‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 61 sur 74 · TOME 1. JO · texte numérisé non relu

TOME 1. JO

deMons-igncur le de don née il l"Aut*ii-ur.

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» tions qu'il y a faits, et en autres lieux cir- » convoisins d'icelui. A icelui sieur de Cham- » plain , pour ces causes , et eu vertu du pouvoir M à nous donné par Sa Majesté, avons commis, )) ordonné et député, commettons, ordonnons » et députons par ces présentes , nostre lieu- » tenant , pour représenter nostre personne » au dit pays de la Nouvelle France : et pour cet » effect lui avons ordonné d'aller selorjeravec » tous ses gens , au lieu appelle Québec , estant )) dedans le fleuve Sainct Laurent, autrement » appelle la grande rivière de Canada au dit » pays de la ?fouvelle France : et au dit lieu , » et autres endroits que le dit sieur de Cham- » plain advisera bon estre , y faire construire )) etbasiirtcls autres forts et forteresses qui lui » sera besoin et nécessaire pour sa conserva- » tion , et de ses dits gens, lequel fort, ou forts, « nous gardera à son pouvoir : pour audit lieu » de Québec, et autres endroits en l'estendue » de nostre pouvoir, et tant et si avant que » faire se pourra, establir , estendre, et faire )) cognoistre le nom, puissance, et auctorité » de Sa Majesté, et à icelle assubjectir, sous- » mettre , et faire obéir tous les peiqjles de » ladite terre, et les circonvoisins d'icelle , et » par le moyen de ce , et de toutes autres voyes » licites, les appeller, faire instruire, provoquer

» et esmouvoir à la cognoissance et service de » Dieu , et à la lumière de la foy et relig^ion ca- » tholique, apostolique et romaine^ la y esta- >' blir, et en l'exercice et profession d'iceile » maintenir, garder et (conserver les dits lieux » sous l'obéissance et autorité de Sa dite Majesté. » Et pour y avoir égard et vaquer avec plus » d'asseurance, nous avons , en vertu de nostre M dit pouvoir, permis audit sieur de Champlain » commettre, establir, et constituer tels capi- » taines et lieutenants que besoin sera. Et pa- » reillement commettre des officiers pour la }} distribution de la justice , et entretien de la )) police, règlements et ordonnances, traitter , » contractera mesme effcct, paix , alliance, et » confédération, bonne amitié , correspondance )i et communication avec les dits peuples, et » leurs princes, ou autres ayant pouvoir et » commandement sur eux ; entretenir, garder, w et soigneusement conserver les traitiez et al- » lianccs dont il conviendra avec eux , pourveu » qu'ils y satisfacent ôe leur part. Et à ce dé- » iaultjleur faire guerre ouverte, pour les con- )) traindre et amener à telle raison qu'il jugera » nécessaire , pour l'honneur, obéissance, et » service de Dieu, et l'établissement, manuten- » tion et conservation de l'authorité de Sa dite » Majesté parmi eux; du moins pour vivre ^

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» demeurer, hanter, et fréquenter avec eux en )) toute asseurance^ liberté, fréquentation et » communication , y négocier et trafiquer amia- » blement et paisiblement : faire faire à ceste fia )) les descouvertures et recognoissancesdes dites >) terres , et notamment depuis le dit lieu ap- » pelle Québec, jusques et si avant qu'il se » pourra estendre au dessus d'icelui, dedans les )) terres et rivières qui se deschargent dedans » ledit fleuve Sainct Laurent, pour essayer de » trouver le chemin facile pour aller par dedans » ledit pays au pays de la Chine et Indes Orien- » taies , ou autrement, tant et si avant qu'il se » pourra, le long des costes, et en la terre ferme : » faire soigneusement rechercher et recognois- » tre toutes sortes de mine? d'or, d'argent, cui- » vre , et autres métaux et minéraux ; les faire H fouiller, tirer , purger , et affiner, pour estre )) convertis, et en disposer selon et ainsi qu'il )) est prescript par les esdits et règlements de Sa » Majesté , et ainsi que par nous sera ordonné. « Et où le dit sieur de Champlain trouveroit des » François , et autres , trafiquants, négociants, » et communiquants avec les Sauvages^ et peu- » pies estants depuis ledit lieu de Québec, et au » dessus d'icelui, comme dessus est dit, et qui » n'ont esté réservez par Sa Majesté, lui avons » permis et permettons s'en saisir et appréhen-

