SECOND VOYAGE
Les découvertes faites par l’expédition au nordouest dans les années 1819 et 1820 étant de nature à établir une forte présomption en faveur de l’existence d’un passage de l’Atlantique à la mer Pacifique dans cette direction , la Fury , commandéq par moi , et l'Hécla, sous les ordres du capitaine Lyon, furent équipés pour un nouveau voyage.
Quelques changements matériels furent effectués dans l’intérieur des vaisseaux , d’après les données
HISTOIRE DES VOYAGES
de l'expérience. Je ne dois pas omettre de mentionner un expédient simple, ingénieux et efficace, adopté pour la première fois, afin de dissoudre la neige en quantité suffisante pour faire face à notre consommation d’eau, sans surcroît de dépense en combustible. On eut l’idée de placer sur une partie de l’ouverture destinée au dégagement de la fumée un vase ou cuvette de métal d'une capacité considérable, de manière que la fumée passât librement de chaque côté et circulât autour du vase afin de lui communiquer une chaleur constante. Au haut delà cuvette est un grand trou circulaire afin de le remplir de neige du pont supérieur, et à la partie basse du vase est adaptée une cannelle pour tirer l'eau. Cet appareil, qui n’est nullement embarrassant, nous donnait, du matin à la nuit, soixante-cinq gallons d’eau pure (1). On substitua des hamacs aux lits.
Les instructions officielles me piescrivaient de me diriger aussi vile qu’il serait compatible avec les précautions de toute espèce, vers ou dans le détroit d’Hudson Jusqu’à ce que je rencontrasse les glaces, époque à laquelle le Nautilus, transport que la marine mettait à ma disposition , devait être déchargé par nous de ses approvisionnements et de ses munitions. Nous avions alors à nous enfoncer dans l’ouest par le détroit d’Hudson, à moins que nous ne pussions gagner, soit dans la baie Repuise, soit sur tout autre point de la baie d’Hudson, au nord de la rivière Wager, quelque partie de cette côte qui était dans ma conviction une portion du continent d’Amérique.
Si nous arrivions heureusement dans la mer du Sud , nous devions nous diriger vers le Kamtschatka pour , de là, aller aux îles Sandwich ou à Canton; puis , après avoir réparé les vaisseaux et fait reposer les équipages , nous pouvions revenir en Angleterre par la rouie qui nous paraîtrait la plus commode.
Traversée de l’Atlantique. Le Nautilus se décharge de ses munitions et retourne en Angleterre. Entrée dans la glace du détroit d’Hudson. Situation périlleuse de i’Hécla. On remonte ce détroit. Communications avec les habitants de la côte septentrionale. Arrivée à l’ile Soùthampton.
La Fury , l’Hécla et le Nautilus , furent prêts à prendre la mer vers la fin d’avril 1821 , el le 29 , le vent étant de l’est, avec toute apparence de continuation, nous descendîmes dans la rivière, à la remorque du bateau à vapeur l'Eclipse qui , pour l’autre expédition, avait déjà fait ce service.
Rien de remarquable n’arriva dans notre passage à travers l’Océan , mais quand nous fûmes entrés dans le détroit de Davis, nous eûmes plusieurs jours d'un temps variable, et le vent soufflait principalement du sud, amenant avec lui une grosse mer. Le 14 juin, nous rencontrâmes la première montagne de glaces, étant par la latitude de 60° 48’, et la longitude de 53° 13’. Comme nous avions alors atteint la hauteur à laquelle je devais enlever du Nautilus nos provisions, nous nous mîmes à l'œuvre, et cette opération fut achevée le 30 juin. Ce transport, chargé de nos lettres et de nos dépêches, partit le ler juillet.
Nous entrâmes vers midi dans la glace, par 62° 8’ 7” de latitude, et 62° 22’ 49” de longitude. Nous la serrâmes de près, nous dirigeant à l’ouest tant qu’une telle navigation le permettait. Il faut quelques jours passés au milieu de scènes de celte nature pour etlacer de l’esprit, jusqu’à un certain point, les impressions qu’v ont laissées des paysages plus animés, et ce n’est peut-être qu’alors que" l’œil se familiarise el que la pensée se résigne à l’aridité et à la désolation que présentent ccs rivages.
