‹ Voyages du Sieur de Champlain ou Journal ès découvertes de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 74 sur 89 · TOME IT · texte numérisé non relu

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tant plus sensible que le naufrage a esté accompagné de la mort du R. P. Noyrot et de nostre frère Louis, deux hommes qui devoient, ce me semble grandement servir à nostre séminaire.

Or néantmoins puisque Dieu à disposé de la sorte il nous faut chercher nos contentements dans ses saintes volontez, hors desquelles il n’y eut

J que l'expérience aura fait voir à vostre révérence

amais esprit solide n’y content, et je m'asseure

que l'amertume de nos ressentiments détrempé dans la douceur du bon plaisir de Dieu, auquel une ame s attache inséparablement, perd ( ou le tout ) où la meilleure partie de son fiel; si que s'il reste encore quelques souspirs pour les souffrances, ou passées ou présentes, ce n’est que pour aspirer davantage vers le ciel, et perfectionner avec mérite ceste conformité dans laquelle l'ame a pris résolution de passer le reste de ses jours ; de quatre des nostres que nous estions dans la barque, Dieu partageant à l’esgal , en a pris deux et a laissé les deux auires. Ces deux bons religieux très-bien disposez et résignez à la mort serviront de victime pour appaiser la colére de Dieu justement jettée contre nous pour nos défauts, et pour nous rendre désormais sa bonté favorable au succeds du dessein entrepris.

« Ce qui nous perdit fut un grand coup de vent de Suest, qui s’esleva lors que nous estions à la

«rive des terres, vent si impétueux que quelque

ccom- Pre « soin et diligence que peust apporter nostre pilote ciné «avec ses matelots, quelque vœux et prières que niaive. « nous peussions faire pour destourner ce coup, i sine « Jamais nous ne peusmes faire en sorte que nous dis « n'allassions heurter contre les rochers : ce fut le à y eut « 26 jour d'aprés nostre départ, jour de Sainct- È sseure « Barthélemy, environ sur les neuf heures du soir; F FEES « de 24 que nous estions dans la barque, dix seu- à rempé « lement eschappérent, les autres PAC estouffez *e quel «e dans les eaux. Lés deux nepveux du Père Noyrot ï (ou le «e HnArene compagnie à leur oncle, leurs corps ont Fe si que « esté enterrez, entre autres celui du P. Noyrot et Er TS « de nostre frère, des sept autres nous n’en avons ï st que « eu aucunes nouvelles, quelque recherche que } erfec- « nous en ayons pu faire. De vons dire comment 18 la « le Père de Vieuxpont et moi avons eschappé du soaté « naufrage, il me seroit bien difficille, et crois y as « que Dieu seul en a cognoissance, qui suivant les esgal, « desseins de sa divine providence nous à préserdeux « Vez, Car pour mon regard ne Jigeant pas dans »z à la | « ee AppArenoe Ana qui ne 1ene possible re « d'éviter ce danger, J avois pris résolution de me rs « tenir dans la chambre du navire avec nostre frère Loute « Louis , nous disposants tous deux à recevoir le « coup de la mort, qui ne pouvoit tarder plus de one «trois Miserere, lorsque j'entendis qu'on m'ap- A « pelloit sur le haut du navire, je croyois que c es-

«toit quelqu'un qui avoit affaire de mon secours, « je montai en haut, et treuvai que c'estoit le « P. Noyrot qui me demandoit derechef l'absolu- «tion. Aprés lui avoir donné, et chanté tous en- «semble le Salve Regina, je fus contrainct de « demeurer en haut; car de descendre il n'y avoit « plus de moyen, la mer estoit si haute, et le vent « si furieux, qu’en moins de rien le costé qui pen- « choit sur le rocher fut mis en pièces, j'estois pro- « che du P. Noyrot lors qu'un coup de mer vint si « impétueusement donner contre le costé sur le- « quel nous estions qui rompit tout, et me sépara « du P. Noyrot, de la bouche duquel j'entendis ces « dernières paroles, Zn manus tuas Domine, etc.

