VOYAGE AUX RÉGIONS ÉQUINOXIALES D’AMÉRIQUE
M. le baron Alexandre de Humboldt, après avoir parcouru l'Allemagne et l’Italie, partit de Marseille pour Barcelone , et arriva à Madrid au mois de mars 1799. Par l'entremise du ministre de Saxe, il eut des conférences avec le chevalier de Urquijo, alors premier ministre du roi d’Espagne, et il en obtint des passeports pour les possessions espagnoles en Amérique. 51. Bonpland devint son compagnon de voyage.
Les deux amis quittèrent .Madrid vers le milieu du mois de mai, et se rendirent à la Corogne, où ils devaient s’embarquer pour l'ile de Cuba. Ce port de la Corogne étant bloqué par des vaisseaux anglais, on eut besoin d’user de précaution pour en sortir. On y réussit le 5 juin 1799, à bord de la corvette le Pizarre, qui fit voile pour les îles Canaries, qu’elle atteignit au bout de treize jours. Durant la traversée. M. de Humboldt eut occasion de faire des observations curieuses sur les courants maritimes, notamment sur le golfe Stream.
Nos voyageurs firent un séjour à l’île de Ténériffe, et en visitèrent le pin, si souvent décrit par les navigateurs. Ils continuèrent ensuite leur navigation, et parcoururent en vingljoursl’espacede neuf cents lieues qui sépare les côtes d’Afrique de celles du Nouveau- Monde. Leur roule fut celle que suivent tous les 'bâti-
ments destinés aux Antilles, depuis le premier voyage de Christophe Colomb, et ils prirent terre à Cumana, non loin des bouches de l’Orénoque, le 15 juillet 1799.
Dans cette traversée, de Ténériffe aux côtes de l’Amérique méridionale, M. de Ilumboldt reconnut que, comme dans la traversée de l’océan Pacifique, d’Acapulco aux îles Philippines, les matelots n’ont presque pas besoin de toucher aux voiles. On navigue dans ces parages comme si l’on descendait une rivière : ce qui permet de croire que ce ne serait pas une entreprise hasardeuse de faire le voyage dans une chaloupe non pontée.
La ville de Cumana est éloignée d’un mille de l’embarcadère ou de la batterie de la bouche du Dragon, une des bouches de l’Orénoque. Elle est adossée à un groupe de montagnes, sur les eaux limpides du rio Manzanarès, au fond du golfe dé Cariaco, avec un château Tort construit à l’extrémité d’une colline. Cumana occupe proprement le terrain contenu entre cj château et les petites rivières du Manzanarès et de Santa Catalina. Le delta formé par la bifurcation de la première de ces rivières offre un terrain fertile couvert de bananiers et d’autres plantes cultivées dans des jardins ou charas des Indiens. La ville n’a. aucun édifice remarquable, et la fréquence des tremblements de terre ne permet point d’en élever.
Les faubourgs de Cumana sont presque aussi populeux que 1 ancienne ville. On en compte trois, celui des Ferrites, sur le chemin de la plaga Chica, où l'on trouve quelques beaux tamariniers; celui de Saint-