CHAPITRE PREMIER
Parlement de France, et ce qui se passa jusqiics à noslre arrivre au Sault Sciinrt Louis.
Je partis de Rouen le 5 mars pour aller à Honfleur^ où je m'embarquai^ et le 7 de mai j'arrivai à Québec^ où je trouvai ceux qui y avoient hyverné en bonne disposition, sans avoir esté malades^ lesquels nous dirent que Thyver n'avoit point esté n^rand, et que la rivière n'avoit point g^elé. Les arbres commençoient aussi à se revestir de fucilles, et les champs à s'esmailler de fleurs.
Le i3 , je partis de Québec pour aller au sault Sainct Louis, où j'arrivai le 21. Or n'ayant que deux canots, je ne pouvois mener avec moi que quatre hommes, entre lesquels estoit un nommé Nicolas de Vignau, le plus impudent menteur qui se soit veu de long-temps, comme la suitte de ce discours le fera voir , lequel autrefois avoit byverné avec les Sauvages, et que j'avois envoyé aux descouvertes les années précédentes. Il me rapporta à son retour à Paris en l'année 1612, qu^il avoit veu la mer du nort. Que la rivière des Algoumequins sortoit d'un lac qui s'y deschargeoit, et qu'en dix-sept journées l'on pouvoit aller et venir du sault Sainct Louis à la dite mer. Qu'il avoit veu le bris et fracas d'un vaisseau Anglois, qui s'estoit perdu à la coste , où il y avoit quatre-vingts hommes qui s'estoient sauvez à terre, que les Sauvages tuèrent, à cause que les dits Anglois leur vouloient prendre leurs bleds d'Inde, et autres vivres, par force , et qu'il en avoit veu les testes, qu'iceux Sauvages avoient escorcbées (selon leur coustume), lesquelles ils me vouloient faire voir, ensemble me donner un jeune garçon Anglois qu'ils m'avoient gardé. Geste nouvelle m'avoit fortresjoui, pensant avoir trouvé bien près ce que je cherchois bien loin. Ainsi je le conjurai de me dire la vérité, afin d'en advertir le roi ;
et lui remonstrai que s'il donnoit quelque mensonge à entendre, il se mettoit la corde au cou ; aussi que si sa relation estoit véritable, il se pouvoit asseurer d'estre bien récompensé. Il me Tasseura encores avec serments plus grands que jamais. Et pour mieux jouer son rôHe, il me bailla une relation du pays , qu'il disoit avoir faite au mieux qu'il lui avoit esté possible. L'asseurance donc que je voyois en lui , la simplicité de laquelle je le jugeois plein, la relation qu'il avoit dressée , le bris et fracas du vaisseau, et les choses ci-devant dites, avoient grande apparence, avec le voyage des Anglois vers yoy.ge . Labrador, en l'année 1612, où ils ont trouvé l^oir'^"'' ' un destroit qu'ils ont couru jusques par le soixante-troisiesme degré de latitude , et deux cents quatre-vingt dixiesme de longitude, et ont byverné par le cinquante-troisiesme degré , et perdu quelques vaisseaux, comme leur relation en fait foy. Ces choses me faisant croire son dire véritable, j'en fis dès lors rapport à Monsieur le chancelier ; et le fis voir à Messieurs le ,. R mareschal de Brissac , et président Jeanin , et autres seigneurs de la Cour, lesquels me dirent qu'il falloit que je veisse la chose en personne. Cela fut cause que je priai le sieur Georges^ marchand de La Rochelle, de lui donner passage dans son vaisseau, ce qu'il fit volontiers j
ort que lAmin-ur frfil à niefsieiiri du conseil.
OÙ estant , il Tinterrogea pourquoi il faisoit ce voyage. Et d'autant qu'il lui estoit inutile, il lui demanda s'il espéroit quelque salaire, lequel fit response que non , et qu'il n'en prétendoit d'autre que du roi , et qu'il n'entreprenoit le voyage que pour me monstrer la mer du nort, qu'il avoit veue, et lui en fit à La Rochelle une déclaration par devant deux notaires.
