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CONQUÊTE DU PÉROU

Pizarre, cet intrépide capitaine qui allait devenir le conquérant du Pérou, naquit à Truxillo dans l’Kstramadure, en 1475. 11 était fils naturel d’un gentilhomme espagnol dont il prit le nom. Son éducation fut. négligée, au point qu’il réapprit pas même à lire, et'sa première occupation fut de garder les pourceaux dan? une campagne de son père. Un jour en ayant perdu un, et n osant rentrer dans la maison paternelle, il prit la fuite et s'embarqua pour l’Amérique.,11 ne tarda pas à se distinguer sous Vaseo Nugnez de Balboa, qni découvrit la mer du Sud. Ce fut en 1 314 que lui-même conçut l'idée de faire la conquête du Pérou. 11 se rendit â cet effet à Panama, et s’y concerta avec Almagro, son compagnon de voyage, et un prêtre nommé Fernand de Lucques. Ils firent entre. eux une association,

HISTOIRE DES VOYAGES

dont les principaux articles portaient que Pizarre, connu pour homme de main, et longtemps exercé dans les guerres contre les Américains, serait chargé de 1‘ expédition ; qu’Almagro, possesseur d’une grande fortune, prendrait soin des préparatifs, et que Fernand de Lucques ferait les autres dépenses. Pour cimenter leur association, Fernand de Lucques dit la messe, sépara l'hostie en trois , en prit une partie , et donna les deux autres à ses associes.

La flotte consistait en un seul vaisseau qu’ils avaient acheté, et deux canons. Almagro fut laissé à Panama pour former un renfort de matelots, de soldats et de vivres, avec lesquels il avait promis de suivre Pizarre. Celui-ci fit voile vers Plie de Taboga, qui n’est qu’à cinq lieues de Panama, et passa douze lieues plus loin, aux îles des Perles, ainsi nommées par Vasco Nugnez qui les avait découvertes II y fit de l’eau et du bois ; il y prit du fourrage pour les chevaux, et douze autres lieues au-delà il trouva un port, qu’il nomma port de Laspinas, parce qu’il trouva quantité de pommes de pin dans le voisinage. Continuant sa navigation vers le sud, dix lieues plus loin , il entra dans un autre port où il fit du bois et de l’eau ; ensuite, n’ayant pas cessé d’avancer pendant dix jours, les vivres lui manquèrent, et tout l’équipage se vit forcé de brouter des bourgeons de palmier. Pizarre s’efforça de soulager les hommes les plus faibles, et prit sur lui les plus grands travaux. 11 perdit vingt-cinq hommes, et tout le reste aurait péri sans un secours inespéré de vivres qui lui arriva. Son désastre fit donner au port où il se trouvait le nom de Puerto de la Hambre.

Il poursuivit sa navigation vers le sud, et le jour de la Chandeleur il aborda une terre qu’il nomma pour cette raison la Candelaria. Comme celte contrée était humide et très coupée de montagnes, il ne s’y arrêta que peu de jours. 11 reprit la mer pour débarquer plus loin , près d’un petit village, où il découvrit du maïs, de la chair de porc, des pieds et des mains d’hommes, ce qui lui fit croire qu’il était chez des anthropophages. 11 se remit en mer, et bientôt il arriva dans un lieu qu’il nomma Pueblo Quemado, c’est-à-dire peuple brûlé. Les habitants du pays lui firent une guerre opiniâtre, et il fut obligé de se retirer dans une contrée voisine.

Pendant que Pizarre luttait ainsi contre la fortune, Almagro était parti de Panama sur un vaisseau qui portait avec lui soixante-dix Espagnols. 11 trouva Pizaire à Chicana, près de l’île des. Perles. Les deux aventuriers, ayant alois une petite flotte composée de deux vaisseaux, trois canons et deux cents Espagnols, continuèrent leur navigation. Ils découvrirent quantité de rivières peuplées de caïmafis. Après avoir consommé leurs provisions, ils n’eurent pourMoute ressource que le fruit des mangles dont le pays était couvert. Ils avaient presque partout repoussé les attaques des indigènes, et dans ces attaques, ayant perdu plusieurs Espagnols, il fut décidé qu’Almagro retournerait à Panama pour en tirer des vivres et des recrues. Il revint en effet avec quatre-vingts hommes, et ce renfort permit à Pizarre de pénétrer dans le pays de Catamez, fertile en provisions, et où il vit, pour la première fois, de l’or en grande abondance.

