‹ Voyages en AmériqueChapitre 5 sur 65 · CH U I STOP II K COLOMR · texte numérisé non relu

CH U I STOP II K COLOMR

vcrtisseurs, et en cela il pérlia contre In honlé naturelle de. son caractère et contre les sentiments qu’il avait d'abord exprimés envers le peuple hospitalier qui l'avait si bien accueilli à son débarquement. llâtons-nous d'ajouter qu’il était vivement excité à en agir ainsi par l'impatience insatiable de la couronne, et par les moqueries de ses ennemis, qui niaient qu’on pût rien tirer de profitable de scs entreprises. Ajoutons encore que les premiers esclaves indiens furent faits dans un combat, et qu’entin Christophe Colomb se conformait aux idées erronées de son temps.

Il reste h indiquer un dernier trait de son caractère si varié et si brillant : c’est une imagination enthousiaste qui jetait de la grandeur sur toutes ses pensées. Il avait un talent réel pour la poésie, et il le prouve par la richesse des descriptions qu'il a laissées. Il crut avoir retrouvé sur la côte de l’aria le paradis terrestre , dans les mines de Saint-Domingue celles d’Ophir, et la Chersonèse d’or sur la côte déVeragua. Au milieu de ses conquêtes pacifiques, il rêvait encore les croisades et la délivrance du Saint-Sépulcre. Sans doute il y avait là les attributs d'un visionnaire, mais ce n’était pas un visionnaire de la commune espece; son imagination ardente était contenue par un jugement ferme et une sagacité exquise; c’était toujours vers de grandes choses qu’il aimait à se porter, jamais aucune frivolité n’aurait pu le captiver. lin un mot, il avait un esprit supérieur à l’époque où il vivait, et il lui appartenait d'accomplir des merveilles. Cependant il mourut dans l'ignorance la plus complète de l’importance incalculable de ses découvertes.

Jusqu’au dernier moment de sa vie, il entretint son idée favorite qu’il avait uniquement ouvert une voie nouvelle au commerce, et qu’il avait découvert quelques-unes des régions sauvages de l'Orient. 11 supposait quTIispaniola était l'ancienne Ophir visitée par les vaisseaux de Salomon, et que l’île de Cuba et la terre ferme de Yéragua ou Vénézuéla n’étaient que des régions lointaines de l’Asie. Quelles visions de gloire n'eût-il pas eues s’il avait pu penser qu’il venait de découvrir un nouveau-monde, presque égal en grandeur h l'ancien dont il était séparé par deux océans! Combien son âme eût été consolée, au milieu de ses tribulations et de ses souffrances, s'il avait eu l'idée anticipée de ces Etats florissants qui allaient s’élever sur ce continent, des nations et des langues qui rempliraient de sa renommée ces terres magnifiques, et y feraient bénir. son nom jusqu’à la postérité la plus reculée.

Résumons en quelques mots les découvertes de Christophe Colomb. 11 avait d’abord rencontré les grandes Antilles, c’est-à-dire la plus grande partie de l’archipel américain dans la mer du Nord. Cuba , aujourd’hui la Havane, Hispaniola, aujourd’hui Saint- Domingue ou Haïti, Porto-Rico, la Jamaïque, les principales des grandes Antilles, furent aussi les premiers établissements qui se formèrent dans son second voyage. En gouvernant un peu plus au sud, il avait aperçu les petites Antilles ou îles Caraïbes, la Guadeloupe, la Dominique, Marie-Galante, aujourdhui possessions françaises, mais alors négligées par les Espagnols. Ce n’ést qu’à son troisième voyage, qu’en s’avançant toujours vers le sud, il trouva le continent. 11 aborda dans l’île de la Trinité à la pointe du golfe Paria. Il pénétra dans ce golfe jusqu’à la pointe d Uraba; et ce ne fut qu’après lui qu’Ojéda et Yespuce parcoururent ces côtes qui forment les provinces de terre ferme, Cumana, Vénézuéla, Maracaïbo, Sainte- Marthe, jusqu’au golfe de Darien. C’est dans ce golfe que s’est élevée Carlhagène, devenue si fameuse par son commerce. Entre le golfe de Darien dans la mer du Nord et celui de Panama dans la mer du Sud, est situé l'isthme de Panama, et sur la rive septentrionale de cet isthme fut bâtie Porto-Bello , la rivale de Carthagène. En pénétrant à l’extrémité opposée de cet isthme , le hardi et malheureux Yasco Nugnez avait

découvert le premier la mer du Sud , qui conduisit dans la suite au Pérou : cependant les Espagnols, remontant d’un autre côté dans le golfe du Mexique vers le nord , avaient reconnu la Floride et le canal de Baliama vis-à-vis celte contrée, qu'ils parcoururent jusqu’à la Caroline. Ainsi, le golfe du Mexique avait été visité dans toutes ses parties, sans qu’on eût encore songé à pénétrer dans l'empire qui porte ce nom, lorsque la découverte d’Yucatan, la partie du Mexique la plus septentrionale et qui s’avance en pointe à l'entrée du golfe, conduisit enfin les Espagnols dans un pays plus policé et plus riche que tout ce qu’ils avaient vu jusqu’alors.

