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mai pour nous secourir, imaginant que quelque changement d'affaire en ceste société seroit arrivé, ou contrariété de mauvais temps.
Le 29 dudit mois de juin arrivèrent quelque canots dudit Tadoussac, pour avoir des pois, où ils perdirent leur temps, n'en ayant pas pour nous en suffisance, si les vaisseaux ne nous secouroient, voyant le retardement, le temps qui se passoit, ne pouvant avoir lieu d'aller à Gaspey, 190 lieues à val de Québec, pour recouvrir quelques commoditez des navires qui pourroient estre à la coste, et treuver passage pour partie des personnes qui estoient trop, pour le peu de commoditez qui nous restoient. Tout ceci nous fit délibérer de remédier à ce qui nous seroit le, plus nécessaire, pour n'avoir barque à Québec. Ledit de la Ralde les ayant laissées à Tadoussac au lieu d'en envoyer une pour subvenir aux inconvénients qui pourroient arriver. De plus que l’habitation estoit sans aucun matelot, ni homme qui peust sçavoir ce que c'estoit de les accommoder et conduire : de bray, voiles et cordages nous n'en avions point, et pen d'autres choses qui manquoient pour telles affaires , ainsi estions dénuez de toutes commoditez, comme si l’on nous eût abandonnez, car la condition des vivres que l’on nous avoit laissé avec le peu de toutes choses nous le fit cognoistre, c’est assez que la peleterie soit conservée, l'utilité de-
meure aux associez et à nous le mal : c'est comme Sa Majesté est servie, aux désordres qui se commettoient en ces affaires, et l'ennemi qui faisoit profit de nostre désordre et nous succomber si l’on n'y prenoit garde : il ne manque point de François perfide, indignes du nom, qui vont treuver l’Anglois ou Flamand, leur dire l’estat auquel l’on estoit : qui pouvoient s'emparer de ces lieux, n’estants accommodez des choses nécessaires pour se deffendre et s’opposer à leurs violences.
Cependant il nous faut adviser de quel bois l’on {era flèche, pour nous garantir des inconvénients qui pouvoient arriver, nous treuvasmes à propos de mettre tous nos hommes à chercher du bray dans les bois, et sapinières , suffisamment pour brayer une barque et chalouppe pour envoyer à Tadoussac, accommoder la plus commode , et l’amener à Québec, pour plus facilement et commodément mettre les personnes que nous voulions renvoyer à Gaspey, pour treuver passage aux vaisseaux qui estoient aux Costes pour s’en retourner en France. La diligence d’un chacun fut telle,
qu en moins de cinq à SIX JOUTS, NOUS EN EUSMES
suffisamment , de là fusmes au cap de Tourmente tuer un bœuf pour en avoir le suif, poür mesler avec le bray, l’on fit faire aussitost de l’estouppe de vieux cordages, ramassant toutes choses au moins mal que l'on pouvoit pour nous accom-
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18, VOYAGES moder, et au nombre de ceux qui devoient retourner, l'on mettoit deux familles qui n’avoient pouce de terre pour se pouvoir nourrir, estants entretenus des vivres du magazin, car tout cela ne nous servoit de rien, qu'à manger nos vivres dix personnes qu'ils estoient en ces deux familles, hormis les deux hommes qui pourroient estre employez, l'un boulanger, et l’autre qui servoit de matelot. Or comme toutes choses furent prestes il ne failloit plus treuver qu'un homme qui fût entendu à calfeultrer la barque, et l'accommoder de ce qui lui estoit nécessaire, nous nous adressasmes à un habitant du pays, quise nourrit de ce qu'il a défriché au pays, appelé Couillart, bon matelot , charpenuüer et calfeultreur, qui ne pouvoit estre suject qu'à la nécessité, auquel uous mettions toute nostre asseurance qu'il nous secoureroit de son travail et industrie, d'autant que depuis quinze ans qu'il avoit esté au service de la compagnie, il s'estoit tousjours monstré courageux en toutes choses qu'il faisoit, qu'il avoit gaigné l'amitié d’un chacun, faisant ce que l’on pouvoit pour lui, et de moi je ne m'y suis pas espargné en laut ce qu'il avoit à faire. Enfin je lui dis qu'ilestoy cessaire, n'ayant personne en nostre habitation, qu’il allast à Tadoussac accommoder ceste barque, il chercha toutes les excuses qu'il peust pour s’en exempter, assez mal à propos et sans raison, qui me fit lui
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tenir quelques propos fascheux. Bref, pour toute conclusion dit qu'il avoit peur des Sauvages qu’ils ne Passommassent : pour le relever de ceste appréhension, je lui fis offre de lui donner une chalouppe bien esquipée d'hommes et d'armes, et envoyer mon beau-frère pour l’asseurer, tout cela ne servit de rien, sinon que pour accommoder deux chalouppes qui estoient en nostre habitation, qu'il le feron volontiers, mais d'y aller il craignoit sa peau, et ne vouloit abandonner sa femme, pour la conserver, je lui dis vous l'avez tant de fois laissée seule avec sa mére par le passé, allez lui dis-je alors, vous perdez toutes les conditions que l’on pouvoit espérer d’un homme de bien, si ce n'estoit pour peu je vous fairois mettre prisonnier, pour la désobéissance que vous faite en une nécessité, vous déservez le Roy en tout ceci, néantmoins on advisera à ce que l’on aura à faire. Le sieur du Pont et moi advisasmes que se servir d'un homme par force l’on n’en auroit jamais bonne issue, et falloit s’en passer, et qu'il nous calfeultrast deux chalouppes, n’en pouvant ürer autre service.
