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VOYAGE A BUENOS-AYRES

PRÉLIMINAIRE

Avant d'analyser le voyage de Woodbine Parish à Buenos-Ayres il nous semble à propos d’offrir ici quelques généralités sur l’Amérique du Sud.

L’Amérique méridionale est traversée dans toute sa longueur par la Cordillère des Andes, qui donne naissance, vers l’est, à trois grands fleuves : l’Orénoque, l’Atuazone et le Rio de la Plata, lesquels débouchent dans l’Atlantique; il n’y a aucun fleuve remarquable à l’ouest. L’Orénoque appartient dans une grande partie de son cours à l’Etat de Venezuela ; l’Amazone est un fleuve en quelque sorte brésilien, et le Rio de la Plata sépare dans son cours inférieur la république de Montevideo de celle de Buenos- Ayres.

Des plaines immenses caractérisent dans l’Amérique du Sud le pied oriental des Andes. Le versant occidental , étant très rapproché de l’océan Pacifique , n’a pas de plaines de ce genre, mais seulement quelques déserts sur les côtes du Pérou.

Les habitants de l'Amérique méridionale, au nombre de 15 millions, ne sont guère que des Espagnols ou des Portugais d’origine, sauf les Indiens de l’intérieur. Le Brésil est peuplé de Portugais; tandis que le Venezuela, la Nouvelle-Grenade, le Pérou, le Chili et Buenos-Ayres sont peuplés des descendants des Espagnols qui firent la conquête de ces contrées. Ces deux peuples, portugais et espagnols, professant la religion catholique, il en résulte que l’Amérique du Sud est presque entièrement catholique. Les deux langues espagnole et portugaise sont aussi les plus répandues.

Quant aux divers Etats politiques de l'Amérique méridionale, on remarque au nord le Venezuela et la Nouvelle Grenade ; à l’est, le Brésil et la république Argentine, qui a derrière elle le Paraguay ; sur la chaîne des Andes se développe la Bolivie; enfin on trouve à l’ouest le Chili, et au sud la Patagonie, qui est pour ainsi dire encore indépendante.

RELATION

Dans sa navigation pour se rendre à l’embouchure de la Plata, notre voyageur avait eu occasion de re-

cueillir quelques notions sur les Indiens qui vivent près du grand fleuve de l’Amazone, devant les bouches duquel il avait passé; et voici la substance de ce qu’il a rapporté, ainsi que d’aulre; explorateurs, sur ces peuplades aborigènes de l’Amérique du Sud.

Il est au pied des Cordillères, non loin des sources de l’Amazone, et le long des rives de ce grand fleuve, quelques tribus indiennes dont les coutumes sont faites pour étonner l’Européen et mériter son atlention.

Il ne faut pas chercher dans le principal, pour ne pas dire l’unique, vêtement de ces peuplades sauvages, les fins tissus de nos climats et ces gazes légères si propres à rehausser l’éclat du beausexe de Parisoude Londres; ce serait trop exiger des Indiens de l’Amazone, ils n’en sont pas encore arrivés là. Ils portent des chemises non de lin ou de coton, suivant la mode européenne, mais simplement d’écorce d’arbre, écorce enlevée tout entière à la souche, etdès lors sans couture. Cès chemises, qu’un art grossier, au lieu de celui de nos élégantes modistes, confectionne sans métier et sans frais, sont néanmoins ornées de figures, coloriées principalement de jaune ; elles vont du genou au sommet delà tête, et ont des trous pour les yeux, le nez et la bouche comme la capuce d’un pénitent ou comme la mantille des aimés du Caire, ces syrènes qui trouvèrent si aimables, il y a quarante ans, les grenadiers français. Le haut de la tête a une coiffure composée de liges de maïs et couronnée de deux oreilles de singe. Les manches sont formées de l’écorce enlevée à de plus petits arbres ou à de simples branches. Les jambes sont garnies de chapelets faits de coquilles de petites noix, dont le son bruyant, mais non désagréable, annonce la personne qui les porte : c'est ainsi que le serpent à sonnettes annonce sa dangereuse approche.

Tel est l’accoutrement de la plupart de ces sauvages ; ils n’ont pas besoin de vêtements chauds, car leur pays est voisin de l’équateur. C’est celui de Tabitinga, qui s’étend sur la rive septentrionale du Maragnon , autrement dit l’Amazone, à l’entrée des llanos, ou plaines immenses que le fleuvesillonne et fertilise.

