‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 54 sur 74 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Continuation. — Arrivée vers Tessouat, et le bon accueil qu'il me fit. — Façon de leurs cicnetif-res. — Les Sauvages me promirent quatre canots peur continuer mon chemin. — Tost après mêles refusent. — Harau.^ue des Sauvages pour me dissuader de mon entreprise , me remonstrants les difiicultez. — EespoDse à ces difticultez. — Tessouat arguë mon conducteur de mensonge , et n'avoir este' où il disoit. — Il leur maintient son dire véritable. — Je les presse de me donner des canots. — Plusieurs refus. — Mon conducteur convaincu de mrosonge , et sa confession.

NiBACHisfit équiper deux canots pour me me- Niwi.ismè ner voir un autre capitaine, nommé Tessonnt , ';;i;i,3;'j;""'" qui demeuroit à huit lieues de lui , sur le bord d'nn grand lac^ par où passe la rivière que nous avions laissée qui refait au nort. Ainsi nous traversasmes le lac à l'ouest norouest près de sept lieues, où ayants mis pied à terre, fismes une lieue au nortest parmi d'assez beaux pays, où il y a de petits sentiers battus , par lesquels on peut passer aisément- et arrivasmrs sur le bord de ce lac, où est oit l'habitation de Tessouat, qui estoit avec un autre chef sien voisin, tout

estonné de me voir, et nous dit qu'il pensoit que ce fust un songe, et qu'il ne croyoit pas ce qu'il voyoit. De là nous passasmes en une isle , où

l-les donl les ^

e:.ba..nes «ont IcuFS cabances sont assez mal couvertes d'escor-

li.^i couïcnes.

ces d'arbres, qui est remplie de chesnes, pins et ormeaux, et n'est subjecte aux inondations des eaues, comme sont les autres isles du lac.

Geste isle est forte de scituation ; car aux deux bouts d'icelle, et à l'endroit où la rivière se jette dans le lac, il y a des saults fascheux, et l'aspreté d'iceux la rendent forte , et s'y sont logez pour esviter les courses de leurs ennemis. Elle est par les quarante-sept degrés de latitude, com.me est le lac , qui a dix lieues de long , et trois ou quatre de large , abondant en poisson, mais la chasse n'y est pas beaucoup bonne.

s!^"agts''"'ï Ainsi, comme je visitois l'isle, j'apperceus

cesie isle. , . . , > • r 1 '

leurs cimetières, ou je rus grandement estonne, ^Leurs 5épui- voyant des sépulchres de forme semblables aux bières , faits de pièces de bois , croisées par en haut, et fichées en terre, à la distance de trois pieds ou environ. Sur les croisées en haut ils y mettent une grosse pièce de bois, et au devant une autre tout debout , dans laquelle est gravé grossièrement (comme il est bien croyable) la figure de celui ou celle qui y est enterré. Si c'est un homme, ils y mettent une rondache, une

enre

DE CHAMPLAIN. aCi

espée emmanchée à leur mode^ une masse, un arc et des flesches. S'il est capitaine, il aura un pennache sur la teste, et quelque autre bagatelle ou joliveté. Si un enfant, ils lui baillent un arc et une flesche. Si une femme ou tille, une chaudière^ un pot de terre, une cuiliier de bois et un aviron. Tout le tombeau a de longueur six ou sept pieds pour le plus grand, et de largeur quatre, les autres moins. Ils sont peints de jaune et rouge, avec plusieurs ouvrages aussi délicats que le tombeau. Le mort est enseveli dans sa robbe de castor , ou d'autres '^ peaux desquelles il se servoit en sa vie, et lui mettent toutes ses richesses auprès de lui, comme haches, couteaux, chaudières et aleines, afin que ces choses lui servent au pays où il va; car ils croient l'immortalité de l'ame , comme j'ai dit autre part. Ces sépulchres de ceste façon ne se font qu'aux guerriers, car aux autres ils n'y mettent non plus qu'ils font aux femmes, comme gens inutiles j aussi s'en retrouve-t-il peu entre eux.

Après avoir considéré la pauvreté de ceste terre, je demandai comment ils s'amusoient à cultiver un si mauvais pays, veu qu'il y enavoit de beaucoup meilleur qu'ils laissoient désert et abandonné, comme le Sault Sainct Louis. Ils me respondirent qu'ils en estoient contraints,

Coinme iise\eliss«uV urs mont.

