‹ Voyages en ArabieChapitre 13 sur 40 · II. Voj. duis l'Arabie. w · texte numérisé non relu

II. Voj. duis l'Arabie. w

mur en pierres sèches^ et rapprochés les uns des autres. Les Koreïsch , suivant ce qile' nous dit notre guide^ étaient postés sur les coteaux derrière les tombeaux ; Mahomet avait partagé sa petite troupe en deux corps; il s'avança avec l'un dans la plaine contre Tennemi et confia la réserve à Aly ibn ABou Taleb^ en lui ordonnant dé se poster sur les collines de sable à l'ouest ; la bataille ne pouvait être gagnée sans llnterventioii du ciel : trois mille anges , avec Gabriel à leur tête , furent envoyés au secours de Mahomet. Les treize hommes dont il a été question tout à l'heure furent tués dès le premier choc; le prophète^ serré de près, se cacha derrière un grand rocher^ qiii s'ouvrit miraculeusement pour le recevoir et lui procura le moyen d'attendre sa réserve ; alors il fit une seconde attaque, et, gr&ce à ses auxUiaire$ célëistes , remporta la victoire , sa])$ perdra ua aeul hiomnie , tandis que soixante-dix de ses adversaires ihot^lréiit la poussière. Une poîgaée de cqilloujc ou dé terré que sa main, ou suivant le Koran^ queDi^ù Jeta au visage de ses ennemis , leur fit prendre I4 fuite. Après qu'il eut forcé leur position, ilse. reposa uh peîi sur une pierre,, qui^ sensible à cet hooneurj^ prîtâussitôt la forme ^'un siège. On moatre enaorç le rocher' et la pierre , qui dan^ tous les cas produis sent le bon effet d'exciter la charité des yoya^euns ënters les plauvres de Béder : ceux-ci se ras^mblant li dès qu'une caravane arrive. La pôsitioii de la troupe d' Aly, sur le coteau lointain, celle du détachement de Mahomet tout près de Teiinemi^ «t la plaine au delà de ce coteau , où la caravane de S rie continua sa marche pendant le çpDPib^tA ^sçi^eot à

«l|iUquejr ce f^s^aget du Kw^p qui fait |^^Q« ^ 0Ç& dccp^$,t#i>çôs^.; u Tu étais 4u co^ le plus pçç^ ià jçh^ 4e la v^llé?^ €^t wx 4i^ côiô \ç plu^ éloigné j et

H 1a caraYW? ét^t au4e«Qus. )^ (Siwat\w,) C;q)eftr ÂmiI^ je m 9W ps^ l^en co^ipr^BQ^r^ i^ P^?8f) ^

il!^4)i^ Vii^twprét^ïV Wijin^ir?, et je crois pJvtQt qu^pw Ifl WWt ^46j jqspi eçt F^^ici. çaw»Q >yjaQrT ïxfm^ 4ç flftravajft^, iA faut e«ten4iie la troupe dç ca4 y*Uw»: wwBaw4ée fa^F Aly dont W position, bi^i^ (^UA aur vm çot^Va était, rcda^tiveiBeut à Bédipar, m

bw^iPftr^ sut te tcffwn desoeinï ^QMQêHiftDli. Piwr ^WS j)^ta9 ÇQUpole^ qui ayaiept étf élevées fu çf li^« fttFQftVdétruite* p»ir les WahhaWtei. foa^ r^ .tfWf A^ixt m y ill«8e uous eut^àmes daus uue «losqué^

qpim aw «uA et qu*w ^q^^pe Medsj^ «1 Gh^ mai^^ Mti^ sur )e Uw ov Mahomet, »e; twfÀya«t uo ]4)ur iOl^Qrauiî^rayoH^. du soleil , pria, ï|iqu d^ l'ei) flréMiracf par^ m iiua^ ca qui lui fut aeowdé à l'iuar taet. det édifice eist i»ieux bâti .et t\m grawl qu«^

jfi 110 l\àjiii:«iif suppf^ dafi^ up li^u aussi pauvre qu#

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' Le mfO^é çQîre les {a4PH^ pl>j^U que celui d? Ssafosi 9 j> ¥ia d^». «^^«,4I^U cu^ijAis dai^ les jar* dins; le négociant de Mascat aclieta, à uvon, iusu^ «kKl.Uli(r§| d^JbauEQie de |a.]M^cqife ; c'était twt ce qui W.i>es|aiià yent^rei^ com}Hâit eu faire \m présent à TijmAtt cte Mascat* U était aussi falsifié q\ie celui i|u'ou;tei'aYait ipçntré à $$4&a. La pc^ation.de Bédér eat ptil^ieipaleineAt composée de Bédoiuus d^ la^ib^ de Sobb qui feit.pai;Ue de^Haybi quelques wis seront foés ici, 4'autre^ y jwt, seuleweut leui»

leur famille dans les montagnes des environs. Boeder étant très fréquenté par les Bédouins et par les . voya* geurSy les maisons y sont très recherchées^ : une petite boutique sur la place du marché^, est louée vingt piastres fortes par an. Quelques familles de schérifs se sont aussi arrêtées ici a demeure et les pèlerins qui passent leur paient des rétributions considérables.

Le soir, plusieurs centaines de chameaux appartenant aux Bédouins vinrent s'abreuver au ruisseau ; ils étaient principalement conduits par des femmes qui entrèrent librement ^n conversation avec nous. Les Béni Harb établis à Djedeidé, à Ssafra et a.Béder donnent leurs filles en mariage à des étrangers et même à des colons; quelques soldats turcs séduits par la beauté des filles bédouines s'étaient fixés ici et les avaient épousées. L'un deux était un Arnàuté qui parlait bien l'arabe^ et qui^ accoutumé à* la vie sau* vage des montagnards belliqueux^ a,vait le projet de suivre sa feraîme dans les montagnes! iCelles des «n* virons sont remplies d'une prodigieuse qtiantité d'aigles {rakham); on en voyait constamment des centaines planer autour de nous ; qiielquès tins s'abattaient de temps en temps et enlevaiéiit la viande de nos assiettes.

26 avril. On avait passé à Bédér toute la journée du 25. Pendant la nuit des habitans firent k. garde autour de notre caravane^ ce qui leur valut de ûotre pari une petite récompense. Ge lieu est infesté de voleurs et nous étions campés hors la ville. On partit dans la soirée en se dirigeant au N. 4^ 0. Au bout de trois quarts d'heure, on arriva aux collines de iid>le dont il a été question précédemment ; leur ^us

haut sommet a étë nommé Khouz Aly^ en mémoire de là position qu'Âly occupa pendant la bataille de Béder. On traversa ces collines pendant une demiheure^, et cène fut pas sans difficulté^ le sable étant très{»*ofpnd; puis on descendit dans la grande plaine à l'ouest^ qui s'étend jusqu'au rivage de la merj onarriye de Béder en une nuit àBereikéi petit port, situé aja sud d' Yambo, et très fréquenté par les navires. La plaine où on pénétra parTO. i. N. est couverte de buissons. Pendant la nuit nous aperçûmes les feux de divers camps de Bédouins. On rencontra deux pèlerins nègres, partis seuls d'Yambo : ils souffraient beaucoup de la soif; on leur donna à manger et à boire et on leur indiqua les camps des Bédouins. Ces. voyageurs entreprenans peuvent trouver sans bou&sole leur chemin à travers les déserts ; à leur départ on leur montre la direction de la route . ils la suivent en ligne droite , la, nuit et le jour, jusqu'à ce qu'ils arrivent à leur destination. Âpres une marche de dix heures depuis Béder, on campa , au point du jour dans la plaine à Adheïba , lieu où croissent beaucoup de petits acacias.

37 avril. Ce matin, j'étais^ très mal à mon aise. Des vomissemens violens et des sueurs abondantes avaient rendu pour moi la nuit qui venait de se passer une des plus désagréables de mes voyages. Aujourd'hui une querelle avec mon guide au sujet des vivres augmenta ma fièvre , peut-être le relâchement de nerfs causé par ma dernière maladie y contribua, A notre droite à peu près à une distance de six heures au nord , une chaîne de hautes montagplies file vers la mer; plus près de nous une chaîne

ï^lttS bàèisé «tiîtla même direction, là J)laîne ùù nous >âunpions est sablonneuse, et couverte de petite cailloux et de pétrosilex. On part Taprfe-mkli ; pendant quatre heures et demie , on se dirige au H.-O. ï4 N.; on n'aperçoit plus ni arbres ni arbrisseaux^ quelques arbustes des terrains salans indîqteqt seuls le Voisinage de la mer ; un pèii plus loin , la terrfe se couvre d'une croûte de sel et l'aSr est fortement imprégné des vapeurs de la mer. Au bout de sept tentes et demie , on revît dans la plaine quelques arbres entremêlés d'espaces incrustés de sel. Au bout ée quatorze heures , après avoir voyagé toute la nuit «nr un mauvais terrain , nous aperçûmes Yambo ata lever du soleil , et après une mçirche léute de quinze heures et demie on arriva aux portes détîeïte tille; un peu aVant on traversa un bras de mw; Teâu était alors basse, mais quand la marée eSt ïiaute; il s'étend à une distance considêcabte dans l'intérieur.

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PB8CAIPTI0N P^TAna.

f *eti9 lin peQ de peine à troUTef dé la place dinft un' des khans 'ou okal, car ils étaient i^mplis de sot dàts qui ^ après la' dernière expédition contré lék Wahhabites méridionaux , avaient reçu la permis^ iion deretoumer au Caire t ils arrivaient deDjiddà et de la Mecque; il y avait aussi beaucoup de péle<^ rins qui dé retour de Médine avaient le projet de s'embat^er pour Suez et pour' Cosseir. Du nombre de ces derniers était l'épouse de Mohammed Aly : quatre navires étaient jn^éparéspoUr transporter soft escorte^ sa suite et son bagage. Ayant déposé înes effets dans un appartement aéré sur la terrasse d'un okal^ j'allai aupwt pour m'informer des moyiens dé passer en Egypte. Je ne tardai pas à apprendre que c'était impossible pour le moment/ Des ordres positifi avaient été donnés pour que peiwnne > i rekception dès soldats ^ ne s- embarquât i trois ou quatre navires prêts à fitire voile avaient déjà été retenus pour eux ^ quinze cents d'efttre eux /y cotii|irî$ beaucoup de péUiins turcs quipas9ai«Bt

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pour militaires , parce qu'ils étaient armés et vêtus comme des soldats^ attendaient encore une occasion de partir.