Les hommes et les femmes ne voyagent qu’armés; leurs armes sont des flèches empoisonnées ou des lances, des javelines et des arcs en bois. Les flèches consistent en des roseaux gros comme le doigt , ayant quelques-unes pour pointes des os, d’autres une canne creusée et aiguisée.

Sur les bords du fleuve, il n’est pas rare de voir les femmes de tout âge et de toute condition (car il existe aussi des distinctions entre elles, et où n’en existe-til pas?), il n’est pas rare, disons-nous, de les voir manœuvrer les canots qui descendent souvent jusqu’à la mer; et comme il peut arriver que dans un trajet aussi long elles aient à se défendre contre les bêtes féroces, elles sont toujours ainsi armées.

On sait que les animaux domestiques aiment surtout les caressantes paroles et le toucher délicat des femmes; les singes et les ours veulent mériter le litre de chevaliers galants; mais les tigres, que la lyre d’Orphée avait su jadis attendrir , ont bien dégénéré , du moins sur les rivages de l’Amazone ; peut-être que ces rivages n'ont pas eu , comme ceux du Strymon , leur Orphée. Les tigres de l’Amazone, plus cruels que ceux de la Thrace, ne respectent pas l’objet universel de tant d’hommages; ils font plus, ils l’attaquent de préférence à l’homme, et l’on conçoit que, pour châtier une telle audace, les armes défensives, dans la main des femmes, soient ici de rigueur.

C’est vraisemblablement un fait de cette nature qui aura donné lieu aux récits romanesques des Espagnols, premiers explorateurs de ces régions lointaines; mais il ne paraît pas que ces Indiennes , comme on le prétendit à celte époque, aient eu le tort impardonnable de se mutiler une des plus belles parties de leur corps dans la vue de pouvoir, disait-on, ajuster plus facilement les ennemis qu’elles avaient à combattre : il semble, au contraire, que le double trésor où le nou-

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veau-né puise alternativement ou à son choix la vie, est conservé par elles avec une véritable coquetterie. On assure également que les guerrières de l'Amazone élèvent avec un tendre soin les enfants des deux sexes : bien différentes des Amazones du Thermodon . qui tuaient les garçons et ne conservaient que les filles.

Depuis l'apparition d’Orellana sur ces rivages de l'Amérique, plusieurs blancs s’y sont établis; mais , il faut bien le reconnaître à la honte de l'humanité civilisée, ce n’a été que pour faire la guerre aux indigènes et leur enlever de jeunes esclaves. Aussi les Indiens, rendant guerre pour guerre, dressèrent- ils à leur tour dès le principe, comme ils dressent encore aujourd’hui, des embûches aux blancs ou brancos , ainsi qu’ils les appellent, qui vont leur faire la chasse. Ils creusent des trous dans les sentiers et dans les bois; ils y fichent de gros pieux empoisonnés, par-dessus lesquels ils placent en travers, et couverts de feuilles ou de terre, de légers bâtons pourris. Lorsqu’un branco vient à tomber sur un de ces épieux , il y trouve une mort inévitable, d’autant plus que les Indiens ont soin de l’achever pour faire ensuite de son corps un odieux festin.

Oui, ces Indiens, et certes ce n’est pas le plus beau de leur histoire, sont encore cannibales. Il est vrai, dit un autre voyageur anglais qui a descendu l’Amazone depuis sa source jusqu’à son embouchure, trajet de plus de 1,200 lieues; il est vrai, dit-il, que la faim seule les détermine à manger un des leurs. Quand cette faim réclame un horrible rep^s, le propriétaire de la victime secrètement choisie lui souffle, par un tube appelé pucuna, une flèche empoisonnée qui le fait tomber raide mort. Ces Indiens, nourris sans doute des récits de leurs aïeux relativement à la cruauté des Espagnols, ont conservé aux descendants de cesderniers unehaine si grande, qu’ils aiment mieux se manger entre eux que de recourir dans les jours de disette à la compassion des brancos. Un de ceux-ci voulut un jour acheter une jeune fille indienne dans l’espoir de lui sauver la vie, car il venait d’apprendre quelle allait périr; elle préféra rester pour être le même soir dévorée par ses propres parents.

