‹ Voyages en AmériqueChapitre 10 sur 65 · CORTEZ · texte numérisé non relu

CORTEZ

simple; amusement , qui n'en était que l’image, avait pu leur causer tant de frayeur.

Teulilé reprit le chemin de son camp, d’où il se hftta d'envoyer à Montézuma ses observations avec les tableaux de ses peintres et les présents de Corlez. Les rois du Mexique entretenaient pour cet usage un grand nombre de courriers, dispersés sur tous les grands chemins de l’empire. On choisissait pour cet office des jeunes gens fort dispos, qu’on exerçait à la course dès le premier Age. Acosta, dont on vante l'exactitude dans ses descriptions, rapporte que la principale école où l’on dressait ces courriers était le grand temple de Mexico, qui contenait une idole monstrueuse au sommet d’un escalier de cent vingt degrés, et qu’il y avait des prix lirés du trésor public pour celui qui arriverait le premier aux pieds de l’idole. Dans les courses qu'ils faisaient quelquefois d une extrémité de l'empire à l’autre, ils se relevaient de distance en distance avec des proportions si justes, qu’ils se succédaient toujours avant qu’ils eussent commencé à se lasser.

La réponse de Montézuma vint en sept jours, quoique par le plus court chemin on compte soixante lieues de la capitale à Saint-Jean d’Ulloa, et, ce qui augmente l’admiration, c’est qu’elle était précédée par un présent porté sur les épaules de cent Américains. Avant l'audience, Teutilé, qui était chargé de négocier avec le général étranger, tit étendre les présents sur des nattes, à la vue des Espagnols; ensuite, s'étant fait introduire dans la tente de Cortez, il lui dit que l'empereur Montézuma lui envoyait ces richesses pour lui témoigner l'estime qu’il faisait de lui, et la haute opinion qu’il avait de son roi, mais que l’état de ses affaires ne lui permettait pas d’accorder à des inconnus la permission de se rendre à sa cour. Cortefc reçut tous les présents avec toutes les marques d un profond respect ; mais il répondit que, malgré le chagrin qu’il aurait de déplaire à l’empereur en négligeant ses ordres, il ne pouvait retourner en arrière sans blesser l’honneur de son roi. Il s’étendit sur son devoir avec une fermeté qui déconcerta le Mexicain , et l'exhortant à faire de nouvelles instances auprès de l’empereur, il promit d'attendre encore sa réponse: cependant il ajouta qu’il serait fort affligé qu’elle tardât trop à venir, parce qu'il se verrait alors forcé de la solliciter de plus près.

Cependant Cortez n’était pas sans inquiétude , lorsu’il comparait la faiblesse de ses moyens avec la graneur de ses projels ; maie n’en étant pas moins décidé à tenter la fortune, il résolut d’occuper ses soldats jusqu’au retour de l’ambassadeur mexicain, pour leur ôter le temps de se refroidir par leurs réflexions ; et sous prétexte de chercher un mouillage plus sûr, parce que la rade de Saint-Jean a’Ulloa était battue des vents du nord , il chargea Montéjo d’aller reconnaître la côte avec deux vaisseaux, siriesquels il fit embarquer ceux dont il appréhendai* le plus d’opposition. Montéjo revint vers le temps où l’on attendait Teutilé. 11 avait suivi la côte jusqu'à la grande rivière de Panuco, que les courants ne lui avaient pa:. permis de passer; ruais il avait découvert une bourgade où la mer formait une espèce de port, défendu par quelques rochers qui pouvaient mettre les vaisseaux à couvert du vent- Elle n’était qu’à dix ou douze lieues de Saint- Jean. Cortez fit valoir celte faveur du ciel comme un témoignage de sa protection.

Teutilé arriva bientôt avec de nouveaux présents. Sa harangue fut courte : elle portait un ordre aux étrangers de partir sans réplique. Cortez entendant sonner la cloche de l’église, et prenant occasion de cet incident pour former un dessein extraordinaire, se mit à genoux, après avoir fait signe à tous ses gens de s’y mettre à son exemple. Celte action, qui fut suivie d’un profond silence, parut causer de l’étonnement à l’ambassadeur. Cortez, d’un air plus imposant que jamais, déclara : « Que le principal motif du roi son maître . pour offrir son amitié à l’emiereur du Mexique, était l’obligation où sont les princes chrétiens de s’opposer

aux erreurs de l’idoj&rie; qu’un de ses plus ardents désirs était de lui donner les instructions qui condui sent à la connaissance de la vérité, et de l’aider à sortir de l’esclavage du démon, horrible tyran , qui tenait l’empereur même dans les fers, quoiqu’on apparence il lut un puissant monarque; (pie pour lui, venant d'un pays fort éloigné pour une affaire de celle importance, et de la part d’un roi plus puis-a il encore que celui des Mexicains, il ne pouvait se dispen ser de faire de nouvelles instances pour obtenir uni audience favorable, d’autant plus qu'il n’apporlait que la paix, comme on en devait juger par ceux qui l'accompagnaient, dont le petit nombre ne pouvait faire soupçonner d’autres vues. »

Ce discours, par lequel il avait espéré de se faire du moins respecter, n’eut pas le succès qu’il s’en était promis. Teulilé se leva brusquement pour répondre :

« que jusqu’alors Montézuma n’avait employé que la douceur en traitant les étrangers comme ses hôtes ; mais que s’ils continuaient à résister à ses ordres, ils devaient s’attendre d’être traités en ennemis. » Alors il sortit à grands pas avec tout son -cortège. Cortez s’applaudit d’un refus qui lui donnait la liberté d’employer les armes sans violer aucun droit.