Pendant que j'étais assis dans un café près du port y trois enterremens passèrent à de courts intervalles l'un de l'autre; en ayant témoigné ma sur{»*ise^ j'appris que^ depiiis peu de jours, beaucoup de monde était mort de la fièvre. On m'avait dit , à Béder , qu'une fièvre d'un mauvais caractère régnait à Yambo/ mais j'avais fait peu d'attention à cette nouvelle. Durant le reste de la journée, je vis encore d'autres convois funèbres; cependant je a'avais ^s la plus légère idée de la cause à laquelle tant de décès ^ pouvaient être attribués. Enfin le soir, retiré dans mob. appartement qui dominait sur une partie considérablede la ville> j'entendis de tous les côtés les cric déchirans qui dans tout le Levant accompagnent le dernier soupir il'un ami ou d'un parent. Dans ce moment une pensée se présente à mon esprit , etje me dis que cette maladie est peut-être la peste; j'essaie en vain de bannir mes craintes ou de les oublier dans le som-* meil; les lamentations me tiennent éveillé toute la nuit.

Descendu le matin de bonne heure dans rokàl où beaucoup d'Arabes buvaient leur csSé , je leur fis part de mes appréhensions; mais je n'eus pas plutôt prononcé le mot de peste qu'ils me demandèrent, d'un ton de reproche, si j'ignorais que le Tout-Puissant avait pour toujours exempté de ce fléau le saint territoire du He^az. Un tel argument n'admet pas de réi^ique cbç^ 1^ lausulQuins. Je sortis doïic.| (^ber^

chant quelque Grec chrétien^ car la veille j'en avais vu plusieurs, dans la rue; je reçus d'eux Fa confirmation de mes inquiétudes. Depuis huit jours la pesteavaitéclaté ; pendant plusieurs mois elle avait ravagé le Caire ; elle avait emporté une portion considérable de la population de Suez ; deux navires partis de ce port avec des cargaisons de coton l'avaient apportée à Djidda d'où elle s'était communiquée à Yambo. Auparavant elle ne s'était jamais manifestée dans le Hedjaz , du moins de mémoire d'homme : ainsi les babitans avs^ent de la peine à se perauader qu'un tel événement pût arriver^ notamment dans un temps où, les cités saintes avaient été reconquises sur les Wahbabites. Jamais les relations avec î'Êr gfpten'avaientété aussi actives que dans.ce moment; il n'était donc pas. surprenant que ce fléau eut été introduit dans le Hedjaz. Tant qu'il ne mourut que dix à quinze personnes par jour^ les Arabes de la ville jue purent croire que la maladie fût ïa peste^ quoique la vue des bubons sur les ca4avres et les progrès rapides du mal qui durait rarement plus de trois ou quatre jours ^ eussent pu les convaincre de la vérité. Cinq ou six joui'S après mon arrivée , la mortalité s'accrut; le nombre des décès fut de quarante àcin-> quante par jour , ce qui est prodigieux pour une ville de cinq à six mille âmes. Alors une terreur panique se répandit parmi les babitans ; peu disposés à se soumettre aussi patiemment au danger que les Turcs dans toutes les autres contrées dn Levant ^ ils s'enfuirent pour la plupart dans la rase campagne et la ville devint déserte ; ^mais la maladie poursuivit les ^]ugîtifs qui savaient camp^ prés les uns des autres ;

ainsi ne trouvant paB de remède au ttial^' beaucoup revinrent. Us excusèrent leur fuite en disant i crDieu n dans sa miséricorde nous envoie cette maladie » pour nous appeler en sa présence , mais nous con- » naissons notre indignité ^ c'est pourquoi nous* pen- M sons qu'il vaut mieux l'éviter pour le moment et n la fuir ; » raisonnement que j'ai souvent entendu répéter. . .

Si j'eusse eu la forôe nécessaire^ j'eusse probablement, suivi leur exemple^ mais je me sentais ex^ trémement faible et incapable du moindre efibrt ; comment aurais-je pu fuir dans le désert ? Je pensai aussi que je pourrais échapper à la maladie en restant enfermé dans ma chambre^ et je me flattai de Tespoir de retourner bientôt en Egypte; je fus encore déçu en ce dernier point. Peut-être eb feisant quelques présens et usant de ihoyens de corruption aurais-je réussi à m'embarquer ; msiis-les' bàtimens prêts à mettre à la voile étaient excessivetûetit encom^ brés et pleins de soldats malades , de sorte que le séjour dans la ville infectée était préférable au dépait avec semblable compagnie. Quelques jours après > j'appris qu'un petit bateau ouvei^t , où il n'y avait pas de troupes, était prêt à partir pour Cosscîr f je m^arrangeai aussitôt pour y obtenir passage, il dîifféMi de mettre à la voile de jour en jour, jusqu'au i5 de mai que je quittai Yambô après y être resté dix-^huit jours au milieu de la peste.

Ce furent peut-être le mauvais état de ma santé et la petite fièvre dont j'étais tourmenté presque sanB relâche^ qui me sauvèrent, puisque, malgré toutes mes précautions, je fus exposé ptoswiirs fois à l'in^

fectimi; La Ig^de rue d'Yambo était bordéi 4| màladM à l'article de la mort qui den&ndaient it tîharité; un Arabe était ittourant dans la coiir4» rokal ifà je detfieiurads) le maître de cette maison perdit nue sœur et son propre Sh; assis sur moutaf fi^y à me raconta que cet enfant était nunrt dans ses bras^ la nuit précédente. L'imprudence de mon es» lelaTe contrariait d'ailleurs toutes mes mesures de précauti«on« Plusieurs fois je me^le vis pas le matia | h ayant demandé la cause de son absence , il n«s dit qu'il était allé aider à laver le corps des mortA Lès pauvres qui: expiraient pendant la nuit , étaient wposés le matin sur des bières le long du rivage de la mer ^ .et on les lavait avant de les porter à la moi^ HfOée pour que les prières y fussent récitées pour«ui:| fnon esdave regardait com,me une oeuvre mérifoîva tie rejoindre à ceux qui rendaient ce piemt service { <m en avait chai^ des pèlerins nègres qui sq titMH* voient À Yainbo* Je lui' dis de rester à l'avenir an logis k cette heuri^ià pour pré^iarer- omms donner $ maïs je ne^pouvais rienipécher<de sortir dans d'autres momens , nâ.te'en dispaniser BEK>i^ménie> et fl étak prelque impostsi^e de passer dans ie bâaar sani totteber<les gensnlectés > on au moins <les pierson^ «esqui'tfvasent été en contact immédiat avec«ux« Le «entinient dû «danger qui me menaçait alors ^e$t kSkn pèus vif msfintenant ^)S je n^ai rien à crsiîndre xju'il we le fut quand j'y étais «expbsé. Après les qoa*ïremi oinq premiers joars> je me familiarisai près*que avec l'idée de la pesté , et je comparai le petk noaQd)re des iiemmès qm «noùiiaient chaquie jdùr^ ^avoe te^maste «des hatiiftms wrtans» Je vojiaîs^taïC^

personnes conserver leur bonne santé malgré le^ coinmuniâtions les plus intimes av^ les défunts , qne la crainte de la contagion diminua. beaucoup diez moi^ et l'exemple tigit si puissamment but Tes* prit qu'en observant l'indifférence absolue diss étrangers qui étaient alors à Yambo^ jetM^^unençai à- être presque honteux d'avoir moins de .courage qu!ils n'en montraient. Toutefois le mal paraissait avoir un caractère très mialin; peu de personnes attaquées du fléau échappèrent : il en fut de même à.Djidda. Les Arabes n'avaient recours à aucun médicament. J^entendis dire que quelques personnes avaient été saignées , et que d'autres avaient été guéries pstr l'application d'un emplàtre-vésicatoire au cou; mais ces c^s étaient très rares, et la masse. n'imita pas ces exémjJes. Comme on a la coutume d'enterrer les morts quelques heures après leur décès, deux hommes que l'on supposait décédés furent enterrés vi* vans , durant mon s^our à Yainbo ; l'insensibilité dans laquelle ils tombèrent quand la maladie futà sa orise, avait été prise pour la mort; l'un d'eux donna des signes de vie pendant qu'on le déposait. dans le tomb^u, il fut sauvé; le sépulcre de l'autre ayant été çuvert, quelques jours après, pour y faire entrer le corps d'un de ses proches parens , on lé trouva les mains et le visage ensanglantés, et son linceul déchiré par les efforts qu'il avait &its pour se. lever. En voyant ce ^ctacle^ le peuple dit que le .diablç , n'ayant publesser l'ame de cet homme, avait défiguré ninsi son corps.

Le gouverneur d'Yambo prit beaucoup, de peine pour que. le nombre, exact desdécés dansla ville: iiefùt

pas connu ; mais les exclamatians solennelles de ce la iUaha iWMlah l » qui annoncent les funérailles d^un musulman, fraj^>aient les oreilles d'un bout de la ville à l'autre ; je comptai quarantenleux convois dans un jour.

Pour les pauvres, la peste devient une véritable fètè; toute &mille qui en aie moyen, tue un mouton à la mort d'un de ses membres , et le lendemain tout levoisinage, hommes et femmes, est régalé dans la maison ; les femmes entrent dans les appartem^is, et consolent toutes celles de la famiUe ; s'expoaant, a chaque moment, à l'infection. C'est à cet usagç^ plus qu'à toute autre cause, qu'il faut attribuer la rapidité des |n*(Ogrés de la peste dans les villes musulipanes, puisque, dès que la maladie éclate dans une famille» elM né manque jamais d'être transmise à tout le voisinage.

