres personnes pour n'abandonner leur core maison, lesquels il accommoda au mieux qu'il qu'il peut, traittant quelques dix baricques de galette * orta du magazin, au prix des Sauvages, à sept castors Cherche des
vivres.
| pour baricques de galette que iedit Père avoit re- ’une couvert des uns et des autres à un escu comptant nps ) | pour castor, et ainsi achetoit chérement ce que la re et nécessité leur contraignoit, sans trouver aucune courtoisie. Ledit de la Ralde qui estoit venu pour rent lors à Québec rapportant n'avoir eu aucun ordre uel- en France de les assister ni mesme de rapasser auquel cun religieux : tout ceci ne monstroit que l'animoseau sité qu'il avoit envers lesdits Péres et le sieur | qui de Caen qui avoit eu quelque chose à démesler e de avec ledit Père Noyrot qui l’avoit désobligé, à ce pient qu'il me mandoit, mais tous les Péres qui estoient de par delà n’en devoient pâtir, n'estant cause de ce les qui s’estoit passé en France. Ils commençoient à se s'es- bien establir, et avoient fort advancé, tant en leurs r les bastiments qu’à déserter les terres : ce néantmoins
ledit de la Ralde ne laissa de reccvoir ledit Pére l'Allemand en son vaisseau et lui faire bonne chère, Le ae CAT à la vérité la courtoisie, l’honnesteté, la bonne jade aile mine et conversation dudit Père l’obligeoittrop à lui et rendre toute sorte de bon traittement qu’il treuva en sa personne : dans la mesme barque s’en alla le-
dit Destouches, qui fut le 2 de septembre.
Nous eusmes nouvelles par la dernière barque qui apportoit le reste de nos commoditez que le- Porement dit de la Ralde estoit parti dans la Catherine le la ae septième septembre et avoit laissé ledit Émery de Caen dans la Flecque jusques au 5 d'octobre pour la pesche de la baleine, et voir ce qui réussiroit de ceste entreprise. L'on avoit envoyé quelque génisse d'un an dans le vaisseau qui venoit à Tadoussac pour faire pesche de baleine, et en fut porté par les barques 16 et quelque 7 ou 8 qui mouru-
rent par la mer, à ce que l’on nous dit.
Voilà tout ce qui se passa jusques au départe-
Nombre des
personnes qui ment des vaisseaux : nous demeurasmes cinquante
demeurent en ce pays.
cinq personnes, tant hommes que femmes et enfants, sans comprendre les habitants du pays, assez mal accommodez de toutes les choses nécessaires pour le maintien d'une habitation, dont je m'estonnois fort comme l’on nous laissoit en des nécessitez si grandes, et en attribuoit on les défauts à la Cawe du prise d'un petit vaisseau par les Anglois qui ve-
manquement
ie nolent de Bisquaye, comme ledit sieur de Caen
sitez.
rte-
1ante tenassez aires n’essCeS-
Sala ve-
caen
me le mandoït, je ne sçai d’où en venait la faute, plusieurs discours se disoient sur ce subject, quoi que s’en soit il nous fallnst passer par de là, il n'y avoit point de reméde.
De ces cinquante cinq personnes il n’y avoit que dix huict ouvriers, et en fallait plus de la moitié pour accommoder l'habitation du cap de Tourmente, faucher et faner le foing pour le bestial pendant l'esté et l'automne. Le parachévement de l'habitation de Québec demeure à parfaire, l’on me devoit donner dix hommes pour travailler au fort de Sa Majesté, bien que ledit sieur de Caen et tons ses associez l'eussent souscript, et Sa Majesté et le Viceroi le désirassent, néantmoins l’on ne le veut permettre, et empesche on tant que l’on peut. On veut que tous les hommes travaillent à l’habitaion, il n’y a remède, pourveu que la traitte se fasse s’est assez, il n’y à personne qui osast entreprendre de nous enlever, c’est en ceci où j'avois beaucoup de peine à faire gouster les raisons pourquoi le fort nous estoit nécessaire ,tant pour la conservation de leur bien, que celles des habitants du pays : c'est ce qui donnoit du mescontentement à toutes les sociétés: néantmoins considérant l’importance et la nécessité d’avoir un lieu de conserve , je ne laissois de faire ce qu'il m'estoit possible de temps à autre.
Voyant les ordres et commandements donnés