Après avoir apaisé une sédition parmi ses troupes, Cortez peu de jours après reçut le cacique de Zampoala qui, très impatient du joug de l’empereur mexicain , ne demandait que l’occasion de le secouer. Ce fut donc un nouveau sujet de satisfaction pour Cortez, surtout lorsque les Américains eurent ajouté que Montézuma était un prince violent, qui s’était rendu insupportable à ses voisins par son orgueil, et qui tenait les peuples soumis par la crainte.

L’empire du Mexique était alors au plus haut point de sa grandeur, puisque toutes les provinces qui avaient été découvertes dans l’Amérique septentrionale étaient gouvernées par ses ministres ou par des caciques qui lui payaient un tribut. Sa longueur, du levant au couchant, était de plus de cinq cents lieues, et la largeur, du midi au nord, d’environ deux cents. Il avait pour bornes au nord la mer Atlantique; dans ce vaste espace de côtes qui s’étend depuis Panuco jusqu’à l’Yucatan, le golfe d’Anian le bornait au couchant. Le côté méridional occupait cette vaste contrée qui borde la mer du Sud, depuis Acapulco jusqu’à Guatemala, et qui vient près de Nicaragua, vers l’isthme du Darien ; celui du nord, s'étendant jusqu’à Panuco, comprenait cette province entière ; mais ses limites étaient resserrées en quelques endroits par des montagnes qui servaient de retraite aux Chichimèques et aux Atomies, peuples farouches et barbares, auxquels on n’attribuait aucune forme de gouvernement, et qui, n’ayant pour habitation que les cavernes des rochers ou quelques trous sous terre, vivaient de leur chasse et des fruits que leurs arbres produisaient sans culture.

Il n’y avait pas plus de cênt trente ans que l’empire du Mexique était parvenu à cette grandeur, après avoir commencé à s’élever, comme la plupart des autres Etats, sur des fondements assez faibles. Les Mexicains, portés par inclination à l’exercice des armes, avaient assujéti par degrés plusieurs autres peuples qui habitaient cette partie du Nouveau-Monde. Leur premier chef avait été un simple capitaine, dont l’adresse et le courage en avaient fait d’excellents soldats. , Ensuite ils s’étaient donné un roi, qu’ils avaient choisi ; entre les plus braves de leur nation, parce qu’ils ne i connaissaient pas d’autre vertu que la valeur; et cet usage de donner la couronne au plus brave, sans au- t cun égard au droit de la naissance, n’avait été inter- l rompu que dans quelques occasions où l’égalité du mé- * rite avait fait donner la préférence au sang royal. Montézuma, suivant les peintures qui composaient leurs; annales, était le onzième de ces rois.

Affermi dans ses charges et ses honneurs par une; nouvelle éleclion dont ses compagnons d’armes le rendirent l’objet, Corlez détacha cent hommes, sous le commandement d’Alvarado, pour aller reconnaître

HISTOIRE DES VOYAGES

pays et pour chercher des vivres, qui commençaient à manquer depuis que les Américains avaient cessé d’en apportée au camp. Alvarado n’alla pas loin sans rencontrer quelques villages, dont les habitants avaient laissé l'entrée libre, en se retirant dans les bois. 11 y trouva du maïs, de la volaille et d’autres provisions, qu’il se contenta d’enlever sans causer d’autre désordre; et ce secours rétablit l’abondance. Alors Cortez dônna ses ordres pour' la marche de l’armée. Les vaisseaux mirent à la voile vers la côte de Quiabizlan, où l’on avait; découvert un nouveau port, et les troupes suivirent par terre le chemin de Zampoala, qu’on atteignit au bout de quelques jours.

La ville était grande et bien peuplee, dans une agréable%tuation, entre deux ruisseaux qui arrosaient une campagne fertile. Ils venaient d’une montagne peu éloignée, revêtue d’arbres et d’une pente aisée. Les édifices de Zampoala étaient de pierre, couverts et crépis d’une sorte de chaux blanche, polie et luisante, dont l’éclat formait un spectacle fort brillant. Un des soldats qui furent détaches était revenu avec transport, en criant de toute sa force que les murailles étaient (l’argent : tant l’espèce d’ivresse où les jetaient tant d’objets nouveaux leur montrait partout les métaux que cherchait leur avarice!

Toutes les rues et les places publiques se trouvèrent remplies de peuple, mais sans aucune espèce d’armes qui pussent donner du soupçon, et sans autre bruit que celui qui est inséparable dé la multitude. Le cacique s’offrit à la porte de son palais. Son discours fut simple et précis. 11 félicita Cortez de son arrivée, il se félicita lui-même de l’honneur qu’il avait de le recevoir; et, sans un mot inutile, il le pria d’aller prendre quelque repos dans son quartier, où il lui promit de conférer avec lui de leurs intérêts communs. En effet, le lendemain Cortez et le cacique s’entendirent sur les moyens de secouer le joug impérial.

Cortez donna aussitôt des ordres pour continuer sa marche. A son départ, quatre cents Américains se présentèrent pour porter le bagage de l’armée, et pour aider à la conduite de 1 artillerie.

Le pays qui restait à traverser jusqu’à la province de Quiabizlan offrit un mélange de bois et de plaines fertiles, dont la vue parut fort agréable aux Espagnols. Ils se .logèrent le soir dans un village abandonné pour ne se pas présenter la nuit aux portes de la capitale. Le lendemain, ils découvrirent.dans l’éloignement les édifices d’une assez grande ville, sur une hauteur environnée de rochers qui semblaient lui servir de murailles : ils y montèrent avec beaucoup de peihej mais sans opposition de la part des habitants.

