‹ Voyages en AmériqueChapitre 8 sur 65 · CONQUÊTE DU MEXIQUE · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DU MEXIQUE

PRÉLIMINAIRE

Fernand Cprtez, conquérant du Mexique, était né en 1485, à Médellin, ville de l'Estramadure, d’une famille noble. Dans sa première jeunesse, il avait étudié à l’université de Salamanque, et le dessein de son père était de l’appliquer à la jurisprudence; mais sa vivacité naturelle, qui ne s’accommodait pas d’une profession si grave, le ramena chez son père dans la résolution de prendre le parti des armes. Il obtint la permission d’aller servir en Italie, sous le grand Gonsalve de Cordoue, et le jour de son départ était marqué, lorsqu'il fut attaqué d’une longue et dangereuse maladie qui mit du changement dans ses projets, sans en apporter à ses inclinations. Il résolut de passer en Amérique pour y chercher la fortune et la gloire ; il y passa dans le cours de l’année 1504, avec des lettres de recommandahûn pour don Nicolas d’Ovando , son parent, qui commandait dans l’île Espagnole. Quoiqu’il eût à pprne vingt ans, il fit éclater sa hardiesse et sa fermeté dans plusieurs dangers auxquels il fut ex-

posé pendant la navigation. Ovando le reçut avec amitié, et le garda quelque temps près de lui ; ensuite il lui donna de l’emploi. Cortez était bien fait, et d’une physionomie prévenante ; ces avantages extérieurs étaient soutenus par des qualités qui le rendaient encore plus aimable: il était généreux, sage, discret; il ne parlait jamais au préjudice de personne; sat conversation était enjouée; il obligeait de bonne grâce; et sans vouloir qu’on publiât ses bienfaits. Un mérite si distingué, et les occasions qu’il eut de signaler sa valeur et sa prudence, lui avaient acquis beaucoup de réputation dans la colonie, lorsqu’en 1511, V.élasquez, qui passait dans l île de Cuba , lui proposa; de le suivre avec l’emploi de secrétaire. Il accepta cet office ; mais le gouverneur ayant lait des mécontents,. Cortez, qui était apparemment de ce nombre, se chargea l’année suivante de porter leurs plaintes à l’audience royale de San-Domingo. Ce complot fut découvert : Cortez fut arrêté et condamné au dernier supplice; sa grâce néanmoins fut accordée aux instances’ de quelques personnes de considération , et le gouverneur, se contentant de l’envoyer prisonnier à San-Domingo , l’embarqua dans un navire qui mettait à la voile ; mais n’étant point observé à bord, il eut le courage pendant la nuit de sauter dans la mer avec un ais enjre ses bras. Après avoir couru le plus terrible danger1 ; il fut jeté sur le rivage, où ih retomba sous le pouvoir du gouverneur, qui, frappé; de l’énergie de son caractère, prit le parti de s’en faire un ami et le combla de faveurs. Vélasquez, qui vou-

HISTOIRE DES VOYAGES

lait surtout dans ses lieutenants un dévoûment ser- | vile à ses volontés et à ses intérêt^, crut avoir trouvé i ce qu’il cherchait dans un homjne tel que Collez, qui I lui avait tant d'obligations ; mais ceux qui avaient observé de plus près l’ânie altière et ambitieuse de eé nouveau commandant, jugèrent que la confiance de Yélasquez ne pouvait pas être plus mal placée. Un jour que le gouverneur et le capitaine général de la (lotte se promenaient ensemble, un fini, nommé Franckquilto , s’approcha d'eux , et se mit à crier que Velasquez n'y entendaitrien, et qu’il lui faudrait bientôt une seconde flotte pour courir après Coï tez. « Compère , dit le gouverneur (c'était ainsi qu’il nommait ordinairement Corlez, dont il avait tenu la fille sur les fonts de baptême), entendez vous ce que dit ce méchant Francisquillo ? — C’est un fou, dit Corlez, il faut le laisser parler. » Cependant les concurrents au commandement qu’il avait obtenu profilèrent de ces ouvertures pour jeter des soupçons dans l’esprit naturellement défiant de Vélasquez. Corlez, qui s’en aperçut, ne songea qu’à presser son départ: il employa aux préparatifs tout son bien et celui de ses amis. L’étendard qu’il fit arborer portait le signe de la croix , avec ces mots pour devise en latin : Nous vaincrons par ce signe. C’est l’inscription du fabuleux Labarum qui, à ce qu’on prétend, apparut à Constantin En peu de jours il rassembla sous ses ordres environ l**is cents hommes, entre lesquels on comptait Bernard Diaz del Castillo, qui publia l’histoire de cette expédition. Corlez était si alarmé qu’il se disposa à s’embarquer sans prendre son audience de congé. Vélasquez fut averti que la flotte al lait mettre à la voile ; il se leva aussitôt, et toute la ville fut troublée : il alla au rivage dèsla pointe du jour avec une nombreuse suite. Cortez, l’ayanlaperçu, descendit dans une chaloupe armée de fauconneaifx, d’escopettes et d’arbalètes, accompagné de ses plus fidèles amis, et s’approcha du rivage. Vélasquez lui dit,: «Compère, compère, vous partez donc ainsi sans dire adieu ? Il est bien étrange que vous me quittiez ainsi. » Cortez lui répondit : «Seigneur, je vous en demande pardon ; mais sachez qu’on ne saurait apporter trop de diligence aux grandes entreprises; ordonnez seulement ce que vous souhaitez que je fasse pour votre service. » Vélasquez, surpris, ne sut que répondre; Cortez retourna sur-le-champ aux vaisseaux , et partit le 18 de novembre 1518, -et rasant la côte du nord vers F est alla mouiller en peu de jours au port de la Trinité, où il avait quelques amis qui le reçurent avec des transports de joie. La ville du Saint-Esprit, qui est peu éloignée de la Trinité , fournit aussi ses plus braves 1 citoyens. Une belle noblesse, et plusde*cent soldats qui furent tirés de ces deux villes, augmentèrent également larépntationetlesforcesde l’armée, sans compter les munitions, les armes, les vivres, et quelques chevaux qui furent embarqués aux frais de Cortez et de ses amis. Outre les dépenses communes, il distribua libéralement tout ce qui lui restait de son propre bien en treceux qui avaient besoin de secours pour former leur équipage. Celte générosité , jointe à l’espérance que ses qualités naturelles faisaient concevoir de sa conduire, lui attacha tous les cœurs par des droits plus forts que ceux du rang et de l’autorité.

