III. Pai.is — Impr. Lacouh et C% rue Soufflet
menls si soudains de climat, que parfois nous étions accablés de la chaleur du soleil dans la matinée, et que la nuit, au contraire, il nous fallait dormir sur cenl-vingt pieds de neige. En effet, presque toujours nous dormions sur la dure, ne vivant guère que de bœuf et d’eau.
Je ne crus pas devoir, chemin faisant, tenir un journal régulier, car le pays que je parcourus était ou une immense plaine ou des montagnes désertes. Mais lorsque sur mon passage se rencontra quelque chose d’intéressant, je ne manquai pas de prendre en gros des notes au crayon. C’est, hélas! tout ce que j’ai maintenant à offrir au lecteur.
Description générale des Pampas.
Les montagnes des Andes courent du nord au sud à travers toute l’Amérique méridionale, et par conséquent suivent une direction presque parallèle aux deux côtes de l’Atlantique et de la mer des Antilles, divisant la contrée qui s'étend de l’une à l’autre en deux parties inégales, cornées chacune par un océan et par la Cordillère,
On pourrait de prime abord croire que ces deux contrées, seulement séparées par une chaîne de montagnes, se ressemblent sous toute espèce de rapports; mais la variété est l'attribut de l’omnipotence, et la nature a octroyé à ces deux contrées une différence de climat et de construction géologique qui est fort remarquable.
De la cime des Andes, elle les approvisionne toutes deux d’eau; toutes deux, par la fonte graduelle des neiges, sont arrosées exactement en proportion de leurs besoins; et la végétation, au lieu d’être détruite par le brûlant soleil de l’été, se trouve ainsi, au contraire , nourrie et entretenue par la chaleur même qui menaçait de l’anéantir.
Cependant, l’eau qui coule à travers le Chili vers l’océan Pacifique est gênée tout le long de son cours, et ne se fraie que par force son passage au milieu d'une contrée aussi montagneuse que les hautes terres de l'Ecosse ou de la Suisse; mais celle qui descend du versant oriental de la Cordillère arrose une vaste plaine, large de neuf cents milles; et sur le sommet des Andes il est singulier de voir, à droite et à gauche de soi, la neige d’un même ouragan, dont une partie est destinée à courir vers l’océan Pacifique, et l'autre à s’en aller grossir les vagues lointaines de l’Atlantique.
La grande plaine dite des Llanos, et plus souvent des Pampas, qui s’étend à l’est de la Cordillière , a, comme je l’ai déjà dit, une largeur de neuf cents milles; et la partie que j’en ai parcourue, quoique tout entière située sous la même latitude, se divise en trois régions complètement différentes de climat et de végétaux. La première de ces régions, qui commence à la sortie de Buénos-Ayres et se prolonge un espace de cent quatre-vingts milles, est couverte de luzerne et de chardons ; la seconde, qui se développe sur quatre cent cinquante milles de longueur, produit une herbe magnifique; et la troisième, qui s’avance jusqu’au pied de la Cordillère, est un bois d’arbres bas eide buissons.
Les rivières conservent toutes jusqu’à l'Océan le cours que leur a donné le Créateur ; et la contrée entière est en si bel état, que si acs cités et des million ., d'habitants se trouvaient à l'improviste déposés à des distances ef dans des situations convenables, ces bienheureuses gens n’auraient qu'à mener leurs bestiaux paître, et, sans aucune préparation préalable, à labourer telle étendue de terre que leurs besoins exigeraient.
Le climat des Pampas subit l'hiver et l’été une notable différence de température, quoique les variations graduelles en soient fort régulières. Ainsi l’hiver n’y est guère moins froid que le mois de novembre chez nous (1) , et la terre au lever du soleil est toujours cou-
(1) C’est un Anglais qui parle.
verte de gelée blanche ; mais la glace a rarement plus d’un pouce d’épaisseur. En été, au contraire, le soleil est d’une accablante chaleur, et sa force se fait rudement sentir à toutes les créatures vivantes. Les tonyous, espèce de casouars, les chions, bœufs et chevaux sauvages qui peuplent ces plaines, en sont évidemment exténués, et la siesle semble être un repos aussi naturel que nécessaire. Les heures du milieu de la journée ne sont pas propres au travail, et comme les matinées sont froides, mieux vaut travailler pendantcelles-ci pour se reposer pendant celles-là.
