‹ Voyages en AmériqueChapitre 37 sur 65 · PA H H Y · texte numérisé non relu

PA H H Y

familier). Ensuite il se mit h faire entendre une diversité de sons confus et inarticulés , où l'on comprit que la réponse était favorable.

Enfin de jour en jour la glace s’ouvrait au large, la neige fondait à terre, les oiseaux revenaient, le saxifrage reparaissait, et , vers la fin de mai , nous commençâmes îi ouvrir un canal pour sortir les vaisseaux à la première occasion favorable.

Nid de cygnes. Jardins dans des châssis. Manière dont les

Esquimaux mesurent le temps. Magnifique chute d’eau.

Lâchasse aux walrus. Peu de respect pour les morts. Autres Esquimaux à Igloulik. Hospitalité singulière pour

la nuit. Chasse faite par les naturels dans leurs cheveux.

J'allai voir, le 9 juin , avec le capitaine Lyon, un nid de cygnes : il était construit avec de la tourbe, et n’avail pas moins de cinq pieds dix pouces de long, sur quatre pieds neuf pouces de large , et sa profondeur était de deux pieds. On y trouva deux œufs pesant chacun huit onces, mais les oiseaux élaient trop sauvages pour qu’on pût les approcher. Les œufs sont d’un blanc tirant sur le brun ou de couleur de crème. La glace était si faible autour de nous, que, pouvant à chaque instant être surpris par un temps favorable dont il fallait profiter, je fis embarquer tous les objets qui étaient à terre, et entre autres nos jardins en châssis, dont chacun avait produit en neuf semaines , à force de soin et de travail , quatre livres de misérables feuilles de pois, de moutarde et de cresson.

Tout avait souri jusqu'alors, et nos rudes travaux pour ouvrir le canal n’avaient été qu’un plaisir, car nous étions soutenus par l'espérance; mais, le 19, les courants et les vents se déclarèrent contre nous; la glace obstrua notre canal, qu’un autre courant dégagea. Néanmoins nous étions cernés encore; puis la maladie et la mort vinrent nous frapper : nous perdîmes deux hommes dans les deux journées du 25 et du 26.

Le 2 juillet, les rapports reçus de la montagne ayant été favorables, nous mîmes à la voile par un vent ouest- nord- ouest; mais, le 3, la glace s’étant resserrée, nous fûmes obligés de mettre en panne, et nous aperçûmes bientôt un détachement d’Esquimaux dans un traîneau : ces gens étaient les mêmes que ceux qui avaient pris congé de nous quarante jours auparavant. Sur ma proposition ils vinrent tous au vaisseau, à l’exception d’un enfant idiot que l’on laissa près du traîneau, après l’avoir attaché au chien, et le chien à la glace. Ayant interrogé ces gens sur la distance de certains lieux, j’eus l’occasion de remarquer qu’en ce point il faut juger avec beaucoup de précaution d’après leurs renseignements, attendu qu’ils comptent par siniks (sommeils), et que celte échelle n’est par conséquent la même pour aucun des Esquimaux que l’on questionne. Je ne les vis jamais témoigner plus de surprise que quand nousleur dîmes que nous avions quitté l’île Winler depuis un jour seulement, circonstance qui devait effectivement les émerveiller, puisqu'il leur en avait fallu quarante pour gagner notre présente station. Ils étaient depuis une demi-heure à bord quand la glace s’ouvrit, et nous fûmes obligés de les congédier pour pousser dans le nord.

Le 23, nous remarquâmes que les Esquimaux saluaient en frappant le devant de leur veste avec la paume de la main, et en criant le mot tinta, qui, suivant Ilearne, signifie : «Qu’y a-t-il? » Nous vîmes à un mille et demi dans les terres, au-delà des tentes, plusieurs ruines d’habitations d’hiver, dont les fondations élaient de pierres, et le reste de la construction se composait d’os de baleines et de walrus, inclinant graduellement à l’intérieur, et se réunissant au sommet. Nous ne fûmes pas peu surpris de voir autour des tentes, parmi les tètes d’ours, de chiens et de veaux marins, des têtes d'hommes, et celte circonstance faillit nous ôter la bonne opinion que nous avions des Esquimaux. Ils traitaient cet objet avec la plus complète

indifférence; puis ayant remarqué que nous avions le désir d’en prendre quelques-unes pour nos collections, ils s’empressèrent d’en chercher, et fourrèrent peutêtre le crâne de leurs parents dans nos sacs sans le moindre remords.

