AMÉRIQUE MÉRIDIONALE
L’Amérique méridionale, sur la côte nord-esl de laquelle, dans son premier voyage, Chrislophe Colomb débarqua en 1498, c’est-à-dire six années après la découverte de Saint-Domingue aux Antilles (I), une année avant Améric Vespuce, qui publia sa relation, et vingt-cinq ans avant Pizarre, qui découvrit le Pérou, s’étend par 13° de latitude nord et 56» de latitude sud, 42 et 86° de longitude ouest. Elle a pour confins, au nord, l’isthme de Panama, où commence l’Amérique septentrionale, puis la mer des Antilles, où elle s’avance jusqu’au 13e degré de latitude nord, vers le cap de Gallinas, gisant par 74® de longitude ouest. Elle est bornée à l’est par l'océan Atlantique, au sud par l’océan austral, et à l’ouest par l’océan Pacifique. La limite la plus orientale est le cap Saint-Roch, sur la côte du Brésil, par 50» de latitude nord et 74<> de longitude ouest ; la plus occidentale est le cap Blanc sur la côte du Pérou, par 5° de latitude sud et 86» de longitude ouest.
La superficie de l’Amérique du sud est évaluée à cinq cent soixante-onze mille trois cents lieues marines carrées de vingt au degré, dont cent quatorze mille quatre cents lieues en partie montueuses, et quatre cent cinquante-six mille neuf cents lieues en plaines. Sa population est d’environ 20 millions d'âmes, dont S millions de blancs foncés, 2 millions d’indiens et 7 à 8 millions d’individus mixtes.
Les principaux accidents naturels de celte moitié du nouvel hémisphère sont les montagnes et les fleuves.
Une chaîne immense de montagnes traverse l’Amérique méridionale dans toute son élendue du sud au nord, le long des côtes baignées par le Grand-Océan, à partir du cap Froward, situé sur le détroit de Magellan au sud, jusqu’à l'isthme de Panama au nord, longueur d’environ dix-sept cents lieues. Dans toute cette longueur ladite chaîne s’éloigne rarement de la mer Pacifique de plus de quarante lieues; sa largeur varie de vingt lieues à soixante, et sa hauteur moyenne sous l'équateur est de deux mille quatre cents toises.
Cette même chaîne reçoit différents noms, suivant les contrées qu’elle traverse : dans la Patagonie, depuis le cap Froward jusqu’au 41e degré de latitude sud, c’est la Sierra-Nova de los Andes, ou plus généralement la chaîne des Andes du Chili ; au Pérou, c’est la Cordillière royale des Andes on grande Cordillière du Pérou, et vers la partie méridionale de la république colombienne, c’est la chaîne de Quito, nom d’une ville située dans ces contrées élevées. Nous avons eu déjà occasion de faire remarquer qu’en général le versant occidental des Andes est à pentes raides, au lieu que le versant oriental a des inclinaisons plus ménagées.
La Cordillière des Andes offre dans toute son étendue des neiges éternelles et un grand nombre de volcans. Les sommets les plus élevés appartiennent à la partie qui couvre la Colombie. C’est là que se trouve le Chimboraço, dont la hauteur est de trois mille trois cent cinquante toises au-dessus du niveau de la mer. Le faîte des Andes n’a point d’arêtes étroites comme celui des chaînes européennes ; il présente au contraire des plateaux immenses, couverts de villages et où règne une culture opulente. Les vallées, plus profondes et plus étro tes que celles des Alpes et des Pyrénées, offrent aussi des scènes plus sauvages ; elles sont d’ordinaire entrecoupées de ruisseaux qui avec le temps se sont creusé des lits de vingt à vingt cinq pieds de profondeur, etd’un pied à un pied et demi de largeur. On marche en frémissant à traversées crevasses, cachées souvent par une épaisse végétation ; il faut suivre des sentiers pleins de trous de trois à quatre pieds de profondeur,
(i) On sait qu’en 1492 Christophe Colomb s’était d’abord arrêté aux îles San-Salvandor et de St -Domingue.
et traverser les torrents à la nage ou sur des ponts chancelants formés par des câbles de roseaux jetés d’une rive à l’autre, ou dans un hamac de cuir qui parfois vous entraîne jusqu’au fond de l’abîme.
