TOME I
Suivaj:.
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Cruniilproniro le' fim>ncs
t<p les Hiro ij'ioii.
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çon m'apportoit du desplaisir, il ne feroit plus rien aux femmes, mais bien aux hommes.
Le lenJeuiaiu, sur les trois heures après midi, arrivasmes devant le fort de leurs ennemis, où les Sauvaores firent quelcrues escarmouches
Guerre con ^ ^ ^
les uns contre les autres, eneores que nostre dessein ne fust de nous descouvrir jusques au lendemain : mais l'impatience de nos Sauva^^es ne le peut permettre, tant pour le désir qu'ils avoient de voir tirer sur leurs ennemis, comme pour délivrer quelques-uns des leurs qui s'estoient par trop en^ap^ez. Lors je m'approchai, et y fus , mais avec si peu d'hommes que j'avois : néantmoins nous leur monstrasmes ce qu'ils n'avoient jamais veu, ni ouï. Car aussi tost qu'ils nous veirent, et entendirent les coups d'harsai.vag*5 Quebuze, et les balles siffler à leurs oreilles, ils
gtieiii Ic-s A -^
rquebuzades. gg retirèrent promptementen leur fort , emportants leurs morts et blessez : et nous aussi semblablement fismes la retraite en nostre gros, avec cinq ou six des nostres blessez, dontl'un mourut. Cela estant fait, nous nous retirasmes à la portée d'un canon , hors de la veue des ennemis, néanin)oins contre mon advis, et ce qu'ils m'avoient promis. Ce cpii m'esmeut , à leur user et dire des paroles assez rudes et fascheuses, afin de les inciter à se mettre en leur devoir, et prévoyant que si toutes choses alloient à leur fan-
taisie, et selon la conduite de leur conseil, il n'en pouvoit réussir que du mal à leur perte et ruine. Néantmoins je ne laissai pas de leur envoyer et proposer des moyens dont il falloit user pour avoir leurs ennemis, qui fust de faire un cavalier avecdecertainsbois^ qui leur commanderoit par ^"^'"" dessus leurs pallissades , sur lequel on poseroit quatre ou cinq de nos harquebuziers , qur lireroient par dessus leurs paîlissades et galleries^ qui cstoient bien munies de pierres, et par ce moyen on deslogeioit les ennemis qui nous offensoient de dessus leurs galleiies, et cependant nous donnerions ordre d'avoir des ais pour faire une manière de mantelets^ pour couvrir et (i^arder nos gens des coups de flesches et de pierres. Lesquelles choses , à sçavoir le dit cavallier et les mantelels, se pourroient porter à la main ."i force d'hommes j et y en avoit un fait en tclKî sorte, que l'eau ne pouvoit pas csteindre le feu , que Ton a{;pliqucroit devant le fort ; et ceux qui seroient sur le cavalier feroient leur devoir, avec quelques harquebuziersqui y seroient logez, et en ce faisant nous nous défendrions^ en sorte qu'ils ne pourroient approcher pour esteindre le feu que nous appliquerions à leurs closturcs. Ce que trouvants bon , le lendemain ils se mirent en bcsongne pour bastir et dresser les dirs cavalier et mantelets; et firent telle dilifj^ence,
34o VOYAGES
qu'ils furent faits en moins de quatre heures. Ils espéroient que le dit jour les cinq cents hommes promis viendroient^ desquels néantmoins on se doutoit, parce que ne s'estants point trouvez au rendez-vous, comme on leur avoit donné charge, et Tavoient promis, cela affligeoit fort nos Sauva^fres. Mais vovants qu'ils estoient
Faco.. de *-' «■ J