Nous trouvâmes sur celte terre la plus belle végétation, produite tant par l’abondance d’eau courante que par les soins que permet la résidence permanente des Esquimaux près de ce lieu. 11 y avait sur certains points quelques centaines de pas en carré couverts d’une mousse du plus beau velouté et d’un vert plus éclatant que je n en vis jamais.

Le 27, nous pûmes mettre à la voile, etj’examinailes îles orientales que je nommai Calthorpe ; et, le 28, j’en vis une autre que je nommai ile Ranqle. Pendant que nous naviguions aussi vite que possible, le capitaine Lyon avait été chargé d’une reconnaissance sur les côtes d'Igloulik , et voilà ce qu’il me rapporta. Il avait passé la première nuit en plein air, mais, pour la seconde, il devait coucher chez Ouyarra, un des habitants. Onze beaux chiens tiraient les traîneaux, et un plus vieux, d’une sagacité particulière, était placé à leur tête, ayant une guide plus longue, de façon qu’il pût les conduire par les endroits les plus sains et les plus secs. Ce conducteur obéissait sur-lechamp à la voix du cocher, qui ne le battait point, mais qui lui parlait en lui disant son nom. C’était un beau spectacle que ces traîneaux courant à l’envi, tous criant, hommes et chiens, tandis que les chars traversaient les mers d’eau avec la rapidité de diligences rivales.

Le détachement du capitaine Lyon fut bien reçu chez Ouyarra. La place d’honneur, c’est-à-dire lapeâu de daim, fut débarrassée pour le recevoir. Ses deux femmes occupaient un bout de la double tente qui composait cettedemeure, à l'extrémité opposée étaient établis les parents de la femme la plus âgée. La vieille mère, Now-Kityou,aida les femmes à retirer aux voyageurs leurs vêtements et leurs bottes, qu’elles raccommodèrent et ressemelèrent sans qu’on les en priât. Le capitaine étant accablé de fatigue, son hôteet ses femmes se retirèrent pour le laisser dormir; mais , à minuit, il fut éveillé par une sensation de grande chaleur, et, à son extrême étonnement, il se trouva couvert d'une grande peau de daim sous laquelle élaient couchés le maître, ses deux femmes et leur petit chien favori, tous endormis et entièrement nus. Le capitaine, supposant que c’était l'usage, les laissa reposer en paix, et se résigna à dormir.

Quand vint l’heure du repas, tout le monde était très enchanté de nos biscuits, faits (ils le supposaient) avec la chair desséchée du bœuf musqué. Après cela on introduisit les étrangers dans une tente où l’on dansait sur l’air favori d’amna aya. Quand le danseur s’était bien fatigué, il allait gravement à une autre personne qui figurait dans la danse; et prenant sa tête entre ses mains, il faisait la cérémonie appelée kounik, qui consiste à frotter le nez, au grand ébahissement et aux bravos de toute la société. Ensuite , et comme bien restauré par cette opération , il recommençait, jusqu'à ce que le frotté vînt prendre sa place: six couples sesuccédèrent ainsi. Le kounik étant arrivé au capitaine Lyon, il fallut bien qu’il se mit à la danse, au grand contentement de l’assemblée. Il retrouva à la nuit les mêmes camarades de lit que la première fois; et le petit chien, étant plus familier, s'établit dans le sac de lainedu capitaine Lyon, altenduque deceposte il pouvait plus facilement atteindre une quantité de chair de walrus qui était près de la tête du lit; et plus d’une fois, quand le capitaine s’éveilla, il trouva le chien mangeant des morceaux de cette viande à côté de lui.