La Cordillière des Andes jette à l’ouest et à l’est un grand nombre de rameaux, dont le plus important est celui qui se détache à l’est dans la partie méridionale du Pérou, sous 19° de latitude sud, court dans la direction de l’est et va rejoindre les monts du Brésil Voici au surpi us les hauteurs des principaux sommets des Andes: le Chimboraço, 6,700 mètres; le Cayambe, 6,200; l’Antisana, 5 600 ; le Cotopaxi, 5,900.
Les Andes n’offrent l’aspect d’une chaîne que lorsqu’on les voit de loin, soit des côtes du Grand-Océan, soit des savanes qui s’étendent jusqu'aux pieds de leur versant oriental ; les quebrados ou fentes immenses, sousles noms de gorges ou vallées, partagent ces masses granitiques et en interrompent 1 apparente continuité ; c’est à travers ces portes naturelles que les fleuves descendent vers l’Océan.
La position géographique de l’Amérique méridionale, dont presque tout le territoire est sous la zone torride, pourrait faire croire que cette moitié du Nouveau-Monde éprouve sous la même zone des chaleurs excessives; mais l’étendue des cours d’eau et le voisinage des deux cours de l’Océan, balayés par les vents alisés ou agités par des courants, modifient le climat, et permettent de distinguer trois zones de température, la zone chaude, la zone tempérée et la zone froide.
Dans la zone froide ce n’est pas l’intensité, mais la continuité du froid, l’absence de toute chaleur un peu vive, la constante humidité d'un air brumeux, qui arrête la croissance des grands végétaux, et qui chez l’homme, ainsi que le remarque le savant Malte-Brun, perpétue les maladies nées de la transpiration interceptée et de l’épaississement des humeurs. La zone chaude n’éprouve pas des ardeurs excessives; mais c’est ici la perpétuité de la chaleur qui, jointe aux exhalaisons d’un sol marécageux, aux miasmes d’un immense amas de pourriture végétale , et aux effets d’une extrême humidité, fait naître des fièvres plus ou moins pernicieuses, et répand dans tout le règne animal et végétal l’agitation d’une vie surabondante et désordonnée. La zone tempérée, en offrant une chaleur modérée et constante comme celle d’une serre chaude , exclut de ses limites et les animaux et les végétaux qui aiment les extrêmes, soit du froid, soit du chaud ; elle nourrit ses plantes particulières, qui ne peuvent ni s’élever au-dessus de ses bornes, ni descendre au-dessous. Sa température, qui ne saurait pas endurcir la constitution de ses habitants constants, agit comme le printemps sur les maladies de la région chaude, et comme l’été sur celles de la zone froide. Ainsi, un simple voyage du sommet des Andes jusqu’au niveau de la mer, ou dans le sensinverse, est une véritable cure médicale qui suffit pour opérer les changements les plus étonnants dans le corps humain. Mais l’habitation constante dans 1 une ou l'autre de ces zônes doit énerver les sens et l'âme par l’effet d’une tranquillité monotone L’été, le printemps et l’hiver sont ici, pour continuer à nous servir des expressions deMalte-Brun, assis sur trois trônes distinctifs qu’ils ne quittent jamais, et qui restent constamment environnés des attributs de leur puissance.
Les productions de la chaîne des Andes semblent plus riches, à certains égards, que celles de la Cordillière mexicaine, ün connaît l’abondance des mines du Chili , du Pérou et de la Colombie , qui toutefois sont moins exploitées que celles du Mexique, parce que ces dernières sont moins élevées dans la région des neiges que les premières. Les végétaux croissent à peu près dans l'ordre suivant : depuis les bords de l’Océan, près de la ligne équinoxiale, jusqu’à la hauteur de mille mètres, se balancent les palmiers et les liliacées, le jasmin à large fleur et le datura en arbre, le cocotier et l’amandier. Au-dessus de la région des palmiers commence la région des fougères arbores-
CHRISTOPHE COLOMB
Quand le jour commença à baisser, Colomb alla se poster au-dessus de la cabine.
centes qui cessent à huit cents toises, et du quinquina qui pousse jusqu’à quatorze cent cinquante toises. La substance fébrifuge qui rend si précieuse l’écorce du quinquina ou chinchonase rencontre dans plusieurs arbres d’espèces différentes, et dont quelquesuns croissent à un niveau très bas, même sur les bords de la mer ; mais le vrai quinquina ne croît pas au-dessous de trois cent cinquante-trois toises.
