EXPLORATION OE LA RÉPUBLIQUE DE GUATEMALA
M. Maussion de Candé, en 1842, a donné sur Guatemala, celte contrée mexicaine, voisine de l’isthme de Panama, une notice à laquelle nous réunissons d’autres détails fournis par des explorateurs plus récents.
La république As Guatemala, dont le nom vient de GuautikemaÛan, qui désignait dans l’origine un simple canton sur la côte de l'océan Pacifique, est située par 8° — 170 30’ lat. N., et 85° — 96» 33’ long. O. Ce territoire, que des géographes désignent également sous le nom de Centre-Amérique, occupe une portion du long isthme qui lie l’Amérique du Nord à celle du Sud ; il est borné à l’est par l’Atlantique ou golfe du Mexique , à l’ouest par le Grand Océan, au nord par le Mexique , et au sud par l’Etat ou république de la Nouvelle-Grenade, qui, avec le Venezuela, formait naguère la république de Colombie.
La superficie totale du Guatemala est de 43,089 lieues carrées, et sa population de 1,900,000 habitants dont nous donnerons tout à l’heure le détail.
Le pays de Guatemala , traversé par la Cordillère des Andes, est arrosé par un grand nombre de rivières plus ou moins considérables; toutes les productions des climats chauds et des climats tempérés se remarquent sur son territoire : les premières dans les plaines , les secondes dans les montagnes; et la succession des fruits et des récoltes n’est pas interrompue par les saisons; car tandis qu’un lieu est en fleurs, un autre est en fruits mûrs. Les deux produits les plus estimés sont l’indigo et la cochenille.
Le Guatemala est composé de cinq Etats, savoir : Guatemala , San-Salvador , Nicaragua, Costa-Rica et Honduras.
Borné au nord et au nord-est par le Mexique et le Yucatan, l’Etat de Guatemala est le seul qui traverse cette partie de l’Amérique dans toute sa largeur et qui ait ses rivages baignés par les deux mers. Il ne possède en fait de port que la mauvaise rade foraine d'Istapa sur la mer du Sud, le port d'izabal dans le golfe Dulce, accessible seulement au cabotage, et le port de Saint-Thomas, situé dans l’est du goulet, par lequel le golfe Dulce communique avec la mer. Ce dernier port est excellent, mais sans habitants et sans route de communication avec l’intérieur.
L’Etat de San-Salvador, petit, mais comparativement bien peuplé et bien cultivé, et qui possède sur la mer du Sud plusieurs bons ports, tels que la Union, Acajutla, etc., est limitrophe à une partie de l’Etat de Guatemala, tandis que l’autre partie est bornée par l’Etat de Honduras, qui, s’appuyant au sud sur les Etals de San-Salvador et de Nicaragua, est borné au nord par le golfe même auquel il a donné son nom, et sur lequel il possède les deux ports de Omoa et Truxillo.
Au sud-est, l’Etat de San-Salvador est contigu à celui de Nicaragua, dans lequel est situé le lac de ce nom, et qui possède l’excellent port de Realejo sur la mer du Sud, et enfin l'Etat de Costa-Rica, sur l’isthme même de Panama, forme la frontière sud de la république.
La côte est de cette partie du continent, dont la configuration géographique semblait destinée à composer un autre Etat, est formée par la province des Mosquitos , qui s’étend depuis les environs du cap
HISTOIRE DES VOYAGES
Carnaron jusqu’à l'embouchure du Rio San-.Iuan, comprenant ainsi une étendue de plus de 120 lieues de côles, et dont les frontières sont fort mal délimitées avec les Etals contigus de Honduras et de Nicaragua.
Toute celte étendue forme une vaste province habitée par diverses peuplades reconnaissant des chefs difl'érems ; les Anglais l’ont achetée, il y a environ quatre ans , pour le prix de 7,000 piastres , au chef «1 1. ne des peuplades de la côte, après avoir eu préalablement la précaution de le faire couronner roi du pays par le superintendant de Belise.
Honduras réclame comme sa propriété une partie du terrain ainsi vendu, et conteste en outre au vendeur le droit de propriété nécessaire pour valider la vente. Mais, dans l’état d'anarchie qui divise pcluellemcnt la république de Centre- Amérique, il n'est pas probable que ces réclamations soient écoulées; ce sera donc, suivant toutes les apparences, une question où le droit cédera à la force, et une nouvelle conquête à ajouter aux nombreuses possessions anglaises dans la mer des Antilles.