A.pre.e despouT 86 iiicttre 611 scufeté ^ et que Faspreté des eunimï '"'lieux leur servoit (]e boulevart contre leurs ennemis ; mais que si je voulois foire une habitation de François au Sault Sainct Louis , comme j'avois promis , qu'ils quitteroient leur demeure pour se venir loger près de nous, estants asseurez que leurs ennemis ne leur feroient point de mal pendant que nous serions avec eux. Je leur dis que ceste année nous ferions les préparatifs de bois et pierres, pour l'année suivante faire un fort, et labourer ceste terre. Ce qu'ayants entendu, ils firent un grand cri en sigiie d'applaudissement. Ces propos finis ^ je priai tous les chefs et principaux d'entre eux, prieieschesde jg gg trouver Ic Icudemain en la p^rande terre ,

«p iromer en la ^ U '

erandeie.re. ^^ j^ cabauncde Tcssouat, lequel me vouloit faire tabagie, et que là je leur dirois mes intentions , ce qu'ils me promirent ; et dès lors envoyèrent convier leurs voisins })0ur s'y trouver. Le lendemain, tous les conviez vinrent avec chacun son escuelle de bois , et sa cuillier, lesquels, sans ordre ni cérémonie, s'assirent contre terre dans la cabanne deTessouat, qui leur dis- Bou.mef.iie tribua une manière de bouillie faite de maïs,

de nlais^^crazé ^ -,

enircdeuxpier ggcrasé cutrc dcux pierres , avec de Ja chair et du poisson , coupez par petits morceaux, le tout cuit ensemble sans sel. Ils avoient aussi de la chair rostie sur les charbons, et du poisson

DE CHAMPLAIN. 'ïGB

bouilli à part, qu'il distribua aussi. Et pour mon regard , d'autant que je ne voulois point de leur bouillie , à cause qu'ils cuisinent fort salement, je leur demandai du poisson et de la chair, pour l'accommoder à ma mode, qu'ils me donnèrent. Pour le boire , nous avions de belle eau claire. Tessouat, qui faisoit la tabagie,nous entretenait sans manger, suivant leur coustume.

La tabagie faite , les jeunes hommes qui n'assistent pas aux harangues et conseils, et qui aux tabagies demeurent à la porte des cabannes , sortiT^ent, et puis chacun de ceux qui estoient demeurez commença à garnir son pétunoir, et m'en présentèrent les uns et les autres , et employasmes une grande demi-heure à cet exercice, sans dire un seul mot, selon leur coustume.

Après avoir, parmi un si lonp: silence, am- L'Au.he.ufaii

1 > r * ^ n . 1 ^- vaues le sujet

pîement peiune, je leur ns entendre par mon de.onTojage. truchement que le sujet de mon voyage n'estoit autre , que pour les asseurer de mon affection, et du désir que j'avais de les assister en leurs guerres, comme j'avois fait auparavant. Que ce qui m'avoit empesché l'année dernière de venir, ainsi que je leur avois promis, estoit que le roy m'avoit occupé en d'autres guerres , mais que maintenant il m'avoit commandé de les visiter, et les asseurer de ces choses, et que pour cetef-

DfT

«pnilile sur ses propu>ili3iis

fect j'avois nombre d'hommes au Sault Sainct Louis. Que je m'estois venu pourmener en leur pays pour reco^noistre la fertilité de la terre, les lacs, rivières et mer, qu'ils m'avoient dit estre en leur pavs. Que je désirois voir une nation distante de huit journées d'eux, nommée ^Nebicerini, pour les convier aussi à la guerre j et pour ce je les priai de me donner quatre canots, avec huit Sauvages, pour me conduire aux dites terres. Et d'autant que les Algonmequius ne sont pas grands amis des ISebicerini, ils sembloientm'escouter avec pi us grande attention.

Mon discours achevé, ils commencèrent de rechef à pétuner , et à deviser tout bas ensemble .'^' touchant mes propositions ; puis Tessouat pour tous print la parole', et dit : Qu'ils m'avoient tousjours recogneu plus affectionné en leur endroit, qu'aucun autre François qu'ils eussent veu. Que les preuves qu'ils en avoient eues par le passé , leur facilitoieut la croyance pour l'ad^ venir. Déplus, que je monstrois bien estre leur ami , en ce que j'avois passé tant de hazards pour les venir voir, et pour les convier à la guerre , et que toutes ces choses les obligeoient à me vouloir du bien comme à leurs propres enfants. Que toutesfois l'année dernière je leur îivois manqué de promesse, et que deux cents