' Les Européens et mémeles'chrétiens du Levant eroieot communément qua la religion mnsulo^aqf SatonoBt & sps sectateurs toute mesure de pij^utiov èontre:la peste; cette ofMhiiMi est erroii^. A U yér rite l'islataisme défetid de fuir cette waladjie quand eUeia pénétré dans une vîUe oq dans.wi ps^s ^ nais il âvortitiep mèine: temps 4e: be pas Vfixm dans. 119 lien où teUern éclaté ; en c<mséqucinQe^ fl ne veut psif •que Foh'-s'iSBferme chez :9P} et ^e l'on oqitpe toute «communication avec le reste dé la ville infectée, parce^qui. c'est ciHnme si on. prenait. la fuite; il &-r ^<Misè. les: mesures dequarantaine pour empêcher quç le mâlneiSOit porté ailleurs ou n'attaque les étrangères^ liofur arrivée, outefois la croyànœ à la prédestinatioti ert, si profoi^di^ent et si univerfeUement

enracinée dânsTesprit des nation» do h&9taït, que HttHe part on n'adopte les ^lus simples inesùres de i^t-éeatition. Les exém|jea innombrables y quoique éxtraordmauws^ de gens épargnés par la peste, quoiqu'ils aient été en contact intime ayec cetta mftliadîey leé 'Cfdnfirïnent dans l'idée qu'elle n'e^t pas' MUta-^ ^éiise; e¥ leUr pro{dièlè Mahoinet leur â déclaré Vt'qiiéla pîesteest causée ^pâr les attaques ho8tiles.du -» démon contre le genrehfumain^tttquêQfuxquieÉà 'M^ 'toeurélM sont des martyrs; » Tous, lès. njusribnans «but fertnement persuadés qu'un auge iâtîsiUe de ia tliort, armé d'une lafncev en touche; les vioÉt«ii^«|^'il HfeMitieà lâfpeste, fiisseht^lles cachées dausiès réduits hiè ][ilus sëèrets. Un; irosic de ^Idaier ëlait '^sbAsl dàhs une rue d'Yj»tibci*| o» obsèrvsf qué> I^^m^k^^ de gens qui l'avaient eH^mbé> n'avaiont |Xis lardélà être pris de la peste ; on crut donc que le ^ëmeiD y tl^it chioUi son pos^ef de prëdileeticai> -poui^ bletser 1M psisSafijl ; o'c^t pbijfifquqi lès Àrafataprouaieiitum «Aétbùr'éffib ^ê^itcttf'ietttf éfinttmr> quoîqu'aaAïssMit ^N^rsïîa^ésl|fî^il était ti^èsili^^ à fat'QOiiMqeftipoiuraît lteSf«tti**^ïiàrtottt è& tlsiallaiehrfi î-iaiiit; ï ;• ^'^IJes dhâétiens et' les Bitttios ëdiaiipàiiliÀ:la mallN-

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9Sk W se 'Mttfèra^flint dacds 4f urs» moÎMMis^jilséÎBiiYBtte ifiSstii^'Hé ^ÊMSMriit qu'iÉn «aibléàrguiBéfatiJEoii^ f\ûék;0Èëtàle; -léf mard<cfue l'onappïivt&âda^Bnvt. lA^'^ët * - les - %nhpi^dën(îei$^ od(^sionsnC « itiQj€mn < me T^éfe' mortalité; ibêttié parmi eiMt : ensuîileices ea; %M éitkrpàiit dëinônf^eip la fôlie de e^uft^tprii as^ skïttit 9e ii'oppbser fcilx déc^s de }af*9^?i(itiilence^ lyaîUeîn^ V beattcot^ d(^ chrétieni^ dans r4K)riietft^ VftlVeïit lësf teaiiineii' des ^rc»* «t! iinbtts do4êttÂ

nùtàiom sur h prédestinatioa regardent comme mh perflu d'avoir recours < à. deg moyçns d;e garantir leur «iireté, ht» Turcs négligent tant d« précepte» prea*^ Qi^iia pair leur religion^ qu'il ne aérait peutrétre paa diffîoite^ dans oe cas^ de leur faire adopter des o^ niitta raisonnabba^ et d'aeutant plus que le Koran eit aîlencieui: aor ce point; néanmoins nulle mesure particulière ne peut être ptise ni strictement obsciv vàftavuisi longrrtempa que chsique individu sera intiimement persuadé de leur folie et de leur inefficaoitél Ci, iqe n'était pasiine conviction générale^ il y a loiiyi' tempv que 1^$ Tur^ia eux^^inémes auraient troaM^ nialgré leDTQ doctrines religiemes p le moyen de nr courir à des prophylactiques 9 ainsi que les Arabes ^ggîjai^t i^aiqteoant dtms Je Hedjaat; et leurs oléiùuia leiif aurai^itf fourni 4es f^tQo^ et des textes de la Ici ^ijl |i|veujr d^oe quQ leurbon sentf les aurait engage ^^^i|irie^:te,hadi(îb ou la tradition iaerée rapportèie» ifçifft» Î^^^M^ib^mài ; M ï^uis U lépreiài comme tu fiue » le lion, » ; . * • ;

/ Qufu^t 4^x moyens d!empMi^ l'iiwpQftation dt la peste , p^ rétaJbli^sftKwwt 4* WW^Np^^réguliéwe^ le cas t^t difl^ept, part» qup, c^< dépend enti^rfr mept4u,gQuyeTJ[W«!cntV;.lif»^ 1»:.#W

Vrtiiodpxes; e^. |es.,plttS: fiio^^q^^B, .c^u» dos.^éM» bfluihar^ue^ r <H^t a4opt^^«^ .sypt^me j ;et^lfl« ré^

Vie^S 4f la quvan,t^i«ft,ft9».li;d>serv|és:'aufWirigoW fCUSiQïïKçnt d5^ns,ïp|^s.pp^^ que 4îjn&4^ d<|s>fiiif

çopéep?\$pf Jjes^p4tef j^^ dali M^difiint

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religieux^ Je n'ai visité ni Constantinople ni les ports de l'Archipel; mais je sais qu'il serait aisé aux gouverneurs de la Syrie ^ et encore plus au gouverneur de l'Egypte^ d'employer leur autorité pour soumettre la côte à un système de quarantaine > sans craindre la moindre opposition de la part de leurs administrés* Cependant lesgouvememens de la Sytiedoivent être guidés par la Porte dans ces sortes de matières ; ilsn^éssaieraientguère d'établir des quarantaines sans Fantoritéde leur souverain. Mohammed Aly a souvent agi en opposition directe aux ordries de la Ji^orte, jhème pour des objets touchant les intérêts pécuniaires de son maître , et- l'on peut croire que ce n'est pas seulement par la crainte de lui déplaire qu'il n'a pas écouté les conseils et les remontrances iqûe lui ont adressés amicalement les puissances européennes à ce sujet; en même temps ses principes relichéssur la religion sont tropconnus pour qu'on •oppose que la bigoterie l'empêche de^ c^cUr à lecùrs sollicitations.

Pendant\iuatre années successives, dé t8ï2 à c8i6, la peste a /'chaque printemps*, exercé dés iUvages en Egypte, et toujours Mdiammed Aly, saftucnillé et ses principaux officiers, se sont enfermés soigneusement dans leurs palais, et ont nàtjÀé ainsi plus de scandale au peujde que par l'étà- Missement d'une quarantaine r^ulière. Désirant toutefois passer aux yeux des Européens pour un fanmineà idées libérales et esrempt de préjugés, il a rëiillement oràonné , en i8i3 et 1814, que l'on fondât-un lazaret à Alexandrie.. La manière honteuse dont Otf s'y est pris prouve clairentent qu'il ne

souhaitait pas sincèreme^it préserver ses sujets de l'hwreur 4e Fîtifection, et tout Je plan fut bient6t

abandonné.lVfesrecherches et ropiiiipil de beaucoup de Turcs , qui jugent *les opérations de leur gpq^mement bien.mieiux qu'on ne le suppose ^ m'ont conduit à croire que le grand- seigneur ainsi que ses pachas tolèrent la peste dans leurs états^ parce que les nombreux décès remplissent leurs cofïres j quant à l'Egypte, je pense que c'est incontestable-^ ment la cause secrète. Les villes commerçantea du Caire, d'Ale!!Kandrie, de Damiette sont remédies de négôcians étrangei;s^ et des gens de toutes les coatrées dé l'Orient y sont établis ; conforniément à la loi ; les biens déboute personne qui n'a p^s de proches héritiers pour les réclamer , échoient au beit el mal . caisse . destinée autrefois à un but utile aux sujets, mais aujourd'hui entièrement à la disposition particulière des gouverneurs; aussi une grande mor^ talité fait tomber des sommes considérables dans les mains de ceux-ci... Le préfet de chaque, quartier d'une ville doit, sous les peines les plus sévères, informer le gouvernement du décès de tout étranger ou de tout individu sans héritier qui meurt dans son ressort; on saisit non seulement les biens de ces pei^ sonnes, mais aussi ceux des gens dont les héritiers , quoique connus, sontabsens dans les pays étrangers, et qui en retour ne jouissent d^autre privilège que de celui d'adresser des réclamations inutiles à ce même gouvemeur qui convertit à son propre usage les revenus du beit el mal. Les injustices les plus criantes sont commises relativement aux biens des personnes décédées tant durant, la peste que dans

U. Voj.daai l'Arabie. la

d'autres temps ; et le kadhi avec les olémas^ une foule 4'Qfficiei^ et d'employés subaltenies^ partagent ces dépouilles illégales ; lé bien des officiel^ de l'armée et de, beaucoup de soldats est également séquestré à leur mort. D'après un calcul modéré^ la pesj^ui cette année en Egypte a- enlevé 'daQS la seule >iue du Caire quarante mille âmes , a grossi de vingt ouille bourses ou dix millions de piastres les coffres dii pacha^ somme assez considérable pour étouffe»* tout sentiment d'humanité dans le cœur d'un Turc; un gouverneur de cette nation ne réfléchit jamais que la population a diminué^ et que par conséquent les revenus régulier^ ont baissé , parce qùè 6e gouv^ifw neur calcule seulement la cpnSéqilence immédia^te d'un événement^ et pourvu que lui-même soit sain et sauf et que sa richesse augmente^ il s'inquiète peu du sort de ses sujets. Cpmmie la peste désole rarement les campagnes , et par conséquent n'enlevé pa& les laboureurs à la terre ^ ses effets^ sont moins redoutés par le pacha. Il ne sera jamais -convaincu que la politique et l'humanité conseillent d'écarter tes causes de la peste^ que lorsqu'il aura vu une province entière dépeuplée ef les champs qui lui fôurnis^nt ses revenus complètement déserts (i).

Il semblerait que Gonstantinop^e et le Caire sont dans le Lev^mt les deui: grands réceptacles de la

(i) L« peu de soins pris plarle gouyernement d'Egypte po«r conser- Ter la vie de ses sujets, est démontré d'une manière également étrange par la négligence avec laquelle la petite-Térole est traitée : cette maladie cause dans la Haute-Egypte des ravages aussi grands que ceux , dç U peste ^ui désola isairement ces proviacea méridionales, hts nom-

peste^ se la communiquent mutuellement^ puis Tea-? voient aux autres pays. Je ne suis pas enélat de dé* çider jusqu'à quel point les. remontrances éaergi-ques 0t^ réunies des puissance de l'Europe pouiv*» raient engager le-grand seigneur à adopter des me* sures de salubrité pqur sa capitale et à assurer la sécurité des populatioi^s de l$i Turquie européenne et 4^ l'Anatolie; m^is J0 ne doute pas que des obr sensations fermas de |a pfut- du gcfuvernement an-* glais' feraient écouter au pacha d'Egypte la voi^i^de rbumanit^^ ef; aipsi deviendraient salutaires à l^Egypte do même qu'à la Syrie et bvx possessions britanniques dans la Hiléditerranée.

