‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 56 sur 74 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Changement de Yice-roy de feu M. le inaresclial|de Themines , qui obtient la cLarge de Lieutenant ge'ne'ral du Roy en la Nouvelle France , de la Roync Re'gente. — Articics du sieur de Mons à la Compaguie. — Troubles qu'eut TAulheur par ses

Estant arrivé en France , nous eiismes nouvelles de la détention de monseigneur le Prince, qui me fit juger que nos envieux ne tarderoient guères à vomir leur poison, et qu'ils feroient ce qu'ils n'avoient osé faire auparavant; car le chef estant malade 5 les membres ne peuvent estre en santé. Aussi des lors les affaires changèrent de face, et firent naistre un nouveau vice-roy, par l'entremise d'un certain personnage, lequel s'addresse au sieur deBeaumont, maistre des requestes, lequel estoit ami de monsieur le mareschal de Themines , qui donne advis de demander la charge de lieutenant de roy de la ^^ouvelle France . pendant la détention de mon dit seigneur le prince . lequel l'obtint de la royne-mëre régente. Cet entremetteur va trou-

DE CHAMPLAJN. 28 I

ver monsieur le mareschal deThemines, lai fait voir que l'on donnoit un cheval de mille escusà monseigneur le Prince, et qu'il en pourroit bien avoir un de quatre mille cinq cents livres , par les moyens qu'il lui dira , moyennant que mondit sieur lui fasse quelque gratification , et le continue en la charge de faire les affaires de la compagnie , et pouvoir estre son secrétaire. Il lui dit qu'en considération de l'advis qu'il lui avoit fait donner , et aussi pour le soin qu'il avoit des affaires, il le recognoistroit, comme dit est. Cela accordé, ledit solliciteur dit aux associez, qu'il avoit appris que monsieur de Themines avoit l'affaire de Canada, et demandoit cinq cents escus davantage que les mille, d'autant qu'il y en avoit d'autres qui vouloient ^ prendre ce parti , et lui offroient, mais qu'il les vouloit préférer. Ces associez adjoustent foi à ceci, jusques à ce que la mesche fust descouverte par l'un des secrétaires de mon dit sieur de Themines ; fasché de ce que ce personnar;e emportoit ce qui lui devoit estre acquis. En ces entre-faites, on donne advis à monseigneur le Prince de tout ce qui se passoit, qui donna charge à monsieur Vif^nier de mesnaffer ceste Le^.e-rVi. affaire; lequel fait arrest de ce qui estoit deub à ;'";";,;:^lgt'm

it seigneurie Prince, et que s ils payoïent à monsieur de Themines , ils pay^roient deux

Prcis an fols. Yoilà UD pFocoz oui s'esmeut au conseil

Conseil cnire * -l

(rPHnc-^HM. entre les associez, monseif^^neur le Prince, le sienr de Ihemines et le sieur de ViUemenon , comme intendant de l'admirauté, qui s'y entremet pour nionsei|3^neur de Montmorency, sur quelque poinct, qui dépendoit de la charge du dit sieur, pour le bien de la société, qui désiroit aussi que les mille escus fussent employez au bien du pays; chose qui eust esté très raisonnable. Ils sont tous au conseil , et de là renvoyez à la cour du parlement. Laissons-les plaider, pour aller appareiller nos vaisseaux, qui ne perdoient temps pour aller secourir les hyvernanis de l'habitation.

En ce mesme temps, remonstrances furent faites à messieurs les associez du peu de fruict qu'ils avoiectfait cognoistre à advancer le progrez de l'habitation , et qu'il n'y avoit chose plus capable de rompre leur société , s'ils n'y remédloient par quelque augmentation de faire bastir, et envoyer quelques familles pour desfricher les terres.

Ils se résolurent donc d'y remédier, et pour cet effect le sieur de Mons désirant de voir de plus en plus fructifier ce dessein , met la plume

drei'è'lrsieur ^ la maiu , fait quelques articles, par lesquels ladite compagnie s'obligeoit à l'augmentation de hommes pour la conservation du pays, muni-

Remonstrances aus assj-

de Mous

lions de guerre, et des vivres nécessaires pour deux ans, attendant que la terre pcust fructifier.

Ces articlss furent mis entre les mains de i.s''^mïn'"cïe

M.deilanlUic.

monsieur de Marillac , pour estre rapportez au conseil. Voici un bel acheminement sans profit; car le tout s'en alla en fumée, par je ne sçais quels accidents , et Dieu ne permit pas que ces articles eussent lieu. IVéantmoins monsieur de Marillac trouva tout cela juste , et s'en resjouit, grandement porté à l'advancement de ceste affaire.

Pendant ces choses , je fus à Honnefleur pour ài„tl!e'iw" aller au voyage , où estant, un de la compagnie, aussi malicieux que grand chicaneur, appelé B„j„h<ii,ui Boyer , comparoissant pour toute icelle compa- rlVideiaCouI. gnie, me fait signifier un arrest de MM. de la cour de parlement,par lequel il disoit que je ne pouvois plus prétendre ThonneuF de la charge de lieutenant de monseigneur le Prince , attendu que la cour avoit ordonné que les seigneurs prince de Condé , de jMontmorency , et deThemines, sans préjudicierà leurs qualitez, ne pourroient recevoir aucuns deniers de ce qu'ils pcuvoient prétendre, et défense aux associez de ne rien donner, sur les peines du quadruple. Tout cela ne me touchoit point; car ayant servi comme j'avois fait; ils ne me pouvoient ester ni la charge,

ni moins les appointements , à quoi volontairement ils s'estoient obligez lors que je les associai. Voilà la récompeuse de ces messieurs les L« .ssocwz associez, qui se deschar/îeoient sur le ditBover,

M descbargcnt * " J '

.urBojr.r. ^^g çg q^^'-j ^^.^^-^ £gj^ cstolt dc SOU mouvcment. Je protestai au contraire^ attendant le retour de mon voyante.

Je m'embarquai donc pour le voyage de Tan 1 617, où il ne se passa rien de remarquable. Estant de retour à Paris , je fus trouver mon dit sieur de Tiiemines, duquel j'avois eu la commission de son lieutenant pendant la détention de mon dit seigneurie Prince. Il obtient M. de The- lettres du conseil de Sa Majesté pour y faire

mines fjii e^o- J 1 J

^;;;^,^,""*- renvoyer l'affaire, qui n'avoit pas esté jugée à son profit. Estant au conseil, la compagnie ne demande maintenant que la descbarge de ce qu'elle doit payer, et qu'ils ne payent point à deux. Ordonné que l'on donnera l'argent à mon- Arr.M d,. dit sieur deTbemines. Néantmoius ledit sieur

Coi.fril à son ^,. . . , 1 Ti •

proiit. Yignier, intendant de monseigneur le rriuce ,

dit que les associez regardent ce qu'ils font, à

ce qu'un jour ils ne payent derechef. Geste com-

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