‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 7 sur 74 · TOME T · texte numérisé non relu

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l8 VOYAGES

pouvoit secourir. Ce fut un retardement pour la Colonie, et un présage d'une plus mauvaise fin, puisque le commencement avoit esté mal conduit en toutes choses.

La paix se fait entre la France et TEspag^ne,

qui donne loisir de faire nouveaux desseins et

embarquements. Ledit sieur admirai de Chas-

Tovage du ^îl^on fit équippcr d'autres vaisseaux sous la

capieaiiie Lan- 1 j •.•T i «^ • C

doimière , lan chargc clu capitainc Laudonniere, qui tut accommodé de toutes choses pour sa peuplade. Il partit le a2 d'avril 1064 et arriva à la coste de la Floride par le 3^^ degré , au lieu de la rivière de May^ où estant, et ayant mis tous ses compa- Faiiun fori 5^^°^ à tcrrc j et autres coramoditez, il fit édi- ^jiv.ere de ^^^ ^^ fort , qu'il nomma la Caroline.

Pendant le temps que les vaisseaux estoient en ce lieu , se firent des conspirations contre Laudonniëre, qui furent descouvertes : et toutes choses remises, Laudonnière se délibère de ren- Re.ourueen voycr SCS vaisscaux en France, et laissa pour y commander le capitaine Bourdet, lequel cinglant en haute mer pour achever son voyage, laissant là Laudonnière avec ses compagnons , partie desquels se mutinèrent de telle façon , Landonnière qu'ils menacèrcnt de faire mourir leur capitaine,

court risque . 1» 11 1

d'esire luédcs s il ne leur permettoit daller ravaerer vers les isles des Yierges, et Sainct Dominique j force lui fut leur permettre^ et donner congé. Ils se

DE CHAMPLAIN. IQ

mettent en mer en unepetitebarque^ font quelque proie sur les vaisseaux Espagnols, et après qu'ils eurent bien couru toutes ces isles, ils furent contraints s'en retourner au fort de la Caroline, où estant arrivez, Laudonnière fit prendre quatre des principaux séditieux , qui furent exécutez à mort. En suite de ces malheurs, les vi- En M.pen

dre quatre.

vres venant à leur manquer, ils souffrirent beaucoup jusques en mai, sans avoir aucun secours de France, et estant contraints d'aller chercher des racines dans les bois l'espace de six p,^i„^ ,j.

-, . 1 , -1 ■] 1 . Irêrae.

sepmamesj enhn il se résolurent de bastir une barque pour estre preste au mois d'aoust , et avec icelle retourner en France.

Cependant la famine cruissoit de plus en plus, et ces hommes devenoient si foibles et débiles, qu'ils ne pouvoient presque parachever leur travail; ce qui les occasionna d'aller chercher à vivre parmi les Sauvages , qui les iraittoicnt fort mal, leur survendant les vivres beaucoup plus qu'ils ne valloient , se riants et moquants des François , qui ne souffroient ces moqueries qu'à regret. Laudonnière les appaisoit le plus doucement qu'il pouvoit : mais quoi qu'il fist^ il fallut venir à la guerre avec les Sauvages , pour avoir de quoi se substanter , et firent si bien qu'ils recouvrèrent du bled d'Inde, qui leur donna courapre de parachever leur vaisseau : ^^ des bi.s

^ ■•■ d'Indf.

eu leur retour.

cela fait^ ils se mirent à ruiner et démolir le fort j pour s'en retourner en France. Comme ils estoient sur ces entre-faites^ ils apperceurent quatre voiles j et craignants au commencement que ce ne fussent Espagnols, enfin ils furent recognus eslre Anglois, lesquels voyants la nésont souia cessité des François , les assistèrent de commo-

gei des Anglais ^ ■'

dites, et mesme les accommodèrent de leurs vaisseaux. Geste courtoisie remarquable fut faite par le chef de cet embarquement , qui s'appelloit Jean Hanubins. Les ayant accommodez au mieux qu'il peut, lève les anchres, met à la voile, pour parachever le dessein de son voyage.

Comme Laudonnière estoit prest à s'embarquer avec ses compagnons , il apperceut des voiles en mer; et estant en impatience de sçavoir qui ils estoient, on recognut que c'estoit le capitaine Ribaus , qui venoit donner secours à Laudonnière. Les resjouissances de part et d'autre furent grandes, voyants renaistre leur espérance, qui sembloit auparavant estre du tout perdue, mais fort faschez d'avoir fait démolir leur fort. Ledit Ribaus fit entendre à Laudonnière que plusieurs mauvais rapports avoient esté faits de lui , ce qu'il recognoissoit estre faux, et eust eu sujet de faire ce qui lui estoit commandé, s'il en eust esté autrement.

