‹ Voyages du Sieur de Champlain ou Journal ès découvertes de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 47 sur 89 · FRS · texte numérisé non relu

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pierre , 6L en ayant treuve il les taille , un menuisier entreprend de les monter. De sorte que ceste nécessité nous fit treuver ce qu'en vingt ans l'on avoitcreu estre comme impossible. Ce moulin s'achève avec diligence , ou chacun portoit sa semenée de poids que l’on mouloit et en recevoit on de bonne farine, qui augmentoit nostre bouillie, et nous fit un très grand bien, qui nous remit un peu mieux que nous n'estions auparavant.

La pesche de l’anguille vint qui nous aida beaucoup, mais les Sauvages habiles à ceste pesche ne nous en donnèrent que fort peu, Les nous vendant bien chères, chacun donnants leurs habits et commodités pour le poisson, il en fut traitté quelque 1200 du magasin pour des castors neufs , n’en

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gaie voulant point d'autres, dix anguilles pour castor, lesquelles furent departies à un chacun, mais c’estoit peu de chose.

Nous espérions que le champ de Heber et son gendre, nous pourroient soulager de quelque grains à la cueillette : de quoi ils nous donnoient bonne espérance, mais quand ce vint à les recueillir il se trouva qu'ils ne nous pouvoient assister que d'une petite esculée d'orge ; pois et bleds d'Inde par semaine , pesant environ 9 onces et demie, qui estoit fort peu de chose à tant de personnes , ainsi nous fallut passer la misére du temps.

Les Peéres Jésuites avoient un moulin à bras où les

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DE CHAMPLAIN. 205 mesnages alloient moudre leurs grains le plus souvent. Heber ne faisoit rien que nous ne recogneussions la quantité qu'il en mouloit, afin de ne donner suject de plainte qu'il eust faict meilleure chère que nous, ce que je ne faisois pas semblant de veoir, bien que je pâtissois assez, mais c’est la coustume qu'en telles nécessités chacun tasche de laure magasin à part, sans en rien dire : je n'estois lié à eux de faire la levée de leurs bleds, ce qu'autre que moi n'eust pas permis en telles nécessités , car en leur donnant leur part comme aux autres on en estoit quitte, et le surplus leur estoit payé, c'est de quoi il avoit peur.

IL est vrai que ledit sicur de Caen avoit envoyé des meules à Tadoussac, mais par la négligence de ceux qu'il envoyoit au pays peu affectionnés, aimérent mieux les laisser en ce lieu que les porter à Quebec, sçachant bien qu'on ne les pouvoit enlever que par leur moyen, c'estoit à ce que l’on dit, qu'il y en avoit en la Nouvelle France, mais il eust autant vallu qu'elles eussent esté à Dieppe qu'audit Tadoussac, où depuis les Anglois les ont rompues en plusieurs pièces.

Voyant le soulagement que nous recevions de ce moulin à bras, je me délibérai d'en faire faire un à eau, et pendant l'hiver employer quelques charpentiers à apprester le bois qui seroit nécessaire pour cet effect, comme pour le logement à

Meules que l'autheur avoit envoyez à Ta doussac,

Fait faire un moulin à eau,

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Travail des hommes durant l'hyver,

Sauvage qui les assiste,

L'autheur res proche leur gloutonnerie,

200 VOYAGES le mettre à couvert, et au printemps faire tailler les meules, et ainsi accommoder un chacun de ceux qui auroient des grains à faire moudre, et ne retomber plus aux peines où l'on avoit esté par le passé, qu'à ce deffaut ceux qui auroient volonté de défricher qu'ils le fissent pendant que commodément ils feroient moudre leurs grains.

Tout l'hyver nos hommes furent assez fatigués à couper du bois, et Le traîner sur la neige de plus de 2,000 pas pour le chaufage, c’estoit un mal nécessaire pour un plus grand bien : quelques Sauvages nous aidèrent de quelques eslans, bien que peu pour tant de personnes, et celui qui nous assista s'appelloit Chomina qui veut dire le raisin, trés bon Sauvage et secourable. J'envoyai quelques uns de nos gens à la chasse essayer s'ils pourroient imiter les Sauvages en la prise de quelques bestes, mais ils ne furent si honnestes que ces peuples, car ayant pris un eslan trés puissant ils s’'amusérent à le dévorer comme loups ravissants, sans nous en faire part, que d'environ vingt livres, ce qui me fit à leur retour user de reproches de leur gloutonnerie, sur ce que je n’avois pas un morceau de vivres que je ne leurs en fisse part : mais comme ils estoient gens sans honneur et civilité, aussi s’estoient-ils gouvernés de mesme, et depuis je ne les y envoyai plus, les occupant à autres choses. La longueur de l'hiver nous donnoit assez sou-