DE CHAMPLAIN. BoQ

» der, ensemble leurs vaisseaux^ marchandi- )) ses, et tout ce qui se trouvera à eux apparte- )) nant , et iceux faire conduire et amener en » France, dans les hasvres de nostre gouverne- » ment de àN'ormandie, aux mains de la justice^ » pour estre procédé contre eux selon la rigueur » des ordonnances royaux , et ce qui nous a » esté accordé par Sa dite Majesté : et ce faisant, » gérer, négocier, et se comporter par ledit » sieur de Champlain en la fonction de la dite » charge de nostre lieutenant, pour tout ce » qu'il jugera estre à Fadvancement des dits » conquestes et peuplements : Le tout, pour le w bien, service, et authorité de Sa dite Majesté, » avec mesme j)Ouvoir , puissance et authorité » que nous ferions si nous y estions en person- » ne , et comme si le tout y estoit par exprès et » plus particulièrement spécifié et déclaré. Et » outre tout ce que dessus , avons au dit sieur » de Champlain permis et permettons d'associer » et prendre avec lui telles personnes, et pour )) telles sommes de deniers qu'il advisera bon » estre pour Feffect de nostie entreprise. Pour » l'exécution de laquelle, «mesme poar ftir^lcs » embarquements , et autres choses nécessaires M à cet effect qu'il fera es villes et hasvres de » Normandie , et autres lieux où jugerez estre à » propos , vous avons de tout donné et donnons » par ces présentes, toute charge, pouvoir,

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» commission , et mandement spécial ; et pour » ce vous avons substitué et subrogé en nostre » lieu et place , à la charge d'observer et faire » observer par ceux qui seront sous vostre charge » et commandement, tout ce que dessus, et )} nous faire bon et fidèle rapport à toutes occa- » siens de tout ce qui au.ra esté fait et exploicté, » pour en rendre par nous prompte raison à » Sa dite Majesté. Si prions et requérons tous » princes, potentats, et seigneurs estrangers , » leurs lieutenants généraux, adrairaux , gou- » verneurs de leurs provioces , chefs et conduc- » teurs de leurs gens de guerre, tant par mer M que par terre , capitaines de leurs villes et » forts maritimes, ports, costes, hasvres , et » destroits , donner audit sieur Champlain pour » l'entier effect et exécution de ces présentes , M tout support , secours, assistance, retraite , » main-forte, faveur et aide, si besoin en a, )) et en ce qu'ils pourront estre par lui requis. » En tesmoin de ce nous avons ces dites présen- » tes signées de nostre main , et fait contresi- » gner par l'un de nos secrétaires ordinaires , » et à icelles fait mettre et apposer le cachet de » nos armes. A Paris , le quinziesme jour d'oc- » tobre 1612.

Signé, Charles de BouRBO^. »

Et sur le repli , par Monseigneur le comte ,.

Bresson.

DE CHAMPLAO. 3ll

Mais ceste affaire ne dura que le moins qu'il L'Au.hm, ,\,

A 1 dresse à JJ. le

me fust possible : car je me résolus de m'addres- ^""" ser à Monseigneur le Prince ; auquel ayant renionstré l'importance , et le mérite de ceste affaire, que mon dit seigneur le cornue avait embrassée, comme protecteur d'icelle , il eust pour très agréable de la continuer sous son b^e"deT pô^ authorité ; qui m'occasionna de faire dresser ^^'' ses commissions , Sa Majesté lui ayant donné la protection. Ses commissions scellées, mon dit seigneur me continua en l'honneur de la lieu- inez-oniinne

«J Pilla liruli-nan-

tenance de feu Monseigneur leComte, avec l'in- comie!"^'" tendance d'icclle , pour associer telles personnes quej'adviserais bon estre, et capables d'aider à Fcxccution de ceste entreprise.