C’est alors que Cortez, ne voyant plus d’obstacle à redouter, prit la résolution de donner une forme régulière et constante à la colonie de Vera-Cruz, qui était comme errante avec l’armée dont elle était composée. La situation de la ville fut choisie dans une plaine, entre la mer et Quiabizlan, à une demi-lieue de cette place. La fertilité du terroir, l’abondance des eaux et la beauté des arbres semblèrent inviter les Castillans à ce choix. On creusa les fondements de l’enceinte: les officiers se partagèrent pour régler le travail et pour y contribuer par leur exemple; le général même ne se crut pas dispensé d’y mettre la main. Les murs furent bientôt élevés, et parurent, une défense suffisante contre les armes des Mexicains : on bâtit des maisons avec moins d’égards aux ornements'qu à la commodité.

Dans cet intervalle, les deux officiers de Montézuma étaient retournés à la cour, et n’avaient pas manqué, dans le récit de leur disgrâce, de faire valoir l’obligation qu’ils avaient de leur liberté au général des étrangers. Celte nouvelle parut apaiser la fureur de Montézuma, qui n’avait pensé d’abord qu’à lever une armée formidable pour exterminer les rebelles et leurs partisans. Cependant la colère ne pouvant lui faire oublier ses alarmes cl les menaces de ses dieux, il prit le parti d’en revenir à la négociation, et de tenter par une nouvelle ambassade et de nouveaux présents d’engager

Cortez à s’éloigner de l’empire. Ses ambassadeurs arrivèrent au camp des Espagnols lorsqu’on achevait de fortifier Vera-Cruz : ils amenaient avec eux deux jeunes princes, neveux de l’empereur, accompagnés de quatre anciens caciques, qui leur servaient de gouverneurs : leur présent était d’une richesse éclatante.

Cortez leur fit rendre de grands honneurs, et déclara qu’aussitôt que l’honneur devoir le grand Montézuma lui serait accordé, il lui ferait connaître les motifs et l’importance de son ambassade; mais qu’aucun obstacle n’aurait le pouvoir de l’arrêter, parce que les guerriers de sa nation, loin de connaître la crainte, sentaient croître leur courage à la vue du danger, et s’accoutumaient dès l’enfance à chercher la gloire dans les plus redoutables entremises.

Après ce discours, prononcé d’un air majestueux et tranquille, il fit donner avec profusion aux ambassadeurs mexicains toutes les bagatelles qui venaient de Castille, et sans marquer la moindre attention pour le chagrin qu’ils firent éclater sur leur visage, il leur déclara qu’ils étaient libres de retourner à la cour. Cette indifférence altière, les démarches de l’orgueilleux Montézuma qui sollicitait son amitié par des présents, r-edoublèrent la vénération des peuples pour les Espagnols aux dépens de celle qu’ils avaient eue jusqu’alors pour leur souverain. On ne remarqua plus rien de forcé dans leur soumission. Bientôt un service considérable que le général rendit aux caciques de Zampoala et de Quiabizlan les fit passer de l’admiration à l’attachement.

Cortez, voulant rendre compte à Charles-Quint de l’état des choses, fit partir un vaisseau qui mit à la voile le 16 de juillet, avec l’ordre précis de prendre sa route par le canal de Bahama, sans toucher à l’île de Cuba, où Vélasquez était trop redoutable. Il prit ensuite la résolution de se défaire de sa flotte, en mettant, seè vaisseaux en pièces pour forcer tous ses gens à la fidélité, et les mettre dans la nécessité de vaincre ou de mourir avec lui, sans compter l’avantage d’augmenter ses forces de plus de cent hommes, qui faisaient les fonctions de pilotes et de matelots. Ses confidents, auxquels il communiqua ce dessein, le secondèrent avec beaucoup d’habileté. On mit à terre les voiles, les cordages, les planches et tous les ferrements dont on pouvait tirer quelque utilité; ensuite on fit échouer tous les bâtiments, à l’exception des chaloupes qui furent réservées pour la pêche. On compte, avec raison, la conduite et l’exécution d’un dessein si hardi entre les plus grandes actions de Cortez.

Quoique la ruine de la flotte parût affliger quelques soldats, les mécontentements furent étouffés par la joie et les applaudissements du plus grand nombre. On ne parla plus que du voyage de Mexico, et Cortez assembla toutes ses troupes pour confirmer le succès de son entreprise par ses promesses et ses exhortations. L’armée se trouva composée de cinq cents hommes de pied, de quinze cavaliers et de six pièces d’artillerie. 11 était resté dans la ville une partie du canon, cinquante hommes, et deux chevaux, sous la conduite d’Escalante, dont Cortez estimait beaucoup la prudence et la valeur. Les caciques alliés reçurent ordre de respecter ce gouverneur, de lui fournir des vivpes, et d’employer un grand nombre de leurs sujets aux fortifications de la ville, moins par défiance du côté des habilants que sur les soupçons de quelque insulte de la part du gouverneur de Cuba. Cortez n’accepta de leurs offres que deux cents tamènes, nom d’une sorte d’artisans qui servent «au transport du bagage, et quatre cents hommes de guerre, entre lesquels ou en comptait cinquante de la principale noblesse du pays: c’étaient autant d’ôtages pour la garnison de Vera- Cruz, et pour un jeune Espagnol qu’il avait laissé au cacique de Zampoala, dans la vue de lui faire apprendre exactement la langue du Mexique.

11 donna aussitôt ses ordres pour la marche : les Espagnols composèrent l’avant-garde, et les Américains suivirent à peu de distance.

