‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 64 sur 74 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

Nostre arrivée à Cahiagaë. — Description de la beauté' du pays. — Naturel des Sauvages qui y habitent, et les inconimoditei que nous receusmes.

Le dix-septiesme jour d'Aoust, j'arrivai à Cahiagué; où jefusreceu avec grande allégresse et recognoissance de tous les Sauvages du pays. Ils receurent nouvelles, comme certaine nation de leurs alliez, qui habitent à trois bonnes journées plus haut que les Entouhonorons, ausquels les Hiroquois font aussi la guerre , les vou- i," loient assister en ceste expédition de cinq cents bons hommes, et faire alliance^ et jurer amitié avec nous , ayants grand désir de nous voir , et que nous fissions la guerre tous ensemble, et tesmoignoient avoir du contentement de nostre cognoissance : et moi pareillement d'avoir trouvé ceste opportunité , pour le désir que j'avois de sçavoir des nouvelles de ce pays là. Ceste nation est fort belliqueuse, à ce que tiennent ceux de la nation des Attigouantans.

ArriVér à Ci-

Il n'y a que trois villages qui sont au milieu de plus de vingt autres, ausquels ils fout la guer=. re, ne pou^ants avoir de secours de leurs amis, d'autant qu'il faut passer parle paysdes Chouonlouaroùon , qui est fort peuplé , ou bien faudroit prendre un bien nrandtour de chemin.

Arrivé que je fus en ce village , où il me convint séjourner , attendant que les hommes de puerre vinssent des villages circonvoisins, pour nous en aller au plus tost qu'il nous seroit possible; pendant lequel temps on estoit tousjours en festins et dances, pour la resjouissance en laquelle ils estoient de nous voir si résolus de les assister en leur guerre, et comme s'asseurants desjà de la victoire.

La plus grande partie de nos gens assemblez, nous partismes du village le premier jour de septembre, et passasnies sur le bord d'un petit lac , distant dudit village de trois lieues , où il se fait de grandes pescheries de poisson , qu'ils conservent pour l'iiyver. Il y a un autre lac tout joignant^ qui a vingt-six lieues de circuit, descendant dans le petit par un endroit où se fait la grande pesche dudit poisson ; par le moyen de quantité de pallissades, qui ferment presque le destroit, y laissant seulement de petites ouvertures où ils mettent leurs filets, où le poisson se prend, et ces deux lacs se deschargent dans la

mer douce. Nous sesjournasraes quelque peu en ce lieu pour attendre le reste de nos Sauvages, où estants tous assemblez avec leurs armes , farines^ et choses nécessaires, on se délibéra de choisir des hommes des plus résolus qui se trouveroient en la troupe pour aller donner advis de nosîrp parlement à ceux qui nous dévoient assister de cinq cents hommes pour nous joindre;, afin qu'en un mesme temps nous nous trouvassions devant le fort des ennemis. Geste délibération prinse, ils dépeschërent deux canots, avec douze Sauvages des plus robustes, et par mesme moyen l'un de nos truchements, qui me pria lui permettre faire le voyage^ ce que je lui accordai facilement, puisqu'il en avoit la volonté, et par ce moyen verroitleur pajs, et recognoistroit les peuples qui y habitent. Le danger n'estoit pas petit, d'autant qu'il falloit passer par le mih'eu des ennemis. Nous continuasmes nostre chemin vers les ennemis, et fismes environ cinq à six lieues dans ces lacs, et de la les Sauvages portèrent leurs canots environ dix lieues par terre, et rencontrasmes un autre lac de l'estendue de sixà sept lieues de long, et trois de large. C'est d'où sort une rivière qui se va descharger dans le grand lac des Eutouhonorons. Et ayants traversé ce lac, nous passasmes un sault d'eau, continuant le cours de la dite rivière, tousjours

aval^ environ soixante-quatre lieues, qui est l'entrée du dit val desEntouhonorons, et passasmes cinq saults par terre, les uns de quatre à cinq lieues de long, où y a plusieurs lacs qui sont d'assez belle estendue -, comme aussi la dite rivière qui passe parmi , est fort abondante en £.a...éeifer-^^^^^ poissous , ct cst tout cc pays fort beau et mil. ô.. pavs. plaisant. Le long du rivage il semble que les arbres y aient esté plantez par plaisir en la pluspart des endroits : aussi que tous ces pays ont esté autrefois habitez de Sauvages , qui depuis ont esté contraints de Fabandonner, pour la crainte de leurs ennemis. Les vignes et noyers y sont en grande quantité , et les raisins y viennent à maturité, mais il y reste tousjours une aigreur acre , ce qui provient à faute d'estre culiivez : car ce qui est déserté en ces lieux est assez agréable.