DE CHAMPLAIV. '},(jj

Sauvages estoient venus au Sault^ en intention de rne trouver ^ pour aller à la guerre^ et rae faire des présents^ et ne m'ayants trouvé, furent fort attristez, croyants que je fusse mort, comme quelques-uns leur avoient dit : aussi que les François qui estoient au Sault ne les voulurent assister à leurs guerres , qu'ils furent mal traitez par aucuns, de sorte qu'ils avoient résolu entre eux de ne plus venir au Sault, et que cela les avoit occasionnez (n'espérants plus de me voir) d'aller à la guerre seuls, comme de faict deux cents des leurs y estoient allez. Et d'autant que la plus part des guerriers estoient absents , ils me prioientde remettre la partie à l'année suivante, et qu'ils feroient sçavoir cela àtousceux delà contrée. Pour ce qui estoit des quatre canots que je demandois , ils me les accordèrent , mais avec grandes dlfficultez, me disants qu'il leur desplaisoit fort de telle entreprise, pour les peines que j'y endurerois. Que ces peuples estoient sorciers^ et qu'ils avoient fait mourir beaucoup de leurs gens par sort et empoisonnements, et que pour cela ils n'estoient amis. Au surplus , que pour la guerre je n'avois affaire d'eux, d'autant qu'ils estoient de petit cœur, me voulants destourner, avec plusieurs autres propos sur ce sujet.

Moy d'autre part qui n'avois autre désir que

BMir del'A tlieur de voi ces peuples.

■j'^ de voir ces peuples^ et faire amitié avec eux, pour voir la mer du nort^ facilitois leurs difficullez , leur disant , qu'il n'y avoit pas loin jusques en leur pays. Que pour les mauvais passages, ilsnepouvoient estre plus fascheux que ceux que i'avois passés par ci-devant: et pour le regard de leurs sortilèges, qu'ils n'auroientaucune puissance de me faire tort, et que mon Dieu m'en préserveroit. Que je cognoissois aussi leurs herbes, et par ainsi je me garderois d'en manger. Que je les voulois rendre ensemble bons amis, et leur ferois des présents pour cet effet , m'asseurant qu'ils feroient quelque chose pour moy. Avec ces raisons ils m'accordèrent , comme j'ai dit, ces quatre canots, dequoi je fus fort joyeux, oubliant toutes les peines passées, sur l'espérance que j'avois de voir ceste mer tant désirée.

Pour passer le reste du jour , je fus me pourvu se pour- 1 • T • 7 • 1 •

erparieurs niener jjar les jardins, qui n est oient remplis que de quelques citrouilles, phasioles^ et de nos pois, qu'ils commencentà cultiver, où Thomas mon truchement, qui entendoit fort bien la ui dJ.n^ Ii)u langue , me vint trouver, pour m'advertir que ces Sauvages, après que je les eus quittez, a voient songé que si j'entreprenois ce voyage, que je mourrois et eux aussi , et qu'ils ne me pouvoient bailler ces canots promis, d'autant qu'il n'y avoit aucun d'entre eux qui me voulust conduire, mais

Lui accordent quiilrc ciuols.

me

jardiu:

que je remisse ce voyage à l'année prochaine^ e-^qu'ilsm'y méneroient en bon équipaj^e, pour se défendre d'iceiix, s'ds leur vouloient mal faire^ pource qu'ils sont mauvais.

Geste nouvelle m'affligea fort, et soudain m'en allai les trouver, et leur dis, que jelesavoisjusques à ce jour estimez liom.mes , et véritables, et que maintenant ils se monstroient enfants et mensongers; et que s'ils ne vouloient effectuer leurs promesses, ils ne me feroient paroistre leur amitié. Toutesfoisque s'ils se sentoient incommodez de quatre canots, qu'ils ne m'en baillassent que deux, et quatre Sauvages seulement.

Ils me représentèrent de rechef la difficulté lui rppr^s.-n. des passages ;, le nombre des saults, la meschan- «« ^e» p^-ssag... ceté de ces peuples , et que c'estoit pour crainte qu'ils avoient de me perdre qu'ils me faisoient ce refus. Je leur fis response, que j'estois fasché saresponse. de ce qu'ils se monstroient si peu mes amis, et que je ne l'eusse jamais creu. Que j'avois un garçon (leur monstrant mon imposteur) qui avoit esté dans leur pays, et n'avoit recognu toutes les difficultez qu'ils faisoient, ni trouvé ces peuples si mauvais qu'ils disoient. Alors ils commencèrent à le regarder, et spécialement Tessouat, vieux capitaine, avec lequel il avoit hyverné^ et l'appellant par son nom, luy dit en son langage : Nicolas, est-il vrai que tu