Le 3 juillet, nous fûmes obligés de mettre en panne au milieu des glaces, qui bientôt nous firent dériver
0) Le gallon vaut quatre pintes ou trois litres soixantedouze décilitres. A. M.
ayec la vitesse de trois milles à l’heure; mais nous fûmes bientôt cernés par d’autres glaçons qui venaient de l'est. Nous comptions alors trente montagnes en vue, et plusieurs étaient emportées par les courants avec une grande rapidité. Le 5 au matin, la brise ayant poussé les vaisseaux vers la terre, dans un étroit canal d’eau libre, noqs pûmes avancer, mais lentement, car le courant était contraire. Nous n’avions alors fait que nous approcher à cinq ou six milles de la pointe méridionale de l’île de la Résolution , qui se trouve par la latitude de 61° 20’ 50”, elpar les 64° 55’ 15” de longitude. Le vent ayant passé au sud-est dans le cours de la nuit, et le lendemain au matin, quand le courant de la marée montante entr’ouvrit la glace, une lame considérable venait de la haute mer, et faisait que les vaisseaux battaient violemment et presque sans interruption les masses de glaces qui étaient près d’eux. Cette situation dura plusieurs heures. A six heures du matin, le brouillard ayant disparu, nous nous trouvâmes tout-à-fait sous l'île de la Résolution.
Le 13, les équipages des deux vaisseaux s’exercèrent à tirer à la cible sur la glace , autant pour s’occuper que pour savoir quels étaient nos meilleurs tireurs. Le 16, nous eûmes à trouer la glace toute la journée dans la direction de l’ouest, marchant ainsi lentement, nous étions, le 21 à midi, par les 61° 50’ 13” de latitude, el 65° 7’ 35” de longitude.
Dans celte position , nous avions en vue plusieurs îles au nord et à l’ouest, et entre toutes, une très remarquable, que l’on nomme Dos - de - Selle (saddle back) , à cause de sa forme. Nous étions occupés à mettre les vaisseaux à l’ancre, quand nous entendîmes des voix à terre, et nous reconnûmes bientôt celles des Esquimaux qui venaient à nous. Bientôt après, leurs canots parurent et dix-sept de ces gens vinrent bord à bord avec là Fury. Leurs kayacks (canots) ayant été amenés sur le glaçon où nous étions ancrés , ils commencèrent à trafiquer de leurs denrées , mais on voyait qu'ils étaient habitués à ce trafic, car ils marchandaient très rigoureusement.
Bientôt après l'arrivée de ces hommes, un grand oumialc, ou bateau de femme , se montra, contenant six ou sept femmes el quatre hommes, dont le plus âgé (et cela paraissait être l’usage entre eux) dirigeait le bateau avec une grossière rame de bois. On ne put amener les femmes à débarquer sur le glaçon; mais elles nous tendaient des peaux et de petites lanières de cuir bien tanné pour échanger, tout en vociférant sans cesse : Pilletay (donne-moi). Il y avait dans ce bateau plusieurs peaux pleines d’huile et de graisse : j’en avais grande envie , mais je ne sais pas pourquoi on ne voulut jamais m'en céder plus d’une. Alors je dis à un de nos hommes de tirer une seconde peau d'huile , en échange de laquelle je mis dans la main du vieillard un second couteau; mais il résista très violemment jusqu’à pousser ceux de nos hommes qui étaient dans le bateau, avec une colère que je n’avais pas encore vue chez les Esquimaux. Un des jeunes gens s’avança alors et levait la rame de leur bateau pour frapper nos gens qui riaient de très bonne humeur de la violence du vieillard, quand je pensai qu’il était temps d’intervenir, et levant un croc sur la tête des Esquimaux comme pour les frapper, je les ramenai bientôt à plus de calme ; ensuite, pour prévenir toute nouvelle altercation , je fis sortir nos gens du bateau, que je renvoyai. J’appris du capitaine Lyon qu’il avait vendu son huile pour moins que ce qu’il avait d’abord obtenu. Quatre oumiaks vinrent encore du rivage : ils contenaient de quatorze à vingt-six individus, la plupart femmes el petits enfants.
