CHAPITRE PREMIER
Description de la Hève. — Du port au Mouton. — Du port du cap Negré. — Du cap et baie de Sable. — De Tisle aux Cormorans. — Du cap Fourchu. — De l'isie Longue. — De la baie Saîncle Marie. — Du port de Saiocte Marguerite, et de toutes les choses remarquables qui sont le long de la cosle d'Acadie.
Le cap de la Hève est un lieu où il y a une Baie du cap
^ J delallè»e.
baie, où sont plusieurs isles couvertes de sapins, et la grande terre de chesnes, ormeaux et bouleaux. Il est à la coste d'Acadie par les quarantequatre degrez et cinq minutes de latitude, et seize degrez quinze minutes de déclinaison de la
Guide-Aimant , distant à l'Est Nordest du cap Breton^ soixante-quinze lieues.
A sept lieues de cesiui-ci s'en trouve un autre.
Port an Mou gppg}^ jg PoFt-au-Mouton , OU sout deux petites rivières par la hauteur dequarante-quatre-degrés et quelques minutes de latitude, dont le terroir est fort pierreux^ rempli de taillis et de bruyères. Il y a quantité de lapins et bon nombre de gibbier, à cause des estangs qui y sont.
Allant le long de la coste , se voit aussi un port très bon pour les vaisseaux , et au fond une petite rivière qui entre assez avant dans les
cr.pNegré. tcrrcs , que je nommai le port du cap Negré, à
cause d'un rocher qui de loin en a la sembiance,
lequel est eslevé sur l'eau proche d'un cap , où
nous passasmes le mesme jour, qui en esta quatre
lieues, et à dix du Port-au-Mouton. Ce cap est
Fort dange. fort dan^ercux , à raison des rochers gui iettent ux. ^ ^ ...
à la mer. Les costes que je veis jusques là, sont
fort basses, couvertes de pareil bois qu'au cap delà Hève, et les isles toutes remplies de gibbier. Tirant plus outre, nous fusmes passer la nuict à la baie de Sable , où les vaisseaux peuvent mouiller l'anchre sans aucune crainte de danger. Pu Cap de Le cap de Sable , distant de deux bonnes lieues de la baie de Sable, est aussi fort dangereux, pour certains rochers et batteures qui jeltent presque une lieue à la mer. De là on va en
Sable.
l'isle aux Cormorans, qui en est à une lieue , uw-âeiCorainsi appelée a cause du nombre innni qu il y a de ces oiseaux, et remplismes une barrique de leurs œufs^ et de cette isle faisant l'ouest environ six lieues, traversant une baie qui fuit au nord deux ou trois lieues , l'on rencontre plusieurs isles qui jettent deux ou trois lieues à la mer, lesquelles peuvent contenir, les unes deux, les autres trois lieues , et d'autres moins , selon que j'ai peu juger. Elles sont la plupart fort dangereuses à aborder aux grands vaisseaux, à cause des grandes marées et des rochers qui sont à fleur d'eau. Ces isles sont remplies de pins , is,„ p^usapins, bouleaux, et de tremides. Un peu plus sapins. b..u'
i ^ ' • r leauï, et de
outre, il y en a encore quatre. En l'une y a si "*°"'^^'"' grande quantité d'oiseaux , appelez tangucux , qu'on les peut tuer aisément à coups de bâton. En une autre y a des loups marins. Aux deux autres, il y a une telle abondance d'oiseaux àe ^^2h^ différentes espèces, qu'on ne pourroit se l'imaginer^ si l'on ne i'avoit veu , comme cormorans , canards de trois sortes, oyes , marmettes, outardes, perroquets de mer, beccassines, vaultours, et autres oiseaux de proie : mauves, allouetfes de mer de deux ou trois espèces -, hérons , goillants, courlieux, pies de mer, plongeons, huats, appoils, corbeaux, grues et autres sortes, lesquels y font leurs nids. Je les nommai isies aux