I.fiirs ma
guerre. Ces choses faites , ils vont aux autres nations, où ils ont de Taccez et cognoissance, pour traitter et faire des eschanges de ce qu'ils ont avec ce qu'ils n'ont point , et estant de retour ils ne bougent des festins , et dances, qu'ils se font les uns aux autres, et à l'issue se metîent à dormir, qui est le plus beau de leur exercice, ri^s^- Ils ont une espèce de mariage parmi eux, qui est
tel, que quand une fille est en l'âge d'onze, douze, treize , quatorze, ou quinze ans, elle aura plusieurs serviteurs selon ses bonnes grâces, qui la rechercheront, et la demanderont aux père et mère^bien que souvent elles ne prennent pas leur consentement, fors celles qui sont les plus sages et mieux advisées, qui se sousmettent à leur volonté. Cet amoureux ou serviteur présentera à la fille quelques colliers , chaisnes et bracelets de pourceline. Si la fille ace serviteur agréable? elle reçoit ce présent : ce fait, il viendra coucher avec elle trois ou quatre nuicts sans lui dire mot, où ils recueillent le fruict de leurs affections. Et arrivera le plus souvent qu'après avoir passé huict ou quinze jours ensemble , s'ils ne se peuvent accorder , elle quittera son serviteur , lequel y demeurera engagé pour ses colliers^ et autres dons par lui faicts. Frustré de son espérance, il en recherchera une autre, et elle aussi un autre serviteur, et continuent ainsi
DE CHA.MPLAIN. 3R3
jusqnes à une bonne rencontre. Il y en a telle qui aura passé ainsi sa jeunesse avec plusieurs maris 5 lesquels ne sont pas seuls en la jouissance de la beste^ quelque mariez qu'ils soient : car la nuict venue , les ieunes femmes courent d'une cabanne à une autre, comme font les jeunes hommes de Icurcoslé, qui en prennent par où bon leur semble , toutesfois sans aucune violence, remettant le tout à la volonté de la femme. Le mari fera le semblable à sa voisine^ sans que pour cela il y ait aucune jalousie entre eux, ou peu , et n'en reçoivent aucune infamie, ni injure, la cousiume du pays estant telle.
Quand elles ont des enfants , les maris précédents reviennent vers elles , leur remonstrer Famitié et l'affection qu'ils leur ont portée par le passé, et plus que nul autre, et que l'enfant qui naistra est à lui, et est de sont faict. Un autre lui en dira autant ; et par ainsi il est au choix et opinion de la femme de prendre et d'accepter celui qui lui plaira le plus, ayant en ses amours g^aifçné beaucoup de pourceline. Elles demeurent avec lui sans plus le quitter, ou si elles le laissent, il faut que ce soit avec un grand subject, autre que l'impuissance , car il est à l'espreuNC : n éantmoins estants avec ce mari, elles ne laissent pas de se donner carrière, mais se tiennent et résident tousjours au mesnage , faisants bonne
mine : de façon que les enfants qu'ils ont ensemble ne se peuvent asseurerlégilimes:aussi ontils une coustume^ prévoyants ce danger, qu'ils ne succèdent jamais à leurs biens ; mais font leurs héritiers et successeurs les enfants de leurs sœurs^ desquels ils sont asseurez d'estre issus et sortis. Pour la nourriture et eslévation de leurs enfants, ils les mettent durant le jour sur une petite planche de bois et les vestent et enveloppent de fourrures ou peaux, et les bandent surladite planchette: puis la dressentdebout^ety laissent unepetite ouverture par où l'enfant fait ses petites affaires. Si c'est une fille, ils mettent une fueille de bled d'Inde entre les cuisses, qui presse contre sa nature , et font sortir le bout de ladite fueille dehors, qui est renversée, et par ce moyen l'eau de l'enfant coule par ceste fueille, sans qu'il soit f^asté de ses eaues. Ils mettent aussi sous les enfants du duvet fait de certains roseaux, que nous appelons pied de lièvre, sur quoi ils sont couchez fort mollement, et le nettoyent du mesme duvet : et pour le parer, ils garnissent lad. planchette de paienostres, et en mettent à son col, si petit qu'il soit. La nuict ils les couchent tout nuds entre les père et mère , où faut considérfr en cela la providence de Dieu, qui les conserve de telle façon , sans estre estouffez, que fort raremr-nt. Ces enfants sont grandement libertins,
TlK CHAMPLAIN. 385
pour n'avoir esté chastiez, et sont de si perverse nature, qu'ils battent leurs pères et mères, qui est une espèce de malédiction que Dieu leur envoie.
Ils n'ont aucunes loix parmi eux, ni chose' qui en approche, n'y ayant aucune correction ni répréhension à i'encontre des mal faictcurs, rendants le mal pour le mal, qui est cause que souvent ils sont en dissentious et en guerres pour K™ leurs différends. '^''"°"
Comme aussi ils ne recognoissent aucune Di- ^e vinité, et ne croyent en aucun Dieu, ni chose quelconque, vivants comme bestes brutes. Ils ont quelque respect au diable, ou d'un nom semblable, parce que sous ce mot qu'ils prononcent, sont entendues diverses significations, et comprend en soi plusieurs choses : de façon que mal-aisément peut- on savoir et discerner s'ils entendent le diable, ou antre ciiose : mais ce qui fait croire que c'est le diable, est, que lors qu'ils voyent un homme faire quelque chose extraordinaire, ouest plus habile que le commun, vaillant guerrier, furieux, et hors de soi mesme, ils l'appellent Oqui, comme si nous disions un grand esprit, ou un grand diable. Il y a de certaines personnes entre eux qui font les Oqui ou Manitous (ainsi appeliez par les Algoumequins et Montagnets), lesquels se mestent