CORTEX

On partit le tf> août. La beauté Au chemin et la disposition des pcupks < [ 1 1 i étaient du nombre des alliés tirent tri uver peu de difficultés dan celte route. Mais pendant trois jours qu’on mil il traverser les montagnes, on ne trouva que des sentiers étroits et bordés de précipices . où l'artillerie ne put passer qti’ft force de bras. Le froid y était cuisant et les pluies continuelles. Les soldats, obligés de passer les nuits sans autre couverture (juc leurs armes, et souvent pressés par la faim, y firent le premier essai des fatigues qui les attendaient. En arrivai au sommet de la montagne, ils y trouvèrent un tempafe et quantité de bois, qui ne leur cachèrent pas longtemps la vue de la plaine : c'était l'entrée d'une province, nommée i ltcothla, fort grande et fort peuplée, dont les première.*abitations leur offrirent bientôt assez de commodités pour leur faire oublier leurs travaux. Corlez, apprenant que le cacique faisait sa demeure dans une ville du môme nom, peu éloignée de la montagne, l'informa de son arrivée et de ses desseins par deux Américains qui lui furent envoyés avec une réponse civile. Bientôt on eut la vue d’une ville magnifique, qui s'étendait dans une grande vallée, et dont les édifices liraient beaucoup d’éclat de leur blancheur. Elle en reçut le nom de Castel- B lanco.

Cortez, pendant cinq jours qu'il passa dans cette ville, ne reçut que des marques extraordinaires de la considération du cacique. Il se dirigea ensuite vers la province de Tlascala, où les peuples étaient, à la vérité, plus guerriers et plus féroces, mais unis par d’anciens traités avec les Zampaolans et les Tolonagues.

Tlascala était alors une province extrêmement peuplée, à laquelle on donnait environ cinquante ' lieues de circuit. Son terrain est inégal, et s’élève de toutes parts en collines, qui semblent naître de cette grande chaîne de montagnes qu’on a nommée depuis la Grande - Cordilïière, tes bourgades occupaient le haut de ces collines, par une ancienne politique des habitants, qui trouvaient dans cette situation le double avantage de se mettre à couvert de leurs ennemis, • et de laisser leurs plaines libres pour la culture. Dans l’origine, ils avaient été gouvernés par des rois, mais une guerre civile leur ayant fait perdre le goût de la soumission , ils avaient secoué le joug de la royauté pour former une espèce de république, dans laquelle ils se maintenaient depuis plusieurs siècles. Leurs bourgades étaient partagées en cantons, dont chacun nommait quelques députés qui allaient résider dans la capitale, nommée Tlascala , comme la province, et ces députés formaient le corps d’un sénat dont toute la nation reconnaissait l’autorité. Cet exemple du gouvernement aristocratique est assez remarquable dans un monde encore à . demi sauvage. Les Tlascalans, s’étant toujours défendus contre la puissance des empereurs du Mexique , se trouvaient alors au plus haut point de leur gloire , parce que les tyrannies de Montezuma avaient augmenté le nombre de leurs alliés, et que depuis peu ils s’étaient ligués pour leur sûreté commune avec les Otomies, peuples fort barbares, mais d’une grande réputation à la guerre, où la férocité leur tenait lieu de valeur.

Cortez , informé de toutes ces circonstances, crut devoir garder quelques ménagements avec une république si puissante , et ne rien tenter sans avoir fait pressentir les dispositions du sénat, il chargea de cette commission quatre de ses Zampoalans, les plus distingués parleur, noblessê^et leur habileté, lis partirent avec toutes les marques de leur dignité, et se rendirent à Tlascala, où ils furent conduits civilement dans un lieu destiné au logement des ambassadeurs. Dès le jour suivant, ils furent introduits dans la salle du conseil, et expliquèrent le sujet de leur ambassade; ensuite ils se retirèrent pour laisse’r les sénateurs délibérer.

Dans un fort long conseil, Magiscalzin, vieillard \ respecté de toute la nation, lit prévaloir d'abord le goût de la paix par cette seule raison que les étran-

gers parafaient envoyés du ciel , et que, ne demandant (pic la liberté de passage, ils avaient pour eux la raison et la volonté des dieux. Mais le général des . armées, nommé Xicotencal, jeune homme plein de Mirage et de feu, représenta si vivement le danger qu’il y avait pour la religion et pour l'Etat à recevoir des inconnus dont on ignorait les intentions, qu’il excita tout le monde h la guerre. Cependant un troisième sénateur, nommé Témilotécal, ouvrit une opinion plus modérée, qui semblait concilier les deux autres, ou du moins qui favorisait le parti de la guerre sans ôter le pouvoir de revenir à la paix : c était de faire partir sur-le-champ Xicotencal, avec les troupes qui étaient prêtes à marcher, pouWneltre à l’épreuve ces inconnus qu’on faisait passer pour des dieux. S’ils étaient battus dans leur première rencontre, leur ruine faisait évanouir toutes les craintes et la nation demeurait glorieuse et tranquille. Si la victoire se déclarait pour eux, on aurait toujours une voie ouverte pour traiter, en rejetant cette insulte sur la férocité desOtomies, donton se plaindrait de n’avoir pu réprimer l’emportement. Cette proposition ayant réuni tous les suffrages, on trouva le moyen d’amuser les ambassadeurs par des sacrifices et des fêtes, sous prétexte de consulter les idoles, et Xicotencal se mit secrètement en campagne avec toutes les troupes qu’il put rassembler.