Le lendemain, un autre Esquimau emmena le capitaine Lyon dans sa tente, et lui montra un pot entier de chair de walrus qu’il avait préparée pour lui. Sa femme en lécha un morceau et le lui présenta; mais son mari lui ayant parlé tout bas, elle en prit un autre,

HISTOIRE DES VOYAGES

et ayant enlevé l'extérieur, elle donna la portion bien nettoyée au capitaine. Les petites filles étaient très habiles à un jeu singulier, mais sale, qui consistait à se passer un nerf dans les narines et à en faire sortir l’extrémité par la boucbe. Pendant ce temps, les gens plus âgés faisaient la chasse aux rongeurs qui fourmillaient dans leurs habits et dans leurj cheveux, et qui de là passaient dans la bouche des chasseurs.

Quant à l’état de la glace, il n’était pas très favorable, d’après le capitaine Lyon, puisqu’elle avait encore d’un à trois pieds.

Prise d’une baleine. Navigation lente. Les glaces se referment. Excursion à terre et dans les chaloupes. La mer

Polaire. Détails curieux sur les Esquimaux. Funérailles.

Les observations du capitaine Lyon confirmaient tout ce qui nous avait été dit sur l’existence d’un passage au nord dans ce voisinage. Cependant les glaces nous encombraient. On tua, un de ces jours, une baleine noire longue de trente-neuf pieds et demi. Nous nous trouvions alors par les 69° 32’ 10” de latitude, et 31° 23’ 6” de longitude, et nous étions peu loin du passage désiré. Les Esquimaux que nous revîmes en parlaient toujours ; mais un pareil renseignement , en ce moment, n’était qu’un objet de curiosité et presque de pénible intérêt, puisqu’il étaât certain que le passage était alors inaccessible pour des vaisseaux à cause de la glace.

Le 13, notre station était par les 59° 48’ 10” de latitude, et 83° 29’ 27” de longitude. A ce point on voyait le détroit qui nous semblait un magnifique passage dans la mer Polaire. Un des traits les plus frappants du paysage , c’était l’aspect des montagnes couronnées de neige de l’île Cockburn, dont la plus haute était de mille quatre cent quarante-sept pieds

u-dessus du niveau de la mer.

Le temps continuait à être très brumeux avec un peu de neige, et comme il y avaitalors toutes sortes de raisons de croire que la glace fixe était sur le point de se rompre, je résolus de parer au danger que cet événement si impatiemment attendu pourrait occasionner aux vaisseaux pendant la nuit, en établissant sur le rivage un phare temporaire. A cet effet, deux hommes, pourvus d’une tente et de couvertures , furent débarqués sur la pointe est de l’île Amherse, au soleil couchant, pour entretenir des feux éclatants pendant les huit heures de nuit , et l’on alla les reprendre le lendemain. Ce phare fut établi au coucher du soleil.

A cette époque tout m’ayant fait douter de la possibilité de nouveaux progrès pendant cette saison , je convoquai en conseilles officiers, et il fut reconnu indispensable de retourner à Igloulik pour y hiverner. Dès que les Esquimaux nous aperçurent et qu’ils apprirent que nous venions pour passer l’hiver avec eux, ils exprimèrent un très grand et très sincèreplaisir, et même ils laissèrent échapper plusieurs korennas (merci).

Ce n’est que le 31 que la Fury fut placée dans le meilleur ancrage que les circonstances purent offrir, et tous les jours les Esquimaux étaient venus à bord travaillera scier la glace, ou à hisser le cabestan. Nous vîmes bientôt venir quelques-uns de nos amis de l’île Winter qui nous firent toutes les démonstrations les plus vives d’amitié.

Tous les préparatifs d'hivernage sur les vaisseaux furent les mêmes que lors des deux premiers voyages. Les visites journalières des Esquimaux nous fournirent, tant aux officiers qu’aux matelots, un amusement constamment varié, et l’année finit avec la température de 42°.

