‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 62 sur 74 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Embarquement de TAullieur pour aller en la Nouvelle France. — Nouvelles descouveriures en Tan i6i5.

iCk-. ]\ous partismes de Ilonnefleur le 2/^^ jour

d'aoust iGi5, avec quatre Religieux, et fisines voile avec vent fort favorable, et voguas mes sans rencontrer de glaces , ni autres hazards , et en Lf.irarriTée peu dc tcmps arri vasiiî 68 à Tado jssac le 23^ jour de mai , où nous rendismes grâces à Dieu , de nous avoir conduits si à propos au port de salut. On commença à mettre des hommes en be-

songne pour accommoder nos barques, afin d'aller à Québec, lieu de nostre habitation , et au grand Sault Sainct Louis, où estoit le rendez-vous des Sauvages qui y viennent traitter. ArriTée au lucontincnt crue ie fus arrivé au Sault, je visitai

gnnd Sault. 1 J ^ <i

ces peuples 5 qui estoient fort désireux de nous voir, et joveux de nostre retour , sur Tespépérance qu'ils avoient que nous leur donnerions quelques-uns d'entre nous pour les assister en

DE CHAMPLAIN. 3l()

leurs guerres contre leurs ennemis; nous remonstranls que mal aisément ils pourroienf. venir à nous, si nous ne les assistions, parce que ^es Hiroquois leurs anciens ennemis, estoient tousjours sur le chemin , qui leur fermoient le passage ; outre que je leur avois tousjours promis de les assister en leurs guerres, comme i!s nous firent entendre par leur tru( li( ment. Sur quoi j'advisai qu'il estoit très nécessaire de les assister, tant pour les obliger davantage à nous aimer , que pour moyenner la facilité de mes entreprises et descouvertures, qui ne se pouvoient se faire en apparence que par leur moyen , et aussi que cela leur seroit comme un acheminement et préparation pour venir au Christianisme ; en faveur de quoi je me résolus d'y aller recognoistre leurs pays , et les assister en leurs guerres, afin de les obliger à me faire voir ce qu'ils m'avoient tant de fois promis.

Je les fis tous assembler pour leur dire ma volonté, laquelle entendue, ils promirent nous fournir deux mille cinq cents hommes de guerre, qui feroient merveilles , et qu'à ceste fin je menasse de ma part le plus d'hommes qu'il me seroit possible : ce que je leur promis i^ire , estant fort ai»e de les voir-si hicn délibérez. Lors je commençai à leur dcscoLîvrir les moyens qu'il falloit tenir pour combattre, à quoi ils prenoient un

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singulier plaisir , avec démonstratioa d'une bonne espérance de victoire. Toutes ces résolutions prises, nous nous séparasmes , avec intention de retourner pour l'exécution de nostre entreprise. Mais auparavant que foire ce voyage, qui ne pouvoit estre moindre que de trois ou quatre mois, il estoit à propos que je fisse un voyage à nostre habitation, pour donner ordre, pendant mon absence, aux choses qui y estoient nécessaires. Et le jour ensuivant, je partis de là pour retourner à la rivière des Prairies, avec deux canots de Sauvages.

Le g dudit mois je m'embarquai moi troisiesme , à sçavoir l'un de nos truchements, et mon homme, avec dix Sauvages, dans les dits deux canots, qui est tout ce qu'ils pouvoient porter, d'autant qu'ils estoient fort chargez et embarrassez de bardes , ce qui m'empeschoit de mener des hommes davantage.

Nous continuasmes nostre vovage amont le fleuve Sainct Laurent environ six lieues, et fusmes par la rivière des Prairies, qui descharge sauit St. (3ans ledit fleuve , laissant le sault Sainct Louis cinq ou six lieues plus amont, à la main senestre, où nous passasmes plusieurs petits sauts par ceste rivière, puis entrasmes dans un lac lequel passé , rentrasmes dans la rivière , où j'avois esté autrefois, laquelle va et conduit aux Algou-

FleuTC Liuienl.

y? des Algouiuïquins.

mequins , distante du Sault Sainct Louis de

quatre-vingt-neuf lieues, de laquelle rivière j'ai

fait ample descrij^tion ci-dessus. Continuant ^'"'^ '^^: ^

mon voyage jusques au lac des Algoumequins

rentrasmes dedans une rivière qui descend

dedans le dit lac, et fusracs amont icelle en- ^pj"

viron trente-cinq lieues, et passasmes grande

quantité de sauts, tant par terre que par eau ,

en un pays mal agréable, rempli de sapins, Ari,re, du

bouleaux , et quelques cnesnes, force rochers ,

et en plusieurs endroits un peu montagneux ;

au surplus fort désert , stérile, et peu habité,

si ce n'est de quelques Sauvages Algoumequins,

appeliez Oiaguottouemin, qui se tiennent dans

les terres, et vivent de leurs chasses et nés- ,,^"""' ^'-

chéries qu'ils font aux rivières , estangs et lacs,

dont le pays est assez muni. Il est vrai qu'il

semble que Dieu a voulu donner à ces terres

affreuses et désertes, quelque chose en sa saison,

pour servir de rafraischissement à l'homme, et

aux habitants de ces lieux. Car je vous asseure

qu'il se trouve le long des rivières si grande

quantité de blues, qui est un petit fruit fort

bon à manger, et force framboises, et autres Abo„d.„c.

petits fruicts, et en telle quantité, que cesl^''''^'^^^^'i^<^-

merveilles: desquels fruicts ces peuples qui y

habitent en font seicher pour leur hyver , comme

nous faisons des pruneaux en France, pour le

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