La différence d’atmosphère entre les villes de Mendoza, San-Luis et Buénos-Ayres, qui cependant reposent toutes trois presque sous la même latitude, est vraiment surprenante. Pour les deux premières, c’està-dire dans les régions du bois et de l’herbe, l’air est extraordinairement sec. Aux époques les plus chaudes, il n’y a pas la moindre apparence de transpiration. Les animaux que la chaleur tue gisent sur plaine desséchés dans leur peau, de sorte que souvent, au premier coup d’œil, j’ai été fort embarrassé de savoir s’ils étaient morts ou en vie. Mais dans la province de Buénos-Ayres, qui est la région des chardons et de la luzerne, la végétation annonce clairement l'humidité du climat. Quand il m’arrivait de dormir la nuit à la belle étoile, en me réveillant je trouvais d’ordinaire mon poncho, espèce de couverture velue, presque aussi mouillée par la rosée que si je l’eusse trempée dans l’eau, et mes bottes étaient tellement humides que je pouvais à peine les retirer. Les animaux qui meurent dans la plaine sont bientôt en état de putréfaction. Quand pour la première fois ou arrive à Buénos-Ayres, les murailles des maisons ruissellent à un tel point qu’il répugne d’y entrer; et le sucre qu'on y trouve, comme aussi tous les sels susceptibles de fusion, est presque fondu. Celte humidité, cependant, ne paraît pas être malsaine. Tandis que d’une parties Gauchos, tribu dont il sera parlé plu» bas, et iiienie les voyageurs, se couchent sur la terre sans jamais en être incommodés; de l’autre les habitants de Buénos-Ayres demeurent dans leurs maisons humides sans se plaindre d'affections rhumatismales ni être aucunement sujets à s’enrhumer; et, à coup sûr, ils ont l’air plus robustes et mieux portants que ceux qui vivent dans les régions plus sèches. En somme, la totalité des Pampas, on peut le dire, jouit d’une atmosphère aussi belle et aussi salubre que les parties de la Grèce et de l’Italie les mieux favorisées à cet égard , sans être comme elles sujette au malaria.
La seule irrégularité que le climat présente es! celle du pampero, ou vent du sud-ouest, qui, engendré par l’air froid des Andes, se précipite sur ces vastes plaines avec une telle vélocité, une telle violence, qu'il est presque impossible d’y résister. Mais cette rapide circulation de l’atmosphère a de très heureux effets ; et toujours le temps, après une de ces tempêtes, est particulièrement agréable et sain.
La partie méridionale de 1 immense plateau situé du côté oriental des Andes est habitée par les Indiens- Pampas, qui n’ont pas de demeure fixe, mais qui errent d’un lieu dans un autre à mesure que l'herbage qui les environne est consommé par leurs bestiaux.
Dans la partie septentrionale et dans le reste des provinces du Rio de la Plaid, la population, dont le chiffre est lort peu considérable, se compose ou d'individus isolés ou de gens qui, réunis en petit nombre, vivent ensemble seulement parce qu’ils sont nés les uns près des autres. Leur histoire est assez curieuse. En 1810, aussitôt, que, par la défaite des Espagnols, l’indépendance des anciens sujets du gouvernement de Buénos-Ayres fut établie et qu'ils se trouvèrent libres, beaucoup de ces naturels cherchèrent à introduire dans leur pays une forme de constitution propre en n ême temps à conserver la liberté qu’ils avaient conquise, à favoriser l'accroissement do la population, et à embellir peu à peu la surface d’une dos plus intéressantes et plus belles contrées du monde au moyen des arts, des manufactures et des sciences, qu’on lui avait