CHAPITRE V
Rivière de Choiiacoet. — Lieux que l'autlieur y recognoist. — Cap aux Islcs. — Canots de ces peuples , faits d'cscorce de bouleau. — Comme les Sauvages de ce pays-là font revenir à eux ceux qui tombent en syncope. — Se Servent de pierres au lieu de couteaux. — Leur cbef honcrablemenl receu de nous.
Le dimanche douze du mois, nous partism.es de la rivière appellée Chouacoët, et rangeant la coste, après avoir fait environ six ou sept lieues, le vent se leva contraire , qui nous fit mouiller l'anchre et mettre pied à terre, où nous veismes deux prairies , chacune desquelles contient une lieue de long, et demie de large. Depuis Chouacoët jusques en ce lieu (où veismes de Oiseaux qui petlts olscaux , qui ont le chant comme merles,
chanlenl com- x ■'1
me les merles. QQ^rs horsmis Ic bout dcs aisles qui sont orangées) , il y a quantité de vignes et noyers. Geste coste est sablonneuse en la pluspart des endroits depuis Quinibequy. Ce jour nous retournasmes deux ou trois lieues devers Chouacoët, jusques à un cap qu'avons nommé le Port aux
Isles , bon pour des vaisseaux de cent tonneaux , ro,i anxMr,, qui est par le milieu de trois isles.
Mettant le cap au nord-est quart du nort proche de ce lieu , l'on entre en un autre port où il n'y a aucun passage (bien que ce soient isles) que celui par où on entre, où à Feutrée y a quelques brisans de rochers qui sont dangereux. En ces isles y a tant de groseilles rouges , que l'on ne voit autre chose en la pluspart , et un nombre infini de tortues , dont nous en prismes bonne quantité. Ce Port aux Isles est par la hauteur de quarante-trois degrez vingt-cinq minutes de latitude.
Costoyants la costenous apperceusmesune fumée sur le rivage de la mer, dont nous approchasmesle plus qu'il nous fut possible, et neveismes aucun Sauvage ; ce qui nous fit croire qu'ils s'en estoient fuis. Le soleil s'en alloit bas , et ne peusmestrouver lieu pour nous loger icellenuicr, à cause que la coste estoitplatte et sablonneuse. Mettant le cap au sud pour nous esloigner , afin de mouiller l'anchre, ayants fait environ deux lieues, nous apperceusmcs un cap à la grande perçî!n"nt-M'
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terre au sud quart du sud-est de nous, où il pouvoit avoir six lieues : à l'est deux lieues apperceusmcs trois ou quatre isles assez hautes, et à l'ouest un grand cul-de-sac. La coste de ce cul-de-sac toute rangée jusques au cap, peut
lOO VOYAGES
entrer dans les terres du lieu où nous estions environ quatre lieues : il en a deux de large nort et sud, et trois en son entrée. Et ne recogiioissant aucun lieu propre pour nous loger, nous résolusmes d'aller au cap ci-dessus à petites voiles une partie de la nuict, et eu approcliasmes à seize brasses d'eau , où nous mouillasmes l'aiichre attendant le poinct du jour. P.ès ce cap Le lendemain nous fusmes au sus dit cap , où n'M'ràf « -1 a trois isles proches de la grande terre,
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''''■ pleines de bois de différentes sortes, comme a
Chouacoët , et par toute la coste ; et une autre platte, où la mer brise, qui jette un peu plus bas à la mer que les autres où il n'y en a point. Nous nommasmes ce lieu le cap aux Isles, proche duquel apperceusmes un canot où ily avoit cinq ou six Sauvages qui vindrent à nous , lesquels estants près de nostre barque, s'en allèrent dancer sur le rivage. Je fus à terre pour les voir , et leur donner à chacun un couteau , et du biscuit ; ce qui fut cause qu ils redancèrent mieux qu'auparavant. Cela fait , jeleur fis entendre le mieux qu'il me fut possible, qu'ils me monstrassent comme alloit la coste. Après leur avoir dépeint avec un charbon la baie et le cap aux Isles où nous estions, ils me figurèrent avec le mesme crayon une autre baie, qu'ils représentoient fort grande, ou ils mirent six cailloux d'é-
gale distance, me dorinantspar-là à entendre que chacune de ces marques estoient autant de chefs et peuplades : puis figurèrent dedans ladite baie une rivière que nous avions passée, qui s'eslend fort loin , et est batturière. Nous trouvasmes en cet endroit des vignes en quantité , dont le verjus estoit un peu plus gros que des pois, et force noyers, dont les noix n'estoient pas plus grosses que des balles d'harquebuze. Ces Sauvages nous dirent que tous ceux qui habitoient ce pays, en cultivoient et ensemençoient la terre comme les autres qu'avions veus auparavant. Ce lieu est par la hauteur de quarante-trois degrez et quelques minutes de latitude.
Doublant le cap, nous entrasmes en une ance où il y avoit force vignes, pois de Brésil, courges, citrouilles, et des racines qui sont bonnes, tirants sur legoust de cardes, queles Sauvages cultivent.
Ce lieu , qui est assez agréable, est fertile en An.e fo quantité de noyers, cyprès, chesnes, frcsncs , et hestres, qui sont très-beaux.
Nous veismes là un Sauvage qui se blessa tellement au pied et perdit tant sang, qu'il en tomba en syncope; autour duquel vindrent nombre d'autres chantants quelque temps avant qu'ils le touchassent : puis, faisants certaines s-uv."crfo'w gestes des pieds et des mains, lui remuoient la ;;;;; n;^ teste, et le soufflant il revint à soi. Nostre '"
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Chirurgien le paDsa , et ne laissa pour cela de s'en aller paiement.