Or , comme je prenois congé de tous les chefs, le jour de la Pentecoste, aux prières desquels je me recommandois^ et de tous en général, je lui dis en leur présence, que si ce qu'il m'avoit ci-devant dit n'estoit vrai, qu'il ne me donnast la peine d'entreprendre le voyage, pour lequel faire, il falloit courir plusieurs dangers. Il asseura encores de rechef tout ce qu'il avoit dit, au péril de sa vie.
fwn pane- Aiusi uos caDots chargez de quelques vivres,
nieiil du port '-' ' *
rine?''"' "^'^le iios armes et marchandises, pour faire présent aux Sauvages, je partis le lundi 27 mai de l'isle deSaincte Iléleine, avec quatre François et un Sauvage, et me fust donné un adieu de nostre barque avec quelques coups de petites pièces. Ce jour nous ne fusmes qu'au sault Sainct Louis ^ qui n'est qu'une lieue au-dessus , à cause du mauvais temps, qui ne nous permist de passer plus outre.
Le 29 nous le passasmes partie par terre , par-
H leine
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tie par eau, où il nous fallut porter nos canots, bardes, vivres et armes sur nos espaules^ qui n'est pas petite peine à ceux qui n'y sont pas accousturnez : et après l'avoir esloigné deux lieues, nous entrasmes dans un lac qui a de circuit environ douze lieues, où se descharg^ent trois rivières, l'une venant de l'ouest, du costé des Ochataiguins , esloignez du g;rand sault de cent cinquante ou deux cents lieues : l'autre du sud pays des Hiroquois, de pareille distance : et l'autre vers le nort, qui vient des Algouniequins et jNebicerini, aussi à peu près de semblable distance. Geste rivière du nort (suivant le rapport desSauvap;es) vient de plus loin, et passe par des peuples qui leur sont inconnues , distants envi^ron de trois cents lieues d'eux.
Ce lac est rempli de belles et grandes isles , ce u qui ne sont que prairies, où il y a plaisir de'*'"=^chasser, la venaison et le gibbier y estants en abondance, aussi bien que le poisson. Le pays qui l'environne est remjdi de grandes forests. Nous fusmes coucher à Fentrée dudit lac , et fismes des barricades, à cause de^ Hiroquois qui rôdent par ces lieux pour surprendre leurs ennemis j et m'asseurent que s'ils nous eussent tenu , ils nous eussent fait le mesme traitement ; c'est pourquoi toute la nuict nous fîsmes bon guet. Le lendemain je prins la hauteur de ce lieu.
c cil
qui est par les quarante-ciiiq devrez dix-huit minutes de latitude. Sur les trois heures du soir nous entrasmes dans la rivière qui vient du nort, et passasmes un petit sault par terre pour soulager nos canots , et fusmes à une isle le reste de la nuict en attendant le jour.
Le dernier mai , nous passasmes par un autre lac qui a sept ou huit lieues de long, et trois de large, où il y a quelques isles. Le pays d'alentour est fort uni horsmis en quelques endroits, où il y a des costeaux couverts de pins. Nous passasmes un sault, qui est appelé de ceux du pays sau'.ideQue- Queuechouan ^ qui est rempli de pierres et ropiidepientï. cners^ oui eau y court de grande vistesscj et nous fallut mettre en Teau , et traisner nos canots bord à bord de terre avec une corde. A demi-lieue de là nous en passasmes un autre petit à force d'aviron, ce qui ne se fait sans suer j et y a une grande^ dextérité à passer ces sauts , pour éviter les bouillons et brisants qui les traversent : ce que les Sauvages font d'une telle adresse, qu'il est impossible de plus, cherchants les destours et lieux plus aisez qu'ils cognoissent à l'œil.