Cortez, qui vit passer huit jours sans recevoir aucune information de ses députés, commençait h se livrer aux soupçons. Les Zampo lanslui conseillèrent de continuer sa" marche, et de s’approcher de Tlascala, pour observer du moins la conduite d’une nation dont ils couapiençaient eux-mêmes à se défier. S’il ne pouvait éviter fa guerre, il était résolu d’ôter à ses ennemis le temps de s'y préparer, et de les attaquer dans leur ville même avant qu ils eussent assemblé toutes leurs forces. Il leva aussitôt son camp avec toutes les précautions que la prudenee exigeait dans un pays suspect. Sa marche fut libre pendant quelques lieues, entre deux montagnes, séparées par une vallée fort agréa blet Mais il fut surpris de se voir tout d’un coup arrêté par une muraille fort haute, qui, prenant d'une montagne à l’autre, fermait entièrement le chemin. Cet ouvrage, dont il admira la force, était de pierres de taille lu es avec une espècoiide ciment. Son épaisseur était d’environ trente pieds, sa hauteur de neuf. Il se terminait en parapet, comme dans les fortifications de l’Europe. L’entrée en était oblique et fort étroite, entre deux autres murs qui avançaient l’un sur l’autre. On apprit des Zoeothlans que cette espèce de rempart faisait la séparation de leur province et de celle de Tlascala, qui l'avait fait élever pour sa défense, depuis qu elle s’était formée en république, doriez regarda comme un bonheur que ses ennemis n’eussent pas songé à lui disputer ce passage , soit que le temps leur eût manqué pour s'y rendre, soit que se fiant à leur nombre ils eussent résolu de tenir la campagne pour employer librement toutes leurs troupes. Les Espagnols passèrent sans obstacles et, s’étant arrêtés pour rétablir leurs bataillons, iis s’avancèrent en bon ordre dans un terrain plus étendu, où ils découvrirent bientôt les panaches de vingt ou trente Américains.

Cortez détacha quelques cavaliers pour les inviter à s'approcher par depuis et des signes de paix. Dans le même instant on^Berçut une seconde troupe qui, s’étant jointe à l'autre, tint ferme avec une apparence assez guerrière; Les cavaliers, n’en ayant pas moins continué de s'avancer, se virent aussitôt couverts d’une nuée de flèches, qui leur blessèrent deux hommes et cinq chevaux. Un gros de cinq mille hommes, qui s’éiaient embusques à peu de distance, se découvrit alors, et vint au secours des premiers. L’infanterie espagnole arrivait de l'autre côté. Elle se mit en bataille pour soutenir l’effort des ennemis, qui venaient à la charge avec une extrême ardeur. Mais au premier bruit de l’artillerie, qui en fit tomber un grand nom-

HISTOIRE MES VOYAGES

Fernand fit détruire sa flotte.

bre, iis tournèrent le dos; et les Espagnols, profitant de leur désordre, les pressèrent avec tant de vigueur qu’ils leur firent prendre ouvertement la fuite. On trouva soixante morts sur le champ de bataille, et quelques blessés qui demeurèrent prisonniers.

Cortez continua sa marche. 11 rencontra deux de ses ambassadeurs, qui lui apprirent la perfidie des Tlascalans qui les avaient chargés de fers, et menaçaient de sacrifier tous les Espagnols. 11 paraît que le mauvais succès de leur première attaque ne les avait pas abattus, et c’est une preuve que ces peuples étaient naturellement braves. Ce récit ne laissa plus de doute à Cortez que la république de Tlascala ne fût ouvertement déclarée contre lui. 11 en eut d’autres preuves un quart de lieue plus loin, dans uu détroit fort difficile, que son seul courage lui fit heuimsemenl traverser au milieu d'une foule d’ennemis. Cefn’était plus la fortune qu’il proposait pour motif à s'elœoldàts; il les exhortait à combattre pour leur vie, et les Zampoalans mêmes, effrayés delà grandeur du péril, dirent secrètement à Marina que la perte de l’armée leur paraissait inévitable. Elle leur répondit, d’un air inspiré, que le Dieu des chrétiens avait une particulière affection poulies Castillans, et qu’il les sauverait de ce danger. Celle réponse fit une égale impression sur les soldats de Cortez et sur leurs alliés. Ils se crurent tous sous la protection déclarée du ciel; et s’étant dégagés du dé-

troit dont on leur avait disputé le passage, ils arrivèrent dans la plaine, où s’engagea bientôt une action générale, qui doit être regardée comme la plus importante des victoires de Cortez, puisqu’elle servit à lui ouvrir l’entrée du Mexique.

On découvrit, d’une hauteur qui dominait sur la plaine, une multitude que plusieurs écrivains ont fait monter à quarante mille hommes. Ces troupes étaient composées de diverses nations, distinguées par les couleurs de leurs enseignes et de leurs plumes. La noblesse de Tlascala tenait le premier rang autour de Xicotencal, qui avait le commandement général, et tous les caciques auxiliaires étaient à la tête de leurs propres troupes. Comme le terrain était inégal et rude, surtout pour les chevaux, on eut d’abord beaucoup de peine à se mettre en bataille. Il fallut faire du haut en bas une décharge de toute l’artillerie pour écarter quelques bataillons qui semblaient avoir entrepris de disputer la descente. Mais aussitôt que les cavaliers espagnols eurent trouvé le terrain plus commode, et qu’une partie de l’infanterie eut mis le pied dans la plaine, on gagna bientôt assez de champ pour mettre le canon en batterie. Le gros des ennemis avait eu le temps de s’avancer à la portée du mousquet. Ils ne combattirent encore que par des cris et des menaces.

Cortez fit faire un mouvement h son armée pour les charger. Mais ils se retirèrent alors par une espèce de

Ils furent entourés de radeaux chargés de rafraîchissements.

fuite, qui n’était en effet qu’une ruse pour faire avancer les Espagnols, et pour trouver le moyen de les envelopper. On ne fut pas longtemps à le reconnaître. A peine eut-on quitté la hauteur qu’on laissait à dos, par laquelle on avait espéré demeurer couvert, qu’une partie de l'armée ennemie s’ouvrit en deux ailes, et. s’étendant des deux côtés, enferma Gortez et tous ses gens dans un grand cercle. L’autre partie, s’étant avancée avec la même diligence, doubla les rangs de cette enceinte, qui commença aussitôt à se resserrer. Le péril parut si pressant que Corlez, songeant à se défendre avant que d’attaquer, prit le parti de donner quatre faces à sa troupe. L’air, déjà troublé par d’effroyables cris, fut alors obscurci par une nuée de flèches, de dards et de pierres. Mais les Américains, remarquant que ces armes faisaient peu d’effet, se disposèrent à faire usage de leurs épées et de leurs massues. Cortez attendait ce moment pour faire jouer l’artillerie, qui en fit un grand carnage. Les arquebuses ne causèrent pas moins de désordre dans leurs rangs. Comme leur point d’honneur était de dérober la connaissance du nombre de leurs morts et de leurs blessés, ce soin, qui ne cessait pas de les occuper, contribua beaucoup à les jeter dans la confusion.

