II. Voj.daatrAnbit. S
^t belliqueux. Ils ont opposé une résiatancç dét^rmi-t née aux Wahhabites ^ et ^ dans toutes les dissentions civilesy^ se sont montrés supérieurs aux habitaus d(^ la ville. Ou dit qu'ils descendent: d'Yezi4^ fils f}ç Moavia ^ qui prit et saccagea Médine eu Tau 60 de l'bégire. Us ne se marient qu'entre çux^ et manife^h tent dans toutes les occasions un grand esprit de corps. Plusieurs professent publiquement la doctrine des schiites dans leurs bosquets^ mais sç i^patrent sunuites quand ils viennent à la ville. Quelques uns se sont établis dans les faubourgs pu ils jBxercent seuls la profession de boucher. J'ai quelquefois entendu que dans les querelles on les traitai^ touthaut d'hérétiques et de rtaouafedh^ et ils ne cherphaieut pas à le nier. Dans le désert de l'esté à trois ou quatre journées de marche de Mi^dine^ on trouve une tribu entière de Bédouins nommée Beui Aly, qui sont tous sdiiitQS. C'est un* sujet d'étonnement que les deux villes les plus saintes du monde musu^nan orthodoxe soient entourées l'une de seidites, l'autre de schiites, sans qu'il ait été fait aucune tentative pour les éloigner. >
. . On compte aussi parmi les anciennes familles de ]Vfédine quelques descendans des Abassides réduits maintenant à une grande pauvreté ; on les désigne p$ur. la. d^nqmination de khaUJiéy\^àii\jaa^ïïi que leur origine remonte aux khalifes.
, . La population de Médine ^ presque entièrement composée ^ de £^mille8 d'origine étrangère ^ offre le même mélange qu'à la Mecque, il ne se passe pas d'animée sans quede nouveaux eolons viennent Taug* nienter; chaque paravane de pèlerins quFtraversp
cette ville, ylaisse quelque^ voyageiirsquis'y arEetent d'abord avec l'intentiou d'y rester uu ou deux aos au plus^ mais qui s'y fixent pour toujours. Le$ descendons de Turcs du nord y sont très nombreuse;, mais la plupart des habitans font remonter son origine à des étrangers venus de l' Yemen et du Hadrar maut , de la Syrie^ de VËgypte et des pays barbares:* ques. Scheikh Sad-Eddin el Kurdi^ mon méz^ou^, était s^insi nommé paxce que son grand-père était un il^urde. La maison où je demeurais appartenait à S«id Omar, . scbérif de la tribu de Yafaî, de l' Yemen : ses ancêtres s'étaient établis à Médine depuis plusieurs siècles. On y trouve également des Indiens, mais bien moins qu'à la Mecque. De même que dans cette ville ce sont des droguistes et des détaiUeurs. Je ne crois pas . qu'il y en ait un seul qui fasse ea gros le commerce des marchandises de son paysi* Ai^isi qu'à la Mecque ils forment une petite, colonie distincte par son costume et ses usage^ , ne se mariant ou ne .se mêlant que rarement avec le. reste, de la population.
Tous les babitans qui appartiennent aux autres nations sont devenus, à la seconde. et à la troisième géuj^ration, Arabes par les. traits et le caractère.; néaumpins ils se distinguent des Mekkaouis, étant moins bruns • et formant ainsi un chaînon intermédiaire entre les peuples du Hedjaz au sud , et les Syriens au nord; ils ont les traits un peu plus gros , la barbe plus touffue et le corps plus robuste que; les Mekkaouis ; mais la physionomie ^ l'expression et les traits du visage sont leis mêmes dans les deu^ villes^
m^ il6 ^
Quant au costume^ les Médinaouis se rapprochent plus desTurcs que de leurs voisins du sud ; très peu portent le béden, ou manteau arabe sans mancheé ; même les gens plus pauvres ont des robes longues avec un djubbé ou manteau de dessus en drap ^ ou bien un àbba à raies brunes et blanches comme en Syrie et dans tout le désert*. Oh voit ici plus de calottes rouges de Tunis et de souliers tui^ qu'à la Mecque ^ où les hommes de la classe inférieure ont des calottes blanches et des sandales. Les habîtans aisés s'habillent bien y ils ont des manteaux de^^ bon drap^ de belles robes ^ et en hiver de bonnes pelisses apportées de Gonstantinople par la voie du Caire ; j'en vis beaucoup dans les mois de janvier et de février^ saison qui est bien plus froide ici , dans les déserts de l'Arabie^ que les Européens ne le supposeraient. On peut dire qu'en général les Médinaouis se mettent bien mieux que les Mekkaouis^ quoique bien moins proprement; mais ici il n'y a pas de costume national ; dans les temps froids^ les pauvres se couvrent avec telle espèce de vêtement qu'ils peuvent se procurer à bas prix dans les ventes publiques à l'encan ;• souvent on aperçoit nin homme affublé de l'habillement de trois ou quatre pays différens^ arabe jusqd'à la ceinture/ soldat turc à 4a poitrine et aux épaules. Les gens riches déploient beaucoup d'ostentation dans leur mise ^ et rivalisent à qui brillera le plus sous ce rapport. J'ai vu ici plus d'habits neufs ^ même après la clôture des fêtes annuelles ^ que je n'en avais observé dans toute autre pays du Levant. De même qu'à la Mecque^ les sché-* rifs ne font pas usage de la couleur verte; ils n'ont
que de simples turbans de mousseline blanche ; mais ceux de la Turquie septentrionale qui se sont éta* blis ici depuis peu de temps , ont conservé la marque distinctive de leur noble extraction.
Avant la conquête des Wahhabites^ quand les habitans étaient exposés à de fréquentes rixes sanglantes entre eux^ ils ne sortaient qu'armés du djombié ou coutelas arabe recourbé ; maintenant on en aperçoit bien peu ^ mais chacun y depuis le plus grand jusqu'au plus petit ^ porte à la main une longue et lourde canne, celles des riches ont une pomme en aident j d'autres sont armées de pointes de fer, ce qui en fait une arme formidable que les Arabes manient avec beaucoup de dextérité. Les femmes s'habillent comme celles de la Mecque; celles de la classe inférieure ont des robes bleues, et celles de la haute classe des mellajrés de soie.