Les ravages de* la peste étaient tnicore plus déplora^ bies à Pjidda qu'à Yambo^ car il y mourait deux cent cinquante personnes par jour. Beaucoup. d'babitana s'enfuir^t à )a Mecque^ çfroyant être à Tabri daiia cet a^ile. sacré; mais ils. emportèrent la malaifie ayao^ eux et un grand nombre de MelU^aoïiis moururent^ quoique dans ^^e proportion moin^e iju'à Il^dda« ^^ Le V^dhi de cette dernière yille^ qui était un Arabe, 'iPfr s'échappa y avec tous ses olémas^ et se fé&i^k^^^ Mecque; flassan pacha gQuverneur de laiville sainte " lui ordonna^ sous peine de mort, de retourûe^H^lMv médiat^ment à son poste; le pauvre jugé moonit^chemin. La principale rue marchande de Djiddarfut

breuses reprësentatipQS «dressëes à VLcàxaanm^d AI7 en favfim* fl« V^^" troduction de la vaccine ont été inutiles, quoique s'il eût voulu prendre des renseigne mens y il eût pu apprendre qu'en iSi3, ebulememt 4ans la petite ville d'Esn^ , pr^ de deux cent cinquante personm^s tant adultes qu'enfans furent victiflies delà petite-vérole dont la violence est Insa plus-inteiise dans ces ellmats qu'en Europe.

entièrement désertée^ plusieurs familles furent absolument détruites. Il y avait alors un grand nombre de marchands étrangers dans cette ville, et leurs bieiis augmentèrent les trésors de Mohammed Aly-Des témoins occulaires m'ont raconté qu'on ne faisait autre chose à Djidda que transporter des corps morts au cimetière y et les effets précieux des défunts à la maison du commandant. Médine, de même que le pays entre* Yambo et Djidda > ftirenr exempts de la peste.

■Je dois faire mention ici d'une coutume particulière des :^rabçs. Quand lé fléau fut parvenu à son plus haut degré d'intensité à Yambo, les habHans aH^abës promenèrent dans les i^ues un chameau féiïielle couvert de toutes sortes d*orneméns , de pluines, de grelots ; arrivés au cimetière, ils l'égorgèrent et en jetèrent la chair atix vautours et aux chiens. Us «ispéraient qne la peste dispersée dans la ville se ré- £|ijg;Î6rait -dans le corps du chameau et qu'en immog^laîit-ce\té viptime ils se dd>arrassieraient tout d'un ^m coup de \^ maladie; Les Arabes rirent beaucoup de . , 'INt^xùédiënt , mais il produisit au moins le bon effet d%8ipirer de la confiance .aux genô de la classe irifërilbré. '

'-*'■ "XiJiviiled' Yambo est bâtie surla côte septentrionale d^unè baie profonde qui offre un bon mouillage aux navires, parce qu'une île située à l'entrée la protège contre la violence des vents. Les bâtimens se placent tout contre la terré et le port est assez vaste pour contenir les floites les plus considérables. La ville est partagée en deux par un petit 'bras de mer; la partie la plus considérable est e:2i:clusîvement nommée

Yambo , Tautre, plus occid^tale^ et appelée eZ kddy est surtout habitée *^i: des marins. Toutes deuxcmt la mer devant elles et sont ceintes ailleurs d'un mur très long, très fort, et mieux bâti que ceux de Djidda, de Taïf et de Médine. Il est flanqué de plusieurs tour^; les habitans l'ont élevé poi^r se défendre contre leç Wahhabites , parce que les anciens rem-^ parts qui n'entouraient, qu'une partie de la ville étaient ruinés;^ La surface comprise dans la nouvelle enceinte a une étendue double de celle qu'occupent les habitations; c'est dan^ l'espace vide que se trouvent le cimetière, les lieux de campement des caravanes, les places d'armes pour exercer les troupes ; le reste ne consiste, qu'en un, terrain vague; L'étendue des murs exigerait unp garnison nombreuse pour combattre sur tous . les points ; la population entière d' Yambo, pourvue d'armes, n'y suffirait pas ; mais les ingénieurs du Levant ont toujours estimé la force d'une place d'après le développement de ses fortifications; c'est conformément à ce système que la vieille ville d'Alexandrie a été entourée récemment^ d'un mur épais et d'un fossé profond qui demanfieraient au moins vingt-cinq mille hommes pour leur défense. . . •

Yambo a deux pprtes ; savoir,Bab-el-Médina à Test, et Bab^elrMasri au nord. Les maisons sont plus mal bâties que dans les autres villes du Hedjaz. Un très petit nombre des pierres qui entrent dans leurs constructions offre une surface unie. La pierre est calcaire,, remplie de fossiles, d'une couleur très blanche, ce qui rend la vue de la ville très fatigante pour l'œil. La plupart des inaisons n'ont qu'un rez-de-

chaussée. Il n'y a de ipinds bàtimens que trois à quatre mosquées mal construites^ quelques lihans piublics à demi ruinés^ et la maison du gouverneur, chétif édifice sur le bord de la mer.

Yarobo est une tille complètement arabe j; très peu d'étrangers y sont établis; on ■ n'y compte que deux ou trois détailleurs indiens , au lieu des nônibreuses colonies de ce peuplé établies à la Mecque^ à Djidda et à Médine ; tous les marchands sont arabes, à l'exception de quelques Turcs qui se fixent ici temporairement. La pdus grande partie de la population appartient à la tribu bédouine des Djeheïtié, qui vit au nord le long du bord de la mer ; beaucoup ont pris des demeures fixes; plusieurs familles* de schérifs, originaires de la Mecque , se sont mêlées avec «ux. Les Yambaôuis conservent les mœurs et le cos-^ tume des Bédouins. Ils coiffent leur tête du keffié ou mouchoir de soie rayé de vert et 'de jaune, îb couvrent leurs épaules d'un abba blanc, et par déèsous d'une robe de toile de lin bleue, ou de toile dé cotoù, ou d'étoffe de soie coloriée ; une ceinture dé cuir la serre autour du corps. Les diverses branches de la tribu des Djeheïné établies ici ont chacune lèuM scheikhs ; elles se querellent aussi souvent que cela leur arriverait si elles étaient campées eii rase campagne, et observent dans leurs hostilités et pour la vengeance du sang lés mêmes lois que les Bédouins.

Les principales occupations des Yambaoùis sont le commerce et la navigation ; ils ont une cibqùantaine de navires occupés au trafic de la mer Rouge, et les montent avec leurs esclaves. Les communicatiemaentre Yftmboet l'Égypté sont très fréquebtés.

Beaucoup d'Yambaouis sont établis à Suez et à Gosseir^ quelquel^ uns an Caire et à Kenè^ dans la Haute-Egypte, d'où ils font le négoce avec leur

ville natale : d'autres commercent avec les Bédouins

du Hédjaz et sur les côtes .du golfe Arabique jusqu'à Moeileh , et vont dans les camps échanger- les denréeft venues d'Egypte contre du bétail , du beurre et du miel, qu'ils vendentiL Yambo avec un gros bénéfice.

Les Yambaouis sont bien moins civils que les Djiddaouîs ou les Mekkaouis ^ ils montrent plus de grossièreté, et quelquefois même ils se conduisent comme des sauvages; mais, d'un autre côté, ils ont des môsurs plus réglées, sont moins videux> et jouissent d'une très bonne réputation dans tout le Hedjaz. Quoique nul d'entfé eux ne soit opulent, ils paraissent général^nént être plus aisés que les Mekkaouis mêmes. Presque toutes les familles considérables d'Yambo ont une maison de campagne dans la fertile vallée nommée Yambo-el-Nakhel, ou Kara-Yambo, ou Yambo-el-Berr, située au pied des montagnes , à six ou se'pt heures de distance dans le nord-est. Elle ressemble à celles de Djedeïdé(i) et de Ssafra- où croissent des dattiers et où il y a des champs de blé. Elle a une longueur de douze lieues, et renferme une douzaine de hameaux épars sur les pentes des monts. Le pripdpal est Soueïga, où se tient le marché, et où

(i) Une route difficile conduit de ITambo-el-^akhel à Djedeïdë k traTers les meniagieft et passe «a aprd dugrand dienân.

réside le sdbeikh des Djeheiné , recoBUti comme tel par les Bédouins de cette tribu et par les habitans d'Yambe.

La vallée est cultivée exclusivement par les Djeheiné qui s'y sont fixés et. y restejat toute l'année, ou bien n'y descendent qu'au temps de U récolte de^ dattes, font foire les travaux par de6 journaliers , et campent dans les montagnes. C'est aussi à l'époque de cette récolte que tous les Yambaouis qui ont des jardins viennent y passer un mois. On cultive là tous les fruits dont le marché d'Yambo est approvisionné. On m'a dit que les maisons y étaient bâties en pierre, et avaient nïeilleure apparence que celles de Djedeïdé. Les Yambaouis /reg$u:tlent cette vallée comme leur demeure prijilitive , de laquelle la ville et le port sont des colonies. La route des pèlerins d'Egypte passe par l'Yambo-el-Nakhel^ d'où ils vont en une nuit à Béder. Ainsi cette caravane ne touche jamais à Yambo; cependant^ ù leur retour de la Mecque , plusieurs hadjis prennent àJMastoura la route d'Yambo, afin de faire quelques .aiffaii^es dans cette ville , puis rejoignent Iji caravane à une journée de marche au nord.

Le comn^erce d'Yambo consiste principalement en denrées, on n'y trouve pas de grands magasins de marchandises; néanmoins, on voit dans les boutiques quelques objets d'habillement venus de l'Inde et de l'Egypte. Les propriétaires de navires ne sont pas négbcians, comme ceux de Djidda, ils se bornent à transporter les cargaisons ; cepeiidant ils emploient toujours^ une portion de leurs béaéfices à de petites spécuhUous mercantiles. L9 transport des

m^rchandides à Médine^côupe beaucoup de mondey et tous les uégocians de cette ville ont leurs agens parmi les Arabes d'Yambo^ En temps de paix, la caravane de Médine part tous les quinze jours ;^mai8 récemment, le manque de chameaux la forçait, de ne partir qucfoys les mois. Souvent il se présente des occasions pour aller par terre à Djidda et à la Mecque , et quelquefois à Oudjeh et à M oeîleh, stations fortifiées de la caravane d'Egypte sur le golfe Ârabiqite. Les Yambaouis sont des contrebandiers hardis; aucun de leurs navires n'entre dans le port sans qu'une partie considérable de sou chargement ne soit envoyée, fijrtivement à terre pour ne pas payer les droits , qui sont énormes. Des détachemens de vingt à trente hommes bien armés se rendent la nuit au port poiu* protéger le débarquement, et, s'ils sont découverts, résistent souvent à force ouverte aux officiers de la douane.

