‹ Voyages du Sieur de Champlain ou Journal ès découvertes de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 61 sur 89 · A VÆ · texte numérisé non relu

A VÆ

qu'il me seroit possible avec les Sanvages, et les vaisseaux françois revenant prendre possession , leur donner sa pelleterie et en tirer l'argent qu’il leur avoit promis, et leur abandonner vos terres, puis vous en revenir en leurs vaisseaux, car il faut avoir plus de soin de l'ame que du corps, et ayant de l'argent en France vous pourrez vous tirer hors des nécessitez. Ils me remerciérent du conseil que je leur donnai, qu'ils le suivroient, espérant néant-

moins nous revoir la prochaine année avec l’aide de Dieu.

DE CHAMPEAIN. 277

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it CHAPITRE IV.

nt rs Combat des François avec les Anglois. — L’autheur est pris en de ä combattant. On le fait parler au sieur Émery. — Voyage des se Et François à Tadoussac. — Le beau-frère de l’autheur lui ÿ Et Lt- compte son voyage. — Émery taschoit regaigner Québec. à sl, de ‘

Le 24 dudit mois nous levasmes les anchres et mismes à la voile, ce jour fusmes mouiller l’anchre au bord de l'Est Nordouest de l’isle d'Orléans, le lendemain mismes sous voille et le travers de la Malle-baye, 25 lieues de Québec l’on aperceut un vaisseau du costé du Nort qui mettoit soubs voille, lequel taschoit d’aller vers l’eaue pour gaigner le vent et faire retraitte s’il pouvoit, il fut trouvé appartenir audit sieur de Caen, où son cousin Émery commandoit, qui venoit à Québec pour prendre les castors qui y estoient, et traitter quelque marchandise qu'il avoit, et autres commoditez à lui appartenant, d'autant que lAnglois sçavoit quil estoit en la rivière, comme il sera dit ciaprés.

Ledit Thomas commanda d'approcher le plus

‘Combat des près que l'on pourroit du vaisseau dudit Émery "is"

eoups de ca

pour le saluer de quelques canonades, qui lui fu- nv

rent aussi tost respondus par autres coups de meilleure amonition, s'entretirent quelque temps environ 50 coups, l'un qui fut tiré du vaisseau dudit Émery emporta la tête d’un des bons mariniers dudit Thomas Quer, Émery fist quelques bordées pour tascher de gaigner le vent pour se sauver, mais Thomas désirant en venir aux mains et l’a-

Ce que Tho-

moi di à Dorder, me dist ; monsieur vous sçavez l’ordre de RS mer, qui ne permet à ceux d'un contraire parti estre Libre sur le üllac, c'est pourquoi vous ne trouverez estrange que vous et vos compagnons descendiez sous le tillac, où estant fist fermer les paneaux et les clouer sur nous, faisant mettre ses matelots et soldats en ordre pour combattre à l'a-

bordage qui fut faite assez mal à propos, entre le

mas de van et le beau-pré dudit vaisseau d'Émery,

lequel de son costé faisoit son devoir de se tenir

prest pour se deffendre à l’abordage: chacun fait

ce qu'il peut pour vaincre et terracer son ennemi :

On vint aux CE fut alors qu'on vint aux coups de pierre et

coups de pierre,

et balles de x balles de canon, et autres choses qu'ils pouvoient attraper se jettant d’un bord à l’autre, ar les uns ni les autres ne pouvaient entrer dedans leurs vaisseaux que par le be. ré du vaisseau dudit Thomas Quer, à cause que 1e vaisseau (comme j'ai dit) avoit abordé debout, et une pate de l’anchre de celui de Thomas Quer s'estoit attachée et crampon-

née au vaisseau d'Émery, ensorte qu'ils ne se pou-

voient désaborder : et.un homme armé d'un bord

à autre pouvoit facillement empescher d'entrer :

cependant que les gens de Thomas Quer estoient ainsi mal menez, une partie se jeta au fond du vaisseau que ledit capitaine faisoit monter à coups de plat d'espée, mais c'est une mauvaise chose quand la peur saisit les courages, le chef mesme ne sçavoit pas bien où il en estoit , car peu l'accompagnoient au combat, il ÿ eust quelque rumeur en ce combat dans le vaisseau d'Émery de Caen, qui par un courage lasche cria assez hautement Cartier, Cartier, ce qui fut entendu par T homas Quer, qui aussi tost ne voulut perdre temps, et releva ceste parolle, leur promettant toute courtoisie, auant dit-il, qu'au sieur de Champlain que nous avons ici, et prenez garde de conserver vos vies. Pendant tout ce combat les deux pataches approchoient qui eussent mal mené ledit Émery, qui ne pouvoit se désaborder, voyant l'inconvénient qu'il pouvoit encourir, ayant des gens en son bord qui n'avoient envie de bien faire, il demanda à me voir : pendant ce temps le combat cessa d'une part et d'autre, et vint on aussi tost avec une pinse à ouvrir les paneaux, l’on m'enlève promptement pour aller parler audit Émery de Caen: ledit Thomas Quer quià son visage et contenance tesmoiunoit n’estre pas bien en seureté de sa personne,

et disoit, Asseurez-vous (me dit-il) que si l'on tire

Pouse de Pau beur pi

Langlois

Ou Le faut parler au sieur Eu "y.