Cortez n'avait pensé jusqu’alors qu’à courir, avec ses cavaliers , aux eudroits ou le péril était pressant pour rompre à coups de lances et dissiper ceux qui s’appro-

chaient le plus. Mais reconnaissant leur trouble, il résolut de saisir ce moment pour les charger, dans l’espérance de s’ouvrir un passage et de prendre quelque poste où toutes les troupes pussent combattre de front. Il communiqua son dessein à ses officiers. Les cavaliers furent placés sur les ailes ; et, tout d’un coup, invoquant saint Pierre à haute voix, le bataillon espagnol s'avança contre les Tlascalans. Ils soutinrent assez vigoureusement le premier effort ; mais la furie des chevaux, qu’ils prenaient toujours pour des êtres surnaturels, leur causa tant de frayeur, qu’ils s’ouvrirent enfin avec toutes les marques d’une affreuse consternation.

Dans le temps qu&ls se heurtaient entre eux , et que se renversant les uns sur les autres ils se faisaient plus de mal qu’ils n’en voulaient éviter, il arriva un incident qui ranima leur courage, et qui faillit d’entraîner la ruine des Espagnols. Un cavalier, nommé Pierre de Moron, qui montait un cheval très léger, mais peu docile , s’engagea si loin dans la mêlée, que

{dusieurs officiers tlascalans qui s’étaient ralliés, et qui e virent séparé de ses compagnons, l’attaquèrent de concert. Les uns saisirent sa lance et les rênes de la bride , tandis que les autres percèrent le cheval de tan t de coups, qu’il tomba mort au milieu d’eux. Aussitôt ils lui coupèrent la tête , et l’élevant au bout d'une lance, ils exhortèrent les plus timides à redouter moins

des monstres qui Se résistaient pas à la pointe de leurs armes. Moron reçut plusieurs blessures , et demeura quelques moments prisonnier; mais il fut secouru par d’aulres cavaliers quigl'enlevèrent à ses vainqueurs. Cependant une partie des Tlascalans, encouragée par la mort du monstre, reprit ses rangs et parut se disposer au combat. Mais lorsque les Espagnols se croyaient menacés d’une nouvelle attaque, ils furent surpris de voir succéder tout d’un coup un profond silence aux dis des ennemis, et de ne plus entendre que le bruit de leurs timbales et de leurs cors. C’était la retraite, qu’ils sonnaient à leur manière. Un mouvement qu’ils firent aussitôt vers Tlascala ne permit pas de douter qu’ils ne fussent prêts d’abandonner le cliamp de bataille. En effet, ils s'éloignèrent insensiblement, jusqu’à ce qu’une colline les dérobât toutà-fait aux yeux des Espagnols L'armée avait perdu ses principaux chefs , et Xicolencal, voyant la plupart de ses bataillons sans commandants, avait craint de ne pouvoir suffire seul pour faire agir ce grand corps.

Cette victoire ouvrit à Cortez les portes de Tlascala, et lui valut bientôt l'alliance de cette république si belliqueuse , qui allait le seconder dans sa marche sur Mexico. Il passa vingt jaurs à Tlascala, qui furent autant de fêtes, pendant lesquelles les Espagnols ne reçurent que de nouveaux témoignages de la fidélité des habitants. Enfin Cortez ayant marqué le jour de son départ, on lui lit naître quelques difficultés sur le chemin qu’il devait tenir. Son inclination le portait à prendre celui de Cbolula, grande ville fort peuplée qui n’était qu’à cinq lieues de Tlascala, et capitale d’une autre république, avec laquelle Montézuma vivait en si bonne intelligence qu’il y avait ordinairement ses vieilles troupes en quartier. Mais cette raison qui avait fait naître le penchant du général espagnol était celle , au contraire , que les Tlascalans faisaient valoir pour lui conseiller de prendre une autre route. Ils lui représentaient les Cholulans comme une nation perfide et rusée, servilement soumise à l’empereur, qui n avait pas de sujets plus dévoués à ses ordres. Us ajoutaient que toutes les provinces voisines de cette ville la regardaient commei une terre sacrée, parce qu’elle renfermait dans l'enceinte de ses murs plus de quatre cents temples, et des divinités si bizarres qu'il était dangereux de s'approcher sans leur approbation des lieux qu’elles protégeaient. Pendant cette irrésolution, des ambassadeurs arrivèrent avec des présents, de la part de Montézuma. Leurs instructions ne portaient plus de détourner Cortez du voyage du Mexique ; mais paraissant supposer qu'il y était déterminé, ils lui témoignèrent que l'empereur ayant jugé qu'il prendrait le chemin de Cbolula* lui avait fait préparer un logement dans cette ville. Les sénateurs tlascalans ne doutèrent plus alors qu’on n'y eût dressé quelques embûches. Curiez , surpris lui-même d'un changement si peu prévu , ne put se défendre de quelques soupçons; cependant, comme il croyait important de les déguiser aux Mexicains , il conclut avec son conseil qu il ne pouvait refuser le logement qu'ils lui offraient sans marquer une défiance à laquelle ils n’avaient encore donné aucun fondement; et qu’en la supposant juste, loin de s’engager dans de plus grandes entreprises, en laissant derrière lui des traîtres qui pouvaient l'incommoder beaucoup , il devait , au contraire, aller droit à CholuMpour y découvrir leurs desseins fet pour donner une nouvelle réputation à ses armes par le châtiment de leur perfidie. Les Tlascalans qu’il lit entrer dans ses vues lui olfrirent le secours rtc leurs troupes , et plusieurs écrivains les font monter à cent mille hommes; mais il leur déclara qu'il n’avait pas besoin d’une escorte si nombreuse ; et pour marquer néanmoins la confiance qu’il avait à leur amitié, il accepta un corps de six mille hommes.