Le 9 de juillet deux de nos hommes vindrent à pied du cap de Tourmente apporter nouvelle de l’arrivée de six vaisseaux à Tadoussac, selon le rapport d'un Sauvage, lequel ce mesme jour nous confirma son dire, qu'un homme de Dieppe ,
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nommé le capitaine Michel, commandoit dedans, venant de la part du sieur de Caen : ce discours nous fit penser que sc pouvoit estre celui avec lequel ledit de Caen avoit part en son vaisseau, qui venoit ordinairement à Gaspey faire pescherie de molue, ces nouvelles aucunemert nous resjouirent : d'autre part considérant qu'il y avoit six vaisseaux, chose extraordinaire en ces voyages pour la traitte, que ce capitaine Michel commandoit à ceste flotte, il n’y avoit pas d'apparence n’estant homme propre à telle conduitte, qui nous fit croire qu’il y avoit plus ou moins en l'affaire, un changement extraordinaire. De plus que le Sauvage estant interrogé particulièrement se treuvoit en plusieurs dire, entr'autre chose nous dit qu’ils avoient pris un Basque qui traittoit à l’isle Percée, traittant ses marchandises aux Sauvages dudit Tadoussac : désirant en avoir une plus ample vérité, nous résolusmes de sçavoir d’un jeune homme truchement de nation grecque, s’il pourroit se déguiser en Sauvage et aller en un canot recognoistre quels vaisseaux se pouvoient estre, en lui donnant deux Sauvages avec lui, ausquels avions de la créance et fidélité, qui nous promettoient servir en ceste affaire en les gratifiant de quelque honnesteté, ledit Grec se résolut de s’embarquer, l'ayant accommodé de ce qu’il lui estoit nécessaire 11 paru.
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Cependant j'estois en meffiance, craignant ce Ep À là que souvent j'avois appréhendé, et les advis que plusieurs fois j'avois donné, sçavoir que se ne fussent ennemis, qui me fit mettre ordre tant à l'habitation qu’au fort, pour nous mettre en l’estat de recevoir l'ennemi si tel estoit.
Voilà qu’une heure après le partement dudit Grec il s’en revient avec deux canots qui se sauvoient à nostre habitation, en l’un desquels estoit | Foucher, qui estoit demeurant audit cap de Tourmente, pour avoir esgard aux hommes qui y estoient habitez, lequel nous dit qu'il s’estoit he sauvé des mains des Anglais qui l’avoient pris SG prisonnier, et trois de ses hommes, une femme et É une petite fille qu'ils avoient amené à bord d’une barque qui estoit mouillée à l’anchre letravers dudit cap de Tourmente, ayant tué en partie ce qu'ils RQ LE voulurent du bestial, et fait brusler le reste dans : leurs estables, où ils l’enfermérent, comme aussi ne: M deux petites maisons où se retiroit ledit Foucher | à et ses hommes, après avoir ravagé tout ce qu'ils ANT peuvent jusqu'à des béguins de la petite fille : ceste ; | L. 44 tuerie de bestial faite, ils s’en retournérent promp- BE tement et se r'embarquèrent, mais ce n'estoit pas sans crainte qu'ils avoient qu'on ne les poursui- sas vast, ce que asseurément eust esté fait si nous eus- FU sions eùû certains advis de leur arrivée par les Sauvages, qui le sçavoienttousbien, comme perfides
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el traistres qu'ils sont, celérent ceste meschante nouvelle, au contraire ils faisoient courrir le bruit que c'estoient des nostres et de nos amis, que nous ne nous devions mettre en peine. Ceste barque es- Loit arrivée une heure ou deux devant le jour, et mouillèrent l’anchre comme dit est, et aussitost mirent quinze à seize soldats dans une chalouppe, mettant pied à terre venant le long du bois, pensant surprendre nos gens couchés : mais comme ils arrivérent proche de l'habitation ils virent ledit Foucher, qui leurs demanda d’où ils estoient, qu'ils eussent à s'arrester, un des siens s’avançant à ceste troupe en laquelle d’abord ne paroissoit que François, qui l’année d'auparavant estoient venus avec ledit sieur de la Ralde, dire, nous sommes de vos amis, ne nous Cognoissez vous pas, nous cstions l'année passée ici, nous venons de la part de monseigneur le cardinal, et de Roquemont, allant à Québec leur porter des nouvelles, et en passant avions désir de vous voir. A ces douces paroles et honnestetés ils se saluëèrent les uns et les autres, pensant que tout ce qu’ils disoient estoit en vérité, mais ils furent bien estonnez qu'estants environnez quatre personnes qu'ils estoient, qu’ils furent saisis et pris comme Jai dit-dessus, car les traistres Sauvages leurs avoient rapporté l’estat en quoi nous estions.