Nous avons tout à l'heure parlé du danger que l’on court le long de l’Amazone en voyageant, à cause de la rencontre des bêtes féroces, surtout des tigres, qui paraissent être fort nombreux sur les rivages supérieurs de ce fleuve. Le voyageur anglais Parish vit au village de Tabilinga un jeune Indien d’environ six pieds de haut, qui portait sur sa tête et sur son bras gauche' les marques d’un combat qu’il avait soutenu trois ans auparavant contre un tigre delà plus grande espece. 11 faut se rappeler toutefois que l'espèce américaine est loin d’égaler celle de l’Asie. Voici comment ce combat eut lieu.

Cet Indien, traversant une clairière, vit le tigre couché sous un arbre. Selon l’usage du pays, et intrépide de sa nature, il marcha droit vers l'animal en lui adressant la parole : « Oh ! mon ami, lui dit-il, est-ce « toi? 11 y a longtemps que je le cherche; nous avons « un vieux compte à régler ensemble : tu m’as enlevé « plus de vingt moutons. Attends que j’aille quérir « mes armes, et je reviens sur-le-champ te retrouver.» En effet, l'Indien courut à sa chacra ou métairie, prit ses flèches et un long couteau renfermé dans une gaine de cuir. Quand le tigre le vit arriver ensuite armé de son pucuna, il pensa qu’il était temps de déguerpir et, se levant d’un bond, il se mit à fuir. L’Indien , en le suivant, reprit le fil de la conversation, que l'animal ne semblait pas comprendre ou trouver de son goût. « Quoil lui disait l’Indien, te voilà parti! « Mais tu ne t’en iras pas si aisément ; il faut que nous « causions encore ensemble avant de nous séparer. » En ce moment, le tigre, que la voix du chasseur ou la vue de ses armes avait inquiété, fit un bond et sauta sur les branches de l'arbre sous lequel il élail. Il y eut une courte pause , à la suite de laquelle l'Indien com-

mença à faire usage de son pacuna pour souffler sur le tigre des flèches empoisonnées; mais, soit que le venin lut trop vieux , soit que la peau de l’animal fût trop dure et trop garnie de poils lustrés, ces flèches ne produisirent aucun effet décisif. Cependant, l’animal, fatigué de ses attaques ou de ses agaceries, se jeta en bas de l’arbre et se mit à courir.

C’est alors que le chasseur voulut lui barrer le chemin. Le tigre , dont les réponses s’étaient jusque-là bornées à des grincements ou grognements , prit l’offensive. Le pucuna devenant inutile , l’Indien crut devoir songer à s’armer de son couteau. Mais quelle fut sa surprise I il le chercha vainement, le glaive s’était échappé de la gaîne de cuir, et perdu dans la rapidité de sa marche.

Le désespoir donne du courage , et cet homme n’en manquait pas; outre qu’il était d’une force peu commune. Il resta donc ferme sur ses jarrets et se mit en garde. Le tigre essaie de s’élancer sur lui, et l'homme, qui se souvient que l’animal a sur le corps une partie sensible, lui applique au nez un bon coup de poing, en tenant son bras gauche tendu et en continuant de lui parler : « Je suis sans armes, mais je ne suis pas « battu; ne vois-tu pas que je n’ai nulle peur de toi? • Le tigre s'élance de nouveau, et reçoit un nouveau coup de poing du boxeur indien à l’endroit que le tigre, comme le chat, le cheval ou le chien, paraît avoir si tendre. Le combat se prolongea ainsi jusqu'à l’instant où l’animal furieux saisit le bras gauche de l’homme et le mordit de part en part. Heureusement, un autre coup de poing, administré sur le museau, fit lâcher prise au quadrupède, sans qu’il eût attaqué l’os du bras; mais l’animal jeta ensuite une de ses pattes sur la tête du chasseur, et la griffe si redoutable du monstre déchiiala peau de cet homme jusqu’au crâne. Enfin le chasseur allait probablement succomber lorsque son frère, qui avait entendu ses cris, accourut et, étant mieux armé que lui, perça de sa lance le tigre par le milieu du corps.