La marche des Espagnols continua jusqu'à la ville de Cbolula. Cortez lit faire halte à son armée., et reçut bientôt les ambassadeurs cholulans, pour ensuite entrer dans la ville même. Lés Espagnols la comparèrent

à Valladolid : elle était située dâns une plaine ouverte ; on y comptait environ vingt mille habitants, sans y comprendre ceux des faubourgs, uni étaient en plus grand nombre. Elle était fréquentée sans cesse par quantité d'étrangers qui s'y rcndaicnftde toutes parts, comme au sanctuaire de leur religion. Lfes rues étaient bien percées, les maisons plus grandes, et d'une architecture plus régulière que çefies de Tlascala. On distinguait les temples par ïiLjàtmiudo de leurs tours. Les Espagnols furent logés'dà^Bes plus belles maisons de la ville et les troupç^pRahnes campèrent à l'entrée. Peu de jours aprS^in nouveau corps de vingt mille homrnp de la république de Tlascala vint encore se joindrewla troupe de Cortez.

Cette armée poursuivit sa marche vers Mexico. Elle arriva au bout de quelques jours à Tezeuco , ville qui le disputait en grandeur à la capitale même. Ses maisons s'étendaient sur les bords du grand lac, dans une belle situation, à l’entrée de la chaussée principale qui conduisait à Mexico. Celte chaussée avait environ vingt pieds de largeur, et l’on avait des fieux côtés la vue d’une grande partie du lac, sur lequel on remarquait d’autres chaussées qui se croisaient en divers sens. Cortez fit partir toutes sep troupes en ordre de bataille en suivant la chaussée qui ne pouvait contenir que huit cavaliers de front.

L’armée était alors composée de quatre cent cinquante Espagnols, saris y comprendre les officiers, et de six mille Américains, Zampoalans et Tlascalans. Elle se présenta devant lstacpalapa, ville qui se faisait distinguer entre toutes les autres par la beauté de ses tours et de ses édifices, dont une partie était bâtie dans l’eau et l’autre sur les bords de la chaussée. 'On y comptait six mille maisons : le cacique offrit à Cortez un présent qui se montait à deux mille marcs d’or. II ne restait plus que deux lieues de chaussée jusqu’à la capilale, et l’on y arriva le lendemain.

Cortez vit bientôt s’avancer vers lui l’empereur Montézuma avec un magnifique cortège et il descendit de cheval pour le recevoir. Le prince fit loger^Corlez dans un palais et se relira dans le sien. Celte entrée des Espagnols dans la capitale du Mexique eut lieu le 8 novembre 1519. Elle fui suivie de grandes fêtes. Les Espagnols pâturent admirer en détail la magnificence du palais de Montézuma. On y- entrait par trente portes qui répondaient à un mèmè’ nombre de rues, et la principale face, qui donnait sur une place fort spacieuse dont elle occupait tout un côté, était bâtie de jaspe noir, rouge et blanc. Les apparlemenls de l'empereur n excitèrent pas moins l’admiration.

Après de longues négociations l’empereur Montézuma finit par aller habiter le quartier des Espagnols, et par 'offrir un hommage et un tribut à Cortez, qui n’était cependant arrivé qu'avec cinq cents hommes dans une capitale peuplée de plus de cent mille âmes, et lorsque Montézuma lui-même avait plus de cinquante mille hommes armés.

Nous passerons sous silence une foule d’incidents du séjour de Cortez à Mexico et les tribulations qu’il éprouva de la part de ses compatriotes : nous renvoyons aux histoires spéciales ceux de nos lecteurs qui voudront connaître tous les détails de celte prodigieuse expédition. 11 nous suffit de dire que Cortez ’ triompha de tous les obstacles, et qu’avant de se décider g retourner momentanément vers la côte à .Vera- Cruz, il laissa quatre-vingts Espagnols en garnison dans le quartier l'urtiiié qu'il occupait à Mexico, où il devait prochainement revenir.

Une armée espagnole nouvellement débarquée sous le commandement de Narvaëz , ennemi de Cortez, se disposait à combattre ce dernier, qui osa marcher à sa rencontre avec seulement deux cent soixante- six Espagnols. Celte poignée de braves suffit à Cortez pour' surprendre pendant la nuit les troupes de N’ar- •vaëz, les mettre en déroute, et en ranger presque la totalité sous sa bannière. A peine victorieux il est informé que les Mexicains arment contre lui , et il se

riZARRE.

liftte de revenir h Mexico; mais cette fois il n’y revint que pour leur livrer îles combats acharnés. Monté* zuma se vit même obligé île lui signifier île quitter la ville. Cortez jugea qu'il ne pouvait longtemps s’y maintenir, et il pria l'empereur île négocier avec scs sujets révoltés le départ îles Espagnols.