Vers la fin de janvier 1824, les maladies étaient nombreuses chez les Esquimaux , et une des femmes d’Oüyarra, qui avait récemment fait une fausse couche, mourut. Son mari l’enterra dans la neige, et plaça sur le corps des blocs de cette même matière périssable, qu’il cimenta en versant un peu d’eau dans les

interstices. Une telle sépulture n’était pas de nature à beaucoup durer, et en effet quelques jours après, les chiens affamés écartèrent la neige et dévorèrent le corps.

Le capitaine Lydn me donna aussi des détails de la mort et des funérailles d’une autre femme et de son enfant. Quand Poutou-a-Louk fut morte, je promis à son mari que le corps de la défunte serait conduit dans un traîneau jusqu’à la fosse par des hommes et non par des chiens ; cette promesse lui fit plaisir, car on apprit que des chiens avaient mangé une partie d'un corps qu’ils conduisaient ainsi. Alors le mari se mit en devoir de préparer le cadavre, et d’abord il se boucha le nez avec du poil de daim, et mit ses gants, paraissant craindre que sa main nue ne touchât le corps mort. Je remarquai qu’il mettait un soin extrême à ce que chaque article du costume fût exactement placé sur sa femme, comme lorsqu’elle était vivante; et s’étantaperçu qu’il avaitmisla botte droite à la jambe gauche et la botte gauche à la droite, il les retira ur les mettre bien. Cette cérémonie finie, la défunte fut cousue dans un hamac, et à la requête du mari, on lui laissa la face découverte. Un officier qui était présent s’imagina comme moi que l’homme, à en juge c-r ses actions et ses paroles, exprimait le désir qu ; enfant vivant fût enseveli avec sa mère. Nous pou j.i noTts être trompés: mais il y avait des probabilités que nous avions raison dans nos conjectures; car suivant Trantz et Egède, les Groënlandais étaient dans l’usage d'enterrer les enfants orphelins de mère, dans la persuasion qu’autrement ils mourraient de faim, car aucune femme ne leur donnerait une part de son lait, qu'ils regardent comme la propriété exclusive de leur race. A la prière de cet homme , mes chiens ayant été soigneusement attachés, un détachement de mes hommes, accompagné de moi, lira le corps sur le rivage, où nous fîmes une fosse d’un pied de profondeur; car il fut impossible de creuser plus avant à cause de la terre gelée. Le corps étant placé sur le dos, le mari entra dans la fosse et coupa toutes les coutures du hamac, sans toutefois le développer, paraissant faire comprendre par cette action que les morls ne devaient pas être retenus. Je mis un couteau de femme près du corps, et nous remplîmes la fosse, sur laquelle nous entassâmes une quantité de pierres pesante qu’ils était impossible à tout animal d’écarter. Schaga, fille du veuf, jeune fille de Ireize ans, fit à sa petite sœur, non encore sevrée, une marque entre les sourcils avec de la sàie, ce qui signifiait, à ce que l'on me dit, qu'étant non sevrée encore, elle devaiteertainement mourir. En effet, une femme ayant été invitée à donner des soins à ce pauvre enfant malade, bien que le sien fût à demi sevré, elle refusa tout net.

La nuit, j’entendis, dans mes intervalles de sommeil, de profonds soupirs, et, en levant le rideau , je vis le père debout et regardant tristement son enfant. Je m’efforçai de le consoler, et il promit d’aller au lit; mais quelques minutes après l'ayant entendu soupirer encore, je retournai et trouvai que son enfant était mort, ce que le père savait depuis quelque temps. 11 me dit alors que cet enfant avait vu sa mère la dernière fois qu’il l’avait appelée, et quelle lui avait fait signe de monter à khillo (le ciel), et qu’il était mort à l’instant. 11 ajouta qu il était bien que l'enfant fût parti, parce que jamais les enfants ne survivaient à leur mère, et que la marque que Schega avait fréquemment renouvelée avait suffi pour assurer la mort de cet enfant.

