ADAM DK BAI! VI
celles île l’Amazone. De l'embouchure, on aperçoit la ville de Luzcia, située à une portée de canon.
Le 28, je commençai à remonter le Rio-Mawhès ; les bords en sont élèves et le courant peu sensible. Les nombreuses habitations de Mawlr- civilisés qui sc voient des deux côtés sont bien cuit. vues, plantées en café et eu guarana, liane dont le sue épaissi est un grand objet de commerce dans tout le Brésil.
Le 1er mars, je couchai à l’embouchure du Guaranatouba, aftluent de la rive droite, habité par une tribu considérable de Mawhès, qui n’ont jamais voulu s'astreindre à la moindre apparence de civilisation, et méprisent ceux qui s’y soumettent.
Un peu au-dessus de celte rivière, on trouve le premier village de Mundroucous. Celle nation est venue s’établir dans ces parages depuis peu d’années; iis diffèrent complètement (les Mawhès par la forme et par les mœurs. Ces derniers sont tous vêtus, hommes et femmes; les autres, au contraire, sont complètement nus ; ils ne se couvrent que le membre viril avec une écorce de tawéré, qui le contient en forme d’étui. Ils se peignent en noir avec le suc de gcnlpa ; ils ont en général la face très large, des pommettes proéminentes, et depuis les tempes la tète se rétrécit et se termine par une pointe arrondie. Les yeux sont grands et brunâtres, le nez gros sans être épaté. Les hommes ont la barbe fournie et la poitrine velue ; mais les femmes sont entièrement glabres, soit naturellement, soit au moyen de quelque préparation épilatoire.
Je remontai le Mawhès jusqu’au G, sans pouvoir acheter plus de douze paniers de farine. La disette du Bas-Amazone avait fait arriver beaucoup de spéculateur qui avaient tout acheté. Le point où je m’arrêtai est la rivière Amana-Parana (rivière de la pluie), affluentdela rive droite, lin effet, pendant deux jours, j’y fus retenu par des pluies continuelles; je me décidai à redescendre, et le 13 j’arrivai à Luzcia.
Je devais aller rejoindre M. Rège pour faire avec lui l'expédition de la rivière Trombélas ; il m’attendait au lac d’Epaoussou. J’arrivai le 23 à Obydos, la «ligure et le corps enflés, et avec une fièvre violente; j’y restai jusqu’au 29, et le 4 avril j’arrivai chez M. liège, il s’empressa de faire ses dispositions, et le 10 nous remontâmes le lac jusqu'à la passe de Mouroualouba, qui débouche vis-à-vis Rio des Trombélas, où nous entrâmes le 14, sans toucher à Obydos. Outre le capitaine Rège, j ’étai s accompagné par son cousin, Vincent: de Mironda. Douze Indiens et huit nègres composaient l’équipage de trois canots. Nous devions prendre des guides dans la rivière pour l’explorer avec plus de fruit-
Le 15, nous arrivâmes kSapueno , affluent de la rive droite. Là' nous primes pour guide un mulâtre qui m’avait été recommandé; mais sa jactance ne m’inspira pas beaucoup de confiance. Le 18, nous atteignons Aschipica, chez Manoël de Carrno, capitaine d lndiens civilisés. 11 m’assura que souvent il voyait des débris de canots et des rames.
Le 20, nous couchons à l’embouchure du lac Carimou, chez M. Choveck. Il avait eu pendant un an chez lui un Indien de la nation aroaqui ; il était descendu par l’ Auripecou, affluent de la rive gauche , où sa nation était établie et avait des relations avec des blancs.
Le 21, nous entrâmes dans l’Auripecou. Celterivière n’est d’abord qu’une suite de lacs ; elle devient ensuite très étroite et se subdivise en une multitude de branches. La pluie ne cessait pa; ; nous avancions peu, et les guides enfin nous déclarèrent que, habitués à remonter celte rivière dans l’été, ils ne reconnaissaient plus leur route. M. Rège venait de tomber malade ; il fallut redescendre. Je le laissai à Carimou , et, remontant, j’arrivai le 30 au pieddu premier rapide, si t ué à environ 25 lieues de l’embouchure : M. Yincente de Mironda continua de m’accompagner, mais nos guides montraient le plus grand découragement.
Le 4 , en franchissant une chute considérable, le
câble qui retenait le canot chargé de nos provisions se rompit, et toute la farine fut perdue par l’eau qui entra. Le soir, les Indiens désertèrent avec ce même canot, et je restai avec Mironda et six nègres. 11 devenait impossible de continuer; je redescendis la rivière. M. liège, plus malade, était retourné chez lui; mais malgré la proposition qu’il me faisait par écrit d’attendre son rétablissement pour recommencer une autre expédition , je retournai à Obydos, où j’arrivai le 12 pour prendre un pilote. J’étais déterminé à remonter le Rio-Bianco , pour de là mifporter sur 1 Essequebo. Je laissai M. Mironda à Obydos et partis le l i. La rivière des Trombélas mérite cependant d’être explorée. Ses richesses minérales cl végétales ne sont inférieures à aucune de celles de ccs riches régions.
