CHAPITRE II
Description du Port Royal et des particalarite's d'icelui. — De Fisle Haute. — Du port aux Mines. — De la grande baie Françoise. — De la rivière Sainct Jean, et ce que nous avons remarqué depuis le port aux Mines jusques à icelle. — De l'isle appelée par les sauvages Mantliane. — De la rivière des Etectemins, et de plusieurs belles isles qui y sont. — De l'isle de Saincte Crois, et autres choses remarquables d'icelle coste.
Du passage de Tisle Longue^ mettant le cap au nord-est\, six lieues , il y a une ance où les vais-seaux peuvent mouiller à l'anchre quatre à cinq , six 2t sept brasses d'eau. Le fond est sable. Ce lieu n'est que comme une rade. Continuant au même vent deux lieues^ l'on entre en l'un des beaux ports qui soit en toutes ces côtes , où il pourroit grand nombre de vaisseaux en seureté. L'entrée' est large de huit cents ving-cinq pas, et sa profondeur de deux brasses d'eau, a deux lieues de long, et une de large, que je poriRoyai, nommai Port Royal , où descendent trois ri-
8Ù descendent J -'
.rou riTirreg. yi^rgs, dout il y a uuc assez grande, tirant à Test, ni.iere de appcUéc la rivière de l'Esquille , qui est un petit
poisson de la grandeur d'un esplan, quis'ypesche en quantité , comme aussi on fait du haranc , et plusieurs autres sortes de poissons qui y sont en abondance en leurs saisons. Geste rivière a près d'un quart de lieue de large en son entrée , où il y a une isle ^ laquelle peut contenir demilieue de circuit , remplie de bois ainsi que tout le reste du terroir , comme pins , sapins , pruches, bouleaux, trembles, et quelques chesnes qui sont parmi les autres bois en petit nombre. Il y a deux entrées en ladite rivière, du costé du nort , l'autre au sud de l'isle. Celle du nort est la meilleure, où les vaisseaux peuvent mouiller l'anchre à l'abri de l'isle, à cinq, six, sept, huit et neuf brasses d'eau : mais il faut se donner garde de quelques bases qui sont tenant à l'isle, et à la grande terre, fort dangereuses, si on n'a recogneu l'achenal.
Je fus quatorze ou quinze lieues où la mer monte, et ne va pas beaucoup plus avant dedans les terres pour porter bateaux. En ce lieu elle contient soixante pas de Icrge, et environ brasse et demie d'eau. Le terroir de ceste rivière est rem- son lerroir
rempli de ches-
pli de force chesnes, fresnes, et autres bois. De ^^;;J',^'„'!;" " l'entrée de la rivière jusques au lieu où nous fusmes,y a nombre de prairies, maisellessont inondées aux grandes marées, y ayant quantité de petits ruisseaux qui traversent d'une part et
d'autre, paroù'des chaloupes et bateaux peuvent aller de pleine mer. Dedans le port y a une autre isle, distante de la première près de deux lieues, où iljy a une autre petite rivière qui va assez avant dans les terres^ que j'ai nommée la rivière Sainct toii.e Antoine. Son entrée est distante du fond de la
baie Saincte Marie d'environ quatre lieues par le travers des bois. Pour ce qui est de l'autre rivière, ce n'est qu'un ruisseau rempli de rochers, où on ne peut monter en aucune façon que ce soit^ pour le peu d'eau. Ce lieu est parla hauteur de quarantecinq deg^rez de latitude, et dix-sept deo^rezhuit minutes de déclinaison de la g^uide-aimant.