l^^"^' "'' bon nombre pour prendre leur fort , et juf^eant de ma part que la longueur en toutes affaires est tousjours préjudiciable , du moins à beaucoup de choses, je pressai d'attaquer ledit fort, leur remonstrant que les ennemis ayants recogneu leurs forces, et Teffect de nos armes, qui perçoient ce qui estoit à l'espreuve desflesches, ils se seroient barricadez et couverts, comme de faict ils y remédièrent fort bien : car leur village estoit enclos de quatre bonnes pallissades de grosses pièces de bois entrelassées les unes parmi les autres, où il n'y avoit pas plus de di'mi-pied d'ouverture entre deux, de la hauteiu' de trente pieds , et les galeries comme en manière de parappet, qu'ils avoient garnies dédoubles pièces de bois, à l'espreuve de nos harquebuzes^ et estoient proches d'un estangjOÙ Teau ne leur manquoit aucunement , avec quantité de goutières qu'ils avoient mises entre deux, lesquelles jettoient l'eau au dehors , et la mettoient par dedans à couvert pour esteindre le
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feu. Voilà la façon dont ils usent tant en leurs fortifications, qu'en leurs desfeuses, et bien plus forts que les villages des Atligouanans, et autres. Donc nous nous approchasmes pour attaquer ce vilJa(je, faisant porter nostre cavaliei- par deux cents hommes des plus forts, qui le posèrent devant à la longueur d'une pique, où je fis monter quatre harquebuziers, bien à couvert des flesches et pierres qui leur pouvoientestre tirées et jettées. Cependant l'ennemi ne laissa pour cela de tirer et jetter grand nombre de flesches et de pierres par dessus lem'spallissades. Mais la multitude des coups d'harquebuse qu'on leur tiroit, les contraignit de desloger, et d'abandonner leurs galleries. Et comme on portoit le cavalier, au lieu d'apporter les mantelets par ordre , et celui oiV nous devions mettre le feu , ils les abandonnèrent , et se mirent à crier contre leurs ennemis , en tirant des coups de flesches dedans le fort, qui ( à mon opinion) ne faisoient pas beaucoup d'exécution. Il les faut excuser, car ce ne sont pas gens de guerre, et d'ailleurs ils ne veulent pomt de discipline, m de correction , ^'^"i*^-" p»»'»
i t- ■' ■'de disciplina
etnefontquece qui leur semble bon. C'est pour- ""''""''■ quoi inconsidérément on mit le feu contre le fort tout au rebours de bien, et contre le vent, tellement qu'il ne fit aucun effect. Le feu passé, la plus part des Sauvages commen-
3^1 VO'ïAGES
cèrent à apporrer du boisconire les palUssades, mais en si petite quantité , que le feu ne fit grand effect : aussi le désordre qui survint entre ce peuple fut si grand ^ qu'on ne se pouvoit entendre. J'avois beau crier après eux , et leur remonstrer au mieux qu'il m'estoit possible , le danger où ils se mettoient par leur mauvaise intelligence , mais ils n'entendoient rien pour le grand bruit qu'ils faisoient. Et voyant que c'estoit me rompre la teste de crier, et que mesreraonstrancesestoientvaines, et n'y avoit moyen de remédier à ce désordre, je me résolus avec mes gens de faire ce qui me seroit possible, et tirer sur ceux que nous pourrions descouvrir, et appercevoir. Cependantles ennemis faisoient profit de nostre désordre : ils alloient à l'eau , et en jettoient en telle abondance , qu'on eust dit que c'estoient ruisseaux qui tomboient par leurs goutières, tellement qu'en moins de rien le feu fut du tout esteint , et ne cessoient de tirer plusieurs coups deflesches, qui tomboient sur nous comme gresle. Ceux qui estoient sur le cavalier en tuèrent et estropièrent beaucoup. Nous fusmes en ce combat environ trois heures. Il y eut deux de nos Chefs, et des principaux blessez , à sçavoir un appelle Ochateguain , l'autre Orani , et environ quinze d'autres particuliers. Les autres de leur costé voyants leurs gens blessez, et quel*
apitai-
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ques-uns de leurs Chefs , commencèrent à parler
de retraite , sans plus combattre, attendants les
cinq cents hommes, qui ne dévoient plus guères
tarder à venir, et ainsi se retirèrent, n'ayants
que ceste boutade de désordre. Au reste, leSnrî'Xs'S
Chefs n'ont point de commandement absohi sur ;^='"i"'i- s..,
1 leur» .-oldals.