Les environs de la ville sont complètement stériles; on ne voit ni arbres, ni verdure en dedans, ni autour des murs. Au delà du terrain salant contiguà la mer, la plaine couverte de ^sable se prolonge jusqu'aux montagnes. On en distingue, dans le nordest, une très haute , d'où la grande chaîne tourne plus à l'ouest vers Béder : je crois que c'est le mont Redoua, dont les géographes arabes font souvent mention; Samhoudi le place à upe journée démarche d'Yambo et à quatre journées de Médine. A*peu près à une heure à Test d'Yambo, on rencontre un groupe de puits d'eau douce, on les nomme u^seilia^ ils servent à arroser quelques champs de melons. Les Bédouins y campent quelquefois : dans ce moment^

mi corps de cavalerie turque avait dressé les tentes près de ces puits. ,

Il y a dans la ville plusieurs puits d'eau sau^màtre , il n'y a pas une seule citerne; l'eau potable est foUJrnîe par 4e grandes citernes éloignées de cinq minutes dfe la porte de Médine, et alimentées par l'eau de pluie. De petits canaux ont été creusés dans les plai^ nés voisines pour amener à ces réservoirs les torréns plXKJiuits par les pluies ; ils sont bien construits sous terre ^ et vastes; quelques uns sont assez gr^jnds pour procurer de l'eau à toute la ville pendant plusieurs semaine^ ; ils appartietinent à des familles dont les ancêtres les ont fait bâtir, elles Vendent Teau à Un prix fixé par le gouverneur qui exige une hede^ vajice de chacune d'elles. Cette eau est excellente, bien meilleure que celle des autres villes du Hedjas où les habitans tie sont pas assez industrieux pour faire des citernes semblables. Quand les pluies d'hiver viennent à manquer , les Yambaouis soùfifrent beaucoup et sont obligés d'aller remplir léurë outrés ans puits d'Âseîlia.

Yambo dépendait autrefois du gouvernement du séhérif delà Mecque > qui aurait dû partager les recettes de la douane avec le pacha turc de Djidda; Gfaaleb se les appropria exclusîvehaent; il avait ici un visir ou gouverneur, avec une garnison d'uùe Sôixàn^ taine d'hommes. IF parait que l'autorité de cet officie^se bornait à percevoÎT les droits de douane, et que les Yambaouis étaient réellement régis par leùrd propre^ scheSkhs, et jouissaient de beaucoup plusile liberté que les habitans de la Mecque et de Djidda. Le schérif était obligé de ménager la imissanlè tribu

deéDjeheitté^ et quàm'd un Tambaoui soti^it une |>ersécution injuste, il s'enfuyait vers sa parenté daiis lé désert; le tort «qu'il éprouvait était vengé sur des gens ou sur des caravanes du schérif ^ jusqu'à ce (Jue le différend fût arrangé.

Quand Saoud chef désWahhàbitesattaquala partie septentrionale du Hedjaz, ses premiers efforts, qui se difigèrent contre Jes Béni Haro eC les Béni Djeheiné, furent considérablement aidés par la haiùe et l'animosité constantes" de ces deux pufssantes tribus l'une contre l'autre, elles se faisaient fréquemment là guerre. Les Djéheïné ayant fait leur soumission et l'Yambo-el-Nakhel ayant reçu une garnison de soldats wahhabites , Saoud assaillit Yambo poiir la^prémière fois en 1 8oa avec des forces considérables ; il resta campé devant les tnurs pendant quelques semaineé et essaya plusieurs fois d'emporter la placé d'assàût. Après qu'il se fut retiré , les Yainbaoïiis bâtirent par l'ordre dii schérif leurs fortifications actuelles et en supportèrent toute la dépensé. Le schérif Ghaleb ayant fitti par reconnaître Pautorîté de Saoud , qui prît possession de la Mecque , Yambo tint encore pendant plusieurs mois ; enfin ce ne fut qu'après qu'une forte artn'ée eut fait des préparatifs pour l'attaquer de nouveau, et après que le vîsir eut prisla fuite, que les Yambaouis envoyèrent à Saoud un messager pour capituler , et en liiéme temps adoptèrent sa doctrine. Les Wahhabites ne placèrent pas de garnison dans la ville ; le schérif continua à y tenir un gouverneur, tuais le collecteur d'ithpôtS des Wahhabites y vint , elles habitàns qui, àTexception des droits dédouane, n'avaient auparavant été assujettis à aucune contri-

bution trouvèrent que le gouvernement des Wâhhabites les opprimait extrêmement.

Dans l'automne de 1 8 1 1 , lorsque l'armée turque sous les ordres de Tousoun , effectua sou dernier débarquement prés d'Yambo , le? habitans étaient très disposés à secouer Vautorité du schérif et des Wahhabites ; Je? officiers du Ghaleb et de Saoud s'enfuirent après que le comtnandantnommé par le premier eut fait un simulacre de résistance pendant deux jours avec une poignée. de soldats; car il ne tarda pas à voir que les Yambaouis n'avaient pas envie de se battre. La ville ouvrit ses- portes ; de légers désordres furent commis* par la soldatesque turque. Depuis ce moment Yambo a une garnison et est devenu le dépôt du commissariat de l'armée em-*ployée contre les Wahhabites dans le voisinage de Médine. Les soldats étant loin du pacha et de son fils se conduisirent d'une manière beaucoup plus désordonnée qu'à Djidda ou à la Mecque. Chaque bimbaschi ou commandant d'une compagnie qui débarqua ici avec son monde , prit pendant son séjour le comihandement de la ville ; tandis que Sélim Aga, le vrai gouverneur , n'ayant avec lui que très peu de troupçs , voyait son autorité réduite à rien. Plusieurs rixes eurent lieu durant mon séjour et les habitant étaient extrêmement exaspérés. Un officier turc tua d'un coup de pistolet , en plein jour , au milieu de la rue , un jeune Arabe auquel il faisait depuis quelque temps des propositions infâmes ; il commit ce meurtre du plus grand sang-froid, pour se venger du refus de la victime, puisse réfugia dans la demeure d'un l}imbaschi, dont les soldats furent

appelés pour défendre l'assassin- contre la foreur de la populace : lès parens du jeune Arabe coururent à Mëdine pour demander à Mohammed Aly pacha la tête du meurtrier ; je pai'tis d- Yambo avant que cette affaire fût terminée.

Tous les Yambaouis sont armés , quoiqu'ils se montrent rarement ainsi en public , et ils portent ordinairement un gros gourdin à la main. Très peu d'entre eux ont des chevaux ; les Djeheïné établis dans l'Yambo-el-Nakhel en ont de très beaux de la race duNedjd, çaais en petit nombre. Chaque famille a des ânes pour aller chercher de l'eau. On se ressent ici plus que dans les autres villes du Hedjaz du manque de domestiques et de journaliers. Aucun Yambaoui ne se livre à un travail manuel^ s'il a la moindre chance de pourvoir à sa subsistance par un autre moyen. Des paysans égyptiens restés sur cette côte après leur pèlerinage , et obligés de gagner de l'argent poulr payer leur passage en retournant chez eux , servent * comme porte-faix et journaliers , apportent du bois et de l'^au. J'ai vu payer une piastre et demie a un homme pour porter une charge à une distance dé quinze cents pieds du rivage à une maison. ^

Nulle partdans le lïedjazy les detiréesne sontàaussî bon marché qu'à Yambo ; cdnmie l'eau y est bonne, et que Fair paraît y être plut saliïbre qu'à Djidda, le séjour pourrait en être supportable , si ce n'étaijt à cause de la quantité incroyable de moifches qui infestent cette partie de la côte. Personne iie sort sans avoir à la main un éventail de paille pour chasser ees insectes ; il est absolument impossible de manger

^jx^ en avaler quelques uns qui eutreat daod la boijche au lAomçnt qi^'on l'ouvre, il en pa^çe des nuages >u dessus de la ville ^ ils s'établissent à bûrd des navires qui sorteqt du port , et y restent pendant tout le voyage.

OPAPITRE XXIII

V0TA6B d'tAKBO AO GAIKB.

Je m'embarquai à Yamj^o, le .i5 mai , d^ns la matinée , sur un samï)ouk ouvert, on grs^nd bateaii destiné pour.Cosseïr où il devait charger du blé j \g^ raïs ou capitaine était fils du propriétaire h^Jbtîtant d'Yaijibo. J'étais convequ.de çiuq piastres . fofte^ pour mon passage et celui de mon esblav^.; 1^ peler, rins en paient ordinairement deux et on n'ep WQfi qu'ui^e des pauvres et des domeçtiquest . .« ;

{jc gouvernement ne donnait qu'une demir-piastra par tête pour le transport des soldats. .Gonoime l'fi^ socié du commandant d'Yambo avait ufie part daiis ce bateau ,. on l\ii permit de partir sans. prendra da militaîîpes , et le t^ m'avait dit qu'il n'avait qu'une douzaine de passagers arabes. En me. Saiisant payev 4çu2: piastres de pli^ que le pm ardiôaire , il m'avMt

{H^omis que j^aurais un petit espace à rarriére pour ipoi «eul. Quand j'arrivai à bord ^ je, reconûus qu'il m'avait ^trompé ; il s'y trouvait plus de trente passai gl^rf» principalement É^ptiens et , Syriens ^ et une douzaine d& matelots. !Le raïs^ son frère cadet ^ le pilote et le maître^ s-étaient établis di^ns le réduit placé derrière le gouvernail^ et pour lequel j'avais fait mon arrangement* Beetourner à Yambo , séjour de la inwt , n'était pas prudent , et comme je n'aperçut d^s le bateau aucune i^parenee de peste^ je me résignai à mon sprt sans entamer une dispute inutile.