Le samedi i^'" de juin, nous passasmes encores deux autres saults : le premier contenant demilieue de long et le second une lieue , où nous eusmesbien de la peine : car la rapidité du courant est si grande, qu'elle fait un bruit effroya-
L'auilniir rn pe
ble; et descendant de degré en degré, fait une escume si blanche par tout, que l'eau ne paroist aucunement. Ce sault est semé de rochers, et ^ J-';,. -quelques isles qui sont çà et là , couvertes de ,^;^'- ---;
y^ r 1 \ ' cèdres hlaiics.-
pms et cèdres blancs. Ce fut la ou nous eusmes de la peine : car ne pouvant porter nos canots par terre, à cause de l'espoisseur du bois , il nous les falloit tirer dans Teanavec des cordes, et en tirant le mien, je me pensai perdre, èi ^l"^^'/^ cause qu il traversa dans un des bouillons j et si je ne fusse tombé favorablement entre deux rochers, le canot m'entraisnoit , d'autant que je ne peus défaire assez à temps la corde qui estoit nniortillée à l'entour de ma main , qui me l'offensa fort, et me la pensa couper. En ce danger, je m'escriai à Dieu, et commençai à tirer mon canot, qui me fut renvoyé par le remoul de l'eau qui se fait en ces saults -, et lors estant eschappé, je louai Dieu, le priant nous préserver. INostre Sauvage vint après pour me secourir, mais j'estois hors de danger; et ne se faut cstonner si j'estois curieux de conserver nostre canot : car s'il eust esté perdu, il falloit faire estât de demeurer, ou attendre que quelques Sauvages passassent par-là, qui est une pauvre attente à ceux qui n'ont de quoi disner , et qui ne sont accoustumez à telle fatigue. Pour nos Français, ils n'en eurent pas meilleur mar-
25o VOYAGES
Rencomie
ché, et, par plusieui^ fois , pensoient estre perdus : mais la divine bonté nous préserva tous. Le reste de la journée nous nous reposasmes , avant assez travaillé.
Nous rencontrasmes le lendemain quinze cadesauv.fcer" îiots de Sauvagcs appeliez Quenong^ebin, dans une rivière, ayants passé un petit lac long de quatre lieues, et large de deux, lesquels avoient esté advertis de ma venue par ceux qui avoient passé au sault Sainct Louis , venants de la guerre desHiroquois. Je fus fort aise de leur rencontre, et eux ausd , qui s'estonnërent de me voir avec si peu de gens , et avec un seul Sauvage. Après nous estre saluez à la mode du pays, je le^priai de ne passer outre, pour leur déclarer ma volonté, et fusnies cabanner dans une isle. cequiiieur Lc lendemain, je leur fis entendre quej'estois allé en leur pays pour les voir, et pour m'acquitler de la promesse que je leur avois par ci-devant faite; et que, s'ils estoient résolus d'aller à la guerre , cela m'agréeroit fort, d'autant que j'avois amené des gens à ceste intention ; de quoi ils furent fort satisfaits. Et leur ayant dit que je voulois passer outre , pour advenir les autres peuples^ ils m'en voulurent destourner, disants qu'il y avoit un meschant chemin , et que nous n'avions rien veu jusques alors. Pour ce , je les priai de me donner un de
DE CHAMPLA.IN. 25 1
leurs i^ens pour [gouverner nostre deuxiesme canot, et aussi pour nous (][uider, car nos conducteurs n'y cognoissoient plus rien. Ils le firent volontiers; et en récompense je leur fis un présent , et leur baillai un de nos Fr.mçois, le moins u.. Tsls îw
^ ■* cois.
nécessaire, lequel je renvoyois au sault , avec une feuille de tablette ^ dans laquelle, à faute de papier, je faisois sçavoir de mes nouvelles. Ainsi nous nous séparasmes : et continuant nostre routte à mont la dite rivière , en trouvasmes une autre fort belle et spacieuse , qui
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Vient dune nation appeiiee Unescnarnii, 1^3»" x^i^^ oue»..b4.
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quels se tiennent au nort d'icelle, et à quatre journées de l'entrée. Geste rivière est fort plaisante, à cause des belles isles qu'elle contient, et des terres g;arnies de beaux bois clairs qui la bordent : et la terre est bonne pour le labourage.
Le 4? nous passasmes proche d'une autre rivière qui vient du nort, où se tiennent des peuples appelez Algoumequins, laquelle va tomber ,„,^'"p''],„;;j;
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dans le grand fleuve Î^ainct-Laurent , trois lieues aval le sault Sainct Louis , qui fait une grande isle contenant près de quarante lieues, laquelle n'est pas large, mais remplie d'un nombre infini de saults , qui sont fort difficiles à passeï-. Quelquefois ces peuples passent par ceste rivière pour éviter les rencontres de leurs ennemis,
sçachants qu'ils ne les recherchent en lieux de
si difficile accez.