leurs compagnons , qui sniveni leur volonîc, et font à leur fantaisie, qui est In cause de leur désordre, et qui ruine toutes lenrs affaires. Car ayant résolu quelque chose entre eux, il ne faudra qu'un bélistre, pour rompre leur résolution, et faire un nouveau dessein. Ainsi les uns pour les autres ils ne font rien, comme il se peut voir par ceste expédition.
Ayant esté blessé de deux coups de flesche , L'A..!.e„ l'un dans la jambe ^ et l'autre au genouil , qui m'apporta une grande incommodité, nous nous retirasmes en nostrc fort. Où estants tous assemblez , je leur fis plusieurs remonstrances sur le désordre qui s'estoit passé ; mais tous mes discours ne servirent de rien, et ne les esmeurent aucunement, disants que beaucoup des leurs avoient esté blessez , et moi-mesme , et que cela donneroit beaucoup de fatigue et d'incommodité aux autres faisant la retraite , pour les porter. Que de retourner plus contre leurs ennemis, comme je le leur proposois, il n'y avoit aucun moyen: mais bien qu'ils attendroient encores
quatre jours les cinq cents hommes qui dévoient venir j et estants venus, ils feroient encores un second effort contre leurs ennemis, et exécuteroient mieux ce que je leur dirois, qu'ils n'avoient fait par le passé. Il en fallut demeurer là, à mon grand regret.
Le lendemain, il fit un vent fort impétueux qui dura deux jours, grandement favorable à mettre de rechef le feu au fort des ennemis j sur quoi je les pressai fort : mais craignants d'avoir pis , et d'ailleurs se représentants leurs blessez, cela fut cause qu'ils n'en voulurent rien faire.
Nous fusmes campez jusques au i6 du dit mois, où durant ce temps il se fit quelques escarmouches entre les ennemis et les nostres , qui demeuroient le plus souvent engagez parmi eux, plustost par leur imprudence que faute de courage ; et vous puis certifier qu'il nous falloit à toutes les fois qu'ils alloient à la charge, les aller desgager de la presse, ne se pouvants retirer qu'en faveur de nos harquebuzades, que les ennemis redoutoient et appréhendoient fort. Car si tost qu'ils apercevoient quelqu'un de nos harquebuziers, ils se retiroient promptement, nous disants par forme de persuasion , que nous ne nous meslassions point en leurs combats, et que leurs ennemis a voient bien peu de courage de
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nous requérir de les assister^ avec tout plein d'autres discours sur ce sujet.
Voyants queles cinq cents hommesne venoient demm points ils délibérèrent de partir , et faire retraite auplustost, et commencèrent à faire certains paniers pour porter les blessez , qui sont mis là dedans , entassez en un monceau , pliez et garrotez de telle façon , qu'il est impossible de se mouvoir , moins qu'un petit enfant en son maillot , et n'est pas sans leur faire ressentir de grandes douleurs. Je le puis certifier, ayant esté porté quelques jours sur le dos de l'un de nos Sauvages, ainsi lié et garroté^ ce qui me faisoit perdre patience. Aussi tost que je peus avoir la force de me soustcnir, je sortis de ceste prison , ou à mieux dire , de la géhenne.
Les ennemisnous poursuivirent environ demilieue de loin , pour essayer d'attraper quelquesuns de ceux qui faisoient l'arrière-garde : mais leurs peines furent inutiles, et se retirèrent.
Tout ce que i'ai remarqué de bon en leur co./."'