Le monarque, adhérant à celle proposition, se montra au peuple et leJiarangua. Tout le monde l'écouta avec respect, maisVjtonne ne voulut déposer les armes. Knlin la sédi^^Hwt toute sa force; on traita Montézmna de làel|^^K'lr..i|re ; les cris furent accompagnés d’une riMQPM&ches, et une grosse pierre l’atteignit à la tête. Il tomba sans connaissance, et expira au bout de deux jours, en laissant, dit-on, aux Espagnols le soin de sa vengeance. Cortez fit porter le corps de Montézuma dans la ville, pour que les nobles qui n’avaient point pris part aux fureurs populaires le fissent ensevelir avec tous les honneurs convenables il son haut rang. De pompeuses funérailles eurent lieu en effet, et Cortez profila d’une trêve pour combiner sa retraite, qui fut extrêmement difficile et non moins meurtrière. L'armée se mit en marcjie vers Tlascala.

Avant son retouren cette ville, elle eut à soutenir une grande bataille contre plus de cent mille Mexicains qui essayèrent de lui couper la retraite. Un trait de génie au fort de la mêlée sauva Cortez et sa petite troupe. 11 se souvint d’avoir entendu dire que tout le sort des batailles consistait parmi ces barbares dans l'étendard impérial, dont la perte ou le gain décidait la victoire entre deux partis. 11 poussa donc au grand galop vers le général mexicain, auquel il porta un coup de lance qui le fit tomber de sa litière, pendant que d'autres braves dispersaient la noblesse, et qu’un simple cavalier enlevait l’étendard et le présentait respectueusement à Cortez. La vue de ce trophée, et surtout d une blessure que Cortez avait reçue à la tête, anima scs soldats; ils. firenlmain basse sur un si grand nombrede Mexicains, qu’on nelefait pasmonterà moins de vingt mille. Cette victoire passe pour une des plus célèbres que jamais Européens aient remportées dans l’Amérique, et elle fut entièrement l’œuvre du général.

Cortez ayant rassemblé ses troupes, et profitant de la consternation répandue parmi les ennemis, se dirigea vers Tlascala, où il fit son entrée avec une grande pompe. Là. il se rétablit de sa blessure, et prit la résolution de retourner à Mexico, avec six cents hommes d’infanterie et quarante cavaliers espagnols, auxquels se joignirent les troupes de la république llascalane, appui ées de neuf pièces de canon que Cortez avait tirées de ses vaisseaux.

Les Mexicains, informés de ce projet, se préparèrent à soutenir la lutte. Us s’étaient donné un nouvel empereur, qui envoya une armée hors des murs de Mexico. Cette armée fut battue par celle de Cortez, qui se retrouva en peu de jours devant la capitale, dont il fallut entreprendre le siège.

A cet effet, Cortez fit construire des briganlines pour traverser le lac. Ces petits bâtiments luttèrent contre des milliers de canots mexicains, et Cortez finit par se rendre maître d'une des principales entrées de Mexico. Cependant il éprouva sur un autre point un échec sérieux pour un deses lieutenants, et cet échec eût amené sa perte, sans les recrues que lui fournirent les peuples qui s'étaient déclarés en sa faveur. 1! finit par se retrouver à la tête de près de deux cent mille hommes.

C’est alors que le général espagnol reprit l'offensive. 11 s’avança jusqu'à l'entrée des rues et jeta la consternation dans les rangs mexicains. Dans 1 espace de quatre jours, les trois divisions "de l'armée arrivèrent presque en même temps à la grande pince de Mexico. L'empereur Guatimozin, qui voulut s échapper secrètèiment dans une barque, fut pris par un des officiers de Cortez et amené avec ses femmes et ses grands au général. Cortez (it conduire ce prince au quartier des Espagnols, où il trouva tous les égards dus à son rang.

■ Comme sur d’autres points la lutte continuait, et que l'infection des cadavres répandait dans la ville une odeur Bfotl faisante, Cortez prit le parti de se retirer dans une ville voisine avec ses prison nicijp, après avoir toutefois obtenu de Guatimozin la soumission de scs sujets.

Assuré maintenant de la victoire, le général espagnol ne songea plus qu’à la consolider et à en transmettre les détails à Madrid- Cortez y reparut pour confondre ses ennemis et recevoir des lettres-patentes qui lui conféraient le titre de grand capitaine et de vice-roi de la Nouvelle-Espagne. Mais avant de repartir, il avait voulu emporter les [trésors de Guatimozin. Comme on les cherchait vainement, il eut la faiblesse de consentir que l’infortuné prince fût mis à la torture pour le forcer à découvrir le lieu où il les avait cachés. Guatimozin fut étendu sur des charbons ardents, et un des principaux seigneurs de la cour fut livré près de lui au même supplice. C’est dans ce moment que le monarque mex-icain, qui souffrait les tourments avec une constance inaltérable, adressa cë reproche sublime à son sujet dont il entendait les plaintes : « Et moi, suis-je sur un lit de roses? » Cortez fit cesser cette odieuse exécution , et il fallut en croire Guatimozin, assurant qu’il avait jeté tous ses trésors dans le lac On les chercha longtemps, mais en vain, au fond des eaux, et le dépit que les Espagnols conçurent de voir leur avarice trompée contribua sans' doute à l'arrêt de mort qu'ilsjsortèrent deux ans après contre Guatimozin. On l'accusa d’une conspiration, et il expira sur un gibet.

La fortune n’épargna guère plus Cortez que les autrefe conquérants de l'Amérique. Après avoir confondu ses ennemis, il reçut l’ordre d’aller faire de nouvelles découvertes, et celle de la aliforniè lui coûta une partie de son bien ; mais il n’en fut pas mieux traité à son retour. A peine put-il obtenir une audience de l’empereur.

Un jour, perçant la foule, il s’approcha du carrosse de Charles-Quint et monta sur l'étrier de la portière. L’empereur demanda qui il était. « C'est celui, dit Cortez, qui vous a donné plus de royaumes que vos pères ne vous ont laissé de villes. »

Ce-fameux conquérant du Mexique mourut dans une complète disgrâce , et dans la gêne et le chagrin.

Albert-Montémont.

PIZARBE.

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