as dit avoir esté aux Nebicerini? Il fut longtemps sans parler , puis il leur dit en leur langue, qu'il parloit aucunement : Ouyj'y ay esté. Aussitost ils le regardèrent de travers, et se jettant sur lui , comme s'ils l'eussent voulu manger ou deschirer, firent de grands cris, et Tessouatlui dit : Tu es un asseuré menteur : tu sçais bien que tous les soirs tu couchois à mes costez avec mes enfants, et tous les matins tu ty levois : si tu as esté vers ces peuples , ça esté en dormant. Comment as tu esté si imprudent d'avoir donné à entendre à ton chef des mensonges^ et si mescbant de vouloir bazarder sa vie parmi tant de dangers? tu es un bomme perdu, et te devroit faire mourir plus cruellement que nous ne faisons nos ennemis. Je ne m'estonne pas s'il nous importunoit tant sur ihru^r''dii àùn l'asseurance de tes paroles. A Tbeure je lui dis ««.Niioias. qu il eust à respondre, et que s'il avoit esté en ces terres, qu'il en donnast des enseignements pour me le faire croire, et me tirer de la peine où il m'avoit mis j mais il demeura muet et tout esperdu. Alors je le tirai à l'escart des Sauvages, et le conjurai de me déclarer s'il avoit veu ceste mer, et s'il ne l'avoit veue , qu'il me le dist. De recbef avec jurement il affirma tout ce qu'il avoit par ci-devant dit, et qu'il me le feroit voir, si ces Sauvages vouloient bailler des canots.

Sur ces discours Thomas me vint advertir que , a.u; qn.h.i les Sauvages de l'isle envoyoient secrettement n"",,,. uu canot aux Nebicerini , pour les advertir de mon arrivée. Et pour me servir de l'occasion ^ je fus trouver les dits Sauvages, pour leur dire que j'avois songé ceste nuict qu'ils vouloient ' envoyer un canot ax Nebicerini ^ sans m'en advertir i de quoi j'estois adverty , veu qu'ils sçavoient que j'avois volonté d'y aller. A quoi ils me firent response , disants que je les offensois fort , en ce que me fiois plus à un menteur , qui pie vouîoit faire mourir, qu'à tant de braves capitaines qui estoient mes amis, et qui chérissoient ma vie. Je leur répliquai, que mon homme (parlant de nostre impo'^teur) avoit esté en ceste contrée avec un des parents de Tessouat , et avoit veu la mer, le bris et fracas d'un vaisseau Anglois, ensemble quatre-vingts testes que les Sauvages avoient, et un jeune garçon Anglois, qu'ils tenoient prisonnier, de quoi ils me vouloient faire présent.

Ils s'escrièrent plus que devant , entendants parler de la mer, des vaisseaux, des testes dos Anglois, et du prisonnier, qu'il cstoit un menteur, et ainsi le nommèrent-ils depuis, comme la [dus grande injure qu'ils lui eussent peu faire, disants tous ensemble qu'il le falloit faire mourir, ou qu'il dist celui avec lequel il y avoit esté.

et qu'il déclarast les lacs, les rivières et chemins par lesquels il avoit passé. A quoi, il fit response, qu'il avoil oublié le nom du Sauvage , combien qu'il me Teust nommé plus de vingt fois, et mesme le jour de devant. Pour les particularitez du pays, il les avoit descrites dans un papier qu'il m'avoit baillé. Alors je présentai la carte, et la fis interpréter aux Sauvages , qui l'interrogèrent sur icelle : à quoi il ne fil response^ ains par son morne silence manifesta sa meschanceté. rewrfà prt''' ^^'^^ csprit voguaot en incertitude , je me retirai à part, et me représentai les particularitez du voyage des Aoglois ci-devant dites, et les discours denostre menteur estre assez conformes; aussi qu'il y avoit peu d'apparence que ce garçon eust inventé tout cela , et qu'il n'eust voulu entreprendre le vovage : mais qu'il esLoit plus croyable qu'il avoit veu ces choses, et que son ignorance ne lui permettoit de respondre aux inteirogations des Sauvages -, joint aussi que si la relation des Anglois est véritable , il faut que la mer du nort ne soit pas esloignée de ces terres de plus de cent lieues de latitude ; car j'estois sous la hauteur de quarante-sept degrez de latitude et deux cents quatre-vingt-seize de longitude : m.ais il se peut faire que la difficulté de passer les saults,raspreté des montagnes rem[)lies de nèges, soit cause que ces peuples n'ont aucune

coguoissance de cette mer : bien m'oiit-ils tous jours dit que du pays des Ochataiguins , il n'y a que Irente-cioq ou quarante journées jusques à la mer, qu'ils voient en trois endroits; ce qu^ils m'ont encore asseuré ceste année : mais aucun ne m'a parlé de ceste mer du nort, que ce menteur y qui m'avoit fort resjoui à cause de Ja briesveté du chemin.