^ ^ ^ retrait
guerre, est qu'ilsfont leur retraite fort seurement,, mettants tous les blessez et les vieux au milieu d'eux , estants sur le devant, aux aisselles , et sur le derrière bien armez, et arrangez par ordre de la façon jusques à ce qu'ils soient en lieu de seureté, sans rompre leur ordre. Leur retraite estoit fort longue, comme de vingt-cinq à trente lieues,
inainerfi fin r '.es
qui donna beaucoup de fatigue aux blessez, et à ceux qui les portoient, eucores qu'ils se changeassi^nt de temps en temps.
Le 18 du dit mois il tomba force nè^^es , qui durèrent fort peu , avec un grand vent, qui nous incommoda fort : néantmoins nous fismes tant que nous arrivasmes sur le bord du dit lac des Eutouhonorons, et au lieu ou estoient nos cauots cachiZ; que Tou trouva tout entiers , car on avoit eu crainte que les ennemis les eussent rompus. Estants tous assemblez , et presis de se retirer à leur v.llage^ je les priai de me remener à nostre habitation , ce qu'ils ne voulurent m'accorder du commencement : mais enfin ils s'y résolurent, et chercbèrent quatre hommes pour me conduire, lesquels s'offrirent volontairement. Car (comme j'ai dit ci-dessus) les chefs n'ont point de commandement sur leurs compagnons, qui est cause que bien souvent ils ne font pas ce qu'ils voudroient bien. Ces quatre hommes estants prests, il ne se trouva point de canot , chacun ayant affaire du sien. Ce n'estoit pas me donner subject de contentementjau contraire cela ni'affligeoit fort, d'autant qu'ils m'avoient promis de me remener et conduire après leur guerre à nostre habitation : outre que j'estois fort mal accommodé pour hyverner avec eux, car autremciit je ne m'en fusse pas soucié. Quelques jours
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après, j'aperceus que leur dessein estoit de me retenir, et mes compagnons aussi , tant, pour leur seureté, craignants leurs ennemis, que pour entendre ce qui se passoit en leurs conseils et assemblées, que pour résoudre ce qu'il convenoit faire à l'advenir.
Le lendemain 28 du dit mois, chacun commença à se préparer, les uns pour aller à la cîiasse des cerfs, les autres aux ours, castors, autres à la pesche du poisson, autres à se retirer en leurs villages. Et [)0ur ma retraite et logement, il y eut un des principaux chefs appelé Da routai, avec lequel j'avois quelque familiarité, qui me fit oifie de sa cabanne, vivres et commoditez , lequel prit aussi le chemin de la chasse du cerf, qui est tenue pour la plus noble entre eux. Après i^»^^^ i^» p'"* avoir traversé le bout du lac de la dite isle , nous entrasmes dans une rivière environ douze lieues, puis ils portèrent leurs canots par terre demilieue, au bout de laquelle nous entrasmes en un lac qui a d'estendue dix à douze lieues de circuit, où il Y avoit p-rande quantité de ffibbier , comme i-^'î^ °" ■' >; ' cygnes, grues blanches, outardes, canards , '^'°' sarcelles, mauvis , allouettes , beccassines, oyes, et plusieurs autres sortes de volatilles que Ton ne peut nombrer, dont j'en tuai bon nombre, qui nous servit bien , attendant la prise de quelque cerf, auquel lieu nous fusmes en un certain
Chasse duci-rf
grnndequai de gibbier.