Nous fîmes voile à l'instant en serrant de près là <:pte»Le soir, je m'aperçus quemia situaiion était pire que. je ne l'avais supposée en entrant ; une demidouzaîne de malades dont deux avaient un violent délire étaient couchés aiji. fond du bateau ; le jeune frère du raïs, qui avait sa place à côté de moi, était payé pour soîgnèr les malades ; l'un d'eux mourut le lendemain et son corps fut jeté à la mer. Il n'était plus douteux que la peste ne réghàt à bord de ce petit navire, quoique les matelots pré|:endissent que c'était une maladie différente. Le troisième jour , le frère du raïs se plaignit d'un grand mal de tète et insista p<Hir éf^e débarqué.^ Nous étions alors dans une petite baie ; le raïs cala aux demandes du jeûne hèmnie • et convint avec un Bédouin de ce canton de le ramener sur son chameau à Yambo : j'ignore son sort ultérieur,

La seule précaution que je pus prendre contre l'infection , f^t de déposer mon bagage àutpur dé ipQLoi de manière j^ former une espace isolé oà j'avais asacis^ de place pour ètr^ assis à mon aiscf^ c^pendmt

j'étais obligé de me trouver à chaque instant en contact avec mes compagnons de voyage. pTrés heureu*sement la maladie ne s'étendit pas ; un autre passager mourut cinq jours après notre départ ; après cela, il n'y eut plus^ de nouveaux décès, quoique plusieurs passagers fussent attaqués de la maladie ; je ne puis affirmer positivement que pé fut la peste , parce que je n'examinai pas les cadavres; cependant tout conti^ibua à me le faire croire. Le mal de mer continuel ej le vomissement que les passagers éprouvèrent, furent peut-^tre pour eux une opération salutaire de la nature.

Quant à moi, l'état de ma santé fut très mauvais pendant tout le voyage et je fus fréquemment tour-' mente par la fièvre qu'augmentait le manque total de commodité. J'éprouvais du dégoût pour toute espèce de nourriture, excepté pour le bouillon. Chaque fois que nous entrions dans un port, j'achetais un mouton aux Bédouins afin d'avoir un plat de soupe y et en distribuant la viwdé aux gens di; navire, j'obtenais leur bienveillance, de sorte que dans toutes les occasions ils me traitaient bien \ et je pouvais réclamer leur aide lorsque j'en avais besoin , soù pour élever chaque matin un auvent temporaire^ soit pour remplir nos outres à terre»

Voici notre manièreUe naviguer : tous les soirs, on entrait dans un port où l'on passait la nuit et on se remettait en route au point du jour. Si l'on savait qu'il n'y avait ni anse , ni port assez proches pour qu'on pût y arriver, avant le coucher du soleil , avec le vent qui régnait , on s'arrêtait quelquefois à un mouillage, un peu après midi. Par malheur, le canot

avait été emporté par une forte lame, dans unvopge précédent ; par conséquent nous ne pouvions pas débarquer souvent , excepté dans les lieux où il y avait d'autres navires dont nous empruntions les <sanotSy parce qiié nous jetions ordinairement l'ain-* ère dans des endroits où l'eaù était profonde. Les matelots montraient bien peu de courage. Dés qù'i ventait bon frais , ils serraient lea voiles , la crainte d'un coup de vent leur faisait chercher un refuge dans un port^ et jamais nous ne parcourions plus de vingt-cinq à trente-cinq milles [wir jour. Une grande pièce à eau de forme carrée était la seule à bord , elle en contenait assez pour la consommation de trois jours et ne servait qu'à l'équipage. Chaque passager avait son outre , et quand nous arrivions à une aiguàde , les Bédouins accouraient sur le rivage et nous vendaient l'eau de leurs outres. Comme il arrive quelquefois que les navires sont pris par des calmes dans-une baie éloignée des puits, ou que les vents contraires les empêchent de la quit^ ter, l'équipage est exposé à beaucoup soufirir de la soif; car jamais on n'a une provision d'eau pour plus de trois ou quatre jours.

Pendant les trois premiers jours, nous naviguâmes le long d'une côte sablonneuse, entièreioient stérile ei inhabitée; les montagnes continuaient à être à une certaine distance dans l'intérieur. A trois journées par terre et par mer d' Yainbo, suivant le calt^ul commun, s'élève le Djebel Hassani, montagne dont là mer baigne le pied, puis en allant au nord, la rangée inférieure des montagnes est, dans le Voisinage de la plage, habitée par quelques Bédouins. Les camps

II> Voy» dana PArabie. ^^

des Djebeiné s'étendent jusqu'à ces monts; aunord et jusqu'à £1 Oudéjhy station des pèlerins, dont le nom $e prononce el Ousch , on trouve les demeures des Bédouins Heteïm. Vis à vis du Djebel Hassani, il y a plusieurs iles, et la mer est, notamment dans ceps^ rage, remplie de bancs de sable et de rocbers de corail qui s'élév^t presque jusqu'à sa surface; leurs diyer- . ses couleurs donnent à l'eau , quand on la regarde de loin, toutes les teintes de l'arc-en^iel. Au printemps, après les pluies, quelques unes de ces ikis sont habitées par les Bédouins de la cote qui y mènent paître leurs tro;up€iaux tant qu'il s'y trouve de la , pâture ; ils ont de petits canots et sont des pécheurs très actifs. Us salent le poisson, etle transportent dans léiu^s embarcations à Yambo ou à Cosseir, ou bien le vendent aux navires qui passent. Une de ces îles, nommée iEl Harra, appartient aux Béni Abs, tribu .de Bédouins autrefois puissante et maintenant réduite à quelques familles ; ils vivent mêlés avec les Béni Heteîm et ^ont de même qu'eux en très mauvais renom parmi leurs voisins. Sur une autre ile 1 on voit le tombeau d'un saint appelé Scheikh Hassan el Mërabet, il est entouré de bâtimens bas et de cabaniBs où demeure une famille de la tribu des Béni Heteîm, ^ laquelle appartient la garde du sépulcre. Comme la route des navires arabes passe souvent tout prés de cette ile, ils y envoient fréquemment un canot porter à ses habitans quelques mesures de blé, oudubeurr^, ^^u^ biscuit «t du café, parce que lés marins arabes regardent S({heikh Hassan comme le patron de ces parages.. Quand nous fûmes vis à vis, notre reis fi£un grand pain qu'il mit cuire dans la cendre, et eb diih

m^ %qS *^

tiîbua un morceau à touteis les j^ei^onHes du hotd ^ qui le mangèrent en honneur du saint; ensuite û. nous régala d'une tasse de café. ^

En général^ les matelots arabes sont très supersti-* tieux ; ils ont une horreur extrême pour certains pa* rages, non parce qu'ils les croient les {dus dangereux^ mais parce qu'ils sont persuades que des esprits maU foisans, habitant parmi le^ rochers de corail, peuvent

attirer les navires rers les bancs de sable et par Ji^ causer leux" perte : c'est par cette raison qu'avant^ prendre leur repas ils ne manquent jamais dé jeter dans la mer une poignée de farine , dtsatit que les habitans de l'eau doivent aussi avoir leur morceau^ parce qu'autrement ils. empêcheraient la marche du bâtiment. Notre reïs oul)tia une fois de payer ce trif but , m^is s'en étant souvenu > il ordonna qu'on fit un pain et qu'on le lançât dans la mer.

Tous les joules nous rencontrions des navires venant d'Egypte, et le soir il y en avait trois ou quatre mouillés avec nous dans la méine haie. Des querel^ les pour l'eau surviennent fréquemment dans cet occasions , et les bâtimens sont souvient obligés d'al» taidre un ou deux jdurâ que les Bédouins en apport tent une quantité suffisante sur le rivage* On peut 86 procurer paiitout avec facilité du beurre, du lait^ du miel , des brebis , des chèvres , du poisson salé^ du bois de chauffîige, des brins d'arak, buisson dont les Arabes ^font leurs brossées à dents et que les Bé-^ douins ramassent sur cette côte; on donne en échangede ces objets du tabac et du blé. Les Bédouins sont des voleurs déterminés et souvent viennent pendant la nuit à la mage jusqu'aux navii^es pour

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ëpîer l'occasion de le» piller : l'eau est mauvaise partout, excepté à Oudjéh et à Dhoba. Oudjéh, dont on estime la distance au nord du Djebel Hassan à trois jours de marche, est un château sur le chemin des pèlerins à trois lieues dans l'intérieur. Tout auprès al y a une source d'eau excellente; on trouve aussi <l^ puits abondans d'eau passable dans le voisinage de la petite baie qui sert de port au château et qui |»ar cette raison est nommée Mars el Oudjéh. Des soldats mogrebins tiennent garnison dans le château que l'on disait être bien approvisionné. Plusieurs sont mariés à des femmes bédouines et font un petit trafic de vivres avec les navires qui passent.

Les montagnes voisines d'Oudjéh sont habitées par lesBili/tribu des Bédouins. Aunordd'Ou<\jéhét à peu près à deux journées au sud de Mouîléh, on rencontre le mouillage de Dhoba renommé pour ses puits excellens. Les navires jettent l'ancre dans une grande ime, qui est l'un des meilleurs ports de cette côte ; 4es puits sont à une distance d'une demi-heure dans l'intérieur, sous l'ombrage d'une groupe de dattiers et de doum. La caravane des pèlerins d'Egypte passe «par ce lieu; un réservoir a été bâti pour son Usage. dLes navires qui vont de Cosséïr à Yambo viennent généralement reconnaître ce point, et continuent ensuite leur navigation le long de la côte vers le sud. A deux journées au nord de Dhoba , on trouve le château et le petit village de Mouîléh sur le terri-toire des Bédouins Hoveîtat et O'mra'n; nous en passâmes à une certaine distance, toutefois je pus apercevoir de grandes plantations de palmiers près du tivage. Ce que l'on appelle le château me parut être

un bâtiment carré et situé dans la plaine^ tout près de. la mer. T)n distingue de loin la ^sition de Mouïléh, k* une haute montagne qui s'élève par derrière, et dont, les trois cimes aiguës qui dépassent toutes les autres sont visibles de 60 à 80 milles; on médit qu'en hiver, par un temps clair, on pouvait les voir de Cosseîr au moment du lever du soleil. Mouîléh est le lieu principal de cette côte entre Akaba et Yambo. Se^ babitans, qui sont pour la plupart Bédouins, ont des demeures fixes, et trafiquent en bétail et en poissoa. avec Tor et Yambo ; ce marché est très fréquenté pi;', leurs cqmpatriotes de l'intérieur. C'est le seul endroit de cette côte où il se tienne régulièrement un Inarché, et où l'on trouve toujours des vfvres, ce qui est d'un grand secours pour les navires retardés par les vents contraires. Gomme les denrées spnt très chères dans le Hedjaz et à très bon marché en Egypte, lei^ bâtimens qui vont du premier de ces pays à Cosseïr ou à Suez ne prennent jamais que l'approvisionner* ment qui leur est absolument nécessaire; mais la traversée, qu'ils né calculent ordinairement qu'à vingt jours, est souvent d'un mois et quelquefois même de deux.