L’Indien, si dangereusement blessé et tout couvert de sang, eut encore la force de revenir sans nulle aide au village. Les habitants, émerveillés d’une telle valeur, proclamèrent leur compatriote le brave des braves. Ils coururent chercher le tigre, dont la peau fut en triomphe suspendue au toit de la hutte de celui qui avait soutenu pendant trois heures entières un combat aussi périlleux.

II y aurait encore à citer bien d’autres coutumes des Indiens de l’Amazone ; mais en voilà peut-être assez pour n’inspirer ici à personne la fantaisie d’importer parmi nous l’usage des chemises d’écorce ou des flèches empoisonnées, et surtout le désir d’imiter les luttes d’homme à tigre. Gardons plutôt nos toilettes, nos fusils Robert, et même, puisque l’époque le veut, jusqu’à nos mé'odrames, et suivons notre voyageur aux rives du Rio de la Plata.

La plupart des matériaux de l’ouvrage de Woodbine Parish ont été rassemblés durant un long séjour officiel de l’auteur dans le pays auquel ils ont rapport. Plusieurs chapitres, relatifs aux établissements des anciens Espagnols sur la côte de Patagonie et aux explorations faites par eux et leurs successeurs, surtout, en dernier lieu, dans les pampas méridionales de Buenos- Ayres, jetteront quelque lumière nouvelle sur les progrès de la géographie dans cette partie du Nouveau- Monde. Bien que le temps de la résidence de M. Parish, qui a écrit ce voyge, remonte à 1821 , quelques-uns des documents recueillis par lui ne datent que de 1837; d’où l’on peut conclure que les aperçus, ainsi publiés en 1838, contiennent tout ce qu’il est possible d'offrir de plus récent, ou du moins de plus authentiqué sur le sujet dont il s’agit.

Les Provinces-Unies de la Plata, ou, comme on les appelle aussi quelquefois, de la république Argentine, à cause des paillettes d’argent que les premiers explorateurs découvrirent dans le sable de la rivière, comprennent, à l’exception du Paraguay et de la Banda

HlSfOlRE 1)ES VOYAGES.

orientale ou république de Montevideo (doux Etats devenus séparés et indépendants), toute, celle vaste étendue île territoire qui se trouve entre le Brésil et la Cordillère du Chili et du Pérou , du 92e au 41e degré de latitude méridionale.

L’établissement le plus austral des Buenos-Ayriens est aujourd'hui la petite vüle del Carmen, sur le Rio- Negro. Les Indiens possèdent sans (rouble tout le sol qui s’étend au-delà jusqu’au cap llorn.

Le* limites de la république Argentine sont : au nord, la Bolivie: à l’ouest, le Chili; à l'est, le Paraguay, la Banda orientale et l’océan Atlantique; et au sud, les territoires indiens de la Patagonie. L’ensemble de la superficie contient 726, 000 milles carrés anglais, avec une population de 6 à 700,000 habitants.

Ce total ne comprend pas les Indiens indépendants qui occupent le territoire sur lequel la république se réserve son droit de suprématie.

La population de la Banda orientale, qui augmente r, pidement, est évaluée à 120,000 âmes , et celle du Paraguay à 260,000 seulement, quoique des personnes qui ont etc dans le pays la portent à 500,000 habitants.

i.a république est actuellement divisée en treize provinces. Elles se gouvernent par elles mômes et sont, jusqu’à un certain point, indépendantes les unes des autres , quoique , pour toutes les affaires générales et nationales, elles soient constituées en congrès fédéral.

Faute d’un pouvoir national exécutif plus défini , le gouvernement provincial de Buenos-Ayres est temporairement chargé de la direction des affaires de 1 Uuio.o avec les puissances étrangères, et de toutes les inaPère® générales qui appartiennent en commun à la république.

Le pouvoir exécutif de ce gouvernement, constitué en 5 821 , est dans les mains du gouverneur ou capitaine général, ainsi qu’on l’appelle, assisté d’un conseil de ministres nommés par lui; il demeure responsable envers la junte ou législature assemblée de la province qui l’a élu. La junte elle-même consiste en quarante-quatre députés, dont la moitié est renouvelée annuellement par 1 élection du peuple.

Géographiquement, les treize provinces qui forment aujourd’hui la république Argentine peuvent être divisées en trois section* principales, savoir: lo provinces du littoral ou de Lest; 2° provinces centrales ou du nord; 3° provinces à l’ouest de Buenos-Ayres, communément appelées provinces de Cuyo.