Comme je moyennois de faire publier en tous LA-'hc.r

^ j r r.iii pi.i.ii«-r !.fs

les ports et hasvres du royaume les commissions '^^"i^hZZ

de mon dit seigneur le Prince, quelquesbrouil-

lons qui n'avoient aucun iutérest en l'affaire, envieux quL

1?' .A .Tir* 1 • r • lascLeiil à Iva

importunèrent de Ja laire casser, lui faisant W'e causer.

entendre le prétendu intérest de tous les marchands de France, qui n'avoient aucun subject de se plaindre , attendu qu'un chacun estoit receu en l'association , et par ainsi on ne se pouvoit justement offenser ; c'est pourquoi leur malice estant recognue , ils furent rejettez , avec ,,";,',;''., ^'• permission leulement d'entrer en la société. Pendant ces altercations, il me fust impossible

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de rien faire pour l'habitation de Québec , et se

l'A^oVheur"'^* fallut contenter pour ceste année d'y aller sans

01 tieut pas aucune association qu'avec passeport de f monte pori de il. Il- ^ ri

ruiî'raiss.auï' seigneur ^ qui fut donné pour cinq vaisseaux, sçavoir trois de ^'ormandie , un de la Rochelle , et un autre de Sainct Malo, à condition que chacun me fourniroit six hommes , avec ce qui leur seroit nécessaire , pour m'assister aux descouvertes que j'espérois faire par delà le grand Sault, et le vingtiesme de ce qu'ils pourroient faire de pelleterie , pour estre employé aux réparations de l'habitation , qui s'en alloit en décadence. C'est donc tout ce qui se peut faire pour ceste année, en attendant que la société

se formast.

Tous ces vaisseaux s'apprestërent chacun eu son port et hasvre, et moi je m'en allai embariHooDefl!ur quer à Honnefleur avec le dit sieur du Pont- Gravé , qui faisoit pour les anciens associez qui ne s'estoieut désunis. ?fous voilà euibarquez iusques à arriver à Tadoussac, et de là à Québec,

Leur aniTèe , . '-ri?

à Tadou... r ei OU tous cstoiCHt cu Donue santé, qui ruùian i6i3.

De là continuant nostre voyage jusques au

ZTsVu'>s^ grand Sault Sainct Louis, où chacun faisoit sa traitte de pelleterie, je cherchai le vaisseau le plus tostprest pour m'en retourner, qui fust ce-lui de Sainct Malo, dans lequel je m'embarquai;

.i;r (!« l'Auilif-ur tu

M.irchanJi foriTiPiii Ifur

DE CHAMPLAIN. 'J i -»

et levant les anchres, et mettant sous voile,

nous sinfflasmes si favorablement , qu'en peu de ^ ^ , . l'ii.ii

jours nous arrivasmes en France , ou estant , je f

donnai à entendre à plusieurs marchands le

-,. Bienqu'appc

bien et utilité qu'apportoit une compagnie bien •;.-■;--. réglée, et conduite sous l'aulhorité d'un grande'-prince , qui les pouvoit maintenir contre toute sorte d'envie , et qu'ils eussent à considérer ce que par le dérèglement du passé ils avoient perdu , et mesme en la présente année, à l'envie les uns des autres. Et jugeants bien tous ces défauts , ils me promirent venir en cour pour former leur compagnie, sous de certaines conditions. Ce qu'estant accordé, je m'acheminai à Fontainebleau, où estoit le roy et monseigneur le Prince, ausquels je fis fidèle rapport de tout

mon voyage.

Quelques jours après , ceux de Sain et Malo et de Normandie se trouvèrent prests,mais ceux de la Rochelle manquèrent. Cependant je ne laissai de faire la société a Pans, reserve le tiers aux f.ii i» comp...

' giiie a Pari».

Rochellois , qu'au cas que dedans un certain lemps ils n'y voulussent entrer , ils n'y seroient plus receus. Es furent si long-temps en ceste affaire, que ne venants pas au temps, ils furent démis, et ceux de Rouen et Sainct Malo prirent waio l'affaire moitié par moitié. ?,

En ce temps il falloit de tout bois faire fleL^ches,

Ceux «le St.

I fJe Roufii enlic.

fireiintul l'af aire.

Grand pro cez »nlre cphï

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car les importunitez qu'avoit monseigneur le Prince, occasionnoit que je faisois beaucoup de choses par son commandement. Voilà donc la société et le contract fait , lequel je fais ratifier à mon dit seigneur le Prince, et de Sa Majesté, pour onze années.