C'est tousjours l'ordinaire que la vertu est

DE CHAMPLAJN. SI

opprimée par la mesdisance des meschants, qui en fin les fait recognoistre pour tels , et mesprisez d'un chacun : l'on sçait assez combien cela a apporté de troubles aux conquestes des Indes, tant envers Christofle Colomb, que depuis contre Ferdinand Cortais, et autres, qui blasmez à tort, se justifièrent enfin devant l'empereur. C'est pourquoi Ton ne doit adjouster foy légèrement , premier que les choses n'ayent esté bien examinées, recognoissant tousjours le mérite et la valeur des généreux courages, qui se sacrifient pour Dieu , leur roy et leur patrie , comme firent ceux-ci, qui estants recognus de l'empereur, malgré l'envie, les honora de biens, et de belles et honorables charges , pour leur donner courage de bien faire^ à d'autres;! l'envie de les imiter , et aux meschants de s'amender.

Cependant que Laudonnière et Ribaus cstoient à consulter pour faire descharger leurs vivres, voici que le 4 septembre i5G5 l'on apperceut six voiles, qui sembloient estre grands vaisseaux, et furent recognus pour estre espagnols, qui vinrent mouiller l'anchre à la rade où les quatre vaisseaux de Ribaus estoient, asseurantles François de leur amitié : et recognois-

-. , T . , .-, Les Espagnol»

sants que partie des soldats estoient a terre , ils H,,s.se..t ws

Al ^ Friiiiçnis de

tirèrent des coups de canon sur les nostres : qui ''^^"'•^'"'^

l,t inijpieui Cl.ail.s Y rtroj;noi>l la valeur fie retlï li Int'iil la scmvei icilcâ

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fit qu'estant avec peu de force, coupèrent le cable sur les écubiers^ et mettent à la voile : ce que font aussi les Espagnols , qui les chassent tous le lendemain. Et comme nos vaisseaux estoient %i;.is la re i^^eillcurs voilicrs qu'eux, ils retournèrent à la ga.snent. costc , prcuncnt port à une rivière distante de huict lieus du fort de la Caroline, et nos vaisseaux retournèrent à la rivière de May. Cependant trois des vaisseaux espagnols estoient venus à la rade, où ils firent descendre leur infanterie , vivres, et munitions.

Le capitaine Ribaus, contre l'advis de Laudonnière, qui lui représentoit les inconvénients qui lui pouvoient arriver, tant pour les grands vents qui régnoient ordinairement en ce temps là, que pour autre sujet, quoi que ce soit un traict d'opiniastre, ne voulant faire qu'à sa volonté, sans conseil, chose très mauvaise en telles affaires, il se délibère de voir l'Espagnol, et le combattre à quelque prix que ce fut. A cet effect il fit équiper ses vaisseaux d'hommes , et de tout ce qui lui estoit nécessaire, s'embarqua le 8 septembre, laissant les siens fort incommodez de toutes choses , et Laudonnière assez malade , qui ne laissoit pas de donner courage tant qu'il peut à ses soldats, et les exhorter à se fortifier au mieux qu'ils pourroient, pour résister aux forces de leur ennerai , lequel se mit

François iiipz et heiir'iue-

en estât de venir attaquer Laudonniëre le 20 ,i,„J,;r~a"S septembre, auquel temps il fit une pluie fort K. violente , et si continuelle , que les nostres fatiguez d'estre en sentinelle, se retirent de leur faction, croyant aussi que les ennemis ne viendroient durant un temps si mauvais et impé tueux. Quelques-uns allant sur le rempart apper- meot cevant les Espagnols venir à eux, crient allanne, allarme , V ennemi i^ient. A ce cri, Laudonniëre se met en estât de les attendre , et encourage les siens au combat , qui voulurent soutenir deux bresches qui n'estoient encores remparées : mais enfin ils furent forcez, et tuez. Loudonnière voyant ne pouvoir plus soutenir, en esquivant pensa estre tué, et se sauve dans les bois avec les Sauvages, où il trouva nombre de ses soldats, qu'il rallia avec beaucoup de peine. S'acheminant par des palus et marescages difficiles , fait tant qu'il arrive à l'entrée de la rivière de May , oùestoit un vaisseau, y commandant un Nepveu du capitaine Ribaus, qui n'avoit peu gaigner ce lieu, pour la grande tourmente. Les autres vaisseaux furent perdus à la coste , comme aussi plusieurs soldats et mariniers , Ribaus pris , avec beaucoup d'autres, qu'ils firent mourir cruellement et inhumainement -, et en pendirent aucuns , avec un escriteau sur le dos , portant ces mots : Nous n avons pas fait pendre ceux-ci ^/.Jç,,

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sur le dos dei

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comme François , mais comme Luthériens , ennemis de la foi.

Laudonnière voyant tant de désastres , délibère s'en retourner en France, le i5 septembre i565. Il fait lever les ancbres, met sous voile le 1 1 de novembre, et arrive proche de la coste d'Angleterre^ où se trouvant malade, se fit mettre à terre pour recouvrer sa santé , et de là venir en France faire son rapport au roi. Cependant les Espagnols se fortifient en trois endroits, pour s'asseurer contre tout événement. Nous verrons au chapitre suivant le chastiment que Dieu rendit aux Espagnols , pour l'injustice et cruauté dont ils usèrent envers les François.

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