Précisons encore davantage, surtout à cause des dates, les travaux de Colomb, en nous servant à cet effet de la notice chronologique du savant espagnol Navarelle.

Christophe Colomb était parti de Palosle 3 août 1492 , avec trois caravelles ; il touche aux Canaries, îles riantes, connues des anciens sous le nom A iles Fortunées, et dont le Français Jean de Belhencourt avait fait la conquête pour le Porlugal en 1402. 11 poursuit sa na-' vigalion et découvre l île de San-Salvador, l une des Lucayes ou des îles Turques, et plusieurs autres îles de cet archipel. 11 aborde ensuite à la grande île de Cuba, dont il reconnaît toute la côte septentrionale ; puis il va toucher à l’île d’Haïti qu’il nomme Hispaniola, et dont il examine un grand nombre de ports. A son retour en Europe, ainsi qu’on l’a vu, il aborde à Lisbonne, après avoir reconnu les îles Tercère ou Açores, et arrive le 15 mars 1493, dans le même port de Palos, sept mois après l’avoir quitté.

Le 20 septembre 1493, le même Colomb, après avoirété comblé d’honneurs par Ferdinand et Isabelle, çt en avoir reçu des titres de noblesse et des privilèges à perpétuité ,* équipe une flotte de dix-huit bâtiments, part de Cadix, découvre la plus grande partie des Antilles, et spécialement la Dominique, le 3 novembre; puis la Guadeloupe, Marie-Galante, Saint-Martin, Sainte-Croix, la Jamaïque, Porto-Rico, Anligoa, et autres appelées l les-sous-le-Vent il reconnaît de nouveau la côte septentrionale de l île Hispaniola, et une grande

ar lie de la côte méridionale de Cuba. 11 était de retour-

Cadix le 11 juin 1494, après neuf mois environ d'absence. C'est dans le second retour, err 1501, que l’illustre Génois putcorrfurrdre quelques-uns de ses ennemis par une plaisanterie devenue célèbre. Ils lui contestaient le mérite de ses découvertes, en disant que rien n’était plus facile avec un peu de hardiesse et beaucoup de bonheur. 11 leur proposa de faire tenir un œuf droit sur sa pointe : aucun n’ayant pu réussir, il casse la pointe de l’œuf. « Beau moyen ! s'écria-l on. — Sans doute, reprit Colomb ; mais personne ne s’en est avisé, et c'est ainsi que j'ai découvert un nouveau monde. » Sa présence et scs discours ayant produit l'effet qu'il en attendait, et le roi lui ayant rendu toute sa continuée, Colomb se disposa pour sa troisième expédition, pendant laquelle il eut connaissance du continent, dont l’honneur de la découverte lui a été ravie par Atuéric Yespuce qui lui a imposé son nom.

Le 30 mai 1498, Colomb fit voile de San-Lucas pour ce troisième voyage, et après avoir touché aux îles Canaries et à celles du Cap-Vert, il s’éleva jusqu’à la hauteur de l’île de la Trinité, puis s’engagea danl le golfe de Paria qui le sépare de la terre ferme, et après avoir traversé une des bouches de l’Orénoque, qu'il appela Bouche clu Dragon («ioca del Dragoj, il s’avança à l'ouest, découvrit file de la Marguerite, et parvenu jusqu’aux lieux où a été bâtie depuis la ville de Caracas, capitale du Vénézuéla, il revint sur Saint-Domingue. De nouveaux embarras, de nouvelles intrigues l’attendaient dans cette île. Les calomnies de ses ennemis furent accueillies une seconde fois par le roi d’Espagne. Bovadiila, chargé, comme nous l’avons dit plus haut, de remplacer Colomb et d'examiner sa conduite, fit arrêter d’abord les deux frères de ce grand homme, et

HISTOIRE DES VOYAGES

bientôt le fil arrêter lui-même et jeter dans un cachot où on lui mit les fers aux pieds. Transporté en Espagne, Colomb parvint à se justifier . mais ne fut point réintégré dans son gouvernement de Saint-Domingue, île dont l'abord lui fut môme défendu lorsqu’il entreprit son quatrième voyage.

Avant ce quatrième voyage, plusieurs émules de Colomb eurent des missions particulières pour le Nouveau- Monde En 1499, Ojéda équipa dans le port de Sainte- Marie, près de Cadix , quatre navires avec lesquels il mit à la voile. Il toucha aux Canaries, parvint au nouveau continent près de l’équateur, suivit en vue des côtes près de deux cents lieues jusqu'au golfe Paria, vit l’embouchure du fleuve Esséquibo , dans la Guyane hollandaise, puis POrénoque dont il a déjà été question , 11 passa ensuite à la Trinité, où il trouva des traces du séjour de Colomb ; il reconnut le golfe des Perles, l’ile Marguerite, le cap Codéra, et continua sa navigation de port en port. Il découvrit enfin les îles de Curaçao, et toute la côte de Vénézuéla, jusqu’au cap de la Vêla, d’où il revint à Saint-Domingue.