La première ville au-dessus d’Obydos et sur la même rive de l’Amazonç , est Saro , à l’embouchure du Jamandas, un peu au-dessous, sous les bareïras de Caraivacou; le fleuve est couvert d’îles jusqu’à Sylve, maintenant Saraca; les violents courants occasionnés par ccs îles sont très dangereux, même pour les grandes embarcations.
J arrivai le tS à Saraca, située à environ 2 lieues audessus de la rivière de Watuma, qui est habitée par les Indiens bariquis ou aroaquis. Un habitant dé la ville a remonté celte rivière il y a quelques années par ordre du gouvernement; il a remonté pendant plus d’un mois. Il paraît que cette rivière prend sa source dans des hauteurs qui s’étendent de Testa l’ouest ; ses bords sont peu habités. D’après ces renseignements, je crus inutile de tenter le voyage La ville de Saraca est située sur une hauteur ; on y fabrique du tabac et il s’y fait une pêche considérable; mais on n’y trouve point les pétrifications dont on m’avait parlé à Para. De Saraca à Serpa , aujourd hui Itakouativa, la rive gauche de l’Amazone est garnie d’habitations où on cultive principalement le tabac. La ville est située sur une hauteur, au-dessous d’un courant dangereux. Le nom indien de cette ville signifie pierre gravée. En effet, on me dit qu’il y avait au débarcadère plusieurs pierres qui représentent des hiéroglyphes; comme elles se trouvaient recouvertes par les grandes eaux, je n’ai pu m’assurer si c’était une disposition de la pierre ou un travail de main d’homme. Au-dessus de Serpa est situé le village d’Amatary, habité par des Indiens nïouras, dont le gros de la nation est établi sur le Rio-Madeira. I ; A ma tory jusqu’à l’embouchure du Rio-Negro, les courants sont- violents, et une suite de bancs rendent ce passage très dangereux.
Le 26 , j’arrivai à l’embouchure du Rio-Negro. Ici l’Amazone prend le nom de Soiimaoes. Les roches qui obstruent la rivière avaient fait donner le nom de Barra à la ville située à 3 lieues en remontant ; elle porte maintenant le nom de Manau , à cause des Indiens de ce nom qui habitaient autrefois ces parages. Le rio dos Manau est un peu au-dessous de la ville, où j’arrivai le soir. Elle est bien située et bien bâtie. On y voit de belles maisons et deux églises richement ornées; elle est traversée par la crique Piripity ., que l’on passe sur un pont en bois. C’est le siège des autorités supérieures de la province de Rio-Negro. La population est industrieuse et active ; mais les autorités, mal affermies, laissent tout dépérir entre leurs mains.
Après quelques explorations dans les environs de Manau, et notamment au bourg de Tharaumas, pour voir les anciennes sculptures des Indiens de ce nom , qui se sont retirés depuis longtemps sur TEssequebo , je quittai cette ville le 15 juin pour remonter le.Rio- Negro.
Les rives du Rio-Negro ont un aspect plus agréable que celles de L’Amazone; la verdure des arbres est plus variée, le paysage est plus frais. Un grand nombre d’habitants cultivent la salsepareille. Après 40 lieues de navigation , j’arrive au bourg d’Aërao, habité paille grands propriétaires de plantations de café et de cacao , et aussi par des gens de sang mêlé descendant
HISTOIRE DES VOYAGES
d'indiens aroaquis, bariquis et manaus; cette dernière nation est presque éteinte. Ayrao ou Airam est situé sur la rive droite de la rivière; en face débouche le M'acryia; les ouragans ont détruit une partie du village.
A douze lieues plus loin , et sur la même rive , on trouve la petite ville de Moura. L’industrie des habitants, tous de sang mêlé, est la fabrication des câbles et des cordages avec les filaments des pétioles du palmier , py-allaba , très abondant dans le pays. On n’emploie que ces cordages dans toute la navigation de l’Amazone et de ses affluents.
Presque en face de Moura, est située la grande embouchure du Rio-Bianco, et 9 lieues plus haut, en face de Carroreïro, est une seconde embouchure de la même rivière nommée Amajaou ; mais ce n’est pas une rivière particulière, comme l’indiquent les cartes. Cette embouchure n’est accessible que l’hiver , et aux embarcations moyennes seulement. C’est ce qu’on appelle dans le pays un gappo (marécage). On navigue au milieu de la forêt . Un Indien , debout à la proue du canot , coupe avec un sabre les lianes et les herbes qui s’opposent au passage; c’est une vaste inondation.
J’arrivai le 29 juin à Carroreïro par un vent violent. Les habitants ont la même origine et les mêmes occupations que ceux de Moura. Je m’étais déterminé à venir chercher celte embouchure du Rio-Bianco, à cause des accidents fréquents qui arrivent dans l’autre par la rapidité du courant et les violents coups de vent que l’on éprouve dans cette passe.