Les piovinces du littoral sont Buenos Ayres et santa-Fé, à l’ouest, ou sur la rive droite du Parana; puis Kntre-Rios et Corientes, à l'est, ou sur la rive gauche du même fleuve. Celles du centre, sur la grande roule du Pérou, sont Cordôva, Santiago-del-Estero, ïucuman etSalta, provinces auxquelles on peut ajouter Ca'amarca et La Rioja. Celles qui se trouvent à ! ouest de Buenos Ayres, et qui auparavant formaient l’intmdanee de Cuyo, sont San-Luis, Mendoza et San- Juan.

Sous le régime espagnol, la vire royauté de Buenos- Ayres comprenait, outre ces treize provinces, celles du Haut-Pérou, fo: ruant aujourd’hui la république de Bolivie, et de plus le Paraguay et la Banda orientale , immense juridiction bien intérieure encore à celle des vice-rois du Pérou, dont 1 autorité nominale s’étendait du Guayaquil au cap llorn , sur 53 o de latitude, embrassant presque tout le climat habitable sous le soleil , c’est-à-dire non-seulement des nations innombrables, parlant diverses langues, mais encore toutes les productions que la terre puisse fournir aux besoins de l’homme.

Dans les premiers temps de la lutte contre le joug espagnol, la vice-royauté de Buenos-Ayres maintint son unité; mais itès l’année 1820, l'impopularité des mesures du directoire et du congrès national amena une dissolution et des séparations dev nues ensuite définitives. Les conquêtes de Bolivar dans le Haut Pé-

rou y établirent la république dotée du nom de ce fameux guerrier; déjà le Paraguay s’était émancipé p< ur retomber sous le despotisme du docteur Francia, et plus récemment la Banda orient ale, ou province de l’Uruguay ou de Montevideo, s’est aussi constituée en république indépendante. Ce qui reste aujourd’hui de ladite viceroyauté, sou* le nom collectif de république Argentine ou de Rio de la Plata, est encore loin d’être homogène ; il y a fréquemment encore des soulèvements contre le gouvernement central.

La rivière de la Plata fut d’abord , comme on le sait, nommée du nom de Solis, qui y entra- le premier en 1515. Quelques années plus tard, Sébastien Cabot, l’ayant remontée jusqu'à sa jonction avec le Parana , trouva des ornements d argent parmi les naturels, et en conclut ou fit croire à ses compagnons que ce métal abondait sur les rives de ce fleuve , qui reçut alors la fausse appellation de Plata , qu’il a depuisconservée.

Ainsi, par une étrange coïncidence, les deux plus grandes rivières de l'Amérique du Sud, et deux des plus grands fleuves du monde, celui de la Plata et celui des Amazones, tirent leur nom de la fiction plutôt que des courageux aventuriers Solis et Orellana, qui les ont fait connaître, et auxquels cet honneur baptismal revenait si légiiimement. Ces deux intrépides découvreurs perdirent la vie en poursuivant le cours de leurs recherches respectives; leur mémoire est presque effacée, et il n'a jamais existé d’argent sur la Plata, ni d’Amazones réelles sur le fleuve de ce nom.

A une distance de 100 milles en mer, le navigateur aperçoit le courant éenmeux de la rivière de la Plata, et en remarque la puissance sur les eaux de 1 Océan lui-même. Son embouchure, du cap Sainte-Marie au cap ffaint-Aiitoine , offre une largeur de 170 milles. Plus avant, c’est-à-dire entre Sainte Lucie, près de Montevideo, et le point de Las Piedras, sur sa rive méridionale, où son eau est généralement douce, la largeur e-t de 53 milles : c’est le double de celle de Douvres à Calais. Mais, pour trouver positivement l’eau douce, il faut encore naviguer, depuis la mer, près de 200 milles géographiques avant d atteindre l’ancrage de Buenos-Ayres, lequel n'est propre qu'aux navires d’un faible tonnage; ceux qui tirent plus de 15 ou 16 pieds d’eau doivent s'arrêter 7 ou 8 milles plus bas. A 24 lieues aq nord, se fait la première jonction des rivières du Parana et de 1 Uruguay ; la seconde union s'accomplit à 14 lieues de Bueuos-Ayres.

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