Après la découverte du Catamez, Pizarre jugea qu’il aurait besoin de beaucoup plus de monde, et il fit repartir Almagro pour Panama. Mais à son retour à Panama, Almagro trouva un nouveau gouverneur, qui n’avait pas pour l’expédition les mêmes dispositions rçue le précédent. Pizarre, qui attendait son compagnon dans une petite île nommée Gallo, comptait vainement sur son secours. Quelques-uns de ses gens, rebutés de ce qu’ils avaient souffert et tremblant pour l’avenir, demandèrent à retourner sur leurs pas. De son côté, le gouverneur de Panama envoya un lieutenant chargé de ramener ceux qui ne seraient pas contents de leur sort. Ce lieutenant, malgré l’intention qu’il avait de ramener tout le monde, fut touché d’admiration pour Pizarre, qui le priait de lui laisser

au moins quelques hommes. Alors il se mit à l’un des bouts de son navire; puis ayant tracé une ligne, il mit à l’autre bout le capitaine Pizarre avec ses soldats, et ordonna que ceux qui voulaient aller à Panama passassent de son côté. 11 ne resta près de Pizarre que treize Espagnols et un mulâtre. Toutes les prières de celui-ci ne purent fléchir cet officier qui craignait de déplaire au gouverneur. II pron|dfteulement qu’il engagerait Almagro à lui en vomJ^K vivres. Cette espérance détermina Pizai attendre dans une

île qu’il avait nommée la.^^^H^ où il était sûr de trouver de l’eau , et de pouW^^ubsister avec le peu de maïs qui lui restait. Il confia à l’officier deux lettres : l’une pour le gouverneur auquel il reprochait de lui enlever ses gens, et de rendre un fort mauvais office à l’Espagne par les obstacles qu’il mettait à son entreprise ; l’autre pour Almagro et Fernand de Lucques qu’il pressait instamment de le secourir.

L’île de Gorgoge, que ceux qui l’ont vue comparent à l’enfer, est effrayante par la noire obscurité de ses bois, la hauteur de ses montagnes, les pluies continuelles, la mauvaise température de son air, dont le soleil ne pénètre jamais l’épaisseur, et surtout par la prodigieuse quantité de moucherons et de reptiles dont elle est remplie. Sa situation est à 3° du nord, et son circuit d’environ trois lieues. Ce fut l’asile que Pizarre choisit dans son chagrin, autant pour se dérober aux attaques des Américains dans un séjour si désert, que pour se procurer de l’eau qui lui avait manqué dans l’île del Gallo.

L’officier, de retour à Panama (il se nommait Tafur), fit au gouverneur Los Rios une peinture du courage et de la misère de Pizarre, qui eut le pouvoir de l’attendrir, mais sans lui inspirer la résolution de l’assister. Il crut avoir assez fait en lui offrant l’occasion de revenir ; et, pour réponse, il dit que c’était sa faute s’il périssait. Ceux que Tafur avait ramenés faisaient un récit si touchant de tout ce qu’ils avaient souffert, qu’on ne pouvait les entendre sans une extrême compassion. Almagro et de Lucques en furent attendris jusqu’aux larmes. Ils sollicitèrent le gouverneur, ils lui représentèrent le tort qu’il faisait à la couronne, ils le menacèrent même d’en porter leurs plaintes à l’empereur; enfin, soit pitié, soit crainte de la cour, soit passion pour l’or dont les déserteurs étaient revenus charges, Los Rios consentit à donner un navire; mais soutenant les apparences de son refus, il déclara que c’était pour offrir encore une fois à Pizarre le moyen de revenir ; ensuite , feignant de regretter sa facilité, il donna ordre à Castaneda de visiter ce vaisseau avec un charpentier, et de dire qu’il n’était pas propre à la navigation. Mais ces deux hommes eurent la fermeté de répondre que le bâtiment était bon. Il lui devint comme impossible alors de se rétracter ; et sa dernière ressource fut de faire ordonner à Pizarre, sous de grandes peines, de venir rendre compte de son expédition dans six mois. On reconnaît,- dans cette conduite du gouverneur , l’embarras d’un chef qui souhaite une entreprise, et qui ne veut point se charger de l’événement.

Cependant Pizarre et ses compagnons, voyant passer plusieurs mois sans apparence de secours, commençaient à se croire abandonnés. Dans leur désespoir," ils pensèrent à faire un radeau des débris de leur navire, qui n’avait pu résister aussi longtemps qu’eux au climat de la Gorgone, pour s’approcher de la côte et descendre à Panama. Cette résolution était arrêtée, lorsqu’ils découvrirent le vaisseau qu’on leur envoyait. Ils ne le prirent d’abord que pour quelque monstre marin, ou pour une poutre chassée par les flots. A la vue même des voiles , ils n’osaient se persuader ce qu’ils désiraient avec tant de passion. Enfin l’ayant reconnu , ils se livrèrent à des transports de joie. Pizarre forma aussitôt un nouveau plan. Il prit le parti délaisser leurs prisonniers dans l’île, sous la garde de Paëz et de Truxilo, dont la santé s’était affaiblie jusqu’à ne pouvoir supporter la mer, et d’al-

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