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du vaisseau que vous mourrez, dites leur qu'ils se rendent, je leur ferai pareil traitement qu'à vostre personne, autrement ils ne peuvent éviter leur

ruine, si les deux pataches arrivent plus tost que

ricuns Quer, là Composition soit faite : je lui dis, Monsieur de me faire mourir en l’estat que je suis, il vous seroit

très facile estant en vostre puissance, vous n’y au-

riez pas d'honneur, en dérogeant à ce que m'avez promis, et vostre frère le capitaine Louis Quer

aussi, de plus je ne puis commander à ces personnes-là, et ne peux empescher qu'ils ne fassent leur devoir, en se maintenant et défendant comme gens

de bien, vous les devez louer plus tost que les blas-

mer, vous sçavezquia un priss wier l'on lui fait dire

ce que l’on veut, ctpar conséquent ledit Émery ne doits’arrester à ce que je lui pourroispersuader : je

Thai le VOUS prie donc, dit-il, de les asseurer qu'ils auront

prie de dire aux

sens qu'ils se toute sorte de bon traitement s'ils se veulent ren-

rendent.

dre, ce que je fis, parlant audit Émery de Caen qui

SRE an

estoit sur le bord de son vaisseau, lequel demanda

Me

de rechef parole dudit Thomas Quer, qui promet leur faire la mesme composition qu'il m'avoit faite : ils mettent les armes bas, les deux pataches arrivent aussi tost, ausquelles ledit Thomas Quer fait défences d'offencer les nostres, qui sans doute les eussent ruinez, et sans icelles le vaisseau anglois eust esté enlevé : ledit Émery ayant l’ad-

vantage, se rendant maistre du vaisseau anglois

ils se

"otre leur t que r de Seroit y auavez Quer ‘sonleur gens blasdire y ne r:Jje ront ren- | qui nda pro n'aatamas sans eau ad-

Lois

avec le sien, moi et autres François qui estoient dedans, les Anglois eussent apporté du renfort, et desmélant Les vaisseaux du grapin qui y tenoit, l'on eust peu prendre leurs deux pataches. L'accord fait tant d'un costé que d'autre, Lépinay lieutenant dudit Émery de Caen, entra dans le vaisseau , et aprés ledit Émery, qui vinrent faire la révérence à Thomas Quer, ledit de Caen me dit, qu'il venoit pour me secourir, que son cousin de Caen ai à lauiheur, lui avoit donné lettre pour n'apporter, par laquelle il mandoit qu'il menvoyoit des vivres pour trois mois, attendant plus grand secours du sieur Chevalier de Rasilly qui devoit arriver en bref, néantmoins il croyoit que la paix estoit faite entre la France et l'Angleterre.

L’exécution faite, nous nous en allasmes à la, Ka rade à Tadoussac treuver le général Kertk, où le- d dit Émery auparavant avoit pensé aller, perdre par une disgrâce qui lui survint le travers de Tadoussac , commie il sera dit en son lieu, estant arrivez à la rade du moulin Baudé, où estoient encore les Anglois, ledit général nous fit bonne ré- | Sont bien re ception, bien aise de ceste prise : aussi y vismes autos nous ce bon traistre et rebelle Jacques Michel, qui avoit conduit les Anglois dés la première et seconde fois : il estoit contre-admiral de ceste flotte, com- fleur, posée de cinq grands vaisseaux de trois à quatre"

cents tonneaux, très bien amunitionnez de canons,

282 VOYAGES poudres, balles , et artifices à feu : à la vérité, hors les officiers, le reste n’estoit pas grande chose, il y avoit en chacun prés de six vingt hommes, aussi jy vis mon beau-frère Boulé, qui avoit esté pris depuis qu'il estoit parti de Québec, lequel me fit le discours de ce qui se passa en son voyage depuis son département, qui fut tel qui s'ensuit. génie Il me dit que partant de Québec avec les in- “y. commoditez qu'ils avoient receues allant à Gaspey, ils rencontrérent Émery, estant fort resjouis d’une si heureuse rencontre, il leur donna de quoi se ra-

fraischir, lui ayant dit que son cousin de Caen

, . » , l'envoyoit tant pour querir les castors, qu'autres

commoditez sil en restoit et apporter au fort des

vivres pour trois mois,attendant le secours de mon-

sieur de Rasilly qui estoit prest à faire voile, quandil partit de la Rochelle , et que sans l’arrest que Joubert lui fit de la part de la compagnie, il eust ar- | rivé un mois plustost à Québec, et n’avoit peu faire | ( autrement pour le mauvais temps qui l’avoit con- | trarié à la mer, qui le contraignit relascher à la | Rochelle, pour faire quelque radoub en son vaisseau qui estoit du port de 70 tonneaux : croyant que la paix estoit faite entre l'Angleterre et la France, d'autant qu'il avoit veu quelque lettre entre les mains de monsieur de la Tuilerie à la Rochelle, où on l’asseuroit d’icelle, mesme que l'on

ne donnoit plus de congé pour faire la guerre à

é, hors se, 1l y , AUSS) té pris mme fit ue deit.