Partant du Port Royal , mettant le cap au
nord-est huit ou dix lieues, rangeant ia coste
du Port Royal , je traversai une partie de la baie,
comme de quelque cinq ou six lieues, jusques
Cap desdeux Q uu Heu Qu'ai nommé le Cap des deux Baies,
Bayes. ^ *■
et passai par une isle qui en est à une lieue, laquelle contient autant de circuit , eslevée de quarante ou quarante-cinq toises de haut, réef?egroTro: toute entourée de gros rochers, horsmis en un endroit qui est en talus, au pied duquel y a un estang [d'eau salée, qui vient par dessous une pointe de cailloux, ayant la forme d'un esperon. Le dessus de l'isle est plat, couvert d'arbres, avec une fort belle source d'eau. En ce lieu y a une mine de cuivre. De là j'allai à un port
qui en est à une lieue et demie, où il y a aussi une raine de cuivre. Ce port est sousles quarante-cinq de<:^rez deux tiers de latitude, lequel assèche de basse mer. Pour entrer dedans , il faut ballizer et recognoistre une batturede sable qui esta l'entrée, laquelle va rangeant un canal, suivant Tautre costé de terre ferme, puis on entre dans unebaie qui contient près d'une lieue de long, et demilieue de large. En quelques endroits, le fond est vaseux et sablonneux, et les vaisseaux y peuvent eschouer. La merypert etcroistdequatreàcinq brasses. Ce Cap des deux Baies où est le port aux Mines est ainsi appelle , parce qu'au nort et sud dudit cap y a deux baies qui courent vert l'est nord-est, et nord-est quelque • douze à quinze lieues; et y a un destroit à chaque baie qui ne contient pas plus de demi-lieue de large. Cela passé, il s'eslargit tout d'un coup d'environ trois, quatre à cinq lieues. Il y a aussi quelques isles en ceste baie où il y a des estangs, et deux ou trois petites rivières qui y descendent avec les canots des Sauvages, qui y vont à Tregaté et Misamichy, dans le golfe Sainct Laurent , partie par eau, partie par terre.
Tout le pays que j'ai veu depuis le petit passage de l'isle Longue rangeant la coste , ne sont que rochers , où il n'y a aucun endroit où les vaisseaux se puissent mettre en seureté, sinon
pins de bouleaux.
le^inde^L^e! ^^ ^^^ ^ Royal. Lc pHys est rempli de quantité de pins et bouleaux , et à mon advis n'est pas trop bon.
INous fismes l'ouest deux lieues jusques au Cap des deux Baies, puis le nort cinq ou six lieues , et traversasmes l'autre Baie. Faisant l'ouest quelque six lieues, y a une petite rivière, à l'entrée de laquelle y a un cap assez bas, qui advance à la mer , et un peu dans les terres une montagne qui a la forme d'un chapeau de cardinal. En ce lieu y a une mine de fer , et n'y a anchrage que pour des chaloupes. A quatre lieues à l'ouest sur-ouest, y a une pointe de rocher qui advance un peu vers l'eau, où il y a de grandes marées , qui sont fort dangereuses. Proche de la pointe y a une ance qui a environ demi-lieue de circuit, en laquelle est une autre mine de fer, qui est très bonne, A quatre lieues encore plus avant, y a une belle baie qui entre dans les terres , où au fond y a trois isles et un rocher; deux sont à une lieue du cap tirant à l'ouest, et l'autre est à l'embouchure d'une rivière des plus grandes et profondes que j'eusse encore veu, que je nommai la rivière Sainct Jean,pource que ce fut ce jour là que j'y arrivai, et des Sauvages elle est appellée Ouygoudy. Geste rivière est dangereuse, si on ne recognoistbien certaines pointes et rochers qui sont des deux
costez. Elle est estroite en son entrée^ puis vient à s'eslargir^ et ayant doublé une pointe elle estressit de rechef, et fait comme un sault entre deux grands rochers, où Teau y court d'une si grande vistesse , qu'en y jettant du bois il enfonce en bas, et ne le voit-on plus : mais attendant la pleine mer ^ l'on peut passer fort aisément ce destroit, et lors elle s'eslargit environ une lieue par aucuns endroits, où il y a trois isles, auxquelles y a grande quantité de prairies et beaux bois , comme chesnes , hestres , noyers et lambruches de vignes sauvages. Les habitants du pays vont par icelle rivière jusques à Ta- Tadoussac doussac, qui est dans la grande rivière deSainct Laurent, et ne passent que peu de terre pour y parvenir. De la rivière Sainct Jean jusques à Tadoussac y a soixante-cinq lieues. A l'entrée d'icelle , qui est par la hauteur de quarante-cinq degrez deux tiers, y a une mine de fer. Les chaloupes ne peuvent aller plus de quinze lieues dans ceste rivière, à cause des saults qui ne se peuvent naviguer que par les canots des Sauvages.
