CHAPITRE III
De la coste , peuples et rivière de Noreml)êgue.
De la dite rivière de Saincte Croix, continuant le long delà coste, faisant environ vingt-cinq lieues^ passasmes par une grande quantité d'isles, bancs, battures et rochers , qui jettent plus de quatre lieues à la mer par endroits, que je nommai les isles rangées, la plupart desquelles sont couvertes de pins et sapins, et autres méchants ^
bois, Parmi ces isles y a force beaux et bons Force pon^
I » 1 1 • 1 17 dans ces islcg.
ports, mais mal agréables, et passai proche d une isle qui contient environ quatre ou cinq lieues de long. De ceste isle jusques au nord de la terre ferme, il n'y a pas cent pas de large. Elle est fort haute, et coupée par endroits, qui paroissent, estant dans la mer, comme sept ou huit montagnes rangées les unes proche des autres. Le sommet de la plus part d'icelles est desgarni d'arbres , parce que ce ne sont que rochers. Les bois ne sont que pins, sapins et bouleaux. Je l'ai nommée l'isle des Monts déserts. La hauteur Mouudesens.
8o VOYAGES
est par les quarante-quatre degrez et demi de latitude.
Les Sauvages de ce lieu ayant fait allianc. avec nous, ils nous guidèrent en-leur rivière de Pemetegoit , ainsi d'eux appelée , où ils nous dirent que leur capitaine , nommé Bessabez, estait chef d'icelle. Je crois que ceste rivière est celle que plusieurs pilotes et historiens appellent RMère de ]\orembègue , et que la plus part ont écrit estre grande et spacieuse , avec quantité d'isles , et son entrée par la hauteur de quarante-trois et trois quarts et demi, et d'autres parles quarantequatre degrez, plus ou moins, de latitude. Pour la déclinaison , je n'en ai leu ni ouï parler à personne. On descrit aussi qu'il y a une grande ville fort peuplée de Sauvages adroits et habiles, ayants du fil de coton. Je m'asseure que la plus part de ceux qui en font mention ne l'ont veue, et en parlent pour l'avoir ouï dire à gens qui n'en sçavoient pas plus qu'eux. Je crois bien qu'il V en a qui ont peu en avoir veu l'emboucheure, à cause qu'en effect il y a quantité d'isles, et qu'elle est parla hauteur de quarantequatre degrez de latitude en son entrée, comme ils disent; mais qu'aucun y ait jamais entré, il n'y a point d'apparence, car ils l'eussent descrite d'une autre façon, afin d'oster beaucoup de gens de ce doute. Je dirai donc au vrai ce que
L'isie d-.
Monis - dé.'eris
DE CHAMPLAIX. 8l
j'en ai recognu etveu depuis le commencement jusques où j'ai esté.
Premièrement en son entrée;, il y a plusieurs isles éloignées de la terre ferme dix ou douze lieues, cpji sont par la hauteur de quarantequatre degrez de latitude, et dix-huit degrez et quarante minutes de déclinaison de ]a guideaimant. L'isle des Monts déserts fait une des pointes de Temboucheure , tirant à Test; et ilhu'nVdetpo.'u 1 autre -jst une terre basse, appelée des sauvages '•|'^>:"';e ^^ «'^i« Bedabedec, qui est à l'ouest d'icelle , distantes l'une de l'autre neuf ou dix lieues : et presque au mjlieu à la mer, y a une autre isle fort haute et remarquable , laquelle pour cette raison j'ai nommée l'isle Haute. Tout autour il y en a un nombre infini de plusieurs grandeurs et largeurs, mais la plus grande est celle des Monts déserts. La pesche du poisson de diverses sortes y est Lapeschedu bonne, comme aussi la chasse du gibbier. A deux CiTÔ' ou trois lieues de la peinte de BedabedeC;, rangeant la grande terre au nord , qui va dedans icelle rivière, ce sont terres fort hautes qui paroissent à la mer, en beau temps, douze à quinze lieues. Venant au sud de l'isle Haute, en la rangeant comme d'un quart de lieue, où il y a quelques batturcs qui sont hors de l'eau , mettant le cap à Fou est jusques à ce que l'on ouvre toutes les montagnes qui sont au nord d'icelle isle,