Les Bédouins des faubourgs et des environs sont habillés absolument comme ceux du désert de Syrie; ils ont une chemise, tm abba, un keffié sur la tête, un ceinturon de cuir où leur couteau est fiché, et des ^smdales. Ceux-mémes qui se sont fixés à demeure, forment une classe à part qui ne se mêle pas avec le reste des^ habitans. Ils conservent leur costume , leur langue, leurs usages, et vivent dans leurs mai* sons de la même manière que çôus leurs tentes dans le désert. De tous les peuples de l'Orient, les Bédouins sont peut-être ceux qui ont le plus de répugnance à abandonner leurs habitudes nationales. On en voit en Syrie, en Egypte, dans le Hedjaz, qui depuis des siècles ont des demeures fixes et sont deryenus cultivateurs, mais ils a'pi^t adopté qu'un petit
»- ii8 *-«
nombre des usages des paysans et s'enorgiieillîssetit toujours de leur nom de Bédouins.
Les Mëdînaouis n'ont pas les mêmes moyens de gagner leur vie que les Mekkaouis. Quoique Ifeur Ville ne soit jam^tis entièrement vide de pèlerins étt-angers, cependant oti ti'y voit pas ce concours îîtimense qui rend la Mecque si peuplée pendatit plusieurs mois et qui eîi fait le marché de tous les pays de l^Orient. Les pèlerins qui viennent à Médinè sont rarement des marchands, ou du moins n'y ar^ riventpas pour y faire des affaires de cominerce ; ils laissent leur gros bagage sui^ la côté. Même lès marchands syriens, qui passent avec la grande caravane; ne font pas souvent du trafic, à inoiàs que ce ne Soit pour quelques charges de chameau de ffiiits secs ou de tabac. Le commerce de Médinè e^t-bôrné à la consommation dé la ville et à la venté de vêtemens et dé provisions aux Bédouins du voisinage. Ces objets arrivent par Yambo et sont appointés prestpie exclusivement d'Egypte. Peu de gros iharchahdé sont* établis à Mèdihé, on n'y connaît l^ue le commerce en détail, et quiconque a des capitaux les place eii mai^chandises, suivant l'usage général de là Syrie fet de l'Égyjfite où il n'existe pas d'ètablissèmeîis publics tels^ que les banques, ou des compagnies de bomïïietce, où dés fonds nationaux, qui dbniient l'intérêt de l'ârgeiit. La loi turque interdit rigoureusement le prêt à intérêt; quand même il en serait autrement, quel est le gouvernement ou la classe d'habitans, à qui les gens du pays voiilûséent: cohftèr des sommes considérables ? Le placértiient dès caf îteiux en terrés est également sujet à de grarids rîs^
ques (i). On prend ordinairement le parti de former Une association avec des petits négocians ou ayec des détailletirs , et on obtient ainsi une part dans leurs bëiiëfices; mais cela occasione autant de tracas que si l'on faisait soi-même le commercei, parce <jti'ôn est obligé d'avoit constamment des comptes ouverts avec les associés et de les surveiller sans rc^ lâche. L'usure est en usage; au Caire, par exemple, riiitérêt annuel est de trente à cinquante pour cent; intds peii de Turcs se livrent à ces opérations qui sohl réprouvées par l'opinion. L'usure e^t entièrebiënt dtos lè^ mains des Juifs et de chrétiens, le i^but de l'Europe.
Dàiis Tëtat actuel et déplorable de la société en Orient , tien Jièut-être ne produit un effet plus déiiastreuje sur l'esprit et sur la prospérité des habitons
( I ) Un décret de Mohammed Aly publie en 1 8 1 3 rend l'achat des terres en Egypte im^iraf icablè. tl statàe qUe tous les miiltezimou propriëtairet •éû tétitk quiftT^knt une part dans la posseteion des Tillages et des bienar fonds tstqui formaient une classe d'boçnmes yiyant de leurs rentes dans les villes de province, recevront à Fa venir leur revenu annuel dutrësor dâ pàcba;'ofji ils slVaient à k<Suffrir tontes sortes d'humiliations et d'injq^ticin. Là totalité d a solde r.f^pte[ e«t déclarée propriété du.gouyernement, bu^ en 4'autres termes, de Mohammed Aly qui en abandonne la cùltiire aiix f^itahs aux conditions que lui-même iiApose. RécDotamtnt 9 'dot fellahs <fui tenaient à, bail cinq mille acres de terlroi
-jR^tprialeflia^^iô^tissent ayssi lë|ur ppssesfteur à-de grandi inconvénient; il est tourmenté par tous les gouverneurs du pays et par chaque soldat tjui'paste; son ré^fenasbuffré des extorsions du pacha, qui ordinaireinent itajpipdûilSlaBlourdeitKnt tvt* le cultivateur que sur lé capitaliste j s'il jie tfirxpiUii pas constamment 8€8 paysans , ceux-ci le trompent et lui font perdre tous ses proats.
que la nécessité de continuer pendant toute leur vie des affaires sujettes aux soucia et aux chances. L'es* përance qui sourit à un Européen, la perspective de jouir dans sa vieillesse des bénéfices de $on travail pendant ses jeunes années, sont inconnues à l'habitant de 11[)rient. S'il se retire des affsiires , il s'expose à un danger réel , puisque cette démarche le signale à un gouverneur rapace , comme possédant des richesses. La double influence du régime turc et de la reUgion musulmane, a engendré une hypocrisie si universelle, qu'à peine un seul sectateur de l'islamisme , dont l'air tranquille pendant qu'il fume sa pipe, couché sur un sofa, donne l'idée de la satisfaction et de l'apathîe les plus complètes , ne souffre pas intérieurement tous les tourmens de l'envie^ de l'avarice non satisfaite, de l'amlution,. ou de la crainte de perdre son bien mal acquis.