Estant trop accrtené de l'ennemi je fais employer
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tout le monde à quelque retranchement autour de l'habitation , au fort des barricades sur les ramparts qui n’estoient parachevez, n’y ayant rien fait depuis le partement des vaisseaux, pour le peu d'ouvriers que nous avions , qui avoient esté assez empeschés tout l'hiver à faire du bois pour le chauffage, toutes ces choses se faisant en diligence, je disposai les hommes aux lieux que je jugeai estre à propos, afin que chacun cogneust son quartier, et y accourust selon la nécessité du temps.
Le lendemain 40 du mois sur les trois heures après midi apperceusmes une chalouppe, qui tesmoignoit avoir la manœuvre qu'ils faisoient, qu'ils désiroient aller dans la rivière Sainct Charles pour faire descente ou mettre le feu dans la maison des Pères, ou bien ils nesçavoient pas bien prendre la route pour venir droit à nostre habitation, jugeant aussi que ceste chalouppe ne pouvoir faire grand eschet, s’il n’en avoit d’autres, et que venir à l'estourdie de la façon il n’y avoit point d'apparence: car ils pouvoientse promettre d'y demeurer la plus grande part, qu'il falloit quelque autre suject les amenast , qui fit que néantmoins je ne voulus négliger ce qui estoit à faire, envoyant quelques arquebusiers par dedans les bois recoynoistre où ils mettroient pied à terre, là les attendre de pied ferme à leur descente pour les
empescher et deffaire s’il y avoit moyen : comme ils approchoient de la terre nos gens cogneurent les nostres, qui estoient dedans avec une femme et la petite fille qui les asseura, se monstrant quelques uns leurs disant qu’ils allassent descendre à l'habitation, ce qu'ils firent, recogneusme que s’estoient des Basques prisonniers des Anglois, qui l’avoient envoyée pour rapporter nos gens , et une lettre de la part du général , l’un des Basques que je fis venir qui avoit la lettre, me dit, monsieur le commandement forcé que nous avons du général anglois qui est à la radde de Tadoussac, nous a contrainct de venir en ce lieu vous donner ceste lettre de sa part , laquelle verrez s'il vous plaist vous prie de nous pardonner et excuser puisque la contraincte nous y a obligé. Je pris la lettre et fis entrer les Basques qui estoient au nombre de six , ausquels je fis faire bonne chère, attendant qu'on les eust depesché, il estoit assez tard, qui fit qu'ils ne s’en retournèrent que la lendemain matin.
Ledit sieur du Pont et moi et quelques autres des principaux de nostre habitation , que je fis assembler pour faire la lecture, pour adviser à ce que nous respondrions, voici la teneur ci-dessous.
« Messieurs, je vous advise comme j'ai obtenu « commission du Roy de la Grande-Bretagne ,
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autres
« mon très honoré seigneur et maistre, de prendre « possession de ces pays, sçavoir Canadas et l’Aca- « die, et pour cet effect nous sommes partis dix « huict navires, dont chacun a pris sa route selon
« l'ordre de Sa Majesté, pour moi je me suis désja
« saisi de la maison de Miscou, et de toutes les « pinaces et chalouppes de ceste coste, comme «aussi de celles d'ici de Tadoussac où je suis à ‘présent à l’anchre, vous serez aussi advertis « comme entre les navires que j'ai pris il y en a un «appartenant à la nouvelle compagnie, qui vous venoit treuver avec vivres et rafraischissements, et quelque marchandise pour la traitte, dans lequel commandoit un nommé Norot: le sieur de la Tour estoit aussi dedans, qui vous venoit treuver, lequel j'ai abordé de mon navire : je « m'éstois préparé pour vousallertreuver, mais j'ai «treuvé meilleur seulement d'envoyer une pa- « tache et deux chalouppes, destruire et se saisir « du bestial qui est au cap de Tourmente, car je « sçais que quand vous serez incommodé de vivres, « j'obtiendrai plus facillement ce que je désire, qui est d’avoir l'habitation : et pour empescher que nul navire ne vienne je résous de demeurer ici, jusqu’à ce que la saison soit passée , afin que nul navire ne vienne pour vous avictvailler : c'est pourquoi voyez ce que désirez faire, si me désirez rendre l'habitation on non, car Dieu
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