MŒURS AMÉRICAINES DES ÉTATS-UNIS
Embouchure du Mississipi. Lalise. La Nouvelle-Orléans ;
société'de cette ville; créoles et quadrons. Voyages sur
le paquebot à vapeur. Memphis.
Le 4 novembre 1827, je m’embarquai à Londres avec ma fille et mes deux fils pour l'Amérique septentrionale, et après une traversée heureuse , mais peu amusante, nous arrivâmes, le jour de Noël, à l'embouchure du Mississipi. Les rives de ce magnifique fleuve sont si pintes, que nous fûmes joints par le pilote qui devait nous aider à franchir la barre, quelques heures avant que rien nous indiquât le voisinage de la terre. Les seuls indices qui plus tard s’en présen tèrent à nos yeux furent la masse d’eau bourbeuse qui venait sc mêler aux ondes bleues du golfe du Mexique, et des volées innombrables de pélicans qui couvraient de longues masses de boue. On ne saurait imaginer une scène d’une plus grande désolalion. Peu à peu, des joncs d'une hauteur extraordinaire devinrent visibles ; et au bout de quatre ou cinq milles que nous parcourûmes encore à travers d'horribles marécages, nous aperçûmes un groupe de huttes appelé la Balise , endroit assurément le plus misérable où jamais l'homme ait établi domicile , mais où vivent néanmoins plusieurs familles de pilotes et de pêcheurs.
Ce qui surtout donne un air de profonde tristesse aux bouches du Mississipi , c’est l’énorme quantité d’arhres immenses qu’il charrie sans cesse. A mesure cependant que nous avançâmes , nous fûmes éblouis par les brillantes teintes de la végétation du sud. Les bords du fleuve ne s’élevèrent pas d’un pied, mais une suite d'habitations de planteurs, qui n’étaient tantôt que leurs maisons de plaisance , tantôt étaient entourées de leurs plantations de cannes à sucre, etdtes villages où demeuraient leurs nègres , varièrent agréablement le paysage. Nous étions toutefois impatients de toucher aussi bien que de voir la terre; mais la navigation de la Balise à la Nouvelle-Orléans est difficile et ennuyeuse, et les deux jours qu’elle dura nous parurent plus longs qu’aucun de ceux que nous avions passés en mer.
La Nouvelle-Orléans n’offre presque rien qui puisse flatter l’œil du goût, mais elle ne manque ni de nouveauté ni d’intérêt pour un Européen récemment débarqué. Le nombre prodigieux des noirs qu’on y rencontre , car à eux est dévolue toute espèce de travail ; la grâce et la beauté des élégantes mulâtresses , ou quadrons , les groupes çà et là persemés d’indiens à mine sauvage et féroce , l’aspect inaccoutumé des végétaux, le grand Mississipi aux vagues noirâtres, avec ses rives basses et boueuses, tout enfin concourt à produire ce genre d'amusement qu’on éprouve quand on voit des choses que jamais on n'avait encore vues. Puis vous diriez tout à-fait une ville française de province , ce dont il ne faut pas s'étonner, puisque c’est