Des voyageurs qui traversent rapidement l'Orient, sans en connaître la langue , ou qui ne fréquentent guère que des personnes intéressées à ne pas se montrer sous leur vrai caractère^ sont trompés continuellement par le maintien imposant des Turcs, leurs manières patriarcales, leurs discours solennels ; et cependant ils tourneraient en ridicule un Français qui, après quelques mois de séjour en Angleterre, et ignorant la langue de ce pays , pi^tendrait avoir une connaissance compétente du caractère des Anglais et de leur constitution : mais ils devraient faire attention qu'il est bien plus aisé à un Français de juger une nation européenne voisine , qu'à aucun Européen déjuger les nations de l'Orient, dont les mœurs, les idées et les notions sont si
semblables des siennes. Quant à moi^ un long sé^ jour parmi les Turcs , les Syriens et les Égyptien»^ m'autorise à déclarer qu'ils sont totalement dénués de Teitu^ d'honneur, et d'équité ^ et encore plus.de charité ou d'indulgence; on ne rencontre de l'honnêteté que chez les pauvres et les idiots. De même que les Athéniens de l'antiquité^ les Turcs connaissent peut-être ce qui est juste et louable, mais ils le laissent pratiquer aux autres, bien que, ayant tou<* jours de belles maximes sur le bout des lèvres, ils s'^orcent de se persuader qu'il se conduisent d'après ce qu'elles prescrivent. Ainsi le Turc se regarde comme un bon musulman, parce qu'il n'omet aucune des prières et des ablutions ordonnées par la loi, et qu'il implore fréquemment de Dieu le pardon de ses péchés.
A Médine beaucoup de monde sç livre à de petites affaires commerciales principalement en vivres, ce qui est très lucratif, parce que cette ville dépend pour la subsistance des caravanes d'Yambo qui arrivent rarement avec régularité, circonstance qui occa- ^ione des variations continuelles dans le prix des denrées. Il en résulte une fâcheuse conséquence en ce que les marchands de blé réussissent quelquefois \ établir un monopole , parce qu'il n'en reste que dans, leur magasin , les petits marchands ayant été obligés de vendre. Quand la venue des caravanes est long-temps retardée, le prix du blé monte à un taux énorme, et les. chefs de la ville étant intéressés dans ces sortes d'affaire, on ne peut guère supposer que les magistrats aient la volonté d'y intâ:Tenir.
Après le comjKierce des denrées, celui qui se fait
ras
àtec lès Bëdonîns dfu voisinage est le pltls eohiitdérable ; ils approvisionnent la ville de heurte , dé iniel, objet très essentiel dans la cuisiné du Hedjàz, de brebis, de charbon; ils prennent en retour du hlë et des vêtemens. Leur arrivée à Mëdine n est pas ûoil Jilùs très réglée , et si deux tribus isôiit eii guert^ Vnne contre Taiitre, la ville est pendant ûii moi^; pour sa subsistance, à la merci de quelques gros rfiat^ ôhands qui sont approvisionnés dès choses ddtit Un a besoin. A mon arrivée, on ne pouvait se ptofeiirer du beurre au marché et le blé était de cin- Ijtiante potir cent plus cher qu'à Yaiiibôj bièiitôt ïiprés il mànc^ua entièrement ; à une àùtrë ëpbqûë te fût le sel • il eh fut dé méiîie du châtbon ; en géhéral, le marché des déhréês était trè^ îhal organisé. Dans d'autres villes du Levant, par eiemple à là iMfecque et à Djidda, le itiôthéseb est Tofficier public chargé de surveiller Isl vente des denrées , d'empiÈPfehér qu'elles né mont'eiit à deè prix exorbitans, et de fixer îin màximuin a tous les marchands de subsistances, afin que leur profit isôit raisonnable et non eicessif. Mais il n'en est pas aîlisî à Médihe, patcè qiie lé iiiothéséb rif jouit d'aiicutie âiitoritë. Daiîè iln quartier de là ville le blé coAite iHifagt pour tient blus cher que dàtis un autre, il éri feàt de même de toutes les aiitres chosefe ; de sorte qiië les ëtràiigfers qui îgiiorent ces particularité^ sûppoliëht uti damînagé réel. Durant faioii séjour, les comitiunicâtiiiiik avec Yambo étaient entretenues pat iine caravane d'à peii prés cent cinquante cliàmeàiix,' qiii arrivait à Mëdine tous les quinze jours, et par de petites troùpeb dé mktéhands bëdoùiii^ qtd avaient dé cînij &' dix
bliàhieaûx et vienaîent tous lés çtnq bii six jours. Là plus grande partie de leurs charges était destinée à l'armée de Tousoun pacha; le reste consistait eh ïnarchandises et en denrées ; toutefois la quaùtité de fcflles-ci n'était pas proportionnée aux besoins de la ville. J'appris d'une personne bien informée que la consommation journalière de Médine était de trente à quarante erdebs oii vingt-cinq à trentCH cinq charges de chameauMu Hedjaz. On dît que le produit des champs qui entbiiretit cette cité suffit à peine à sa consotnmation pour quatre mois i felle dépend donc^ pour le reste de l'année, d'Yàmbil bu des arrivages d'Egypte. Eh temps de pilx, l'abolidance règne ; mais récemment , depuis que l'arniéé turque y a été cantonnée, les Bédouins craignent de Confier leurs chameaux aux malus des Turcs, et l'âj^ protîslonilemènt n'est plus au nîveâu des besoin^ de la ville. Il en est résulté de grands incônvériîen^ pour les habitans ; ils ont considérablement réduit leur consommation eh blé , et mangé jusqu'au dernier grain de leurs approvîsiohnemens. Toùsouii pacha avait commis rîinprùcléhce de S'enipàrei* d'uûé grande quantité de i^hahieàtix de Bédouins et de leë obliger de suivre son. armée, ce qui leur avait causé ùiié si grande frayeur ijù'avànt l'arrivée de IVÏohàmined Aly, ori craignait la famine, faute de bêtes dé somme. Le pacha s'efforça de rétablir la confiahce; fet quelques Bédouins commencèrent, à ttivenir aveë leurs animaux.