Ayants fait demi-lieue nous apperceusmes plusieurs Sauvages sur la pointe d'un rocher , qui couroient le long de la coste, en dançant , vers leurs compagnons, pour les advertir de nostre venue. I\ous ayants monstre le quartier de leur demeure , ils firent signal de fumées^ pour nous monstrer l'endroit de leur habitation , et fusmes mouiller Tanchre proche d'un petit islet, où Ton envoya nostre canot pour leur porter des couteaux et des galettes, et ^ apperceusmes â la quantité qu'ils estoient, que ces lieux sont plus habitez que les autres que nous avions veus. Après avoir arresté deux heures
Ces peuples . -i , , . ,
ont lenrs ca- pour cousiclerer ces peuples , qui ont leurs ca-
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TaT *^' ^""' i^ots faits d'escorce de bouleau , comme les Canadiens, Souriquois, et Etechemins, nous levasmes l'anchre, et avec apparence de beau temps nous nous mismes à la voile. Poursuivants nostre routte à l'ouest suronest, nousy veismes plusieurs isles à l'un et l'autre bord, fait Ayant sept à huit lieues, nous mouillasmes l'anchre proche d'une isle, où apperceusmes force fumée tout le long de la coste, et beaucoup de Sauvages qui accouroient pour nous voir. L'on envoya deux ou trois hommes vers eux dedans un canot, ausquels on bailla des couteaux et patènes-
Comme il»
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DE CHAMPLAIN. lo3
très pour leur présenter, dont ils furent fort aises, et dancërent plusieurs fois en payement. Nous ne peusmes sçavoir le nom de leur chef, à cause que nous n'entendions pas leur langue. Tout le long du rivage y a quantité de terres défrichées, et semées de bled d'Inde. Le pays est fort plaisant et agréable, y ayant forcebeauxbois. Ceux qui l'habitent ont leur canots faits tout d'un pièce, fort subjets à tourner, si on n'est bien adroit à les gouverner, et n'en avions point ron,^?e" encores veu de ceste façon : voici comme ils les °"' font. Apres avoir eu beaucoup de peine , et esté long-temps à abattre un arbre le plus gros et le plus haut qu'ils ont peu trouver, avec des haches de pierre (car ils n'en ont point en ce temps d'autres , si ce n'est que quelques-uns d'eux en recouvrent par le moyen des Sauvages de la coste d'Acadie , ausquels on en porte pour traicter de pelleterie), ils ostent l'escorce, et l'arrondissent, horsmis d'un costé , où ils mettent du feu peu à peu tout le long de la pièce ; et prennent quelquefois des cailloux rouges et enflammez , qu'ils posent aussi dessus, et quand le feu est trop aspre , ils l'esteignent avec un peu d'eau, non pas du tout, mais seulement de peur que le bord du canot ne brusle. Estants assez creux à leur fantaisie, ils le raclent de toutes parts avec ces pierres. Les cailloux de quoi ils font leurs ...^r::.':':.
tranchants sont semblables à nos pierres à fusil. Le lendemain 17 dudit mois, nous levasmes J'anchre pour aller à un cap , que nous avions \ eulejour précédent, qui nous demeuroitcomme au sud sur-ouest. Ce jour nous ne peusmes faire que cinq lieues, et passasmes par quelques isles remplies de bois. Je recognus en la baie tout ce que m'avoient dépeint les Sauvages au cap des Ihles. Poursuivants notre route, il en vint à nous grand nombre dans des canots , qui sortoient des isles et de la terre ferme. Nous fusmes anchrer à une lieue du cap qu'ai nommé Sainct Louis, où nous apperceusmes plusieurs fumées, et y voulant aller, notre barque eschoua sur Les nosires une Tochc , où uous fusmcs en grand danger,
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fr.r dearcper Car SI uous u y cussious promptement remeciie, elle eust bouleversé dans la mer , qui perdoit tout à l'entour, où il y avoit cinq à six brasses d'eau ; mais Dieu nous préserva , et fusmes mouiller Tanchre proche du sus dit cap , où vindrent quinze ou seize canots de Sauvages , et en tel y en avoit quinze ou seize qui commencèrent à monstrer grands signes de resjouissance, et faisoient plusieurs sortes de harangues, que nous n'entendions nullement. L'on envoya trois ou quatre hommes à terre dans nostre canot, tant pour avoir de l'eau que pour voir leur chef, nommé Honabetha, qui eut quelques cou-
teaux et autres jolivetez , que trouvai à propos lui donner 5 lequel nous vint voir jusques en notre bord, avec nombre de ses compagnons , qui estoient tant le long de la rive que dans leurs canots. L'on receut le chef fort humainement, vng.r VJ„.,1''. et lui fit-on bonne chère, et y ayant esté quelque '^^ " "' espace de temps, il s'en retourna. Ceux que nous avions envoyez devers eux nous apportèrent de petites citrouilles de la grosseur du ciimuin,.,,,,!
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poing, que nous mangeasmes en sallade comme f'r>»e d concombres, qui sont très bonnes, et du pourpier, qui vient en quantité parmi le bled d'Inde, dont ils ne font non plus d'estat que de mauvaises herbes. Nous veismes en ce lieu grande J,S.' quantité de petites maisonnettes qui sont parmi les champs où ils sèment leur bled d'Inde.
Plus y a en icelle baie une rivière qui est fort spacieuse, laquelle avons nommée la rivière du Gas , qui, à mon jugement, va rendre vers les ^..s^'"*^"" '^" Hiroquois , nation qui a guerre ouverte avec les montagnards qui sont en la grande rivière Sainct Laurent.
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