Ccs gens possédaient à un haut degré la disposition à voler tout ce qui se trouvait sous leurs mains, disposition qui a été presque universellement imputée à toutes les tribus d’Esquimaux jusqu’ici visitées par les Européens. Ils essayèrent plus d’une fois l’art do nous vider nos poches , et ils étaient aussi hardis et aussi
PARRY
peu embarrassés que jamais, immédiatement après la découverte du larcin.. Il est impossible de décrire la manière horriblement dégoûtante avec laquelle ils se mettaient , dès qu’ils se sentaient avoir un peu faim, à manger leur graisse crue, et à sucer l'huile qui restait sur les peaux dès que nous les avions vidées, et malgré l’odeur et lamine qui nous étaient également intolérables. Ils semblaient prendre un malin plaisir dans le dégoût qu’ils inspiraient à nos matelots par ce spectacle; et quand ceux-ci se détournaient pour fuir cette vue qui les rendait littéralement malades, ils trouvaient de bonne plaisanterie de courir après eux, leur présentant un morceau de graisse ou de chair crue de veau de marin, d'où dégouttaient l’huile et la saleté. I .es hommes et les femmes commettaient des indécences plus rebutantes encore, et qui semblaient les amuser étonnamment. Voici un trait pire que tous les autres, qui se passa sous les jeux de l'équipage de l’Hécla : deux femmes offrirent, d’une manière trop claire pour qu’on s’y méprit, de changer contre des objets d’une valeur insignifiante leurs enfants, qu’elles avaient déjà commencé à dépouiller de leurs vêtements, comme ne devant pas entrer dans le marché.
En somme, il nous fut impossible de ne pas recevoir une impression très défavorable de la conduite et des mœurs des naturels de celte partie du détroit d’Hudson , qui semblent avoir acquis, par des rapports annuels avec nos vaisseaux depuis près de cent ans, la plupart des vices qui malheureusement résultent des communications incomplètes avec le monde civilisé, sans qu’on y prenne aucune des vertus ou des délicatesses qui l’ornent et le rendent heureux. Le lendemain ils revinrent; puis, le vent étant plus au sud et la glace un peu moins compacte, nous fîmes voile pour remonter le détroit.
Tout fut favorable à nos progrès; mais le 24, dans i.’après-midi, ayant le vent contraire, je débarquai sur l’île la plus à l'est du groupe des îles Savage, et du point le plus élevé, qui peut être de six à huit cents pieds au-dessus du niveau de la mer, nous comptâmes onze îles. Le capitaine Lyon remarqua , à l’endroit où nous étions, les restes d habitations consistant, comme à l'ordinaire, en cercles de pierres rondement taillées. Nous y vîmes aussi quelques morceaux de bois de sapin, apportés par la mer, et dont les uns avaient été coupés et d’autres sciés.
Quand nous fûmes de retour à bord , la brise était de l’ouest et la mer presque libre ; et le 23, à huit heures du soir, prenant des bordées vers le sud, nous vîmes les montagnes de la côte du Labrador, d’où nous pouvions être éloignés de huit lieues.
Le 31 à midi, notre latitude était de 64° 1’ 30" , et nQtre longitude de 75° 48’ 50”. Nous voyions alors distinctement dans le nord plusieurs îles, derrière lesquelles courait une ligne non interrompue de côtes. Ces îles semblaient former plusieurs belles baies , et le courant au large était extrêmement fort. Dans l'après-midi, le capitaine Lyon découvrit et signala un oumiak esquimau qui venait à la voile du rivage, accompagné de huit canots. Ce bateau renfermait huit individus, dont deux hommes seulement : ils ne différaient en rien de ceux que nous avons décrits.