Geste société ayant vescu quelque temps en tranquillité, il y eut quelque dissention entre eux et les Rochellois , qui cstoient faschez de ce qu'on les avoit démis , pour ne s'estre trouvez . au temps prescrit, qui fit qu'ils eurent un grand :7?.*"{!uio*'rdè procez, lequel est demeuré au crocq , jusquesà Roche.iois. ce qu'ils obtindrent de mondit seigneur le Prince un passe-port par surprise pour un vaisseau, qui ^ par la permission de Dieu, se perdit à se^'err*'"" quinzc lifiues à val de Tadoussac, à la coste du nort. Car sans ceste fortune, il n'y a point de doute que comme il estoit bien armé , il se fust battu, voulant jouir de son passe-port injustement acquis conireles nostres, où mon dit seigneur s'obligeoit ne doaner passe-port autre qu'à ceux de notre société, et que s'il s'en trouvoit d'autres obtenus en quelque manière et façon que ce fust , qu'il les déclaroit nuls dès à présent comme dès lors. C'est pourquoi il y eust eu raison de se saisir des Rochellois; ce qui ne se pouvoit faire qu'avec la perte de nombre d'hommes. Partie des marchandises de ce vaisseau

ichellùU.

furent sauvées^ et prises par les nostres^ qui en firent très bien leur profit avec les Sauvages, qui leur causa une très bonne année : aussi à leur retour eurent-ils un grand procez contre ^Ji^:'^ les Rochellois, qui fut en fin jugé au bénéfice de la dite société.

Continuant tousjours ceste entreprise sous Tauthoritc démon dit seigneur le Prince, et voyant que nous n'avions aucuns religieux , nous en eusmes par l'entremise du sieur Houel , qui avait une affection particulière à ce sainct dessein , et me dit que les Pères Récollets y se- ^ecoh les'wrél

I , -, lUri.U.ls pour

roicnt propres , tant pour la demeure de nostre ei...n..,e, a^rc habitation , que pour la conversion des infidèles. Ce que je jugeai à propos, estants sans ambition , et du tout conformes à la règle sainct François. J'en parlai à mon dit seigneur le Prince, qui l'eust pour très agréable, et ceste compagnie s'offrit volontairement de les nour- p„i^^^XT''.u

1 ^.i , • » • les nourrit.

rir, attendant qu us peussent avoir un séminaire , comme ils espéroient , par les charitables aumosnes qui leur seroient faites , 'pour prendre et instruire la jeunesse.

Quelques particuliers de Sainct Malo, poussez par d'autres aussi envieux qu'eux, de n'estre de la société (bien qu'il y en eust de leurs compatriotes) , voulurent tenter une chose : mais n o- «uideSMaio.

' pour miner la

sants se présenter devant mon dit seigneur le ^"'"i"»'""'-

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Prince , ni trouver des conseillers d'estat qui se voulussent charger de leur requeste contre son auihorité^ ils font en sorte de faire mettre dans le cahier général des estats , qu'il fust permis d'avoir la traitte de pelleterie libre en toute la ijrovince, comme chose très importante. Cestoit un article fort sérieux , et ceux quiravoient fait coucher dévoient estre pardonnez, car ils ne sçavoient pas bien ce que c'estoit de ceste affaii^ , qu'on leur avoit donné à entendre contraire il la vérité.

Voilà comme par les plus célèbres assemblées il se commet souvent des fautes, sans s'informer davantage. Ces envieux pensent avoir fait un grand coup, et qu'en ceste assemblée des Estats tenus à Paris, il se feroit des merveilles sur ce subject, comme s'ils n'eussent eu autre fil à dé- 'vuider. Ayant ouï lèvent de ceci , j'en parlai à Monseigneur le Prince, et lui remonstrai l'in- •^^"«"^*'^f^i"'Vtérest Qu'il avoit en la desfense si juste de cet

■«èresl a M. le 1 ■'

article , et que s'il lui plaisoit me faire l'honneur de me faire ouïr, je ferois voir que la Bretagne n'a nul intérest en cela, queceuxdeSainct Malo , dont des plus apparents avoient entré en la dite société, et que d'autres Tavoient refusée , et pour ce desplaisir avoient fait insérer ce dit article au cahier général delà province. Il me

L'Au'.lieur re nionslr»

éresl s Piince.

DE CIIAMPLAIN. 3j7

dit qu'il me feroit parler à ces Messieuis ; ce qui fust fait, où je fis entendre la vérité de l'affaire, qui fust cause que l'article estant recogneu, il ne fus mis au néant.

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