Mon détachement fit un excellent déjeuner le 26; et je remarquai que les Esquimaux ne se firent aucun scrupule de placer le vase qui contenait le manger sur la table où était l’enfant mort, que j’avais enveloppé dans une couverture, et ce spectacle n’excita en eux pas plus de dégoût que si c’eût été un morceau de bois. Nous enterrâmes ensuite l'enfant dans la neige, car le père nous assura que la mère crierait dans son tombeau si le moindre poids de pierre ou de glace pe-

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Tentes des Esquimau?.

sait sur son enfant. 11 craignait qu'elle-même ne souffrit déjà beaucoup du monument de pierre que nous avions élevé sur elle. Le père plaça au côté droit du corps les courroies au moyen desquelles sa mère le portait.

Le long séjour que nous fîmes avec les Esquimaux et la connaissance de leur langue nous permirent de leur parler en détail de notre pays. C’est avec une extrême difficulté que ces gens parvinrent à se former une idée de la supériorité de rang de quelques-uns de nous, et ils mesuraient notre importance respective au degré de richesses qu’ils supposaient à chacun. Ils regardaient, par exemple, les vaisseaux comme appartenant au capitaine Lyon et à moi : c’est par cette raison qu’ils les appelaient Lyon oumiak et Parry oumialc.

Les chiens esquimaux transportent des fardeaux énormes.

Débris d’un naufrage entre les mains des naturels. Tendresse naïve de deux Esquimaux.

Nous eûmes à transporter de l'Hécla sur la Fury beaucoup d’objets d’armement et d’équipement. Il était curieux de voir nos chiens inappréciables traînant une anore, un bâteau ou un mât sans la moindre difficulté ; et l'on peut se former une idée de ce dont ils sont capables, quand on saura que neuf des chiens du capitaine Lyon tirèrent seize eent onze livres en neuf mi-

nutes, sur une distance de dix-sept cent cinquante pas, et qu’ils soutenaient ce travail sept ou huit heures par jour.

Le vent s’élant mis au sud, nous pûmes laisser entrer dans le vaisseau un peu d’air frais vers les premiers jours d’avril ; mais la température était très basse le 1er juin ; ce qui força à retarder un voyage que devait entreprendre le capitaine Lyon par le travers de l'ile à l’ouest jusqu’au fond de la crique de William ; et de là, au moyen de la glace, il devait suivre les cotes de la mer Polaire dans la direction d’Accouli. Le 7, le temps s’étant remis, nous partîmes pour l’ouest, le capitaine Lyon et moi, et j’étais de retour à bord le 14, après quelques observations.

Le 20, nous vîmes arriver au nord trois ou quatre Esquimaux , et ce qui excita notre plus vive curiosité, ce fut le traîneau qui les portait, et dont certaines pièces offraient les lettres brea, ce qui prouvait à peu près qu'elles étaient les débris d’un tonneau qui renfermait du pain \bread ) : deux vaisseaux qui avaient été jetés sur la glace leur avaient fourni ces matériaux.

Lors d’une autre excursion avec un Esquimau et fa femme, nous les vîmes s’arrêter et aller droit à un cercle de pierres, s'y agenouillant et poussant des cris très hauts et très lamentables pendant quelques minutes ; il-: répandaient des larmes abondantes, et quand je m’en-

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quis de la cause de celte affliclion, j'appris que ce lieu était celui môme où leur lente avait été dressée tout l’été, et que la place du lit où la vieille femme était à genoux avait été le lieu de la mort de leur fils adoptif. L’expression de leur douleur naïve me frappa. Ces braves gens témoignèrent toujours un attachement particulier pour un chien qu’ils m'avaient vendu, et qui portait le môme nom qu’un jeune homme de leur famille qu’ils avaient perdu. Dans le cours de ce voyage, la vieille femme appelait constamment le chien Irninga { fils), mot auquel le bon animal répondait en sautant et en lui léchant le visage.

Ayant pris terre au fond de la baie sur le rivage sud, nous fîmes sans difficulté deux milles par terre, jusqu’à ce que nous arrivassions à une rivière que je nommai Crozier. Après cette excursion, nous rentrâmes, le 2 juillet, aux vaisseaux, où je retrouvai le capitaine Lyon de retour d'une pénible et vaine expédition qu’il avait tentée vers l’ouest par terre.