A Temboucheure d'icelle, il y en a une autre qui vient du sud, où à son entrée, i^ y a une cheutte d'eau admirable : car elle tombe d'une telle impétuosité de vingt ou vingt -cinq brasses de haut , qu'elle fait une arcade , ayant de largeur près de quatre cents pas. Les Sauvages passent dessous par plaisir^ sans se mouiller, que du poudrin que fait la dite eau. Il y a une isle au milieu de la dite rivière, qui est comme tout le terroir d'alentour, remplie de pins et cèdres blancs. Quand les Sauvages veulent entrer dans la rivière , ils montent la montagne en portant leurs canots, et font demi-lieue par terre. Les terres des environs sont remplies de toute sorte de chasse , qui fait que les Sauvages s'y arrestent plustost. Les Hiroquois y viennent aussi quelquefois les surprendre au passage.
iSous passasmes un sault à une lieue de là , qui est large de demi-lieue , et descend de six à sept brasses de haut. Il y a quantité de petites isles, qui ne sont que rochers aspres et difficiles, couverts de meschants petits bois. L'eau tombe à un endroit de telle impétuosité sur un rocher, qu'il s'y est cave par succession de temps un large et profond bassin : si bien que l'eau courant là dedans circulairement , et au
DE CHAMPLA.IN. 2^3
milieu y faisant de gros bouillons, a fait qne les Sauvages l'appellent astlcou^ qui veut diie chaudière. Geste cheutte d'eau meine un tel bruit dans ce bassin , que l'on l'entend de plus ,. , de deux lieues. Les Sauvages passants par là, dVdcuIikué's, font une cérémonie que nous dirons en son lieu. Nous eusmes beaucoup de peine à monter contre un grand courant, à force de rames, pour parvenir au pied dudit sault, où les Sauvages prirent les canots, et nos François et moy , nos armes , vivres , et autres commoditez , pour passer par l'asprcté des rochers environ un quart de lieue que contient le sault, et aussitost nous fallut embarquer, puis de rechef mettre pied à terre pour passer par des taillis environ trois cents pas- et après se mettre en l'eau pour faire passer nos canots par dessus les rochers aigus, avec autant de peine que l'on sçauroit s'imaginer. Je prinsla hauteur du lieu, et trouvai quarante-cinq degrez trente-huit minutes de latitude.
Après midi, nous entrasmes dans un lac ^ ayant cinq lieues de long , et deux de largo, où il y a de fort belles isles remplies de vignes, noyers et autres aibres agréables : et dix ou douze lieues de là , à mont la rivière, nous passasmes par quelques isles remplies de pins. La terre est sablonneuse, et s'y trouve une racine
Lac rcinp'i
b.llrs i.(.-s t de beaux
qui teint en couleur cramoisie, de laquelle les Sauvages se peindent le visage, et mettent de petits affiquets à leur usage. Il y a aussi une coste de montagnes du long de ceste rivière, et le pays des environs semble assez fascheux. Le reste du jour, nous le passasmes dans une isle fort agréable.
Le lendemain, nouscontinuasmes nostre chemin jusques à un grand sault, qui contient près de trois lieues de large, où l'eau descend comme de dix ou douze brasses de haut en talus , et fait un merveilleux bruit. Il est rempli d'une infinité d'isles couvertes de pins et de cèdres; et, pour le passer, il nous fallut résoudre de quitter nostre maïs ou bled d'Inde, et peu d'autres vivres que nous avions, avec les bardes moins nécessaires, réservants seulement nos armes et filets, pour nous donner à vivre selon les lieux et l'heure de la chasse. Ainsi allégez, nous passasmes tant à Taviron , que par terre , en portant nos canots et armes par le dit saiilt, qui a une lieue et demie de long, où nos Sauvages qui sont infatigables à ce travail, et accoustumez à endurer telles nécessitez, nous soulage-^ rent beaucoup.
Poursuivants notre routte , nous passasmes deux autres saults, l'un par teire , Tautre à la rame, et avec des perches en débouttant, puis
DE CHAMPLAIX. 2JJ
entrasmes clans un lac ayant six ou sept lieurs de long^ où se descharge une rivière venant du sud ^ où à cinq journées de l'autre rivière il y a des peuples qui y habitent^ appelez Matou-oùes- pef/z"'' Matou canni. Les terres u environ le dit lac sont sablonneuses et couvertes de pins, qui ont esté presque tous briislcz par les Sauvag^es. Il y a quelques isles, dans l'une desquelles nous reposasmes , cl veismes plusieurs beaux cyprès rouges, les premiers que j'eusse veus en ce pays^ desquels je lis une croix que je plantai à un bout de Fisle, en lieu éminentet en veue, avecles armes de France^ comme j'ai fait aux autres lieux où nous avions passé. Je nommai ceste isle , l'isle Saincte Croix.