En temps de paix il arrive aussi des caravanes dé blé dû Nédjd, notamment du territoire dé Cassîmjf fiisli^ elles ataieitt été ëgdlèttient idtentbinpuei. JTap^
pris que Tarrivage des denrées venant d'Yambo avait cessé pendant plusieurs années après la prise de Médine par les Wahhabites , pai^ce que Saoud leur chef désirait favoriser les habitans du Nedjd ses sujets^ et que dans cet intervalle Médine tira tous ses approvisionnemens de cette contrée et de ses propres campagnes. Les denrées y devinrent très chères; les classes inférieures vécurent presque entièrement de dattes et de pain d'orge très grossier; le nombre de ceux qui pouvaient se procurer un peu de beurre était très restreint^ et encore moins pouvaient avoir de la viande. Le fruit du nebek^ qui mûrit au commencement de marSy remplaça les dattes et fut près* que l^ur seule nourriture pendant plusieurs moisson en voyait de grande .tas dans les marchés et un individu pouvait en obtenir assez pour sa subsistance en échange d'une valeur d'un penny en blé que les Arabes recevaient au lieu d'ai^ent. Les plantés potagères cultivées dans les jardins le sont principalement pour l'usage des étrangers; elles n'ont pas beaucoup de goût : les Arabes ne les aiment pas^ ceux qui ont visité d'autres pays sont les seuls qui en mangent^ les autres ne recherchent que les oignons frais, les poireaux et l'ail.
Pendant les deux ou trois mois que duré la récolte des dattes, ou de juillet en septembre , car les diverses espèces mûrissent à des époques différentes , la classeinférieure des habitans de Médine ne se nourrit que de ce fruit, et pendant le reste de l'année, elle continue à le manger sec. Ainsi' sa récolte a ici la même importance que celle du froment en Europe, et quand elle manque, elle cause une ca-
lamité générale. « Quel est. le prix des dattes à It Mecque ou à Médine? » est toujours la première question adressée à un voyageur par un Bédouin qui le rencontre sur un chemin. Il arrive à Médine une quantité considérable de ces fruits , de cantons éloignés^ notamment de Fera^ vallée fertile que possède la tribu des Béni A'amer; elle est à trois ou quatre journées de distance et à autant de Rabegh dans les montagnes.
Quoiqueles affaires commerciales soientassez géné« rales^ cependant on ne voit qu'un petit nodibred^ha-' bitans s'en occuper ostensiblement. Us sont pour la plupart cultivateurs^ ou dans les classes supérieures^ propriétaires de terres ou desservans de là mosquée^ On désire beaucoup de posséder des champs et desr jardins^ parce que la qualité de propriétaire foncier est très honorable ^ et quand la récolte des dattes est abondante , les champs donnent un gros revenu. Si j'en juge d'après deux exemples qui m'ont été cités, il est 9 dans les années ordinaires^ de douze à seize pour cent sur le prix d'achat. On a calculé que l'an passé il fut de quarante pour cent^ et toujours le propriétaire donné au cultivateur la moitié du produit en nature. Les classes moyennes ne peuvent placer leurs petits capitaux en jardins^ parce qu'un intérêt de seize à vingt pour cent serait insuffisant pour elles. Quiconque fait le commerce dans le Hedjaz ayec un fonds peu considérable , veut qu'il ne lui rapporte pas moins de cinquante pour cent par an. Ces sortes de gens, en trompant les étrangers, réussissent à doubler leur capital. C'est pourquoi les terres ne sont achetées que par ceux qui, par le tra«
$c pu pa^ le revenu qu'ils tirent de U mosquée pu ^ pèlerins^ ojat déjà ga|;Qé un0 fortuixe conBtd^
. La principale ressource des Médin^ouis consista ^ai)$ U mosquée et dans le pèlerinage. J'ai d^à piurlé des ferraschin et dç leurs profits; il faut aJQuteç a cette sorte de gens un grand nomlu[^ d'autre» attachés au. temple , dont les changes sont de^ siné-^ cures, et qui participent aux revenus du Haraia; uue foule de mézaouars et presque Ijpus les maîtres de, maisons qui Ipueut des appartemens aux péle;rin9. ^dépendamment d'une part dans les revenus de 1^ mosquée, ses desservans dans toutes les cUsses. ont Ipur sur]:a ou rétribution anniiellefippoilé de Cons-, l^tinople eti du Gaii^e^ et tous les hàbitans jouisseut ôfi donations annuelles du même genre, . qui sput également désignées par le nom de surra; il est vrai que ces salaires ne sont pa^toujours distribués aveq régularité , çt que beaucoup de personnes de la clause, I4. plus pauvre à qui ils furent destinés dans rpri«i gpaie en sont privées aujourd'hui. Toutefois les somr mes parviennent à Médine et y entrent en circulation (i). De cette manière , beaucoup de familles sont entièrement entretenues par les surra, et reçoivent par an jusqu'à cent et deux cents livres sterling ^ns rien faire. Les Médinaouis disent que, sans ces rétrij-
(i) Kaï^^g sultan d'ËgyptOi après avoir rebâti la mosqiufe ei^ ^t A. H., appropria u n reyenu annuel de 7, 5oo erdebs à Tusage des habitant de Mëdine j TEgjrpte davait le fournir. Sultan Soliman' ibn Selim accorda 5,006 erdeb» pour le même, fbjet. (Vojez Kotolbeddin et Sam- IWttdi).