Les villes de Cartago eide Léon, capitales des Etats de Costa-Rica et de Nicaragua, et celle de San-Salvador, capitale de l’Etat de ce nom, sont de jolies villes; Comayagua, capitale de l’Etat de Honduras, est au contraire peu de chose; Guatemala mérite une mention particulière.
Fondée en 1524, dès l'origine de la conquête de la province, à laquelle elle devait servir de capitale, la ville de Santiago de Guatemala reçut le titre de cité le 12 août 1525. Elle était alors bâtie à un endroit appelé Almolonga, à tt lieues environ de l’emplacement de la ville actuelle.
La beauté du site et la fertilité de la vallée engagèrent la plupart des habitants à construire leurs domiciles à une lieue plus au nord, et ce fut là que l’on établit définitivement un peu plus tard la ville de iiuatcmala, qui fut bientôt ornée de magnifiques églises et d’autres édifices somptueux.
Traversée par la petite rivière d’Amatitlan , qui en fertilise le sol , cette vallée est encore aujourd’hui admirable de culture et de végétation Elle est en ce moment couverte de nopaleries dont l’œil n’embrasse pas toute l’étendue , et fournit à elle seule les trois cinquièmes de la cochenille que produit l’Etat tout entier.
Guatemala prospéra ainsi jusqu’en l’année 1773, et fut en partie détruite parle tremblement de terre de cette année (1). Située entre les deux volcans qui la dominaient au sud-est et au nord-ouest, elle fut violemment ébranlée par leurs secousses , et le lac qui couronnait la cime du premier ayant rompu ses digues précisément du côté de la ville, l’eau se précipita dans les rues avec une telle violence que beaucoup d habitants furent emportés et noyés par le torrent.
Cette catastrophe fut amplifiée par les rapports dgs autorités espagnoles , non dans le but de faire de la poésie, mais, suivant la version au pays, dans des vues d’intérêt privé. L’exagération des rédacteurs des rapports atteignit son but, et le capitaine général reçut l’ordre d'abandonner la ville pour aller en établir une autre un peu plus loin.
Le lieu choisi fui l’extrémité d’un plateau au nord de la chaîne des montagnes dans laquelle sont situés les volcans, en sorte que la nouvelle ville, fondée en 1774, à 9 lieues environ de l’ancienne , ne compte aujourd'hui que soixante-six ans d’existence.
La géographie de Malte-Brun nous fait un récit effrayant de la catastrophe qui engloutit l’ancienne Guatemala; d’après cet ouvrage, des torrents de boue et de soufre se croisèrent par dessus, et cachèrent jusqu', i la place où celte ville avait existé.
11 est d’autant moins étonnant que le savant. auteur de cet ouvrage ait été trompé par des rapports exa-
(I) C’est par erreur que la date de cet événement est donnée par Malte-Brun le 7 juin 1777. A. M-
gérés, qu'ils trompèrent la cour d'Espagne elle-même. Mais le fait est que l’ancienne Guatemala, connue dans le pays sous la simple dénomination de la Antigua, est encore une belle ville, et la seconde de l’Etat de Guatemala.
Ses deux volcans, nommés volcan de Agua et volcan de Fuego , la dominent toujours, mais, comme le Vésuve domine Naples, sans en effrayer les habitants. Le volcan de feu jette constamment de la fumée, et parfois même quelques flammes; quant au volcan d’eau , il ne conserve son nom que par tradition : le lac supérieur, ayant rompu ses digues, ne s’est plus reformé, et le sommet est occupé par une petite plaine qui. se trouvant un peu au-dessous de la limite inférieure des neiges, présente en toute saison une verdure admirable.
Il est peu de voyageurs passant par la Antigua qui ne se donnent le plaisir d'aller jouir du plus beau coup d’œil du monde sur ce petit plateau, 1 un des points les plus élevés de la chaîne des Cordillères.
Guatemala est une belle ville percée en équerre, et ornée d’une multitude d’églises fort belles pour la plupart, mais dont quelques-unes attendent encore la fin d’une construction interrompue à diverses reprises par les révolutions du pays. Aucune d'elles cependant n’approche pour la beauté de ce que fut autrefois la cathédrale de la Antigua, si l’on en juge du moins par ce qui reste de cet édifice, dont la façade, encore fort bien conservée, excite l'admiration du voyageur, tant par le grandiose de son ensemble que par la beauté et la richesse des sculptures dont elle est ornée.