De la rade de Mouîléh on distingue nettement le Ras abou Mohammed, pointe méridionale de la péninsule du Sinai. Lès bâtimens partant d'Yambo pour Cosseïr vont généralement attaquer ce cap ou l'une des lies situées en avant, puis font route au sud vers leur destination ; ils suivent cette marche afin de profiter des vents de nord qui soufflent pendant neuf mois de l'année dans cette partie du golfe Aran bique, et ils préfèrent cette manière ennuyeuse, maia^

«Are de serrer la cote de prés , qui leur permet souveat de profiter de la brise de. terre, aux dangers et aux £itigues de gagner au large et de naviguer contre le vent ou de traverser le golfe en se dirigeant en droiture de Djidda pu d'Yambo sur Cosseir ; très peu de pilotes de cette mer connaissent les ports delà côte d'Afrique au sud de ce dernier, ainsi que les Bédouins qui l'habitent et qu'ils craignent beaucoup.

En arrivant au Ras Mohammed, ils mouillent près dé l'une des petites lies ou entrent dans le port de Scherm, et ils y attendent le vent favorable qui les porte ordinairement à Cosseïr en un joui^ ou deux. Quant à nous , il ne nous survint aucun événement désagréable pendant notre traversée, quoique le vent, qui fut rarement bon, nous eût forcés une fois de rester trois jours au même mouillage; je crus souvent que le navire allait se briser en voyant le pilote le conduire à travers les écueils des rivages. Ces gens montrent dans cette manœuvre une expérience consommée et autant de hardiesse qu^ils manifestent de pusillanimité en pleine mer.

Après une traversée de vingt joùrs^, nous arrivâmes le 4 de juin dans le voisinage du Ras abou Mohammed; le bateau fut amarré pour la nuit par des grappins à des rochers de. corail, sous le vent d'une petite île devant le promontoire ; le pilote comptait partir le lendemain matin.

Sachant ique l'ori rencontrait toujours dans lé port de Scherm des Bédouins qui transportent les voyageurs par terre à Tôr ou à Suez, je demandai que Ton me débarquât. La route de là au Caire était beaucoup plus courte que celle de Cosseir, et l'état pré-

caire de ma santé exigeait que je quittasse au plus tôt le navire où j'étais très mal à mon aise et où les craintes de la peste n'étaient pas encore dissipées , quoique personne n'y fût mort depuis quinze jours : quatre piastres fortes données au reïs et une au pilote les engagèrent à se détourner un peu de leur route , et le lendemain matin noiis entrâmes dans le port de Scherm.

Scherm est à quatre ou cinq heures dé distance du Ras abou Mohammed ; de grands navires peuvent mouiller dans ce port qui est sûr et commode^ situé à l'entrée du golfe d' Akaba, et le meilleur de la côte occidentale de ce bras de mer. Sous ce nom de Scherm ou Scheroum au pluriel, on comprend deux ports à un demi-mille de distance l'un de l'autre et également bons ; néanmoins celui du sud est le plus fréquenté. Gomme il y a dans le voisinage un puits abondant, tous deux ^ont souvent visites par les navires qui vont dans le Hedjaz ou qui en viennent; et les passagers désireux d'éviter le voyage du golfe de Suez, qui durant les vents de nord est souvent très long , débarquent ici ; ils gagnent ensuite , sur les chameaux des Bédouins, Tor ou Suez. Ces Bédouins qui demeurent dans les montagnes aperçoivent de loin les navires et à leur arrivée se dépéxshent dé descendre à la côte TOur offrir leurs services. Jadis quand les pachas d'ÎÉgjrpte n'exerçaient qu'un pouvoir nominal sur les Bédouins du voisinage, les Arabes de Tor étaient très redoutés par les marins ; ils exigeaient d'eux tin tribut régulier quant ils entraient dans leurs ports, et les tourmentaient de toutes les manières. MamtenantMohammedAly arénssi^

par le moyen du commandant de Suez, à effrayer ces Bédouins; leur conduite est très amicale^ et on voyage avec eux en toute sûreté ; mais si un navire fait naufrage sur ces côtes ou sur les îles voisines, événement assez commun , ils maintiennent leur ancien droit de piller la cargaison.

Dans la soirée, un navire chargé de soldats et parti d'Yambô, six jours avant nous, entra dans le port ; le chef de cette troupe et quatre ou cinq militaires furent débarqués pour aller paj terre au Caire ; le lendemain matin les deux bâtimens poursuivirent leur voyage vers Cosseïr. Il ne fut pas difficile de louer des chameaux ; il y en avait là plus d'une trentjLine qui étaient prêts ; nous partîmes dés le soir, et fonnâmes deux détachemens ; l'un qui prît les devants était formé de soldats , et le second qui le suivit à un inter*valle de deux. he]ures se composait de moi , de mon esclave, et de deux pél'erins de Damas qui saisirent avec joie cette occasion d'abréger leur voyage. Nous parcourûmes pendant une heure et demie une vallée où nous fîmes halte pour la nuit.

Le 6 juin, on continua dé voyager dans des vallées stériles , entre des rochers escarpé? ; généralement granitiques ; vers midi, on s'arrêta sous la saillie d'un roc qui nous procura de l'ombre. Lot^J^édouins allèrent cherche^* de l'eau , qui était excellente à El Hamra dans les, montagnes à Fouest. Une pauvre femme vivait absolument seule, avec deux chèvres , dans cette vallée. La sécurité là plus parfaite règne même parmi les Bédouias de ce canton, et n'est interrompue que par la conduite scandaleuse des soldats turcs qui y passent. Connaissant bien ces gens.

paF une longue expérience, j'avais refusé de me join-r dre à leur Iroupe. Nous étant renûs en route^dans la soirée^ nous reiicontrâaies un petit garçon bédouin servant de chamelier à la bande qui nous devan-çait. Son chameau qui portait un militaire n'ayant pi4 marcher aussi vite que les autres, le cavalier, furieux de ce retard , donna un coup de sabre à Tani-r pial pour hâter son pas; le petit garçon, lui ayant adressé des remontrances et saisi le licou, reçut égalepient une estafilade à l'épaule, et comme il persistait à ne pas lâcher prise, le brigand lui tira un coup de fusil; le peltit bonhomme s'enfuit et.attendit notre venue. Nous .entendîmes à quelques milles de dis^. tance les imprécations du soldat et nous le trouvâmes qui allait a pied derrière le chameau. Prévoyant unei rixe, j'avais chargé mon fusil et mes pistolets^ Quand il m'aperçut en tète de ma troupe, le Turc accourut aussitôt vers moi et jne cria de descendre de mon chameau et de prendre le sien : je lui ris, au nez, et lui répondis en turc que je n'étais pas un fellah à qui il put parler de cette manière. Alors, conformément à l'usage de ces militaires qui s'imaginent que quiconque n'est pas de leur corps doit obéir à leurs commandemens,Ml se tourna vers mon esclave et lui enjoignit de descen^, jurant qu'il allait tirer sur l'un de nous s'il ne se "^feonformait pas à cet ordre. A ces mots, je pris mon fu^il et lui assurai qu'il était chargé avec de la poudre excellentp, et enverrait une balle â son cœur „ plutôt que le sien au mien. Durant cette .altercatioix , son chameau s'écarta un peu dans une vallée latérale ; craignant pour son bagage, il courut après l'ajuimal et nous poursuivîmes notre marche.

Gomme il ne pcmvait nous suivre dans le sable^ il me tira de loin un coup de fusil; auquel je répliquai aussitôt et ainsi finit la bataille. Plus loin nous! rencon^ tr&mes ses compagnons qui avaient mis pied à terre^ je leur dis que leur ami était resté en arriére à cause de l'embarras que son chameau lui avait causé ; il% hii dépêchèrent tout de suite un de leurs Bédouins pour le ramener ; nous allâmes camper dan9 une vdlée hors de la route et le petit Bédouin nous y rejoignit^ ne se souciant pas d'être vu par les au6t^ soldats.

Nous dirigeâmes ensuite notre marche de jinaniére à ne pas nous retrouver avec ces militaires; mài^, deux jours après, je rencontrai mon homme à Tor. Gomme il craigpait que je ne portasse plainte contrelui au gouverneur de Suez, qui était dans cette ville, il vînt à moi d'un air riant , et me dit qu'il espérait que tout ressentiment entre nous était évanoui , n'ayant tiré le coup de fîisil que pour appela ses compagnons à son aide à cause de son chameau. Je lui répondis que mon intention avait été toute différente , et que je. regrettais beaucoup de l'avoir manqué ; il se mit à rire et s'en alla. Il n'y a pas au monde d'êtres plus insolehs, plus arrogans, et eh même temps plus vils et plus lâches que les soldats turcs; qujind ils s^attendent à ne pas rencontrer de résistance , ils se conduisent de la manière la plus hautaine et la plus tyrannique , et, dans le moindre accès de colère , ne se font nul sçrupillê de tuer upe personne ihoffensive; mais quand on leur tient tête , ou quand ils redoutent quelque mauvaise conséquence de leurs actions, ii n'est pas de bassesse à laquelle ils ne se soumettent

à Hustant. Dans mon voyage en*Egypte^ du €aireà Assouan , que je fis eùtièrement par terre , j'eus plusieurs affaires de ce genre avec des soldats : je oout seille aux voyageurs de traiter constamment ces gens-là avec beaucoup de hauteur, parce qu'ils attribuent la plus légère condescendance à la «crainte, et alors leui' manière d'agir devient insupportable.

Le 6 juin, nous avions marché pendant près de neuf heures; le 7, nous parcourûmes les vallées pen?. â^nt deux heures et demie; arrivés à une haute mon-»tagne , je fus obligé de mettre pied à terre. J'eus beaucoup de pethe à atteindre au sommet , car mes forces étaient épuisées , ayant eu le frisson toute la nuit. Nous employâmes deux heures à franchir la montagne et à descendre dani la vallée de l'autre côté. Du sommet, nous découvrîmes en plein le golfti d'Akâba. La partie supérieure de cette montagne est de granit, et l'inférieure de grunstein. L'aprèsmidi , nous débouquâmes de cette chaîne dans la plaine del'ouest, qui s'abaisse doucement vefrsle golfe dèSuezroii fit halte après dix heures de marche.

8 juin. En trois heures et demie, nous arrivâmes à Tor; tout y était dans un mouvement extraordi-* naire. L'épouse de Mohammed Aly pacha que j'avais rencontrée à presque toutes les stations de ina route , était entrée dans ce port quelques jours auparavant, et comme le vent du nord soufflait avec force, elle était descendue à terre, afin d'aller par tefre à Suez. Son propre frère Moustafe b.eg, l'un des principaux officiers du pacha, et lé gouverneur de. Suez étaient venus à sa rencontre ; ses tentes étaient dressées tout près du village; il fallait près de cinq

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i}eut$ chameaux pour ti*ansporter à Suez sa suite et son escorte militaire, et comme on ne pouvait pas se procurer promptement cette quantité, elle était retenue depuis une semaine entière à Tor.

