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proche l'intidélité d'Estienne Bruslé et Marsolet,
tement qu'elles eussent peu faire, et ledit sicur chevalier de Rasilly n’eust laissé d'aller combattre les Anglois, que si cela eust esté, l'ennemi eust esté vaincu, ct l'habitation recouverte. Mais le traité de paix qui se fist ntre le Roy de France et le Roy d'Angleterre empescha d'effectuer la commission qu'il avoit, qui fut changée pour le voyage de Maroc, où il fut; qui ne servit pas beaucoup, et par ainsi ceste Société reçut de grandes pertes en la despense qu'ils firent encore ceste année, pensant que les vaisseaux du Roy devoient faire le voyage, sur les nouvelles certaines que l’on avoit que les Anglois estoient partis de Londres pour aller prendre Quebec. Voilà Les effects de ces voyages, autant malheureux que mal entrepris.
Retournons à ce que nous fismes estant an moulin Baudé, dans les vaisseaux de Quer, deux ou Lois jours aprés nostre arrivée, qui fut environ Île premier d'aoust, nous entrasmes dans le port de Tadoussac, où aussitost le Général fit charger le Flibot pour faire porter ce qui estoit de commoditez à Québec, fit monter une barque à Tadoussac de quelques 25 tonneaux qu'il avoit portée en fagots , où je vis Estienne Bruslé truchement des Hurons, qui s’estoit mis au service de l'Anglois, et Marsolet, ausquels je fis une remonstrance iouchant leur infidélité, tant envers le Roy qu'à leur
patrie; ils me dirent qu'ils avoient esté pris par
DÉ CHAMPLAIX, 209 force, cest ce qui n'est pas croyable, car en ces choses prendre un homme par force se seroit plustost espérer déservice qu'une fidélité, leur disant, Vous dites qu'ils vous on donné à chacun cent pistoles et quelque pratique, et leur ayant ainsi promis toute fidélité vous demeurez sans religion , mangeant chair vendredi et samedi, vous licentianten des desbauches et libertinages désordonnés, souvenez-vous que Dieu vous punira si vous ne vous amendez, il n°y à parent ni ami qui ne vous dise le mesme, ce sont ceux qui accourront plustost à faire faire votre procez : que si vous scaviez que ce que vous faites est désagréable à Dieu et au monde, vous auriez horreur de vous mesme, encore vous qui avez esté eslevez petits garçons en ces lieux, vendant maintenant ceux qui vous ont mis le pain à la main : pensez vous estre prisez de ceste nation? non, asseurez vous, car il ne s’en servent que pour la nécessité, en veillant tousjours sur vos actions, sçachant que quand un autre vous offrira plus d'argent qu'ils ne font, vous les vendriez encore plustost que vostre nation, et ayant cognoissance du pays ils vous chasseront, car on se sert des perfides pour un temps , vous perdez vostre honneur, on vous monstrera au doigt de toutes parts, en quelque lieu que vous soyez : disant, Voilà ceux qui ont trahi leur Roy et vendu
leur patrie , et vaudroit mieux pour vous mourir
Leur res.
ponse,
Louis le Sauvage se met 4
t'au service des An-
glois.
que vivre de la façon au monde, car quelque chose qui arrive vous aurez tousjours un ver qui vous rongera la conscience; et ensuitte plusieurs autres discours à ce suject. Ils me disoient : Nous sçavons très-bien que si l’on nous tenoit en France qu'on nous pendroit, nous sommes bien faschez de cela, mais la chose est faite, il faut boire le calice puisque nous y sommes, et nous résoudre de jamais ne retourner en France : l'on ne laissera pas de vivre, ô pauvres excusez, que si on vous attrappe vous qui estes sujets à voyager, vous courez fortune d'estre pris et chastiez,
Je vis Louis le Sauvage que les Péres Jésuites avoient tant pris de peine à instruire, qui commençoit à ce licentier en la vie des Anglois, bien qu'il disoit avoir une grande obligation ausdits Pères de ce qu'il sçavoit, estant en son cœur bon catholique, et qu'un jour il espéroit le témoigner aux François si jamais ils revenoient en ces lieux : les Anglois le renvoyérent en son pays avec son père qui le vint voir, et ceux de sa nation qui en furent fort resjouis, ausquels il fit de grands discours de ce qu'il avoit veu tant en France qu'en Angleterre, Bruslé truchement fut avec lui aux Hurons.
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