Quant aux animaux de l'Amérique méridionale, depuis le niveau de la mer jusqu’à mille mètres ou cinq cent treize toises, dans la région des palmiers, on découvre le paresseux, le boa, le crocodile, les perroquets, le jaguar, le hoco, le langara et le charançon ; dans les forêts de cette région brûlante retentissent les hurlementsdes alouateset autres singes sapajous ; on entend aussi le jaguar, et le tigre noirde l'Orénoque, plus sanguinaire encore que le jaguar, animaux qui tous deux chassent le petit cerf ; l’air de ces vastes régions, surtout dans les bois et sur les rives du fleuve, est rempli d une innombrable quantité de maringouins ou mosquiles qui rendent le pays presque inhabitable. Aux mosquites se joignent les araignées venimeuses, les fourmis, les termes, et ces gros lézards que l’on est tout surpris de voir décorer le sommet des arbres et partager la demeure des habitants ailés. De cinq cents à mille toises, plus de boas, plus de crocodiles ni de lamantins ; peu de singes, mais beaucoup de tapirs et de |
chiques. De mille à quinze cents toises, dans la région supérieure des quinquinas, plus de singes, plus de cerfs mexicains, mais le chat-tigre, les ours et le grandcerf des Andes. Les poux abondent à cette hauteur, qui est celle de la cime du Canigou. De quinze cents à deux mille toises vient la petite espèce de lion que l’on désigne par le nom de pourna, le petit ours à 1er blanc, quelques viverres et le colibri, si commun dans l’Amérique du nord. De deux mille à deux mille cinq cents toises habitent les vignognes, qui aiment les endroits où la neige tombe de tempsen temps, elles guanacos avec les alpacas, qui suivent lachaîne des Andes, depuis le Chili jusqu'au 9e degré de latitude sud. Dans les plus hautes régions plane le condor, comme l’aigle dans les Alpes.
L’Orénoque, l’Amazone et le Rio de la Plata sont les trois grands cours d’eau de l’Amérique du sud ; ce sont du moins les seuls que nous voulions ici décrire, car les autres sont davantage du ressort des traités de géographie.
L'Orénoque prend sa source au petit lac Ipava, par 5° de latitude nord et 68° de longitude ouest, il coule à l’est, puis au sud, ensuite à l’ouest, puis au nord, et de nouveau à l est, en formant ainsi une spirale dont le développement est de près de cinq cents lieues, pour aller traverser le lac Parime, formé par les débordements du fleuve. Sorti de ce lac, il reçoit par sa gauche
HISTOIRE DES VOYAGES
de nombreux affluents, dont les plus considérables sont le Guaviare, le Rio Mêla et l’Apure, qui descendent des Andes orientales et coulent droit à l'est, ainsi que leurs propres tributaires. Les affluents principaux de la droite sont le Padamo, le Ventuari, le Caura, l’Arui et le Caroni. A trente ou quarante lieues l’Orénoque se divise en deux bras, dont le principal continue de couler à l’est, pendanlque l’autre tourne au nord ; tous deux se subdivisent plus bas en canaux secondaires dont les cinquante embouchures occupent sur la côte atlantique un espace de soixante-dix lieues. Sept de ces embouchures sont seulement navigables. Le fleuve lui-même avec un cours de six cents lieues est d’une navigation difficile en certains endroits. 11 traverse au surplus de superbes forêts ainsi que des plaines immenses, et dans la saison des pluies il inonde de chaque côté ses bords à la distance de vingt-cinq à trente lieues: il abonde en poisson et en animaux amphibies, surtout eu caïmans ou alligators qui sont très dangereux.
L’Amazone ou le fleuve des Amazones, autrement nommé le Maranon ou l’Orellctna, est vraisemblablement le plus grand fleuve du monde. 11 prend le nom de Maranon (prononcez Maragnon) dans la partie supérieure de son cours. L’Espagnol François Orellana fut le premier voyageur qui le remonta, en 1539; et comme il avait vu des femmes armées sur ses bords, il le nomma rivière des Amazones. Il n’est pas rare encore aujourd'hui de voir de ces femmes ainsi armées pour se défendre contre les attaques des jaguars ou tigres américains, lorsqu’elles descendent ou traversent sur de légers canots ce fleuve, aui naît au flanc oriental des Andes du Pérou, forme de la réunion de plusieurs branches, lesquelles sont elles-mêmes des rivières considérables, dont les deux principales se nomment YUcayal ou ancien Maranon, et le Tunguragua ou haut ou nouveau Maranon.