Je me décidai à. passer quelques jours dans ce lieu yniquement afin de recouvrer la force suffisante pour le voyage du Caire ; mais quand j appris que la peste désolait encore Suez et la capitale de l'^Êgypte, je changeai de plan et Je résolus de passer qudques semaines à Tor, jusqu'à ce que la saison de la mar ladie eût cessé. Je m'aperçus bientôt que ce petit village est un triste séjour : il est hâti<)ans une plaine sablonneuse, tout près du bord de la mer, saps aucun abri contre les rayons du soleil; quelques bou* quets de dattiers s'élèvent à une certaine distance par derrière. Les maisons sont misérables ; des myriades de mouches et de moustiques obstruent les entrées de toutes les habitations, j'y passai une nuit ; les Bédouins m'ayant dit , le lendemain^ qu'à une heure de distance, il y avait un autre petit village> dans une position . élevée , avec des jardins et une abondance d'eaù excellente, je me déterminai à y aller demeurer.

Tor est entouré d'un mur à demi ruiné ; on y voit les restes d'un château; il passe pour avoir été construit par sultan Sélim I", qui fortifia tous les postes avancés de son empiiie. Les Français songèrent à le- rebâtir, mais ils quittèrent l'Egypte avant d'avoir commencé le travail. Deux petits villages jà peu pcès à un mille de distance de chaque côté de Tor, sont peuplés d'Arabes, tandis que ce lieu n'est habité que par des Grecs au nombre d'une vingtaine de familles

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ftVec un prêtre qui relève de l'archevêque du motA Sinaï. Ces gens gaghetit leur vie en vendant despro^ visions aux navires qui jettent l'ancre ici pour faire de l'eau ; elle est excellente ; on la prend dans des puits. Les denrées sont deux fois aussi chères ici qu'au Caire ; les habitans de Tdr les vont cherchera Suez dans leurs petits bateaux. Ils sont parcimonieux et deviendraient riches, si le passage dtô soldats turcs ne s'y opposait; car la rapacité de quelques uns de ces militaires leur enlève souvent > dans un seul jour , les profits d'une année, entière. Le pacha n'a pas ici de |;arnison.

9 juin. Le matin, ayant fait une provision suffisante de vivres à Tor, je me rendis sur mon chameau à £1 Ouadi qui est le village dont j'ai parlé plus haut. Je n'eus pas de peinte à trouver un logement et je reconnus avec plaisir que mes espérances n'étaient pas déçues^; ce village est composé d'une trentaine dé maisons entcmrées de jardins et de bocages de dattiers. Je louai la moitié d'une maison à demi ouverte ; je l'avais couverte de feuilles de palmier, et j'avais à côté un enclos planté de palmiers, de nebeks, de grenadiers et d'abricotiers, dont l'ombrage <lonnait une fraîcheur délicieuse; il y avait au centre un puits dont l'eau est excellente; pour le moment mes souhaits étaient accomplis. Les habitans du village, qui pour la plupart sont des Bédouins deveiussédentaires, ne pouvaient me supposer aucun motif suspect d'être venu me loger au milieu d'eux ; voyant que j'avais à peine la force de me tenir sur mes jambes, ils me traitèrent avec beaucoup de bonté, et de petits présena de viande et d'autres den-

rées qtfe je leur distribuai m'assurèrent bientôt leur bienveillance; et je ne pus qu'être satisfait de leur conduite; jouissant donc d'uiji repos complet^ et du bon air de la montagne sur laqudle ce village est kituéy toes forces ne tardèrent pas à revenir.

Depuis quatreans que j !avais quitté la société de mes amis M..Barker et M. Masseyk et les délicieux jardiné d'Alepi je ne m'étais jamais trouvé si bi^ qu'à El Ouadi. Dèsle premier jour que je passai dans cette rétraite^ ma santé éprouva une amélioration considérable. Pensant qu'un léger exercice me serait salutaire^ je montai sur un chameau et j'allai à Hamma'm^ lieu 6ùil y a des eaux thern^ales^ au delà de la montagne, au Bord de Tor et à une demi-heure.de marche d'El Ouàdi. Plusieurs sources chaudes jaillissent de la roche qui est calcaire; un toit a été construit audessus de la principale qui est visitée par tous les Bédouins du voisinage. Quelques bàtimens à demi ruinés, etprôbablement aussi anciei\s que le château de Tor démoli, offraient jadis un asile aux personnes qui fréquentaient ces sources; leur chaleur est modérée^ et l'eau parait être fortement imprégnée de nitre; à côté de ces sources, il y a die, vastes plantations de dattiers; jamais je n'en ai vu dont là végétation fut plus belle et plus vigoureuse; ila forment Un bois «i touffu, qu'on a de la peine à y trouver son chemin. Ces d$ittiers aj^artienneiit aux Bédouins de la presqu'île; qui viennent iciavee leurs fiaimilles, au temps de la récolte des fruits. Cependant le bocage le plus considérable est la propriété dés prétrès grées dû mont Sinaî; l'un d'eux y deibeum duii une tôur isdléc au ImlieU des Arabes; c'est ml

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véritable ermite, étant le seul habitant permanent de ce li^u. La crainte des Bédouins le. tient enfermé pendant, des semaines entières dans son donjon oii Ton n'entre ^que par une échelle; un homme qui lebaqye semaine lui apporte de l'eau est le seul qui rapproche. Ce prêtre est placé ici comme jardinier du couvent, mais l'expérience a montré l'inef&cacité de toutes les tentatives pour préserver les arbres du pillagç dea Bédouins ; les fruits ont donc été abandonnés au premier, venu ; de sorte que ce bosquet, dont le {iroduit est souvent d'une vialeur de qiiati^ à cinq mille piastres, devient une propriété publique. J'éprouvais un peu de difûculté à me procurer de ta viande à Ouadi; les moutons sont très rares dans la presqu'île et aucun Arabe n'est encliti à vendre Jies siens. Un troupeau avait été envoyé de Suez à Tor : pour l'approvisionnement de l'épouse de Mohammed Aly et de sa suite, je fus obligé de payer douze piastres pour un petit chevreau.

La seconde semaine de mon «éjour à El Ouadi améliora beaucoup ma santé; je n'étais pas complètement rétabli, mais pour le moment je désirais seulement recouvrer assez, de force pour faire le voyage Jàx Caire, où je devais trouver les moyens de me guérir complètement^ Jesouhaitaisd'autant plus dehâtar johondépart, qu'on disait que les Bédouins qui; ayant > des chfimeaux, ne les avaient pas encore livr^ tK)ur le ^nsport' des femmes du pacha, allaient bientôt quitter ce canton avec des charges de charbon pour le Caire; alors il aurait été-difficile de se procurer des bêtes de somme. Depuis dix-huit mois, je n'avais pas ièçu de lettiM d'Eiûrope et j'étais impatient d'andf-

Ver au Caire où je savais que j'en trouverais plusieurs. Je n'ignorais pas non plus que la peste aurait presque cessé veï^s l'époque de mon arrivée, c'est à dire à Jia fin de juin, parce qu'elle cède toujours à l'influence de la saison chaude. En conséquence, je louaif deux chameaux pour douze piastres fortes.

Les Arabes dé ces cantons ont établi des coutumes particulières relativement aux transports; parmi ceux de la presqu'île, la tribu des Sovàléha a le droit d'en faire la moitié et l'autre est partagée entre les Mezeinéetles~Âleïgat. Ayant besoin de deux chameaux, l'un devait être fourni par un Sovàléha et l'autre par un Mezeïnéou parun Aléïgat.S'il arrive qu'il n'y ait pas sur le lieu des hommes de chacune de ces trois tribus, on*arrange aisément l'affaire avec l'une d'elles , et les autres n'ont pas de réclamation à élever; mais si plusieurs se trouvent à la fois sur le heu, il siurvient inévitablement des querelles entre elles, et celle qui conduit le voyageur est toujours obligée de donner une pStite somme aux deux autres pour les faire taire. La même loi ou coutume marque certaines Ihnites qui,' une fois franchies par le voyageur et par son guide, ne laissent plus aux compatriotes de ce dernier de prétentions au transport. La limite au . nord de Tor est à moitié, chemin entre ce lieu et El Ouadi. Le Bédouin qui ili'avait amené de Tôr ici , avait passé cette barrière furtivement et à- l'insu de ses amis; iljs nous poursuîviteùt quand ils nous s^per^ curent sur la route, mais nous avions dépasséla borne avant qu'ils nous rejoignissent; j'étais ainsi tombé en partagé à mon guide. Lorsque je m'informai à El ^adi d'un nouveau guide pour le Caire, on médit

que pei^nne ne pouvait se charger de moi sans en aviser le Bédouin qui m'avait conduit ici de Tor sur soii chameau et sans obtenir sa permission. En conséquence ^ je renvoyai chercher^ et, comme sesr chameaux n'étaient pas présens, il céda son droit à un autre pour deux piastres fortes ; je partis donc avec celui-ci» Les disputes relatives au loyer des animaux pour les transports sont très singulières, et quelque fois très embrouillées et difficiles à décider; le voyajgêur reste, complètement passif, 'et il n'a pas beaucoup à craindre qu'on le trompe, puisque le prix du loyer est toujours connu publiquement et qu'il ne peut jamais perdre plus d'ime piastre fort^

Jequittai £1 Ouadi le 1 7 de juin. Notre route passait sur une plaine élevée bornée à l'est par les hautes ci» mes des monts Sinai, et à l'ouest par une chaîne basse de collines calcaires qui séparent cettjé plaine de la mer avec laquelle elles courent parallèleibent sur une longueur de cinq à six heures de marche* Cette jdaine, complètement stérile et. dont leâol est graveleux, se nomme EL Ka'a, elle est mal famée chez les Bédouins parce qu'dl'e manque de spu)*cQS et qua aa position y rend la diialeur excessive) ; en effet ^ aojôurd'hui nous souffrîmes beaucoup * d'un des vents les pliin chauds que j'aie jamais éprouivés. Nous fîmi^s halte vers inidi sans avoir un seul ajrbre pour nous abriter de son ombre. Un manteau de Bédouin attacha à quatre perches me servit de tente; à peine me préservait-il des rayons du soleil r mes deux guides et mon esclave s'enveloppèrent dans leurs manteaux et s'endormirent. Au lieu de produire la traqspiration, l'air brûlant du semouo^ bouche tous les pores; le

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