Le 6 nous pardsmes de cette isle Saincte Croix, r.u^,\!!rr^dl
y -i . .y -1 -|. |. -1. ri,«|p de S.iincle
ou la nviere est large d une heue et demie, et oiv ayants fait huit ou dix lieues, nous passasmes un petit sault à la rame, et quantité d'isles de différentes grandeurs. Ici nos Sauvages laissèrent leurs sacs avec leurs vivres et les choses moins nécessaires, afin d'estre plus légers pour aller par terre, etéviter plusieurssaults qu'il falloit passer. Il y eut une grande contestation entre nosSau- ^''"'«■*'"''^" vages et nostre imposteur, qui affirmoit qu'il n'y avoit aucun danger par les saults, et qu'il y falloit passer. INos Sauvages lui dirent : Tu es las de vivre. Et à moi , que je ne le devois croire, et qu'il ne disoit pas la vérité. Ainsi ayant remar-
lr<- !fS Si. Il ()05lcur.
que plusieurs fois qu'il n'avoit aucune cognoissance des dits lieux, je suivis l'advis des Sauvages, dont bien m'en print, car il cherchoit des difficultez pour me perdre, ou pour me dégouster de l'entreprise , comme il confessa depuis ( de quoi sera parlé ci-aprës. ) Nous traversasracs donc la rivière à l'ouest^ qui couroit au nort, et prins la hauteur de ce lieu, qui estoit par quarante-six degrez deux tiers de latitude. Nous eusmes beaucoup de peineà faire ce chemin par terre, estant chargé seulement pour ma part de trois harquebuzes, autant d'avirons, de mon capot et de quelques petites bagatelles. J'enconrageois nos gens , qui cstoient un peu plus chargez, et plus grevez de mousquites que de leur charge. Ainsi, après avoir passé quatre petits estangs, et cheminé deux lieues et demie, nous estions iri'^ln^rforl taut fatîgucz , qu'il nous estoit impossible de ""^"^" passer outre, à cause qu'il y avoit près de vingtquatre heures que n'avions mangé qu'un peu de poisson rosti, sans autre saulce, car nous avions laissé nos vivres, comme j'ai dit ci-dessus. Nous nous reposasmes sur le bord d'un estang, qui estoit assez agréable, et fismes du feu pour chasser les mousquites qui nous molestoient fort, Timportunité desquelles est si estrange, qu'il est impossible d'en pouvoir faire la description. Nous tendismes nos filets pour prendre quelques poissons.
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Le lendemain nous passasines cet estan^^ , qui pouvoit contenir une lieue de long, et puis par terre cheminasines trois lieues par des pays difficiles plus que n'avions encore veu, à cause que les vents avoient abattu des pins les uns sur les autres, qui n'est pas peiite incommodité, car il faut passer tantost dessus, et tantost dessous ces arbres Ainsi nous parvinsmes à un lac, ayant six lieues de long et deux de large, fort abondant en poisson; aussi les peuples des environs y font leur pescherie. Près de ce lac y a une habitation de Sauvages qui cultivent la terre et recueillent du maïs. Le chef se nomme JNibachis , N.bschis.
^ chef des Sau-
lequel nous vint voir avec sa troupe^ esmervcillé comment nous avions peu passer les saults et mauvais chemins qu'il y avoit pour parvenir à eux. Et après nous avoir présenté dupetum selon ...^.du^e......
leur mode, il commença à haranguer ses compagnons , leur disant qu'il falloit que fussions tombez des nues , ne sçachant comment nous
TiifîPS.Mril IruU-
ver l'Amlieur.
Lui |t.éspn-
avi
ons peu passer, et qn eux demeurants ?a\
pays avoient beaucoup de peine à traverser ces mauvais passages ; leur faisant entendre que je venois à bout de tout ce que mon esprit vouloir. Bref qu'il croyoit de moi ce que les autres Sauvages lui en avoient dit. Et, sçacliants que nous avions faim , ils nous donnèrent du poisson , que i>onous niangeasmes : et après disnée je leur fis en- "**"