Tout le mois de juillet fut employé en des expéditions de chasse pour nourrir nos rennes, et le 29 le scorbut se déclara parmi nous assez faiblement. Le 1er août arriva, et chose incroyable, les vaisseaux étaient aussi étroitement renfermés dans la glace qu’au fort de l’hiver. Cependant je me déterminai à nous faire ouvrir un passage de quatre ou cinq milles dans la glace, et le 8, dans l’après-midi, je me rendis vers le nord pour examiner la glace fixe a l’embouchure est du détroit, et nous trouvâmes cette glace attachée aux deux rivages en travers, entre la partie nord-est de Nirlo-Nakrou et la baie de Murray-Maxwell. Nous pensions tous que cette glace était plus solide qu’à la même époque, dans le même endroit, l’année précédente. Comme le soleil descendait à peu près dans la direction du détroit, •nous nous procurâmes, du haut du mât, une vue distincte et étendue de ce point de l’horizon, et il est impossible de concevoir un aspect plus décourageant que celui-là. Un immense espace de glace solide, unie, occupait toute la mer visible à l’ouest, et l’œil se faliguait en vain à chercher sur sa surface une seule fente.

Après cet examen, qui détruisait tout d’un coup les espérances que nous avions conçues sans cesse, relativement à un passage à travers ce détroit, nous révînmes vers Igloulik pour y rejoindre l’Hécla, que nous avions laissée captive encore, et qui ne put sortir de la baie que le 9.

Dans cette situation , le capitaine Lyon fut, comme moi, d’avioque le retour en Angleterre était prudent, et que le contraire serait une faute. On se mit donc tout aussitôt à faire les préparatifs, et le 11 je me rendis, avec la Fury, sur le continent, et, conformément à mes instructions j’y élevai un mât de cinquante six pieds de haut, portant un pavillon, et à son sommet une boule faite de cercles de fer et de toiles à voiles, ayant dix pieds de diamètre, et nous enterrâmes au-dessous de ce mât un cylindre contenant, sur parchemin, quelques détails sur notre visite en ces parages.

Le 12, nous quittâmes définitivement Igloulik, et le 14 les vaisseaux étaient près d’une autreîle au sud-sudouest, nommée Ouglit. Le vent et la glace nous retenant sur ce point, j’envoyai M. Ross à Ouglit pour prendre des hauteurs, et nous constatâmes que notre latitude était de 68» 23’ 58”.

Le 31 août, nous nous trouvâmes être à cent soixante milles du point de départ, le long de la côte, et nous n’en avions pas fait à la voile plus de quarante : les glaces en dérivant avaient effectué le reste. Le 1er septembre nous étions à trois ou quatre cents pas des rochers qui sont sur le rivage est de l’île Wintcr.

Le 6, j’appris avec douleur par le télégraphe de l’Hécla , que M. Fife, eonire-maître de la navigation du Groënland, venait de mourir: nous appréhendions cet événement depuis plusieurs jours. Il avait succombé au scorbut. Je fis livrer à la mer, avec toute la solennité possible, les restes de cet excellent matelot.

Ce n’est que le 17 que nous nous trouvâmes hors de la glace et des courants contraires. Enfin, le vent étant

favorable, nous passâmes près des îles Trinité le 18 au soir, et le lendemain devant l’île Salisbury. Puis, sans rencontrer le moindre obstacle, nous descendîmes le détroit d’Hudson, et à midi, le 23, nous avions passé les îles Buffon.

Le 9 octobre au matin, nous vîmes les Orcades, et le 10 nousyjetàmesl’ancreàLerwickpour prendre des rafraîchissements et attendre qu’un mauvais vent qui s’était déclaré du sud eût changé. Je ne saurais dire avec quels égards on nous traita pendant les quatrejours de notre séjour forcé dans le détroit de Brassay. A la première nouvelle de notre arrivée, les cloches de Lerwick sonnèrent et la ville lui illuminée le soir.

Le 13, le vent ayant passé dans le nord, nous prîmes congé de nos excellents hôtes, et, le 18, j’arrivai à Londres : les vaisseaux entrèrent dans la Tamise le 14 novembre.

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