Le 1er août, nous continuâmes de porter à l’ouest, entre l’île Noltingham et la côte North , que quatre lieues séparent. Dans la matinée , plusieurs oumictks vinrent, et outre les denrées ordinaires, ils avaient quantité de jouets de toutes sortes, tels que des canots avec les avirons , des lances , des arcs et des flèches : le tout sur une très petite échelle. Beaucoup de ces Esquimaux, les femmes surtout, avaient leur veste bordée de peaux d’oiseaux avec les plumes à l’intérieur. 11 se trouvait aussi dans les bateaux plusieurs autres peaux apprêtées, provenant de la gorge du colymbus glacialis. oiseau magnifique, dont nous avions vu deux fois la peau entre les mains des Esquimaux, sans l’avoir jamais entrevu.
Après une course de quarante milles pendant la
nuit, sans presque voir de glace, nous arrivâmes le 22 au malin à une masse de glace si serrée que nous ne pouvions aller plus avant , tandis que les masses des deux bords étaient portées si rapidement dans toutes les directions qu’elles nous donnèrent plusieurs chocs violents : la latitude, à midi, était de 64° 59’ 24”, et la longitude de 79" 40’. Après avoir été ballottés au nord, la glace que nous suivions nous conduisit vers l’est : alors nous virâmes à l ouest-sud-ouest pour essayer ce que pourraient faire la patience et la persévérance.
L’expédition était alors sur le point d’entrer dans des parages non encore explorés : il devenait nécessaire que je décidasse de la roule la plus avantageuse à prendre pour arriver à l'accomplissement des principaux objets indiqués dans mes instructions.
Entrée dans la baie du Duc d’York. On la quitte pour aller
au nord-ouest. Passage du détroit Glacé et arrivée dans
la baie Repuise. La terre continue sur ce point. Observations à terre. Histoire naturelle.
Après les plus sérieuses réflexions, je résolus de tenter le passage direct du détroit Glacé, bien que, je l’avoue , j’eusse la conscience du péril que je courais et de la perte de temps qu’entraînerait l’insuccès de l’expédition , soit par suite de la non-existence du détroit, soit par l'effet d'obstacles insurmontables, tels que son nom implique. Après avoir lutté avec la glace pendant plusieurs jours, nous parvînmes, le fl, à gagner la terre au nord; et ayant débarqué sur un rocher ou îlot qui est environ à un mille et demi au large de la côte , nous y vîmes des traces de rennes et un cercle de pierres grossières , reste des habitations d’été des Esquimaux.
Le 13 au malin , les bons effets d’un vent du nordouest, qui avait soufflé la nuit, furent très visibles; car, bien que ce vent nous eût fait dériver de deux ou trois lieues en arrière à l’est , le grand corps des glaces, composé en partie de blocs plus petits que celui auquel nous étions amarrés, avait filé plus rapidement, nous laissant ainsi un plus grand espace d'eau libre pour nos manœuvres. On peut remarquer que, dans le cours de nos leniatives pour gagner l’ouest, tant lors de ce voyage qu'en 1819 et en 1820, un vent d’ouest, bien que soufflant directement contre nous, fut toujours en définitive le plus favorable à nos projets, en ce qu’il éloigne de cette région de grandes masses de glace, et laisse par conséquent une ouverture plus considérable.
