‹ Voyages du Sieur de Champlain ou Journal ès découvertes de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 38 sur 89 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Guerre déclarée par les Lrocois. — Assemblée des Sauvages. — Assassinat de deux hommes appartenants aux François. — Recherche de lautheur de ce crime. Le meurtrier amené, ce que les Sauvages offrent pour estre alliez avec les Francois. — L'autheur veut venger ce meurtre.

Le 20 de septembre les Sauvages nous dirent

que nombre d'Yrocois s’acheminoient pour nous. Nouvelle, de

$ cois.

dismes que nous en estions tres aises, mais que nous ne les croyons, et qu'ils n'avoient que la hardiesse d’assommer des gens endormis sans se

deffendre.

Les communes des Sauvages, de cinquante à avembée

des communes

soixante lieues de Québec, s’assemblent tons en des Sauvages. cedit lieu aux mois de septembre et octobre, pour faire la pesche d’anguilles, qui est en abondance en ce temps là, lesquels ils font boucaner, et les

réservent pour en manger jusques au mois de jan- pe quoi its

vivent le long

vier, que les neiges sont hautes, pour aller à la te l'année. chasse de l’eslan, dequoi ils vivent jusqu'au printemps.

L'autheur va Le 8 d'octobre je partis de‘Québec, pour aller au rte Ton

mente.

iag'erre décla-

. . \ \ rée par les Trovenir faire la guerre , à eux et à nous : nous leur

en —

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cap de Tourmente, voir l'avancement qu'avoient lait nos ouvriers, et en ramener une partie : deux hommes s’en retournérent par terre, conduire quelque bestial que l’on amenoit dudit cap de Tourmente à Québec. Après avoir mis ordre en ce lieu, je m'en retournai le 6 dudit mois, où estant arrivé j'appris que quelques Sauvages avoient assassiné ces deux hommes endormis, qui conduisoient le bestial, à demie lieue de nostre habitaion. Ceci m'affligea grandement : on fut quérir les corps qu'ils avoient traisnez au bas de l’eau afin que la mer les emmenast, estant apportez on les visita, ils avoient la teste escrasée de coups de haches, et plusieurs autres d'espée et cousteaux dans le corps.

Nous advisasmes qu'il estoità propos de conduire ceste affaire meurement, et descouvrir les meurtriers au plustost pour les chastier, et voir comme nous procéderions envers ces canailles, qui n'ont point de justice parmi eux : car de nous vengersur beaucoupquin’enseroientcoulpables, il n’y avoit pas aussi de raison, ce seroit déclarer une guerre ouverte, et perdre pour un temps le pays, jusqu'à ce que l’on eust extermité ceste race, par mesme moyen perdre les traittes du pays, ou pour le moins les bien altérer, aussi que nous estions en un misérable estat, faute de munitions pour guer-

royer, et plusieurs autres inconvénients furent

Per

DE CHAMPLAIN. 105 considérez, qui pourroient arriver si l’on faisoit les choses trop précipitement. Nous délibérasmes de faire assembler tous les capitaines des Sauvages, leur conter l'affaire, et leurs faire voir les corps meurtris des defuncets, ce qui fut exécuté.

Le lendemain tous les chefs vinrent à nostre ha- Temoustrance bitation, où nous leurs fismes plusieurs remons-!#histic trances du bien qu'ils secevoient annuellement de nous, que contre tout droit et raison ils faisoient des actes abominables et détestables, de traistres et meschants meurtres, et que si nous avions l'ame aussi diabolique qu'eux, que pour ces deux hommes l’on en ferait mourir cinquante des leurs, et lesexterminerions tous : qu'on leursavoit pardonné un meurtre de deux autres hommes, mais que pour cetui-ci nous voulions avoir les meurtriers, pour en faire la justice, qu'ils nous les déclarassent et missent entre les mains, s'ils vouloient que nous vécussions en paix, nous n'en voulions qu’à ceux qui avoient assassiné nos hommes que nous leurs fismes voir.

Au commencement ils vouloient dire que c’es-

. toit des [rocois, mais comme il n’y avoit nulle apparence , nous leurs fismes cognoistre le con-

taire, et que ce meurtre ne venoit que de leurs sens, enfin ils le confessèrent, mais ils direnit qu'ils ne sçavoient pas celui qui avoit fait ce coup.

Nos gens soubçonnoient entr’autres un certain

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Sauvage que nous leurs dismes, et qu'ils Le fissent venir ce qu'ils promirent faire. Le lendemain ils l’'amenèrent, et fut interrogé sur quelques discours de menace, qu'il avoit fait à quelques uns de nos sens, ce qu’il nia, et que jamais il n'avoit pensé à une si signalée malice, que de vouloir tuer des François qu’il aimait comme lui mesme. De plus qu’il avoit sa femme et plusieurs enfants qui l’'auraient empesché de faire ce meurtre, quand il auroit eu le dessein. Je lui fis dire que le meurtrier du précédent avoit bien femme etenfants, et qu'il ne laissa néantmoins d'en assassiner deux des nostres, outre que l’on le chérissoit plus qu'aucun des Sauvages de son temps, et par conséquent que ses excuses qu'il alléguoit ne pouvoient pas être suffisantes pour se descharger du soubçon que lon avoit sur lui : quoi que s’en soit plusieurs discours se passérent entre eux et nous, et nous résolumes d’arrester cetui-ci, attendant qu’il nous donnast trois jeunes garçons des principaux d’entre eux, l’un des montagnes, le second des Trois Rivières, et le troisiesme le fils du soubçonné, jusqu'à ce qu ils nous livrassent le meurtrier qui avoit fait le coup : ils nous demandérent terme de trois Jours, tant pour délibérer sur ceste affaire, que pour essayer de pouvoir descouvrir Le meurtrier, ce que nous leurs accordasmes.

Ils s'en retournèérent en leurs cabannes, et alors

nous avions à nous tenir sur nos gardes, tant au fort qu'a l'habitation, donnant advis aux Pères Jésuistes et au cap de Tourmente que chacun eust à se bien garder, et ne permettre qu'aucun Sauvage les accostast sans estre les plus forts : toutes choses estant bien disposées nostre Sauvage que nous avions retenu attendant son fils en sa place et les autres.

Le troisiesme jour ils ne faillirent à venir amenant quant et eux les trois jeunes garçons de l'aage de douze à dix huict ans nous disant qu'ils avoient fait grande recherche et perquisition pour sçavoir ceux qui avoient tué nos hommes, et qu'ils ne l'avoient peu sçavoir, qu'ils feroient en sorte

qu'en peu de temps ils nous en donneroient advis,

et qu'ils estoient très-desplaisants du malheur qui 1e ex

nous csioit arrivé, que pour eux 1ls estoient tous innocents, et que comme tels, ne se sentoient coulpables. Ils amenérent ces trois jeunes garçons, le fils de nostre prisonnier, et un de Tadoussac , et l'autre de Mahigan Aticq qui demeuroient proche de nostre habitation, et deschargérent ceux des Trois Rivières, disant que ce ne pouvoit avoir esté aucun d’iceux qui eust fait ce meurtre, d'autant qu'ils n’estoient que deux cabannes, que la nuict que nos gens furent tuez ils estoient tous à leurs maisons , au reste ils nous priérent que nous ves-

cussions en paix, attendant que les meurtricrs

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