« Pour moi de ce coup je me treuvai engagé entre « quatre pièces de bois, deux desquelles me don- « nérent si rudement contre la poictrine, et les « deux autres me brisèrent si fort le dos que je « croyois mourir auparavant que d'estre enveloppé « des flots, mais voici un autre coup de mer qui « me désengageant de ces bois m'enleva, et mon « bonnet et mes pantoufles, et mist le reste du na- « vire tout à plat dans la mer. Je tombai heureu- « sement sur une planche que je n’abandonnai « point, de rencontre elle estoit liée avec le reste « du costé de ce navire. Nous voilà doncques à la

« merci des flots, qui ne nous espargnoient point: ainsis’eslevantsje ne sçais combien de couldéesau

ours, oit le solu- LS enct de avoit vent penproint si r lepara IS Ces , etc.

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ont les 1e je PPpé

qui

« dessus de nous, tomboient par après sur nos tes- «tes. Aprés avoir flotté long-tempsdelasorte dans « l'obscurité de la nuict, qui estoit desjà commen- «cée, regardant à l'entour de moi je m'apperceus « que nous estions enfermez d’espines et sur tout « environnez et prest du costau qui sembloit une «isle, puis regardant un peu plus attentivement « je contai six personnes qui n'estoient pas fort es- « loignées de moi, deux desquelles m'appercevants «m'excitérent à faire tous mes efforts pour m'’ap- « procher, ce ne fut pas sans peine, car les coups « que J'avois reccus dans le débris du vaisseau « m’avoient fort affoiblis. Je fis tant néantmoins, « qu'avec mes planches j'arrivai au lieu où ils es- « toient, et avec leur secours je me treuvai assis «sur le grand mast, qui tenoit encore ferme avec «une partie du vaisseau, je n’y fus pas long-temps « car comme nous approchions plus près de ceste «isle, nos matelots se lancérent bien-tost à terre, «et avec leur assistance tous ceux qui estoient sur « le costé du navire y furent bien-tost après. Nous « voila donc sept de compagnie, je n'avois bonnet « ni souliers, ma soutane et habits estoient tous « deschirez, et si moulus de coups que je ne pou- « vois me soustenir, et de faict il fallut qu'on me «soustint pour aller jusques dans le bois, aussi «avois-je receu deux rudes coups aux deux jam-

« bes, mais surtout à la dextre, dont je me ressens

«“ encore, les mains fendues avec quelque contu- «sion, la hanche escorchée, la poitrine surtout « fort offencée, nous nous retirasmes donc tous « sept dans le bois, mouillez comme ceux qui ve- « noient d'estre trempez dans la mer. La première « chose que nous fismes fut de remercier Dieu de « ce qu'il nous avoit préservez, et puis le prier « pour ceux qui pourroient estre morts. Cela faict « pour nous eschauffer nous nous couchasmes les «uns proches des autres, la terre et l'herbe qui «avoient esté mouillez de la pluie du jour n'es-

«toient encore propre pour nous seicher, nous

« passasmes ainsi le reste de la nuict, pendant la- « quelle le P. de Vieuxpont ( qui grâces à Dieu « n'estoit point offencé ) dormit fort bien. Le len- « demain si tost qu'il fut jour nous allasmes recog-

« noistre le lieu où nous estions, et trouvasmes

« que c'estoit une isle de laquelle nous pouvions

« passer à la terre ferme, sur le rivage nous trou- « vasmes force choses que la mer y avoit jetté, j'y

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« trouvai deux pantoufles, un bonnet, un chappeau, « une soutanne, et plusieurs autres choses néces- « saires. Sur tout Dieu nous y envoya pour vivres cinq bariques de vin, quelque dix pièces de lard, de l'huile, du pain des fromages, et une arque-

buse, et de la pouldre tout à propos pour faire « du feu. Après qu'on eut ainsi tout retiré, le jour « de Sainct Louis tous s’employèrent à faire le pos-

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