TOME
«son y e-l une.
VOUS VOUS pouvez asseurer qu'en voyant les huict ou neuf découpées de l'isle des Monts déserts et celle de Bedabedec^ l'on fera le travers de la rivière de Norembëg^ue, et pour entrer ,rr*^°v^u Se dedans j il faut mettre le cap au nord, qui est ''""'■ sur les plus hautes montagnes dudit Bedabedec , et ne verrez aucunes isles devant vous, et pouvez entrer seurement, y ayant assez d'eau , bien que voyez quantité de brisans , isles et rochers à l'est et ouest de vous. Il faut les éviter la sonde ' en la main, pour plus grande seureté ; et crois, à ce que j'en ai peu juger, que l'on ne peut entrer dedans icelie rivière par autre endroit, sinon avec des petits vaisseaux ou chaloupes : car (comme je l'ai dit ci-dessus) la quantité des ^sles, rochers , bases , bancs et brisans y sont de toutes parts, en sorte que c'est chose étrange à voir.
Or, pour revenir à la continuation de notre route, entrant dans la rivière, il y a de belles Belles isips isles qui sont fort agréables, comme des prairies. Je fusjusques à un lieu ou les Sauvages nous guidèrent, qui n'a pas plus de demi-quart de lieue de large, et à quelque deux cents pas de la terre de l'ouest , y a un rocher à fleur d'eau, qui est dangereux. De là à l'isle Haute , y a quinze lieues : et depuis ce lieu estroit ( qui est la moindre largeur que nous eussions trouvée )
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après avoir fait environ sept ou huit lieues^ nous rencontrasmes une petite rivière, où auprès il fallut mouiller l'anchre , d'autant que devant nous y vismes quantité de rochers qui descouvrent de basse mer ; et aussi que quand nous eussions voulu passer plus avant, il eust esté impossible de faire deml-lieue, à cause d'un sault d'eau qu'il y a, qui vient en talus de quelque sept à huit pieds, que je veis allant dedans un canot, avec les Sauvages que nous avions, et n'y trouvasmes de l'eau que pour un canot ; mais passé le sault , qui a environ deux cents pas de large, la rivière est belle et plaisante, jusques au lieu où nous avions mouillé l'anchre. Je mis pied à terre pour voir le pays, et allant à la c.>q..ei-..u chasse, je le trouvai fort plaisant et agréable en ^'-uiii ce que j^ fis de chemin , et send)le que les '"^^ chesnes qui y sont, aient été plantez par plaisir J'y veis peu de sapins, maib bien quelques pins à un costé de la rivière, tous chesnes à l'autre, et un peu de bois taillis , qui s'estendent fort avant dans les terres : et dirai que depuis l'entrée où je fus, qui sont environ vingt-cinq lieues, je ne veis aucune ville, ni village, ni apparence d'y en avoir eu , mais bien une ou deux cabanes de Sauvages , où il n'y avait personne , lesquelles estaient faites de la mesme façon que celles des Souriquois, couvertes d'es-
où il
l'an
c! rp prrs r«sle
corces d'arbres ; et à ce que j'ai pu juger, il y a
peu de Sauvag^es en icelle rivière^ qu'on appelle
aussi Pemelegoit. Ils n'y viennent non plus
qu'aux isles , que quelques mois en esté durant
la pesche du poisson et la chasse du gibbier qui
,.w ^.TuYÏÏ^ ^^^ ^" quantité. Ce sont gens qui n'ont point
re^rai.e a^.eu- (]g retrailc arrostéc , à ce que j'ai recognu et
appris d'eux : car ils hyvernent tantost en un
lieu, et tantost en un autre , où ils voient que la
chasse des bestes est meilleure, dont ils vivent
quand la nécessité les presse, sans mettre rien
en réserve pour subs^enir aux disettes qui sont
grandes quelquefois.