Le soir un promontoire, que nous vîmes au sud du bord, reçut le nom de cap IFelsford , et nous parut très décidément former l’extrémité nord de l’île Southampton, laissant une ouverture d'une ou deux lieues de large , mais rompue par deux ou trois îles qui le séparent d’une terre élevée au nord. Un promontoire de ce rivage, qui forme la pointe septentrionale du détroit, fut nommé cap Deas- Thomson. Toutefois celte terre ne rejoignait pas celle que nous avions vue au nord-est , car il y a entre elles une très large ouverture, où , du haut du grand mât, il n'y avait de visible qu’une mer encombrée de glace. Les détails donnés par le capitaine Middleton sur la latitude de l’entrée ouest du détroit Glacé sont si confus et même si contradictoires, que l’aspect actuel de la terre m’embarrassait extrêmement, quand il fallut décider si nous étions arrivés ou non à l’extrémité opposée de l’ouverture à laquelle il a donné ce nom. La terre qui était devant nous à l’ouest, bien qu’elle concordât à cinq ou six milles près en latitude avec le parallèle le plus méridional qu’il lui a assigné , me paraissait beaucoup trop étroite pour répondre à la description qu'il donne du passage que nous cherchions. En résumé, je regardai comme très probable que c'était le détroit en question; et comme, à tout événement , l’ouverture qui existe entre l’ile Soulhampton et la terre qui est au nord de cette île , quelles qu’en pussent être la lati-
fade el la largeur , était le passage par lequel nous avions pour but présent de pénétrer dans la baie Repulse, je me décidai à employer tous nos efforts à pénétrer dans le canal étroit qui était alors devant nous. Le vent s’étant modéré dans la soirée , et la glace se rouvrant après le coucher du soleil, nous pûmes faire deux milles de plus à l’ouest, après quoi nous nous arrêtâmes pour la nuit. Un grand nombre de narwhals se mirent alors à jouer autour du navire; mais ils étaient, comme à l’ordinaire, si prudents, que nos chaloupes ne purent les approcher. Nous remarquâmes qu’il est à peine une partie des régions polaires que nous ayons visitées , où se trouve une moindre quantité d’oiseaux. Nous n’avions vu encore qu’une mouette, un épervier et un boaltwain. La lune, en se levant ce soir, était contournée par l'effet de la réfraction , de manière à avoir la forme irrégulière d’une vieille orange ridée.
Le 13, au matin, nous vîmes quelque chose comme de la fumée qui s’élevait aux environs du cap Welsford; et comme cet effet se bornait à un seul lieu , il était vraisemblable que c’était la fumée du feu des habitants. Rien ne saurait être au-dessus de la beauté de ce temps : à cette époque, les jours étaient tempérés et clairs, et les nuits n’étaient pas froides, bien qu’il se formât une croûte très mince de glace à la surface de la mer, dans les endroits abrités et les flaques d’eau sur les glaçons. Après le coucher du soleil, nous vîmes une terre très éloignée, par le milieu du détroit, et ce doit être celle qui est sur le côté américain du Welcome.
Le 15, nous étions à peu près à une lieue d’un promontoire remarquable sur l’ile Southampton : je le nommai cap Bylot, comme étant probablement la terre la plus à l’ouest que vit ce navigateur en 1615.
Le 25, notre latitude était de 65» 20’ 56” et notre longitude de 84<> 57’ 5”. Quelques-uns de nos officiers rapportèrent en rentrant qu’ils avaient entendu des cris d’Esquimaux, et celte circonstance aussi bien que celle de la fumée qui avait été observée près de cet endroit nous firent regarder comme vraisemblable que les Esquimaux n’étaient pas loin de là, mais que, n’ayant jamais communique avec les Européens, ils avaient été épouvantés à notre approche.
La terre des côtés nord et ouest de la baie Repuise n’excède pas en hauteur six ou sept cents pieds, tandis qu’au sud elle s’élève à plus de mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Nous vîmes plusieurs rennes et lièvres, quelques canards, dorekies knots ( tringaci nerea ), des alouettes de neige et une chouette blanche; une hermine, un ptarmigan et un lièvre furent tués. Les souris étaient très abondantes , surtout entre les pierres des tentes d’Esquimaux. Je ne sais si la chair de veau marin restée sur les os était ce qui les attirail; mais il est certain que deux de ces petits animaux ayant été mis ensemble dans une cage, le plus fort tua l’autre et en mangea une partie. La latitude observée sur cette terre était 66° 30’ 58”, et la longitude 86o 30’ 80”.
Nous étions depuis peu de temps à bord quand le lieutenant Palmer revint de l’anse nord-ouest, qu’après l’avoir explorée, il nomma anse de Gibron; et ce qui était le plus important dans son rapport, c’était la continuité constatée de la terre dans tout le circuit de cette petite baie. Ainsi fut résolue la continuité de la terre autour de la baie Repuise, et tant de conjectures, depuis longtemps formées, éclaircies pour toujours.