1^ tlf ♦-«
butions , la ville ne tarderait pas à être abaB4oimét
aux propriétaires de terres et aux cultivateurs; cette
onsidération fut sans doute le motif qui dans le
""ipe fit établir ces surra^ ainsi que les nombreux
Is ou les fondations pieuses^ qui^. dans toutes lel
jvincès de l'empire turc , sont attachas aua^ V illes ou aux mosquées. Maintenant le surra est mal appliqué et ne sert qu'à nourrir un essaim de faif« néans^ tandis que les pauvres sont laissés dans le dé-r nûmenty que l'industrie ne reçoit pas le moindrq en^ couragement. ■■ ■ .
Quant à l'industrie^ Médine est même au dessous de la Mecque ^ car on n'y trouve même pas les arti-* sans les plus indispensables ; 1q petit nombre quq l'on y en voit est des étrangers qui ne font que pasr ser. Il n'y a qu'un seul tapissier et un seul serru*f* rier; les charpentiers et les maçons sont si rares qu'il faut en faire venir d'Yambo popr réparer unjg maison. Quand on a besoin d'ouvriers pour une mosquée y ils sont envoyés du Caire ou même de Constantinople ^ ainsi que cela arriva^ durant mon séjour , qu'un maître-maçon de cette dernière ville était occupé à raccommoder le toit de l'édifice. C'est l'Egypte qui fournit jusqu'aux plus minces objets. Quand j 'étais àcMédine on n'y faisait même pas des cruches. Il y a quelques années^ un Damascenien y établit une manufacture de cet objet indispensable , mais il avait quitté la ville ^ et les habitans étaient réduits à la nécessité de se servir de leurs cruches à irioitié brisées , ou d'en faire venir à grands frais de la IV^cque. Les fers à cheval et les 'dons sont ap«^ poriés4^£gypte et d'Yambo; enfin oiiJ^T$it m pàsk*
•^ tdS ♦-•
tuner^ ni tanneur, ni ouvrier en cuir, ni tisserands Dans ma description de la Mecque j'ai imputé à l'indolence des indigènes du Hedjaz et à leur aversion pourtont travail des mains leur dégoût général pour l'exercice des métiers ; mais la même remarque n'est pas applicable à Médine, où les laboureurs et lesjar^ diniers, quoiqu'ils ne soient pas très habiles à tirer parti de la terre, sont néanmoins très laborieux , et pouiTaient s'occuper dans la ville de travaux qui les fatigueraient moins que ceux des champs ; je crois qu'il faut attribuer le manque d'artisans au peu de cas que les Ârabeis en font ; l'orgueil de ceux-ci étant souvent plus fort que leur cupidité et les empêchant de faire aj^rendre un métier à leurs enfitns. Us ont probablement hérité cette aversion des Bédouins leurs ancêtres, qui , suivant ce que j'ai observé, excluent tous les artisans de leurs tribus, et re« gardent ceux qui s'établissent dans leur campcomqie étant d'une caste inférieure, ne s'associant ni ne contractant jamais d'alliances matrimoniales avec eux. C'est tout différent dans, d^autres parties de l'Orient, en Syrie et en Egypte , où les corporatioiit d'artisans sont presque aussi respectées qu^elles le furent dans le moyen âge en France et en Allemagne. Un maitre-artisan y égale entièrement, pour le rang et là considération , un marchand de la seconde classe ; il peut prendre une femme dans les familles respectables de la ville , et a ordinairement plus d'influence dans son quartier qu'un marchand dont la fortune vaut trois fois la sienne. Les premiers empereurs turcs firent tout ce qui était en leur pourvoir pour protéger l'industrie et les arts ; il y a cin-
quante ans qu'ils étaient encore florissims en Syrie et en Egypte^ mais maintenant ils sont sur le déclin dans le premier de ces pays , excepté peut-être à Damas ; en Egypte ils sont réduits au degré le plus Las parce que, si Mohammed Àly attire à son service des ouvriers anglais et italiens qui ne travaillent ^ que pour soq compte et dont ^ucun ne prospère , il opprime l'industrie des indigentes en se réservant le monopôle des produits et en employant lui-même la plupatt des artisans moyennant un salaire qui ne s'ëlëve qu'aux deux tiers de ce qu'ils auraient gagné en s'occùpànt pour leur propre compte ou pour celui des particuliers.
Les seules personnes industrieuses que l'on trouve àMédine soîit les pèlerins pauvres , surtout ceux de Syrie, qui y sont nombreux, et qui s*efforcent^ par un travail assidu, d'acquérir assez d'argent pour payer là dépense de leur retour dans leurs foyers. A leur départ, la ville reste souvent sans auQun arr tisan pendant un .temps fort long. Durant mon séjour^ il n'y avait qu'un seul homme qui lavât. le linge ; quand il s'en alla , tous les pèlerins étrangers furent obligés de faire eux-niêmes cette besogne , paroe que les femmes arabes consentent rarement à s'en eharger. Dans de telles circonstances, un voyageur ne peut s'attendre àlrouver la m^ndre corn-» modité à Médine ; l'argent même ne lui procure pas les choses dont il a besoin. Toutefois il y a ici une classe d'hompies npi sont aussi utiles qu'à la Mecque ; je Teux parler des pèlerins nègres du Soudan; ces tekairné, comme un les appelle ici, viennent presque tous à Médine, parce que la secte orthodoxe
H. Voy. dant rAmUie. ^
dîne et dé voisins dii tombeau du prophète les fait bien accueill^. jQuelques uns remplissent les fonc-** tions d'imams dans les maisons des grands .i Aprè$ ufi sëjûur d'une couple d'années , ils convertissent en marchandises les aumônes quMls ont recueillies et rentrent chez eux avec un capital considérable. Il y a peu de M édinaouis de cette classe qui n'aient pas feît une fois le voyage dé Turquie. J'en ai vu plusieurs au Caire ;- ils s'y logeaient chez des gens ayec lesquels ils n'avaient fait qu'une t!0nnaissance très légère, et ne tardaient pas à devenir extrêmement désa^préables par leurs demandes continuelles et leur impudence. On en trouve dans 'presque toutes les grandes villes de Syrie, d'Anatolie et de la Turquie européenne. Beaucoup d'entre eux apprennent quelque peu de turc pour effectuer leur voyage et pour exercer chez eux la profession de lïiézaouar; ils se font un point d'honneur de persuader aux, pélérins^ turcs qu'ils sont Turcs et non Arabes, quelque peu d'affection qu'ils aient pour les premiers.