De la rivière Sainct Jean je fus à quatre isles, en l'une desquelles y a grande quantité d'oiseaux appelez margos^ dont les petits sont aussi bonSj,JJ;" que pigeonneaux. Ceste isle est esloignée de la terre ferme de trois lieues. Plus à l'ouest y a
est
grnnde
rivière Sitinct LauieiK.
d'autres isles : entre autres une contenant six lieues, qui s'appelle des Sauvages Menane, au
LuiedeM.n g^id de laquclle il y a entre les isles plusieurs ports, bons pour les vaisseaux. Des isles aux Margos je fus à une rivière en la grande terre, qui s'appelle la rivière des Etechemins, nation de Sauvages ainsi nommée en leur pays, et passe-t-on par si grande quantité d'isles, assez belles, que je n'en ai peu sçavoir le nombre j les unes contenant deux lieues, les autres trois , les autres plus ou moins. Elles sont toutes en un
Cul de <ac de ^^^ ^^ sac, qui contient à mon jugement plus quiDie eu*». ^^ quinze lieues de circuit , y a jant plusieurs endroits bons pour y mettre tel nombre de vaisseaux que l'on voudra ; autour desquelles y a bonne pescherie de mollues^ saulmons, bars, harancs, flaitans, et autres poissons en grand nombre. Faisant l'ouest nort-ouest trois lieues par les isles, l'on entre dans une rivière qui a presque demi-lieue de large en son entrée, où ayant fait une lieue ou deux, y a deux isles j Tune fort petite proche de la terre de l'ouest , et l'autre au milieu, qui peut avoir huict ou neuf cents pas de circuit, élevée de tous costez de trois à quatre toises de rochers , fors un petit endroit d'une pointe de sable et terre grasse, laquelle peut servir à faire briques, et autres choses nécessaires. Il y a un autre lieu à couvert
pour mettre des vaisseaux de quatre-vingts à cent tonneaux , mais il assèche de basse mer. L'isle est remplie de sapins, bouleaux, érables, et chesnes. De soi elle est en fort bonne scituation, et n'y a qu'un costé où elle baisse d'environ quarante pas, qui est aisé à fortifier : les costes de la terre ferme en estant des deux costez éloig^nées d'environ neuf cents à mille pas , les vaisseaux ne pourroient passer sur la rivière qu'à la merci du canon d'icelle , qui est le lieu que l'on jugea le meilleur, tant pour la scituation , bon pays , que pour la communication que l'on prétendoit avec les Sauvages de ces costes et du dedans des terres, estant au milieu d'eux, lesquels avec le temps on espéroit pacifier et amortir les guerres qu'ils ont les uns contre les autres, pour en tirer à l'advenir du service , et les réduire à la foi cbrestienne. Ce lieu fut nommé par le sieur de Mons , l'isle Saincte Croix. Pas- ,e cJoiï*"' santplus outre, on voit un grande baie en laquelle y a deux isles , l'une haute et l'autre platte, et trois rivières, deux médiocres , dont l'une tire vers rOrient, et l'autre au IXort, et la troisiesme grande , qui va vers l'Occident : c'est celle des Etechemins. Allant dedans icelle deux lieues, il y a un sault d'eau, où les Sauvages portent leurs canots par terre environ cinq cents pas , puis rentrent dedans icelle , d'où en
de celle isle
cause
chers.
après en traversant un peu de terre ^ on va dans la rivière de Norembèffue et de Sainct Jean. En
Vaisseaux ne ^
rrianIt'deTu ce 11 eu du sault les vaisseaux ne peuvent passer, deTro- à cause que ce ne sont que rochers , et qu'il n'y a que quatre à cinq pieds d'eau. En mai et juin il s'y prend si grande abondance de harancs et bars , que l'on y en pourroit charger des bateaux. Le terroir est des plus beaux, et y a quinze ou vingt arpents de terre défrichée. Les Sauvages s'y retirent quelquefois cinq ou six sepmaines durant la pesche. Tout le reste du pays sontforests fort espaisses. Si les terres estoient défrichées, les grains y viendroient fort bien. Ce lieu est par la hauteur de quarante-cinq degrez un tiers de latitude^ et dix-sept degrez trente-deux minutes de déclinaison de la guide-aimant. En cet endroit y fut faite l'habitation en l'an i6o4-