L’Ucayal, qui paraît être le bras le plus important de l’Amazone, est lui-même formé de deux rivières principales, l’Apurimac et le Béni, qui prennent naissance, l’une dans le Pérou propre, sous 16° de latitude sud, et l’autre dans le Haut-Pérou, par 1 8« delatitude sud. L’Ucayal court du sud au nord à travers des forêts épaisses, jusqu’au point où il atteint la limite du Pérou et de la Colombie, pour recevoir le Tunguragua, qui, venant du lac Lauricocba dans le Pérou propre, sous fO“ de latitude sud, court d’abord du sud au nord pour ensuite tourner de l’ouest à l’est, en formant la même limite du Pérou et de la Colombie, après avoir franchi une quebrada (grande gorge), où, réduit à une largeur de soixante-quinze pieds, son cours est extrêmement rapide. Les deux bras réunis, l’Amazone coule de l’ouest à l’est encore entre la Colombie et le Pérou, puis traversant le Brésil dans sa partie septentrionale, va déboucher dans l’océan Atlantique sous l’équateur, et par 52° delongiludeouest, après un cours de 1,200 lieues.
En partant de la jonction de l’Ucayal et du Tunguragua, ses principaux affluents sont: à gauche, le Napo, l’Ica ou le Putumayo, le Japure ou Yapura et le Rio-Negro; adroite, leJavari, l’Yutay, le Tamaïquiba, le Tefle, le Careri, le Purus ou Paros, le Rio-Madeira (le plus grand de tous les affluents de l’Amazone, et venant d’aussi loin quel’Ucaÿal) le Topayos et le Xingu.
Par le Rio-Negro et le Cassïquiaro, cours d’eau sous 70» de longitude ouest, et exactement sous la ligne équinoxiale, l’Amazone communique avec l’Orénoque, le plateau sur lequel coule ce dernier fleuve et le Rio- Negro n’ayant aucune pente décidée. On peut prévoir de quelle importance serait une pareille communication dans un étal de civilisation plus avancé que ne l’est maintenant la Colombie ou le Brésil.
A partir du confluent de l’Ucayal et du haut Maranon, le cours de l’Amazone est d’environ sept cents lieues, et à partir delà source du Tunguragua, de mille quarante- trois lieues ; quelques géographes portent même, comme nous venons de le dire, le cours entier de
1 Amazone à douze cents lieues, y compris les sinuosités. La largeur de son lit varie d’une demi-lieue à une lieue dans sa partie supérieure, et va toujours en augmentant jusqu’à son embouchure, ou il a soixantecinq lieues d’une rive à l’autre, le milieu étant occupé par une grande île, à l’orient de laquelle débouche aussi la rivière des Tocanlins, qui par un canal est en communication avec l’Amazone. Le courant du fleuve est si rapide, et le volume d’eau qu’il roule est si considérable que, dans la baie de trente-deux lieues qu’il forme au nord delà grande île Joannès, il refoule l’Océan , y trace son cours l’espace de trente lieues, et n’y confond même ses eaux qu’à plus de vingt-quatre lieues du rivage. La profondeur ordinaire du lit est de plus de cent brasses. Les pluies périodiques font déborder l’Amazone à plus de cinquante lieues.
Dans la partie de l’embouchure du fleuve la plus resserrée par les îles , on remarque pendant les trois jours qui précèdent les nouvelles et pleines lunes, c’est-à-dire lors des plus hautes marées , un phénomène que les Indiens nomment le prororoca, par imitation sans doute du bruit terrible qu’occasionne ce singulier phénomène. Un promontoire d’eau de douze à quinze pieds de hauteur s’élève sur toute la largeur du fleuve ; il est suivi d’un second , d'un troisième et quelquefois d'un quatrième aussi considérables, que l’on voit s’avancer à peu d'intervalles l’un de l’autre avec une prodigieuse rapidité, en renversant tout ce qui s’oppose à leur passage; et la marée, au lieu de mettre six heures a monter, parvient de la sorte en deux ou trois minutes à sa plus grande hauteur avec un bruit que l’on peut entendre à deux lieues de distance. Les canots se garantissent du choc en mouillant dans un enfoncement.