Lels Médinaouis sont généralement moins gais et moins vifir que les Mekkaouis ; ils sont plus sérieux et plus austères dans leur maintien, bien moins ce^ pendant, que ies Turcs du nord; il^ ont l'extérieur plus religieux que leurs voisins dû sud, et sont plus exacts qu'eux diansrobservànce des rites sacrés; on respecte bien plus la- décence publique à Mèdine qu'à la Mecque ; toutefois, le moral de la population parait être à peu près au même niveau dans les deux villes : on y use des . mêmes moyens pour tromper les pèlerins, les vices qui déshonorent les Mekkaouis récent également ici , et la rigidité religieuse n'a
pu exclure Tusage des liqueurs enivrantes. Elles sont préparées j^dtr les nègres, de même que le vin de palme , qui se fait en versant !de Ueau sur les dattçs et en laissant fermenter le mélange. En somme je crois les Médinaouis aussi dépravés et plus grands hypocrites que les Mekkaouis; mais comme ils s'efforcent de se rapprocher y pour le caractère, des Turcs dû nord, ils renoncent au petit nombre de bonnes qualités qu'on peut Iquer chez les Mekkaouis.
En m'exprimiant ainsi sur le compte des Mi^naouis, je me fonde non pas seulement sur l'expérience que j'ai pu acquérir pendant inon court siéjour, dans leur ville, mais aussi sur les renseignemens que m'ont fournis pludieur^ d'entre eux que j'ai ren* contrés dans tous le& cantons du Hedj^. Ils m'ont semblé, comme les Mekkaouis^ aimer beaucoup la, dépeilse. Il n'y avait à Médine que deux ou trois habitans qui passaient pour posséder une fortune de dix à douze mille livres sterling, dont la moitié était placée en terres, et l'autre engagée dans le ^ commerce. La famille d^ Abd el Schékour était regar^ dée comme la plus riche. Les autres négocians n'ont> en général , que de U*è3 petits capitaux , par exem* pie quatre à cinq cents livres sterling, et la plupart des gens attachés à la mosquée, ou tirant leur subsistance de pensions pu des pèlerins,' dépensent juSpqu'à la dernière pièce la totalité de leur revenu. A leur extérieur, on les croirait plus riches que les Mekkaouis , parce qu'ils sont mieux vêtus, mais il n'y a pas là plus légère comparaison à établir entre la masse des biens qui se trouvent dans chacune des deux villes*
' On dit que les Médînaonis Tirent chichement dans létti" intérieur poiu' ce qui concerne 1^ nourritufe, mais leurs maisons sont bien meublées, et ils dépensent beaucoup en habits. Les esclaves ne sont pas ans^ communs ici qu^à la Mecque; toutefois on y en troure beaucoup d' Abissins.^ et quelques^ femmes dé cette nation sont mariées à des habitans. Les feninfies des cultivateurs et des habitans des faubourgs servent comme domestiques dans les familles des cîtadîns, principalement pour moudre du t>lé avec les moulins à bras. Les femmes de Médine se compoirtenl avec bieaucoup dé décence et t)nt générale^ ment la réputation d'être bien plus vertueuses que celles de la Mecque et de Djidda.
Les famitles ^^i posslêdent des jardîhs dépensent béaucoujp pôùir ï^gàlfer leurs parehs et leurs amis ^ cMcunea^son totir, à leurs maisons de campagne : toîis Ceux qui composent la fâmilf e , hommes et femmes, â*y jhéuAiîssent. On dit qu'au printemps, ces sortes de fêtes^ont portées très loin, et que les Médinaouis rît^SfeÀt entre eux sous ce rapport, de sorte que Ton sait dans 4e pubfic si telle personne a donné, durant cette saison, plus ou moins de ces parties de campagne que ses voisins. Quelqucis familles passent toute Tannée à. leurs jardins ; de ce nombre était celle d'un santon.' qui demeui^aii dans un délicieux petit enclos au sud de la vilte. Cet homme est tellement renommé pour sa sainteté , qu'un joiii* Tbùsoun pacha lui baisa les mains. Ainsi que. beaucoup dé pèlerins , je hii rendis visite. Il était assis dans ui^ réduit voûté ou une grande niché contiguë à la maison; il n'en bougeait jamais. Il l'emportait ein poli-
tesse sur tous les saints que j^avais tus auparavant et n'avait pas de répugnance à parler des choses terrestres. J^avais entendu dire qu'il possédait quelques ouvrages historiques que peut-être il serait disposé a vendre; mais quand je lui adressai des questions sur ce sujet, il me répondit qu'il ne s'occupait que de la connaissance de la loi, du Koran et de sa langue. Il me donna un hargjiilé pour fumer et mé régala d'un plat de dattes, produit de son jardin; en prenant congé de lui, je plaçai une piastre forte sous le tapis sur lequel il était assis, usage reçu, suivant ce qu'on me 4it,,dans ces sortes d'occasions. Il m'accompagna jusqu'à la porte du jardin et m'in^ta à répéter ma visite.
Fumer avec le narghilé , bu la pipe persane, n'est pas si général ici qij'à la Mecque ; les pipes communes y sont plus en usagé que dans les autres parties du Hedjaz, le climat y étant plus froid. On y boit une quantité prodigieuse de café. Dans les jardins , on achète des fruits en les payant avec des grains de c^fé aussi bien qu'avec de l'argent. On n'aime pas autant le thé en Angleterre et en Hollande, que le café en Arabie.