Or, il faut de nécessité que ceste rivière soit celle de iVorembègue : car passé icelle jusques au quarante-un iesme degré que j'ai costoyé, il n y en a point d'autre sur les hauteurs ci-dessus QuJil^uy/' ^^^^^? ^"- ^^^^6 ^e Qninibcquy, qui est presque en mesnie hauteur, mais non de grande estendue. D'autre part , il ne peut y en avoir qui entrent avant dans les terres, d'autant que la grande rivière Sa in et Laurent costove la coste d'Acadie et de Norembègue , où il n'y a pas plus de l'une à l'autre par terre de quarantecinq lieues, ou soixante au plus large en droite ligne.
Or je laisserai ce discours , pour retourner aux Sauvages qui m'avoient conduit aux saults
de leur f.
de la rivière de Noreaibègue^ lesquels furent advertir Bessabez leur chef, et d'autres Sauva- ,^^:^^'' ges^ qui allèrent en une autre petite rivière advertir aussi le leur, nommé Cabahis , et lui donner advis de nostre arrivée.
Le i6 du mois, il vint à nous environ trente Sauvages, sur Tasseurance que leur donnèrent ceux qui nous avoient servi de guides. Yint •aussi ledit Bessabez nous trouver ce mesme jour avec six canots. Aussitost que les Sauvages qui estoient à terre le veirent arriver, ils se mirent j^^^^^sa^j-ges tous à chanter , dancer^ et sauter , jusques à ce che qu'il eust rais pied à terre : puis après s'assirent tous en rond contre terre, suivant leur coustume^ lors qu'ils veulent faire quelque harangue ou festin . Cabahis^ l'autre chef, peu après arriva aussi avec vingt ou trente de ses compagnons y qui se retirèrent à part, et se resjouirent fort de nous voir, d'autant que c'estoit la première fois qu'ils avoient veu des chrétiens. Quelque temps après^ je fus à terre avec deux de mes compagnons, et deux de nos Sauvages, qui nous servoient de truchement, et donnai charge à ceux de nostre barque d'approcher près des Sauvages , et tenir leurs armes prestes pour faire leur devoir s'ils appercevoient quelque émotion de ces peuples contre nous. Bessabez nous voyant à terre nous fit asseoir , et commença à petu-
ner avec ses compagnons , comme ils font ordinairement auparavant que faire leurs discours, et nous firent présent de venaison et de gibbier. Tout le reste de ce jour et la nuict suivante, ils ne firent que chanter , dancer, et faire bonne chère, attendant le jour. Par après, chacun s'en retourna, Bessabez avec ses compagnons de son costé , et nous du nostre , fort satisfaits d'avoir eu cognoissance de ces peuples.
Le 17 du mois, je prins la hauteur, et trouvai
quarante-cinq degrés et vingt -cinq minutes
â.e latitude. Ce fait, je partis pour aller à une
autre rivière appellée Quinibequy , distante de
Voyage de cc licu dc trentc-cinq lieues , et près de quinze
rhière de Qui- ç[q Bcdabedec. Cette nation de Sauvages deOui-
nibequy. ^ ^
nibequy s'appelle Etechemins , aussi bien que ceux de Norembègue.
Le 18 du mois, je passai près d'une petite rivière où estoit Cabahis , qui vint avec nous dedans nostre barque environ douze lieues. Et lui ayant demandé d'où venoit la rivière de Norembègue, il me dit qu'elle passe le sault dont j'ai fait ci-dessus mention , et que faisant quelque chemin en icelle, on entroit dans un lac par où ils vont à la rivière de Saincte Croix quelque peu par terre, puis entrent dans la rivière des Etechemins. Plus au lac descend une autre rivière par où ils vont quelques jours, et
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après entrent en un autre lac , et passent par le milieu; puis estants parvenus au bout y ils font encore quelque chemin par terre , et après entrent dans une autre petite rivière qui va se descbarger dans le grand fleuve Sainct Laurent. Tous ces peuples de INorembègue sont forf basannés, habillés de peaux de castors , et autres fourrures^ comme les Sauvages Canadiens et SouriquoiSj et ont mesme façon de vivre.
Voilà au vrai tout ce que j'ai remarqué tant des costes, peuples, que rivière de Norembègue y et ne sont les merveilles qu'aucuns en ont escrites. Je croi que ce lieu est aussi mal agréable enhyver^ que celui de Saincte Croix.