endroit esloigné de dix lieues ^ où nos Sauvages jugeoient qu'il y en avoit quantité. Ils s'assemblèrent vingt-cinq Sauvages, et se mirent à bastir deux ou trois cabannes de pièces de bois^ accomdc« sauTIs"..' modéesles unes sur les autres, et les calfeutrèrent avec de la mousse, pour empescher que l'air n'y entrast,les couvrant d'escorces d'arbres. Ce qu'estant fait, ils furent dans le bois, proche d'une petite sapinière, où ils firent un clos en forme de triangle, fermé des deux costez, ouvert par l'un d'iceux. Ce clos fait de grandes palissades de bois fort pressées, delà hauteur de huit à neuf pieds, et de long de chacun costé près de mille cinq cents pas ; au bout duquel triangle y a un petit clos, qui va tousjours en diminuant, couvert en partie de branchages, y laissant seulement une ouverture de cinq pieds, comme la largeur d'un moyen portail, par où les cerfs dévoient entrer. Ils firent si bien, qu'en moins de dix jours ils mirent leur clos en estât. Cependant d'autres Sauvages alloient à la pesche du poisson, comme truites et brochets de grandeur monstrueuse, qui ne nous manquèrent en aucune façon. Toutes choses estants faites, ils partirent demi-heure devant le jour pour aller dans le bois , à quelque demi-lieue de leur dit clos , s'csloignant les uns des autres de quatre-vingts pas, ayant chacun deux bastons, desquels ils
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frappent l'un sur l'autre, marchant au petit pas en cet ordre , jusquesà ce qu'ils arrivent à leur clos. Les cerfs oyants ce bruit s'enfuient devant eux , jusques à ce qu'ils arrivent au clos, où les Sauva^^es les pressent d'aller, et se joio^nent peu à peu vers l'ouverture de leur trian^^le, où les cerfs coulent le \onrr des dites palissades, jusques à ce qu'ils arrivent au bout, où les Sauvages les poursuivent vivement, ayants l'arc et la flescbe en main , prests à descocher, et estants au bout de leur dit triangle, ils commencent à crier et contrefaire les loups, dont y a quantité, qui manx^ent les cerfs : lesquels oyants ce bruit effroyable, sont contraints d'entrer en la retraitte par la petite ouverture, où ils sont poursuivis fort vivement à coups de flesclies , et là sont pi is aisément : car cette retraitte est si bien close et fermée, qu'ils n'en peuvent sortir. Il y a un grand plaisir en ceste chasse, qu'ils continuoient de deux jours en deux jours, si bien qu'en trentehuict jours ils en prirent six vin(]^ts, desquels ils se donnent bonne curée, réservants la graisse pour rhyver, et en usent comme nous faisons du beurre, et quelque [)eu de chair qu'ils emportent à leurs maisons, pour faire des festins entre eux, et des peaux ils en font des habits.
Ils ont d'autres inventions à prendre les cerfs, comme au piège dont ils en font mourir beau-
s PssHre lisLoL'.
JOO VOYAGES
coup. Voilà comme nous passasmesle temps attendant la gelée, pour retourner plus aisément , d'autant que le pays est grandement marescageux.
Au commencement que nous sortismes pour aller chasser, je m'engageai tellement dans les bois à poursuivre un certain oiseau , qui me sembloit estrange, ayantle bec approchant d'un perroquet, et de la grosseur d'une poulie, le toutjaulne, fors la teste rouge, et les ailes bleues, et alloit de vol en vol comme une perdrix. Le désir que j'avois de le tuer, me le fit poursuivre d'arbre en arbre fort long-temps , jusques à ce qu'il s'envoila. Et perdant toute espérance, je voulus retourner sur mes brisées, où je ne trouvai aucun de nos chasseurs, qui avoient tousjours gaigné pays jusques à leur clos : ettaschant de les attraper, allant ce me '"' sembloit droit où estoit ledit clob , je m'esgarai parmi les foresls, alUnt tantost d'un costé. tantost d'un autre, sans me pouvoir recognoistre , et la nuict survenant, je la passai au pied d'un grand arbre. Le lendemain, je commençai à faire chemin jusques sur les trois heures du soir, où je rencontrai un petit estang dormant , et y apperceus du gibbier , et tuai trois ou quatre oiseaux. Las et recreu , je commençai à me reposer , et faire cuire ces oiseaux , dont je me re-
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peus. Mon repas pris, je pensai à part moi ce que je devois faire, priant Dieu qu'il lui pleu.->t m'assister en mon infortune dans ces déserts ; car trois jours durant , il ne fit que de la pluie
entre-meslee de ne^^e.