Les habitans de Médine ii'ont pas de chevaux. A l'exception duscheik el haram et d'un petit nombre de gens de sa suite, je crois que personne n'y en entretient. Eh général, cescimtons de l'Arabiesont pauvres en chevaux, parce qu'il n'y a pas de bons pâturages pour ces animaux. Au contraire, les Bédouins du désert au niord et au nord-est de Médine en ont de grandes troupes. Les jardins de la ville pourraient leur fournir la pâture. Autrefois, quand elle était ha-
bitée par des hommes belliqueux ^ ils entretenaient des chevaux ^t entreprenaient des expéditions contre les Bédouins avec qui ils étaient en guerre. Aujourd'hui l'esprit des Médinaouis est plus pacifique. Ils vendirent le ^u^e chevaux qu'ils avaient quaad 1(^ Wahhabites s'emparèrent de leyr ville , afin d'échapper ail service militaire auquel les cavaliers sont principalement assujettis dans les possessions de ces sectaires. Quelques unes des j^us riches familles avaient des mulets et des dromadaires. Les ânes sont très communs, surtout chez les cultivateurs, qui s'en servent ppur apporter à la ville le produit de leurs champs. Ils S(Hi|q)lus petits que ceux de la Mecque et du Hedjaz. Les besoins de l'armée turque ont c^stusé une grande diminution dansle nombre des chameaux que les cuhivateurs entretenaient auparavant. Ceuxci les ont vendus , de crainte qu'ils ne fusseût mis en réquisition. Les Bédouins du désert de l'est/ à trois OTi quatre journées de, distance de Médiney sont riches en chameaux. iJn détachement de cavalerie dç Tousoun pacha, envoyé de ce côté , durant mon séjour, en ramena sept cents qui furent pris dans le S3ui camp de la tribu des Béni Hétim.
Il est digne de remarque que Médine est, de toutes lès villes de l'Orient que j'ai vues , la seule* d'où les chiens soient exclus; on ne leur permet jamais de passer la porte intérieure j ils sont contrainte de rester dans les faubourgs. On me dit que les gardiens des différens quartiers se réunissent une fois Fan , pour expulser ceux de ces animaux qui auraient pu 5? glisser dans la ville sans être aperçus. L'appréhension qu'un chien ne (pénétre dans la mosquée et n'en
souille la sainteté , a probablement donné naissance à cette mesure; cependant ils sont tolérés à la Mecque.
. On remarque, parmi 1^ moutons du voisinage, une petite.espèce qui a la peau tachée de blanc et de noir; elle est aussi connue oans les environs de l{t Mecque; les étrangers l'achètent à cause de sa petitesse et remportent chez eux comme une curiosité de la Terre sainte. Au Caire, les grands personnages ont dan^ leurs maisons de c^s petits animaux ; ils les font peindre ^n rouge avec le henné et leiir mettent au cou un collier ayeC des grelots pour amuser les enfans.
Je crois que les Médinaoùis n'ont d'atitre temps de réjouissances publiques que les jours de fêtes ordinaires, excepté le Mouled el Nebi, ou jour de la naissance dii prophète,, le 12 damois ràbia-el-thani j il est regardécomme une fête nationale, les boutiques sont feràiées pendant le jour, e( chacun met ses phis beaux habits. Le matin, de bonne heure, lesolémas et une foule nombreuse s'assemblent daqs la mosquée; l'un des khatibs , après un court sermon , lit un récit des actions de Mahomet depuis sa naissance jusqu'à sa mort; ensuite les auditeurs, du du moins lès principaux personnages , sont régalés de limonade ou d'eau çle réglisse: Les musulmans zélés passent en prières la nuit de la veille. L'épouse de Mohammed Aly/ qui , après avoir fait le pèlerinage de la Mecque, vint ici visiter le tombeau du prophète, et voir son fils Tousoun pacha , resta la plus grande partie de la nuit à faire ses dévotions dans la mosquée; ensuite elle regagna une maison qu'elle avait chpisie
m^ as *-
exprés tout ptés de la porte du temple; ton fil$ lui fit une courte visite, puis la laissa reposer, et ordonna qu'on lui étendit au milieu de la rue un tapiS Sur lequel il dormit devant le seuil de la demeure de sa mère, offrant ainsi un exemple de respect et d'humilité qui fait autant d'honneur au caractère du fik qu*à celui de la mère , puisqu'elle a pu lui inspirer de tels sentimens. L'épouse de Mohammed Aly est une femme très respectable et très charitable sans ostentation. Je crois que son fils Tousoua est le seul de la famille qui soît doué de sentimens généreux; les autres sont corrompus par les vices nombreux inséparables de la qualité de grand persounage turc. Il a donné en plusieurs occasions des preuves d'idées élevées; ^es ennemis même ne peuvent nier sa valeur, sa libéralité, son amour filial et son bon naturel. On doit regretter que , pour les facultés intellectuelles , il soit aussi inférieur à son père et à son frère Ibrahim qu'il leur est supérieur pour le moral. Sa mère â'était montrée ici dans toute la pompe d'une reine de l'Orient ; ses dons au temple et aux pauvres la firent regarder par le peuple comme un ange envoyé du ciel. Elle apporta à son fils des présens d'une valeur d'environ 25,ooo livres sterling ; on remarquait entre autres douze habillemehs complets, depuis le plus beau châle de Cacliemire jusqu'à ia pantoufle; une bague en diamant du prix de 5,000 livres, et deux belles esclaves géorgiennes. n y avait aussi, parmi les femmes de sa suite, une esclave géorgienne d'une grande beauté , et possédant des talens peu communs; Mohammed Aly Favait épousée récemment à la Mecque ; mais comme
elle n*aTaît pas encore eu d'enfahs, elle était regar^ dëe comme très inférieure pour le rang à la mère, de Tousôun, qui avait trois fils pactias (i). Cette esclave géorgienne avait appartenu aii kadhî de la Mecque; il Tavaît amenée de Con^tantînople. Mo- * hammed Aly ayant entendu ses femmes faire l'éloge de sa beauté et de ses talens ^ obligea le kadhi , qui ne se souciait guère du marché , de la lui céder pour une somme de 5o^ooo piastres, et bientôt après il lui présenta un contjrat de miariage.