Or comme ce canot s'a pprestoit, je le fis appeler devant ses compagnons, et en lui représentant tout ce qui s'esloit passé , je lui dis qu'il n'estoit plus question de dissimuler , et qu'il falloit dire s'il avoit veu les choses dites, ou non. Que je me voulois servir de la commodité qui se présenloit. Que j'avois oublié tout ce qui s'estoit passé, mais que si je passois plus outre, je le ferois pendre et estrangler.

Après avoir son^-é à lui , il se jeta à /genoux, et L-imp^^irur me demanda pardon, disant que tout ce qu'il It^r." '''^"' avoit dit, tant en France qu'en ce pays, touchant ceste mer, estoit faux. Qu'il ne l'avoit jamais veuc, et qu'il n'avoit pas esté plus avant que le village de Tessouat, et avoit dit ces choses pour retourner en Canada. Ainsi transporté de colère, \e le fis retirer , ne le pouvant plus voir devant o-; if f-*»

J icliicr.

moi , donnant chargea Thomas de s'enquérir de tout particulièrement : auquel il acheva de dire qu'il ne croyoit pas que je deusse entreprendre

le voyage, à cause des dangers , croyaat cpe quelque difficulté se pourroit présenter, qui m'empescheroit de passer, comme celle de ces Sauvages, qui ne vouloient me bailler de canots : ainsi que l'on remettroit le voyage à une autre année, et qu'estant en France, il auroit récompense pour sa descouverture, et que si je le voulois laisser en ce pays, qu'il iroit tant qu'il la „ . trouveroit, quand il v devroit mourir. Ce sont ses

Paroles qiip ' i «J

paroles qui me furent rapportées par Thomas , qui ne me contentèrent pas beaucoup , estant esmerveillé de l'effronterie et meschanceté da ce menteur : ne pouvant m^imaginer comment il avoit forgé ceste imposture, sinon qu'il eust ouï parler du voyage des Anglois ci-mentionué, et que sur l'espérance d'avoir quelque récompense, comme il disoit, il avoit eu la témérité de mettre cela en avant.

Thiinias l'iiiap porte.

s...iTapps r.d- Peu de temps après, ie fus avertir les Sauvaores,

'TPrlis^er,! de la 1 1 ^ J O ?

iiîilicp de l'i

poslciir.

à mon grand regret, de la malice de ce menteur, et qu'il m'avoit confessé la vérité; de quoi ils furent joyeux, me reprochants le peu de confiance que j'a vois en eux, qui estoient capitaines, mes amis, qui disoient toiisjours vérité , et qu'il falloir faire mourir ce menteur, qui estoit grandement malicieux, me disants : ?*e vois-tu pas qu'il t"a voulu faire mourir? Jjonne-lc nous, et Dous te promettons qu'il ne m^^ntira jamais.

Comme je veis qu'eux ei leurs enfants crioient

tous après lui , je leur défendis de lui faire aucun le-.r ci.^p"!/dl

lui faire aucun

mal, et aussi d'empescber leurs enfants de ce "'^'■ faire^ d'autant que je le voulois remener au Sault pour lui faire faire son rapport, et qu'estant là , j'aviserois ce que j'en ferois.

Mon voyag^e estant achevé par cesle voie , et sans aucune espérance de voir la mer de ce costé-là , sinon par conjecture, le regret de n'avoir mieux employé le temps me demeura, avec les peines et travaux qu'il me fallut tolérer patiemment. Si je me fusse transporté d'un autre costé, suivant la relation des Sauvages, j'eusse esbauché une axTaire qu'il fallut rem eUre /> une autre fois.

IN'ayant pour l'heure autre désir que de m'en cj,',"";'' ';,' revenir, je conviai les Sauvages de venir an Sr.uît ]::Z:ïJT Sainct Louis, où ils recevroient bon traittenient • ce qu'ils firent sçavoir à tous leurs voisins.

Avant que partir, je fis une croix de cèdre blanc, laquelle je plantai sur le bord du lac en un lieu éminent, avec les armes de France, et priai les Sauvages la vouloir conserver, comme aussi celles qu'ils trouveroient le long des chemins où nous avions passé. Ils me promirent ainsi le faire, et que je les retrouverois quand je retournerois vers eux.

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