‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 66 sur 74 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Comme les Sauvages traversent les glaces. — Des peuples du PeLum. — Leur forme de vivre. — Peuples appelez la nation neutre.

Le qaatriesme jour de décembre, nous par-

tismes de ce lieu, marchant sur la rivière qui

estoit gelée, et sur les lacs et estangs glacez,

et par les bois^ re>pace de dix-neuf jours, qui

n'estoit pas sans beaucoup de peine et travail,

tant pour les Sauvages qui estoient chargez de

cent livres pesant chacun , comme de moi-même

qui portois ia pesanteur de vingt livres. Il est

bien vrai que j'estois quelquefois soulagé par

nos Sauvages, mais nonobstant je ne laissois pas

de recevoir beaucoup d'incommoditez. Quant

à eux, pour traverser plus aisément les glaces,

ils ont accoustumé de faire de certaines trais-

nées de bois, sur lesquelles ils mettent leurs

char^cres, et les traisnent après eux saus aucune

difficulté, et vont fort promptement. Quelques

jours après, il arriva un grand dégel qui nous

DE CHAMPLALN. 355

tourmenta grandement ; car il nous falioit passer par dedans des sapinières pleines de ruisseaux , estants, marais et pallus, avec quantité de boil sées renversées les unes sur les autres, aui nous donnùit mille maux, avec des embarrassements qiH nous apportoient de grandes incommodilez, pour estre tousjours mouillez jusques audessus du genouil. Nous fusmes qua(re jours en cet estât, à cause qu'en la plus grande partie des heus Jes glaces ne purtoient point .- et fisraes tant, que nous arrivasmes à nostre village , le vingt-lroisiesme jour du dit mois, où le capitaine Yroquet vint hyverner avec ses compagnons, qui sont Algoumequins, et son fils, qu'il amena pour faire traitter et panser , lequel allant à la cbasse avoit esté fort offensé d'un ours, le voulant tuer.

M'estant reposé quelques jours, je délibérai daller voir les peuples en l'biver, que l'esté et la guerre ne m'avoient peu permettre de visiter. Je partis de ce village, le i4 de janvier ensuivant, après avoir remercié mon hoste du bon traittement qu'il m'avoit fait : et croyant ne le revoir de trois mois, je prins congé de lui. Menant avec moi quelques François, je m'acheminai à la nation du Petum, où j'arrivai le J7 dudit mois de février. Ces peuples sèment le maïs, appelle par deçà bled de Turquie, et

Page 1