Je ne puis pas doniter de grands détails sur les
usages particuliers aux Médinaouîs , ayant eu si peu
d^occasions de les fréquenter. Je puis cependant dire
que , dans les honneurs qu'ils rendent aux morts ^
ils ne se conforment pas à ce qui se pratique gé--
néralement dans le reste de FOrient. Je crois que
c'est la seule ville où les femmçs hè font pas entenare
des hurlemens et des cris à la mort d'un des mem.-
bres de la famille. Or, on sait que c'est un usage
général dans le Levant, et que même, dans quelques
contrées , oa loue pour cela des femmes qui n'ont
pas d'autre moyen de gagher leur vîe ; on les paie
à tant par heure , et elles s'efforcent de gagner leur
salaire en poussant les cris les plus déchirans. Rien
de semblable ne se fait ici , quoique cette coutume
soit reçue dans d'autres parties du Hedjaz ; on rour
giràit même de se laisser aller à de tels cris, tta péru
(i) Imaïl pàcËa e4t le, frère cadet d'Ibrahim et de Tousoun. On dit qu'Ibrahim '«'est pas filé de MohâQiAied Aly, et que celui-ci TâdopOr ^anAiV-ëyouMi aft mère, vbuto d'ua aga de la GayaU, sus la cdl«d* r Archipel, ville où le pacha d'Egypte est ne.
de famille mourut daus une maison voisine de celle, où je demeurais, et avec laquelle elle communiquait. Son ^écès arriva à mii^uit ^ et son fils unique , par un sentiment tout naturel , éclata en pleurs et en lamentations. J'entendis alors sa mère s'écrier : « Tour » l'amour de ÏDiçu! mon fils, ne crie pas! Quelle » honte de crier I Tû vas nous rendre la ÉBÎHe de. » tout le voisinage*. » Après quelques momens, elle parvint a apaiser le pauvre enfant. -
Il y a également ici une coutume nationale observée aux funérailles ; le cercueil^ en sortant de la maison du défunt', est port(^ sur les épaules de quelcpies yns de. ses parens ou de ses amis; les autres les suivent. Quand le cortège s'avance dans la rue ^ chaque personne qui s'y trouve ou qui j passe , s^empresse de remplacer le$ porteurs pendant un instant : cela se fait sans s'arrêter, et 1^ hière passé ainsi d'épaule en épaule jusqu'au lieu de la Sépulture. Si l'on pouvait supposer pour un moment que cet usage simple et touchant est dû à un mouvement de véritable sensibilité , il prouverait qu'on en montre plus ici qu'aux pompes funèbres en Europe. Mais datis le.Levant tout se fait conforobément aux: anciens usages; celui-ci tire sans doute son origine d'une impulsion d'affection ou d'un sentiment de piété et de devoir chez ceyx qui l'introduisirent , mais il est devenu de nos jours une siniple formalité.
Les femmes , à Médine , ne prennent jamais le deuil , et sous ce rapport elles s'éloignent de l'usage observé en Egypte. Beaucoup de voyageurs ont avancé qu'on ne porte point de vétemens de deuil
dans le Letant : mais cette assertion est fausse. <m du moins ne s'applique pas à FÉgypte ni à' une partie delà Syrie. Il est vrai que les hommes ne mettent jamais des habits de deuil, parce que ce serait con* traire à l'esprit de la loi musulmane; néanmoins, daus toute l'Egypte, les femmes en portent dans l'intérieur des maisons ; leur costume , daQ^ cette occasion , consiste à se teindre les mains en bleii avec de rindigo, à se couvrir la tête d'un bourko ou voile noir, et à' suivre ainsi le convoi dans les- rues ; elles ajoutent à cela, si elles eu ont le moyen, une jujpe et même une chemise noire. Elles continuent à se montrer ainsi pendant sept jours ou quiaie^ parfois même quarante jours.
Quant à l'état de l'instruetion , j'ajouterai que les Médinaouis passient pour être des olémas j^lus accomplis que les Mekkaouis, quoique, ainsi que je Fai dit précédemment, ils n'aient que très peu d'écoles publiques. Plusieurs habitans vont étudier les sciences! musulmanes à Damas et au Caire , chacune de ces villes ayant des fondations pieuses à cet eflfet* De même qu'à la Mecque, il n'y a pas àMédine de marché public pour les livres. Les seuls ouvrages que je vis exposés en vente 'se trouvaient dans des boutiques de fripiers près du Ba'b-es'-Salam. On dit qu'il y a plusieurs belles bibliothèques particulières; j'en visitai une dans la maison d'un scheikh, où trois mille volumes au moins étaient entassés; mais je ne pus les examiner. Ces bibliothèques, ainsi que cela arrive souv^it dans l'Orient, sont des ouakf, c'est à dire ont été données par leur fondateur à une mosquée, ou, par substitution, à une famille.
de sorte qu'elles ne peuvent être dlîéi;iiéei. On dit gue le^ Wahhabites ont emporté beaucoup de éloges de livrer
Malgré mes recherches réitérées , jç ne pus découvrir ici, non plus qu'à la Mecque, personne qui eût écrit l'histoire de son temps ou celle des Wahliabites, ou seulement pris des notes ^uçcînctes sur ce sij|jet. n me sembla qu'en général la littérature ne flpds- $ait pas plus à Médine que dans les autres parties du Hedjaz , et que la seule occupation des habitans était de gagner de l'argeAt et de le dépenser en jouissances
mensuelles* . ^
Jjc langage de Médine est moins pur que celui de la Mecque ; il se rapproche plus de celui de
. l'JÉgypte; les Syriens qui y sont établis conservent pendant plusieurs générations une teinte de leur dialecte national. On entea4 fréquemment des Médînaouis. articuler quelques mots de turc. Les
jardiniers et leç laboureurs du voisinage ont un dialecte et certaines phrases particjuiUères que les citadins tournent, en ridicule.