Amatillan, située sur un beau lac, à 4 lieues environ delà Antigua, et à 5 de Guatemala, forme la troisième ville de l’Etat. Ces trois villes méritent seules de porter ce nom dans un pays où l’on décore du nom de bourgs et villages le rassemblement de quelques huttes d’indiens consl mites en claies non fermées, et ouvertes à tout vent ainsi qu’au premier venu. Rien n égale la misère et l’incommodité de ces pauvres cabanes. qui semblent n’avoir été construites que pour offrir un abri temporaire contre les grandes pluies de l’été ; car elles sont absolument incapables de garantir, soit du froid, soit d’un mauvais temps prolongé.
Ainsi composée des cinq Etals que nous venons de citer, la république actuelle forme ce que l'on appelait autrefois la province de Guatemala dépendante du Mexique. Celte province , qui a porté à la tin le titre de royaume, était gouvernée par un capitaine général résidant à Guatemala. La distance qui sépare les deux capitales et la difficulté réelle des communications présentaient de lmp bons prétextes pour éviter une correspondance active, pour que le capitaine général ne fût pas à peu près indépendant du vice roi.
Les commandants des provinces de Honduras, San- Salvador etc., recevaient directement leurs ordres de Guatemala, qui s’est ainsi habituée de temps immémorial à considérer les autres provinces comme étant sous sa domination naturelle.
C’est à cet esprit de domination, contre lequel protestent encore aujourd hui ces provinces, que sont dus les troubles et les guerres civiles qui ont ensanglanté la république de Centre-Amérique à peu près sans interruption , depuis l’époque où elle a proclamé sa liberté. ,
Eu septembre 1821, Guatemala se déclara indépendante de 1 Espagne, et nation libre et souveraine. 11 était, plus facile de renverser le gouvernement espagnol que d’en créer un nouveau , et les discussions furent si vives entre les divers partis qui se disputèrent le pouvoir, qu’il fallutjlécider la question par les armes.
Le parti le plus faible, nommé servile dans le pays, et composé de quelques familles puissantes de Guatemala, qui n'avaieul contribué à chasser les Espagnols que dans l'espoir de les remplacer au pouvoir, parvint momentanément à son but en appelant les Mexicains à son secours,
MVUSSION l)K CAVDÈ.
Une armée mexicaine mai clin sur Guatemala, cl celle province, conquise presque sans comballre, vu l'état do discorde intérieure qui l'agitait et paraissait ses forces, se vit déclarer province mexicaine le 23 décembre 1822, c'est-à-dire moins de six mois après son existence politique comme nation.
Mais la prise de Guatemala était loin de donner au Mexique la possession de tout l'Etat. Les autres pro • vinces continuèrent de s'administrer par elles mômes, et le générai mexicain Filisola put s'apercevoir qu’il lui faudrait les conquérir l'une après l’autre, s’il voulait les réunir sous la domination de son gouvernemont.
A l'instigation du parti qui l’avait appelé, il marcha sur San-Salv.idor, capitale de l'Etat de ce nom, arriva sans grands obstacles jusqu’aux portes de la ville, mais y éprouva de telles pertes, et y fut si maltraité par les Salvadorenos, qui sont bons soldats en général, qu'il fut obligé de battre en retraite sur Guatemala, d’QÙ il demanda des renforts au Mexique.
Cette république, en commotion elle-même à cette époque , n’était pas en mesure d'envoyer des troupes hors de son territoire, et le parti mexicain de Guatemala étant trop faible pour lui donner un appui, le général fut obligé de capituler et de s’en retourner au Mexique.
Le ter juillet 1823, Guatemala se déclara donc de nouveau indépendante de l'Espagne et du Mexique. Ce ne fut que l’année suivante, le 22 novembre 182 1, que l’Assemblée nationale décréta sa constitution politique, se déclarant république fédérale, composée de cinq Etats indépendants.
Quelque courte qu'ait été l’apparition du général mexicain sur le territoire de Guatemala, car elle eut seulement six mois de durée, elle eut cependant pour le Mexique ce résultat important de fixer l’indécision de la riche province de Chiapas et du Soeonusco, réclamées par Guatemala, et qui en furent peu après définitivement séparées et réunies au Mexique.
La république de Centre-Amérique se compose de la réunion de cinq Etats divisés de lois et d intérêts, et incapables par conséquent dans leur état actuel de constituer une nationalité.
Voici, d après les derniers relevés, faits ou recueillis, la population des cinq Eiats composant la fédération de la république de Centre-Amérique; ces aperçus qui ne sauraient être d une rigoureuse exactitude semblent pourtant assez dignes de foi.