Le 30, nous entrâmes dans l’embouchure, naviguant dans la forêt inondée , au milieu de poissons de très grande taille, tels que lamentins, et une espèce de marsouin appelée dans le pays botes ou prjra-youvar . Beaucoup de lacs communiquent avec celle inondation : celui d’Ikérou-Enne est remarquable par le grand nombre de tortues qu’il contient.
Jüsqu’au 5 juillet, nous naviguâmes dans un véritable labyrinthe, où il devint presque impossible de se servir de la boussole. Nous entrâmes enfin dans le lit de la rivière, et parvînmes le même jour à Santa-Maria , bourg habité par les Indiens alurays , à peu près civilisés.
Le 21 , j'arrivai à Carno , village peu considérable , à 40 lieues de l’embouchure, naviguant presque continuellement à travers la forêt pour éviter les courants. Les habitants de ce village sont d’origine Àturays et de métis provenant de Portugais et d’indigènes. Les bords inondés du fleuve sont remplis de palmiers et de yucas. La direction depuis Santa-Maria est estnord-est. Un peu au-dessus de Carno, on trouve le rapide de Ouri-Ounamada, et plus haut de grandes îles.
Caratérimave est le premier affluent de la rive gauche du Rio-Bianco, à 8 lieues de Carno. Cette rivière est habitée par les Paunianes , nation qui n’a aucune communication avec les blancs, et qui trafique par l'intermédiaire des Wapitchaves, autre nation établie aux sources de la même rivière.
Ce n'est qu’à 50 lieues de l’embouchure de la rivière, et après avoir reçu le Jarani et l’Àlacouri surfa rive droite, que l’on commence à apercevoir des montagnes à l'horizon ; on distingue entre autres le pic de Tapir Apecou (langue de bœuf).
Nous arrivâmes le 17 à un village de nos guides dans l'Urariquaire , à environ 40 lieues du fort Saint- Joaquim. Toute la tribu émigrait. Pendant les préparatifs du départ, qui devaient durer quelques jours , Lourenço m'engagea à l’accompagner, pour aller pêcher à quelques lieues de là en enivrant le poisson. 11 voulait aller aux sources du Parimi. Nous remontâmes environ 20 lieues, et, laissant nos canots, nous prîmes notre direction à travers les savanes, sur une cordillière située dans l est. Après cinq heures de marche , nous arrivâmes au Parimi. Il était très étroit , et son cours tellement rapide, que les canots ne peuvent le remonter. Bientôt nous arrivâmes à une mare située au pied de la montagne, qui conservait des lagunes assez profondes. Là nous trouvâmes du poisson en telle abondance, qu’en deux jours nous en eûmes plus que les hommes ne pouvaient en emporter. 11 est probable que , dans la saison des pluies, le marais dans lequel le Parimi prend sa source peut présenter une surface d’environ une lieue de long sur moitié de largeur. C’est là le fameux lac Parime , sur les bords duquel des palais, construits de l’or que l'on retirait du lac , avaient fait donner au paysHe nom d El-Dorado. Ces contes des romanciers espagnols passent encore pour des vérités au Brésil; et il n’y a pas vingt ans qu’un commandant du fort Saint-Joaquim , soupçonné d’avoir recueilli dans ce lac une immense quantité d’or, fut exécuté par ordre du gouverneur général de la province.
Au moyen d'un portage de quelques jours à travers le Serra , on communique du lac Parime aux sources du Caroni, qui débouche dans le Bas-Orénoque.
Le 24, nous étions de retour au village des Indiens. Le 26, nous nous remettons en route, et remontons la rivière Urariquaire encore deux jours. Une partie des Indiens nous avait précédés, devant faire par terre le trajet jusqu'à l’Orénoque; les autres se portèrent aux sources du Mahon. L’horizon est borné de toutes parts par des montagnes; les plus élevées paraissent se diriger de l’est au sud-est. Nous laissons nos embarcations sur la rive droite du fleuve, et nous nous dirigeons au sud-ouest, d’abord les deux premières journées à travers les savanes, continuellement coupées de collines assez élevées, et ensuite à travers la forêt. Bientôt , d’après les nombreux détours que faisaient nos guides, il devint impossible de relever la route à la boussole.
Après cinq jours d’une marche pénible, gravissant des montagnes pour retomber dans des pinotières inondées l’hiver, Lourenço me prévint que nous allions arriver sur le Garapé Tuaïa , où nous construirions nos canots avec l'écorce des warigwas, qui y abondent.
En effet, nous construisons nos canots, et après un jour de navigation sur le Tuàia , nous entrons dans l’Orénoque le 2 septembre. A cette hauteur, le fleuve, resserré entre des bords escarpés, roule avec fracas sur des barrages élevés; les eaux décroissaient à vue d’œil. Delà nous revînmes à la Guyane.
Albert-Montémont.