Les eaux de l’Amazone nourrissent une grande quantité de poissons, dont quelques espèces sont presque particulières à ce fleuve; les tortues, notamment, y sont d’un goût exquis et extrêmement abondantes. Pendant 1 inondation annuelle , les lacs et les marais voisins se remplissent de poissons, etdeviennenl à l’époque où les eaux rentrent dans leur lit autant de viviers dont la pêche est très facile. L’Amazone est peuplée encore de crocodiles , dont quelques-uns ont jusqu’à vingt et trente pieds de longueur ; une quantité innombrable de moustiques et d’autres incommodes insectes infeste scs rives, couvertes en général d’herbes touffues, de roseaux , de broussailles et de forêts immenses. Quittons ces mêmes rives et allons chercher celles du Rio de la Plata au sud.
Le Rio de la Piafa ou Rivière d’Argent est proprement l'embouchure ou l’æsluaire (1) de deux grands fleuves, le Parana et l’Uruguay, qui se réunissent par 34° de latitude sud et 64° de longitude ouest pour déboucher dans l’océan Atlantique austral par 35ü de latitude sud et 58° de longitude ouest. L’Uruguay sort du versant occidental des montagnes du Brésil, par 23° de latitude sud et 50° de longitude ouest , coule de l’est à l’ouest jusqu’à sa sortie du Brésil, entre dans les Provinces-Unies pour prendre une direction nordsud et se mêler au Parana. Celui-ci, formé de plusieurs rivières secondaires qui naissent au versant occidental des montagnes du Brésil par 16 à 30° de latitude sud, sous 46<> de longitude ouest , court de l’est à l’ouestsud jusqu’au 27e degré de latitude sud, où il reçoit le Paraguay , né par 13° de latitude sud et 56 de longitude ouest, sur le plateau dit Campas Parexis, et qui, dans la saison pluvieuse , forme dans ses débordements le lac Xarayes, long alors de cent lieues et large de quarante , sous 18° de latitude sud. Le Parana continue à courir du nord au sud, pour aller par un coude au sud-est prendre les eaux de l’Uruguay. L’embouchure du Rio de la Plata, dont le courant se fait sentir en mer à cinquante lieues du rivage, a une largeur d’environ dix lieues ; et quoique scs deux rives
(l) Æstuarium, barre, espace couvert d’eau, canal, bras de mer. A. M.
CHRISTOPHE COLOMB
soient fort élevées, l'œil parvient rarement à franchir l'espace qui les sépare ; si on le comptait à l'extrémité, entre le cap Sainte-Marie et le cap Saint- Antoine, cet espace serait de soixante lieues. L’entrée de ce vaste canal est difficile et périlleuse, soit à cause des rochers et des bancs de saule qui l’encombrent, soit à cause des trombes et des coups de vent qui, sous le nom de pamperos, arrivent des pampas ou plaines du voisinage. Autrefois de gros vaisseaux pouvaient remonter le lleuve jusqu'à la ville de l’Assomption sur le bras du Paraguay ; mais l'accumulation dessables a restreint cette navigation, qui n'est plus praticable que pour les petits navires. Le cours entier du fleuve, en le prenant sur son bras principal, est de sept cent cinquante lieues.
Toutes les rivières de l'Amérique méridionale , si l'on excepte celles du bassin de l'océan Pacifique, lesquelles vont à l est se jeter dans l’océan Atlantique coulent presque de niveau , soit sur les plateaux des Andes, soit dans les plaines qui commencent au pied de la chaîne. Ces plaines se nomment llanos dans le territoire de la Colombie et du Brésil, et pai/ipas dans la république Argentine.
Les habitants de l’Amérique méridionale , si l'on excepte les Indiens, dont nous avons parlé dans le tableau d'ensemble, sont presque tous espagnols ou portugais; ils le sont du moins par les mœurs, la religion et le langage. La religion dominante est le catholicisme romain, qui règne dans toute cette moitié du nouvel hémisphère, où la langue générale est l'espagnole, excepté au Brésil qui est entièrement portugais. Nous avons eu déjà occasion de parler des gouvernements : celui du Brésil est une monarchie impériale; tous les autres Etals de l’Amérique du sud ont adopté la forme républicaine. Il existe encore une sorte de dictature au Paraguay. Tous ces divers Etats comprennent environ vingt millions d’habitants.
Albert-Montèmont.
Après ces généralités sommaires sur les deux Amériques, nous passons à Christophe Colomb, sur lequel nous offrirons d’abord quelques détails biographiques, pour donner ensuite la relation abrégée de ses quatre voyages.