Remettant le tout en sa miséricorde, je repris courap;e plus que devant, allant çà et là tout le jour sans appercevoir aucune trace ou sentier que celai des besfes sauvap^es, dont j'en voyois ordinairement Lon noiribre ; et pas>ai ainsi la nuict sans aucune consolation. L'aul)e du jour venu ( après avoir un peu repeu ) , je pris résolution de trouver quelque ruisseau, et le costoyer, juf^^cant qu'il falloit de nécessité qu'il s'allast desch'ârger en la ^i^ière, ou sur le bord oùestoient nos chasseurs. Geste résolution prise, je l'exécutai si bien , que sur le midi, je me trouvai sur le bord d'un petit lac, comme de lieue et demie , où j'y tuai quelque ^ibbi(T , qui m'accommoda fort, et avois encores huict à dix char^i^es de poudre. Marchant le long; delà rive de ce lac pour voir où il descharg^eoit, je trouvai nn ruisseau assez spacieux, que je suivis jusques sur les cinq heures du soir, que j'entendis un fjrand bruit: et prestaut l'oreille, je ne peus comprendre ce que c'estoit , jusques à ce que j'entendis ce bruit plus clairement, et juf^eai que c'estoit un sault d'eau de la rivière
que je cherchois. M'approchant de plus près, j'apperceus une escluse, où estant parvenu, je me rencontrai en un pré fort grand et spacieux, où il V avoit grand nombre de bestes sauvages. Et regardant à la main droite, je veis la rivière large et spacieuse. Désirant recognoistre cet endroit. et marchant en ce pré, je me rencontrai en un petit sentier, où les Sauvages portent leurs canots. Ayant bien considéré ce lieu, je recogneus que c'estoit la même rivière, et que j'avois passé par là. Bien aise de ceci, je soupai de si peu que j'avois, et couchai là la nuict. Le matin venu, considérant le lieu cùj'estois, je jugeai par certaines montagnes qui sont sur le bord de la dite rivière, que je ne m'estois point trompé , et que nos chasseurs dévoient estre au-dessus de moi de quatre ou cinq bonnes lieues, que je fis à mon aise, costoyant le bord de la dite rivière, jusques à ce que j'apperceus la fumée de nos dits chasseurs : auquel lieu j'arrivai avec beaucoup de contentement, tant de moi, que de deux qui mecherchoient, et avoient perdu espérance de me revoir; et me prièrent de ne m'escarter plus d'eux, ou que je portasse mon cadran sur moi , lequel j'avois oublié, qui m'eust peu remetlre en mon chemin. Ils me disoient : Situ jie fusses venu, et que nous n eussions peu te trouver, nous ne serions plus allez
DE CHA^rPLAlN. 353
aux François , de peur cju^ils ne nous eussent accusez de t' avoir fait moufir. Du depuis^ Darontal estoit fort soigneux de moi quand j'ailois à la chasse, me donnant tousjours un Sauvage pour m'accompagner.
Retournant à mon propos : ils ont une certain eresverie en ceste chasse , telle qu'ils croyent que s'ils faisoient rostir de la viande prise en ceste façon y ou qu'il tombast de la graisse dans le feu, ou que quelques os y fassent jettez^ qu'ils ne pourroient plus prendre de cerfs, et, pour ce sujet, me prioient de n'en point faire rostir. Pour ne les scandaliser, je m'en déportois, estant devant eux : puis leur ayant dit que j'en avois fait rostir, ils ne me vouloient croire, disants que si cela eust esté, ils n'auroient pris aucuns cerfs , telle chose avant esté commise.