Retour à l’est parle détroit Glacé. Découverte du canal de Hurd. On l’examine en chaloupe. A l’ancre dans l’anse de Duckiet. Les vaisseaux entrent dans le canal de Hurd. (, a glace les faitdêriver. Ouverture au nord- ouest. Examen de la côte.
miner toute cette ligne de côte au nord, cherchant dans chaque ouverture ou anse un passage praticable à l’ouest. C’est en effet ici que commençait réellement notre voyage, si l’on considère son grand objet, et nous ne pouvions que nous féliciter d’avoir atteint de si bonne heure ce point, et d’avoir franchi, presque sans obstacles , le détroit auquel, à pareille époque à peu près, soixante-dix-neuf ans auparavant, avait été donné un nom si décourageant.
Dès que les chaloupes furent à bord, nous fîmes voiles le long du rivage à l’est, el nous pouvions distinguer clairement la côte basse qui court au sudetàl’esldu cap Hope, jusqu’à la latitude de 66° 14’; et c’est à partir de ce point que les investigations de l’expédition actuelle sur la côte du continent américain commençaient réellement.
Quand nous fûmes hors de la baie Repuise, nous trouvâmes encore une mer assez libre où s’ouvre une baie d’une étendue considérable, et qui reçut le nom de Haviland. Le vent continua à être modéré toute la nuit; mais le temps était sombre et nuageux, assez pour nous placer dans l’obligation de mettre en panne, de crainte que quelque île inconnue de nous ne vînt à se trouver sur notre passage.
Le 23, dès le jour, on fit voile le long de la côte septentrionale du détroit Glacé, qui continue à être de la même hauteur que celle de la baie Repuise ; elle était alors dépouillée de neige. Et nous étions arrivés à l’entrée d’une ouverture qui nous paraissait toujours plus favorable, quand un corps déglacé, qui occupait la plus grande partie du canal, le rendant impraticable aux vaisseaux ou aux chaloupes, je détachai le capitaine Lyon avec des vivres pour quatre jours, et, accompagné de M. Burchnan et de deux matelots, il alla par terre s’assurer de son étendue et des circonstances qui pourraient nous décider à pousser plus avant sur ce point. En attendant nous étions à l’ancre.
Le petit ancrage que nous allions quitter, et qui reçut du capitaine Lyon le nom d 'anse Duckett, est par les 66° 12’ 36” de latitude, et 86» 44’ 1” de longitude.
Le 4 au matin, la glace nous tenait serrés de toutes parts, et nous nous aperçûmes que nous étions encore plus près de l’île Southampton , à cinq ou six milles seulement d’un très petit rocher ou îlot qui reçut le nom de Fîfe. A huit heures et demie, la glace s étant relâchée dans le nord-nord-ouest, nous partîmes avec un léger souffle de l’ouest, et toutes les chaloupes à l’avant ; mais quand nous eûmes gagné un mille , la glace se resserra et il fallut s’arrêter encore. Nous pûmes cependant faire neuf ou dix milles dans la dernière partie du jour, puis nous amarrâmes à un glaçon avec l’intention de passer vers le rivage dès le point du jour. Mon projet était alors de faire voile à travers une ouverture découverte, en dernier lieu, entre l’île Baffin et une autre île que nous nommâmes Vansittart.
Nous levâmes l’ancre le 6 dès que le jour parut. Après avoir couru quatre ou cinq lieues au nord et à l’ouest, .nous arrivâmes à neuf heures du matin à un petit groupe d’îles dans le canal, et nous nous dirigeâmes à l’est de ces îles; mais le vent nous ayant manqué, et dans cette immobilité du calme notre position pouvant devenir très précaire si le moindre courant venait à se déclarer, nous entrâmes dans deux petites criques où les vaisseaux furent ancrés el amarrés aux rochers au moyen de grelins. Les matelots, à cause de cette circonstance et avec leur gaîté ordinaire, nommèrent celle baie la baie des Cinq-Grelins. Là, je me déterminai à quitter la Furtj pour aller avec MM. Scherer et Ross examiner cette partie de la côte . nous étions munis de provisions pour quatre jours, de nos tentes, de couvertures et d’un poêle.
Ce point bien posé (el il m’était particulièrement recommandé par une instruction), il me restait à exa-