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e 1eul : : 6 Résolution de at | sions aucuns vaisseaux, de faire accommoder une Fatheureneas RER petite barque du port de sept à huict tonneaux, tie qui estoit restée à Québec parce qu'elle ne valloit ae les rien qu'à brusler. Ceste nécessité nous fit résoudre FA à lui donner un radoub pour s'en pouvoir servir,

A ÉQUE comme je fis y commencer le premier de mars, et

DE CHAMPLAIN. 207 vent à penser aux inconvénients qni pouvoient arriver, comme une seconde prise de nos vaisseaux, et les moyens que nous pourrions avoir pour subvenir à nos nécessités, qui estoient plus grandes qu'elles n'avoient jamais esté, d'autant que toutes nos légumes nous défailloient en mai, quelque mesnage que j'eusse fait, qui estoit le temps que nous attendions nouvelles, ou bien pour le plus tard à la fin de mai, et estoit meilleur pâtir doucement, que manger tout en un coup, puis mourir de faim : c'est ce que je remonstrois à tous nos gens, qu'ils prinssent patience attendant nostre secours.

Je pris résolution que si nous n'avions des vaisseaux à la fin de juin, et que l’Anglois vint comme il s'estoit promis, nous voyant du tout hors d’espérance de secours, de rechercher la meilleure composition que je pourrois, d'autant qu'ils nous eussent fait faveur de nous rapasser et avoir compassion de nos misères, car autrement nous ne pouvions subsister.

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Or

208 VOYAGES dans icelle barque y mettre le plus de monde que

l'on pourroit, y mettant quelque pelleterie et aller

ane rem à Gaspey, Miscou et autres lieux vers le Nort, pour

trouver passage dans des vaisseaux qui viennent

faire pesche de poisson, et payer leur passage en pelleterie, et ainsi la barque pourroit faire deux voyages partant d'heure, ce qui devoit estre pour

le premier voyage le 10 de juillet, et ainsi des-

charger l'habitation d’un nombre d'hommes, et

en retenir suivant la quantité des grains que l’on

cust pu recueillir tant au désert d'Hébert comme

celui des Péres qui devoient estre ensemencés au printemps, qui avoient réservé des grains et légu-

mes pour cet effect. Mais tout le mal que je pré-

voyois en ceste affaire estoit de pouvoir vivre attendant le mois d’aoust, pour faire la cueillette

des grains : car 1l falloit avoir de quoi passer trois

blé des:noutnts à quatre mois, ou mourir : nostre recours, bien que misérable, estoit d'aller chercher des herbes

et racines, et vaquer à la pesche de poisson, atten-

dant le temps de nous voir plus à nostre aise, et

s’il eust esté impossible de redonner le radoub à la

barque, comme l’on pensoit au commencement

Résolution de © EStoit d'emmener avec moi ü0 à 60 personnes, et M m'en aller à la guerre avec les Sauvages qui nous eussent guidés aux Irocois, et forcer l’un de leurs villages, où mourir en la peine pour avoir des

bleds , et là nous y fortifier en y passant le reste de

rat

que l’esté, de l'automne, et l'hiver plustost que mourir aller de faim les uns pour Les autres à l'habitation, où pour nous eussions attendu nouvelle au printemps de D ceux de Québec par le moyen des Sauvages, et me pee promettoient que si tant estoit que Dien nous fadeux | vorisast du bonheur de la victoire, que ce seroit le ds chemin de faire une paix générale, et tenir le pays | des- et Les rivières libres. Voilà les résolutions que j'aues ;, el rois prises, si Dieu ne nous assistoit de secours plus e lon favorable.

us Le 19 du mois d'avril arriva un Sauvage appellé tn Srurse “e pe Érouachy, homme de commandement, il y avoit” L | légu- près de deux ans qu’il estoit parti de Québec lors Je NE que nos hommes furent massacrés, lequel nous et avoit asseuré qu'à son retour (qui ne devoit estre eilleuc que de 7 à 8 mois) il nous sçauroit à dire au vrai RC le meurtrier de ces panvres gens, mais comme il s, bien avoit haléné ceux qui excusoient celui que nous herbes tenions prisonnier, frappé du mesme coin, il nous ARE voulut imprimer la mesme marque, se voyant ie, €t vaincu de quelques particularités de la vérité et oub à la de la raison qu’on avoit de le retenir, j À D E retenir, Jusques à ce cement que l’on eust fait une plus particulière recherche, D à il dit qu'il falloit attendre que tous les Sauvages RRRRES fussent assemblés, s’asseurant tellement que celui 4 us qui avoit fait le coup viendroit, et nous le livre- Jour des

reste de

roit, si n’estoit qu'il fust adverti, qu’en ce cas il ne le pourroit faire, néantmoins que si nous lai- TOME U. 14

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