Peu de jours après le départ d’Ojéda, les deux Espagnols Alonzo Nigno et Crislobal Guerra partent de Saltas avec une caravelle , et s’élèvent au vent de la province de Paria où ils débarquent. Us suivent la côte au nord, s’arrêtent à l’ile de la Marguerite, sur la côte de Cumana, et continuant leur route jusqu’au-delà du port Chirivicbi, situé par 10° 54’ de latitude nord, 70° 42’ de longitude ouest, à peu de distance de Porto- Cabello, à l'extrémité du golfe Triste, ils reviennent à Bayonna de Galice chargés de perles qu'ils avaient acquises par des échanges. La même année encore 1499, un autre Espagnol, Vincent Yanez Pinzon, part de Palos avec quatre caravelles, dépasse les Canaries et les îles du Cap-Vert, navigue au sud-ouest, et devient le premier Européen qui, à cette époque, traversa l’équateur par cette partie occidentale voisine des côtes de l’Amérique. Le 26 janvier 1500, il découvre la terre par 8° de latitude sud jusqu’au cap Saint-Augustin, et prend possession du pays, c’est-à-dire du Brésil, au nom du roi de Castille : c’était trois mois avant Cabrai, qui toucha au même rivage et s’en empara au nom du roi de Portugal. Pinzon retourne, en suivant les1 côtes, jusqu’à la ligne équinoxale, découvre le grand fleuve des Amazones, continue sa route jusqu’au golfe Paria, sort par les bouches du Dragon , se rend à San-Domingo, et de là aux Lucayes, d’où il retourne en Europe.

L’année suivante, c’est-à-dire en 1500, Rodrigo de Bastidas, parti de Cadix avec deux navires, va reconnaître le golfe de Vénézuéla; puis à l’ouest, les côtes de Santa-Marta, et l’embouchure du grand fleuve de la Magdalena, pour entrer ensuite dans le golfe de Darien et au port de Nombre de Dios, d’où il revient par la Jamaïque et Saint-Domingue, et reparaît à Cadix après vingt-trois mois d’absence. C’était vers le même tem ps que Gaspard de Cortéréal, gentilhomme portugais, pénétrait vers l’Amérique du nord, jusque dans la baie appelée depuis baie d’Hudson, où il crut qu'il existait un détroit auquel il donna le nom de détroit d’Anian. L’année suivante, Cristobal, que nous venons de citer, fait un second voyage, touche à la côte de Cumana et à Carthagène pour revenir en Europe, avec une riche cargaison de perles et de bois de teinture.

C’est alors, c’est-à-dire en 1502, que l’amiral Christophe Colomb en treprend son quatrième et dernier voyage avec quatre navires. Il part de Cadix le 11 mai, et, passant par les Canaries, il s’élève à la hauteur de la Martinique. Ayant vu plusieurs autres îles des Antilles et celle de Porlo-Rico, il se flirige sur l’île Hispaniola, reconnaît ensuite les cayes de Morante, les bas-fonds de la Yipère, la côte méridionale de Cuba, et l’île Guanaja près du continent, qu’il côtoie depuis les environs de Trujillo jusqu’auprès de l’entrée du golfe de Darion, d’où il passe au sud de Cuba, et visite la Jamaïque, pour de là loucher au poi l de San-Domingo avant de revenir en Espagne, ou il était de retour au port de San-Lucas, le 7 novembre 1504. 11 venait de

faire de nouvelles découvertes, et cependant il essuya de nouvelles traverses. Le roi Ferdinand le reçut avec une grande froideur, tenta même de le faire renoncer à toutes ses charges, mais Colomb ne voulut point y consentir. Le chagrin augmenta ses infirmités, et il mourut à Valladolid en 1506. Ses restes, déposés d abord à Séville, furent, ainsi que nous l’avons déjà •’ il , transférés ensuite dans l’île de Saint-Domingue, et p'us tard à Cuba.

Deux ans après, c’est-à-dire en 1508, la gloire des Colomb, qui semblait avoir perdu tout son éclat depuis la mort d’Isabelle, se releva sous don Diégo, l'aîné des deux fils de l’amiral. 11 avait devant le conseil de Castille gagné son procès, à la majorité d’une seule voix, et immédiatement après il s’était marié à la fille d’un grand d’Espagne, alors très puissant à la cour. Le cruel Ovando fut révoqué, et don Diégo envoyé à sa place à Saint-Domingue , vers le même temps que Solis et Pinzon atteignaient le 40<; degréde latitude méridionale et les côtes du Brésil. Quatre ans après, Jean Ponce de Léon découvrait la Floride et sa côte orientale, jusque par 30° 8’ de latitude nord. Une année plus tard, c'est-à-dire en 1513, Vasco Nugncz de Balboa, arrivé dans le golfe de Darien , traversait les chaînes escar pées de la Cordillière, et parvenu à leur sommet, il découvrait l’océan Pacifique.

Albert Montémont.

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