îovPn,îon de La cHassc des cerfs et des ours y est fort fré-

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.-er les ours quentc. A ous v chassasmcs, ct cu Drismcs bou uom -

cerfs, ei louif T J '' L

^r,e de Te a.- ^^^^ ^^^ dcsccndant. Pour ce faire , ils se mettoient quatre ou cinqcentsSauvagesenhayedauslebois, jusques à ce qu'ils eussent atteints certaines pointes qui donnent dans la rivière, €tpuis marchants par ordre, ayants l'arcetla fiescheen la main, en criant et menant un grand bruict pour eslonner les bestes, ils vont tousjours jusques à ce qu'ils viennent a ubouL de la pointe. Or tous lesanimaux qui se

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trouvent entrela pointe et les chasseurs^ sont contraints de se jettera l'eau^ sinon qu'ils passentà la merci des flescb es qui leur sont tirées par les chasseurs^ et cependant les Sauvages qui sont dans les canots posez etmis exprès sur le bord du rivage^ s'approchent des cerfs, et autres animaux chassez et harrassez, et fort estonnez. Lors les chasseurs les tuent facilement avec des lames d'espées emmanchées au bout d'un bois, en façon de demipique , et font ainsi leur chasse ; comme aussi au semblable dans les isles, où il y en a à quantité. Je prenois un singulier plaisir à les voir ainsi chasser, remarquant leur industrie. Il en fat tué beaucoup de coups d'harquebuze, dont ils s'estonnoient fort. Mais il arriva par malheur qu'en tirant sur un cerf, un Sauvage se rencontra devant le coup, et fut blessé d'une har- "àd,'.'"'^" quebuzade, n'y pensant nullement, comme il est à présupposer, dont il s'ensuivit une grande rumeur entre eux, qui néanmoins s'appaisa , en donnant quelques présents au blessé, qui est la façon ordinaire pour appaiser etamortir les que- ^[[^''^"/'f.î]; relies. Et où le blessé décécleroit, on fait les pré- """''' sents et dons aux parents de celui qui aura esté tué. Pour le gibbier, il est en grande quantité lors de la saison. Il y a aussi force grues blanches comme les cvo:nes , et plusieurs autres es- Abondarre pëces d'oiseaux semblables à ceux de France. "'''"'

Arridrnl par el)u-

Nous fusmes à petites journées jusques sur le bord du lac des Entoubonorons , tousjoLirs chassants, comme dit est ci-dessus^ où estants, nous fismes la traverse eu Tun des bouts, tirant à rOrient, qui est l'entrée de la grande rivière Sainct Laurent, par la hauteur de quarante-trois déferez de latitude , où il y a de belles isles fort grandes en ce passage. ]Sous fismes environ quatorze lieues pour passer jusques à l'autre costé du lac, tirant au sud, vers les terres des ennemis. Les Sauvages cachèrent tous leurs canots dans les bois, proche du rivage. ÙNous fismes par terre environ quatre lieues sur une plaine de sable, où je remarquai un pays fort agréable et beau^ traversé de plusieurs petits ruisseaux, et deux petites rivières qui se deschargent audit lac, et force estangs et prairies , où il y avoit un nombre infini de gibbier, force vignes, et beaux a.ugneM. L)oi-^ ^ graud nombre de châtaigniers, dont le fruict estoit encore en son escorce, qui est fort petit, mais d'un bon goust. Tous les canots estants ainsi cachez, nous laissasmes le rivage du lac, qui a quatre-vingts lieues de long, et vingtcinq de large j la plus grande partie duquel est habité de Sauvages sur les costes des rivages d'icelui, et continuasmes nostre chemin par terre vingt-cinq à trente lieues. Durant quatre journées nous traversasmes quantité de ruisseaux,

Aliondance de^i:;...--.

DE CHAMPT.Aiy

et une rivière, procédante d'un lac qui se deschar^e dans celui des Entoulionorons. Ce lac est de l'estendiie de vingt-cinq ou trente lieues de circuit ^ où il y a de belles isles , et est le lieu où les Hiroquois ennemis font leur pesche de poisson 5 qui y est en abondance.

Le 9 du mois d'octobre^ nos Sauvages allants pour descouvrir, rencontrèrent onze Sauvages qu'ils prindrent prisonniers, à sçavoir quatre femmes , trois garçons , une fille, et trois hommes, qui alloient à la pesche de poisson, esloignez du fort des ennemis de quatre lieues. Or est à noter que l'un des chefs voyant ces prisonniers , coupa le doigt à une de ces pauvres fem- ^' mes pour commencer leur supplice ordinaire. Sur quoi je survins sur ces entrefaites, et bîasmai le capitaine Hiroquet, lui représentant que ce n'estoit Tacte d'un homme de guerre , comme il se disoit estre , de se porter cruel envers les femmes, qui n'ont desfcnse aucune que les pleurs, lesquelles à cause de leur imbécillité et foiblesse on doit traiter humainement. Mais au contraire qu'on jugeroit cet acte provenir d'un courage vil et brutal , et que s'il faisoit plus de cruautez, il ne me donneroit courage de les assister, ni favoriser en leur guerre. A quoi il me répliqua pour toute response , que leurs ennemis lestraittoient de mesme façon. Mais puisque ceste fa-

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