les inaspey, s d’une l se r'a- » Cacn autres rt des monaand il e JouiSt aru faire t conr à la | Vaisroyal et la lettre la Roe l'on

rre à

DE CHAMPLAIN, 283 l’'Anglois : joint aussi que le capitaine Daniel venoit en la compagnie dusieur Chevalier de Rasilly, Joubert devoit venir devant et quelques deux autres barques, l'une appartenante aux Pères Jésuites, où estoient les révérends Pères Allemand et Noyrot, qui venoient pour secourir leurs Pères à Québec, croyant que ces vaisseaux pourroient estre dans la rivière, s'ils avoient vent favorable, ledit Émery de Caen demanda s'il ne sçavoit point qu'il y füt entré des vaisseaux dans la rivière, il lui dit que non, ee qui donna courage audit Émery, pensantarriver des premiers à Québec, pour emporter promptement ses peleteries, et traiter quelque peu de marchandises et vivres qu'il avoit, premier que ledit Daniel et Joubert arrivassent, il prit les cinq cents castors qui estoient en la barque qu'il mit en la sienne.

Aprés tous ces discours passez, et que je lui eus représenté la nécessité en laquelle nous avions esté laissez, 1l se délibère de monter au plustost : moi fort resjoui désirant estre des premiers à vous donner ce bon advis de ce secours si {ivorable en une telle nécessité, je dis audit Émer ÿ qu'il estoit à propos que j'allasse devant avec la chalouppe, pour afin que s’il y avoit du calme, au moins qu'il nous donneroit ce contentement que de nous apporter les nouvelles, que pour cet effect il ui demanda de changer son:esquippage de matelots pour faire diligence, d'autant que les siens estoient

foibles er débiles, qu'ils ne pourroient nager comme les siens qui estoient frais, et aussi donner quelque baril de poudre pour nous sécourir, ce qu'il refusa , disant, qu'il ne désiroit se défaire de ses hommes ni de sa poudre, leur donnant seulement un peu de biscuit : que pour la petite barque où il estoit allé, il l'avoit laissée à gouverner et commander à Desdames , lequel devoit suivre ledit Émery de Caen. Je partis tout ainsi, avec la chalouppe et mes matelots harassez de nécessité et travail : le désir que nous avions de vous donner des nouvelles , nous donnoit de tant plus de courage. Au bout de quatre ou cinq jours après avoir quitté ledit Émery, nous apperceusmes quelque vaisseau vers l’eaue, désirant l'aller recognoistre, pensant que se fût celui dudit Daniel, selon que l'on nous l'avoit représenté , mais comme nous eusmes recogneu que ce n'estoit point lui, ains un vaisseau anglois, nous résolusmes de gagner la terre, pour nous sauver, le vaisseau anglois ( où estoit ledit Thomas Quer) appercevant que nous faisions retraitte nous tire un coup de canon, et aussitost esquippe uneautre chalouppeavec double esquippage, pour lasser les nostres qui faisoient ce qu'ils pouvoient pour se sauver : en ceste occasion l'esquippage frais dudit Émery eust peû servir, nos matelots n'en pouvant plus, pour estre foibles

et débiles du travail : nous fusmes attaints par Les

nt nager

ussi donsécourir, se défaire donnant la petite i gouverevoit suinsi, avec nécesside vous tant plus urs après

nes quel-

'COYNOISelon que ne nous ui, ains agner la lois (où ue nous non, et > double olent ce )CCASION servir, foibles

par Les

DE CHAMPLAIN. 285 Anglois qui pillérent et ravagérent tout ce que nous avions, on nous emmène audit Thomas Quer qui nous reçoit assez courtoisement, il me mena à son frère le Général, qui me fait trés bonne réception et nous mena à Tadoussac avec lui, je lui fis entendre comme ledit Émery de Caen lui avoit dit asseurément que la paix estoit faite, l'ayant sçeu de personnes dignes de foy an partir de la Rochelle. A il les articles , me dit le général. Non, ce sont contes faits à plaisir , il s’informe de l’estat auquel vous estiez à Québec, je lui en disois bien plus qu’iln’y en avoit ce qu'ils pouvoient croire , mais quelques matelots pris lui disoient que vous estiez bien mal si n’aviez du secours , les Sauvages qui croyoient qu’à ce changement tout leur seroit donné de la part des Anglois, lui dirent le misérable estat auquel vous estiez réduits. Nous arrivons au moulin Baudé ou ils mouillent l’anchre, et aussitostilsarmentleFlibot et deux pataches, pour promptement faire monter à Québec, ils avoient avec eux des hommes anglois, qui avoient esté l'année précédente au cap de Tourmente quand il fust bruslé. Les Sauvages de Tadoussac s’offrant de les conduire , leur disant, qu'ils sçavoient mieux le chemin que les François , à la vérité qu'ils ne mentent pas, car il n'y a endroits ni roches qu'ils ne cognoissent par ex-

périence , que nous n’avons si exacte, néantmoins

Pr qu

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