‹ Voyages en AmériqueChapitre 34 sur 65 · VOYAGES AUTOUR DU MONDE · texte numérisé non relu

VOYAGES AUTOUR DU MONDE

Et il hissa une grande enseigne qui pouvait être vue dans toutes les directions.

taillées assez minces pour cet effet, et ils conservent la forme primitive de ces défenses, ressemblant ainsi aux petits sabres d’enfants. Comme ils ne paraissent avoir aucun instrument analogue à une scie, il doit leur falloir beaucoup de temps et de travail pour faire un de ces couteaux, qui semblent parfaitement répondre à l’objet auquel ils sont destinés et suffire à tous leurs besoins.

A en juger par leur apparence, et, ce qui est peutêtre mieux encore, par le nombre de leurs enfants, on ne peut guère douter que les moyens de subsistance qu’ils possèdent ne soient très abondants, et nous en eûmes la preuve directe dans la quantité de veaux marins et de chevaux de mer que nous trouvâmes cachés sous des pierres, sur le rivage de la branche nord , aussi bien que sur l 'île de l’Observation : c’est le nom que nous donnâmes à cette île.

Après avoir fait les observations nécessaires , nous sortîmes de la baie le 7 au soir, et le 8 , le vent étant contraire, nous ne fîmes que peu de progrès au sud. En suivant cette même direction le 9, nous passâmes devant un promontoire qui a exactement l’aspect de trois îles quand on le voit du nord. Ayant dépassé ce promontoire, nous vîmes immédiatement au sud une baie ou crique spacieuse, profonde de cinq ou six lieues au moins.

Nous louvoyâmes pendant la nuit avec l’intention i

d’examiner la grande ouverture qui est au sud du cap Kater, et le vent étant tombé le 12, nous fîmes peu de chemin dans le sud-est; puis le vent se releva loutà-coup du sud-ouest, et nous fîmes force de voiles pour examiner l'état de la glace. Nous étions à midi par les 68° 15’ 20” de latitude, et 65° 48’ 38” de longitude. Les boussoles étaient redevenues utiles et servaient comme à l’ordinaire.

Le 13 étant calme, l'Hécla se trouva tellement prise qu’elle ne pouvait avancer qu’à l’aide des chaloupes, et le 14, ayant été délivrés par une brise, je résolus de revenir un peu sur nos pas dans le nord, le long des glaces, afin de faire tous nos efforts pour les tourner, s’il était possible, puis de nous diriger de nouveau vers la terre. La glace s’était tellement amassée autour de nous que nous eûmes beaucoup de peine à nous frayer un passage : uous ne pûmes y réussir qu’à midi. Le 16 le brouillard continua à être si épais que nous fûmes obligés de nous tenir sous l’abri d’un glaçon , et le lendemain , le vent ayant passé au sudouest, nous faillîmes être cernés par la glace. Quatre heures de travail nous délivrèrent, et nous fîmes voile vers le sud-est parmi des glaces flottantes. Pendant la nuit nous nous tînmes près d’une montagne de glace, sur laquelle nous entendîmes grogner des ours.

Ce n’est que le 18 à midi que, le brouillard s’étant un peu dissipé, nous fîmes voile à l’est dans des gla-

Ils ajustèrent des voiles sur des morceaux de glace.

ses divisées , mais très massives. Le 26 nous trouva par les 65° 41’ 9” de lalilude , et 59° 9’ 54” de longitude. Dans l'après-midi ayant fait diverses tentatives pour gagner dans l’ouest , les apparences devinrent plus décourageantes que jamais, car la glace serrée s’étendait du nord par l’est en tournant jusqu’au sudouest. Par un jour continuel, un vaisseau eût pu s’y risquer avec chance probable de succès, mais avec douze heures de nuit, la tentative eût été accompagnée d’un degré de danger qui ne pouvait être affronté que dans la vue d’un objet très important. Le vent avait fraîchi, le thermomètre descendait avec une rapidité inusitée , tout annonçait l’approche d’un coup de vent. Je me trouvai donc dans la nécessité d’admettre cette conclusion que , dans les circonstances actuellement existantes, la saison -était trop avancée, et l’état de la glace trop défavorable, pour permettre une plus longue exploration de la côte. Je pris donc le parti de revenir le plus vite possible en Angleterre : les chaloupes furent hissées , et les vaisseaux filèrent sous le vent de la glace à l’est-sud-est, afin de prendre le large avant de porter au sud.

Nous eûmes le vent favorable presque toujours jusqu’au 2 octobre , et à dix heures il parut dans plusieurs parties du ciel une aurore boréale qui n’avait aucune forme distincte, soit arcades ou jets, mais une lumière blanche répandue partout, et qui éclairait

III* Paris. — Inipr. La cour et C\ rue Soufflji, 16.

parfois l’atmosphère autant que le premier quartier de la lune. Ce phénomène se renouvela presque chaque jour pendant notre passage à travers l’Atlantique.

Le 16 le beaupré fut renversé par les mouvements violents de la mer, et le mât d’avant ainsi que le perroquet le suivirent. Ce désastre fut bientôt réparé , et le 3 novembre j’arrivai à Londres avec le capitaine Sabine.

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