La flotte partit du port de la Trinité et se rendit à la Havane. Cortez y ménagea jusqu’au temps de son loisir. Il profila de ce court intervalle pour mettre l’artillerie à terre, pour faire nettoyer les pièces, et pour exercer les canonniers.à leurs fonctions. Le canton de la Havane produisant du colon en abondance, il en fit faire une sorte d'arme défensive, qui n’était qu’un double drap de coton piqué et taillé en forme de casaque, à laquelle on donna le nom d' estampille. Cette armure, qui doit son origine à la disette du fer, devint si commune après l’expérience, qu’un peu de coton piqué mollement entre deux lobes passa pour -une défenseplus sûre quele fer, contre la pointe des flèches et des dards américains, sans compter que les flèches, y demeurant attachées, perdaient encore leur activité,

et n’allaient blesser personne en glissant sur les armes. Cortez faisait faire aussi tous les exercices militaires à ses soldats : il les instruisait lui-même par le discours et l’exemple.

Après les assurances formelles de l’affection de son armée, Cortez ne vit plus d’obslacle à redouter pour le succès de son entreprise. Sa flotte se trouva composée de dix navires et d'un brigantin. Il divisa toutes ses troupes en onze compagnies, et les mit sous les ordres d'autant de capitaines qui devaient commander ces onze vaisseaux, avec une égale autorité sur mer et sur terre. Il prit ie commandement de la première compagnie, et. donna pour mot Saint- Pierre, sous la protection duquel il déclara qu’il mettait toutes ses entreprises.

RELATION

On mit à la voile , du port de la Havane, le 10 de février 1519. Apiès avoir eu pendant quelques jours des vents impétueux à '•ombatlre, toute la flotte se réunit dans l ile de Cozun.el, et l’on fit une revue générale. Le nombre des troupes mentait à cinq cent huit soldats, sans y comprendre les officiers, et cent neuf hommes pour le service de la na- igaMÜm. Quoique la plupart eussent déjà fait éclatei leur ardeur, Cortez, après leur avoir fait une exhortation générale, prit les officiers à part, s’assit au milieu d’eux, et leur adressa une harangue que Solis nous a conservée. Les insulaires s étaient retirés dans les montagnes à la vue de la flotte ; mais ils furent excités à descendre par le bon ordre qu’ils virent régner dans le camp des Espagnols, et bientôt ils se mêlèrent parmi eux avec autant de familiarité que de confiance. Cortez apprit du cacique que dans un canton de la terre ferme il y avait quelques hommes barbus , d’un pays auquel ils donnaient le nom de Castille. Il ne douta point que ce ne fussent quelques-uns des Castillans qu Hernandez de Cordoue et Cfrijalvas’étaient plaints d’avoirperdussur cette côte; et comprenant de quelle importance il était pour lui de s’attacher quelques hommes de sa nation qui devaient savoir la langue du pays, il fit passer Ordaz à la côte de l’Yuçalan, dont nie deCozumel n’est éloignée que d’environ quatre lieues. Deux insulaires, choisis par le cacique même, furent chargés d’une lettre pour les prisonniers, et de quelques présents, par lesquels on se flattait d’obtenir leur rançon. Ordaz eut ordre de demeurer à l’ancre pendant huit jours, qui étaient le temps nécessaire pour la réponse. Ordaz n’ayant pas reparu dans le terme de huit jours, le départ ne fut pas retardé plus longtemps ; mais une voje d’eau, quise fit au vaisseau d’Escalantc, ayanlbientôt obligé la flotte de retourner dans l’îlc d’où elle était partie, il fallut employer quatre jours au radoub ; et comme on remettait à la voile, on découvrit de fort loin un canot qui traversait le golfe pour venir droit à 111e. Il portait quelques Américains armés, auxquels on fut surpris de voir faire une diligence extrême, et témoigner peu d£ crainte à la vue de la flotte. Le général fit mettre quelques soldats en embuscade, dans l’endroit du rivage où le canot devait aborder. Ils laissèrent descendre les Américains, et leur ayant coupé le chemin, ils fondirent impétueusement sur eux. Mais un de ces étrangers, s’avançant les bras ouverts, s’écria en castillan qu’il était chrétien. Ils le reçurent avec mille caresses, et le conduisirent au- général, qui reconnut ses compagnons pour les mêmes insulaires qu’il avait envoyés avec Ordaz à la côte d’Yucatnn.

Les Castillans, partirent de Cozumei le 4 de mars ; et doublant la pointe de Cotoche, ils sut bi en t la côle et allèrent mouiller à la. rivière de Grijalva. On n’y fut pas longtemps sans entendre des cris tumultueux, qui semblaient annoncer de la résistance dans un canton

Page 1