‹ Voyages en ArabieChapitre 23 sur 40 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

EEVEIfUS^

Les revenus du gouvernement wahbabite ont été établis d'après un plan semblable à celui (jui exisUil du temps de Mahomet; voici en quoi ils consistent.

i\ tJn cinquième du butin fait sur les hérétiques^ Cette portion doit être mise de coté pour le chef|

nlmporte que lui-même ou un de ses officiers ait été présent à l'action ; le scheikh de la tribu la plus Soignée est responsable de la remise de cette part, quelque peu considérable qu'elle puisse. être. Saoud li'essaya jamais de priver ses soldats des quatre autres cinquièmes. Dans les guerres ordinaires avec les Arabes, quand les villes ne sont pas pillées, le butin consiste généralement en chevaux, chameaux et brebis; tout cela est vendu à l'encan après le combat. L'argent qui en résulte est réparti parmi les troupes ; un cavalier a trois parts pour lui, et deux , comme disent les Arabes, pour sa jument; chaque homme monté sur un chameau y a une part ; avant Saoud, il en avait deux ; chaque fantassin a une part. Si dans un combat un Wahhabite tue un soldat ennemi et s'emparede sa jument, il lui est permis de la garder comme son bien et la récompense de . sa valeur. ,

2^. Le tribut ou, suivant l'expression des Wahhabites , les aumônes. Une loi fondamentale de l'islamisme enjoint de faire ces aumônes. Mahomet en régla le montant, le législateur des Wahhabiljes se conforma à sa règle. Des aumônes semblables sont également prescrites aux Tfurcs , mais la distributipa en est laissée à la conscience de chacun y tandis que lés Wahhabites sont obligés de les remettre à leur chef pour les distribuer. La loi musulmane a fixé, minutieusement la proportion des aumônes relativement à la fortune ; les Wahhabites n'ont rien changé à ces clauses. Les sommes pa.yées ea propor^ tion des chevaux , des brebis et des chameau^ le. sont conformément aux préceptes de la sunna ; on

peut en voir le détail dans l'excellent ouvrage de Mouradgea d'Ohsson. Saoud fit deux parts de ce tribut de ses sujets : celle qui vient des Bédouins est versée en entier dans son trésor particulier; celle des habitans des villes ou des cultivateurs entre dans le trésor public ou beïth el mal.

Saoud prend un dixième du produit des champs arrosés uniquement parles pluies, et seulement un vingtième de ceux qui le sont par l'eau des puits ou des fontaines , que l'on ne puise qu'avec des peiiies et des dépenses.

Les marchands paient deux et demi pour cent de leur capital, dont ils doiventdéclarer le montant sous serment au collecteur ; cependant on sait que rarement ils annoncent plus du quart de leur bien. On avait volé à un marchand de Kadhéra, dans la province de Cassîm^ trois mille piastres fottes. Il demanda un secours à Saoud, qui chargea le directeur du beïth el mal de vérifier à combien le marchand avait précédemment évalué son capital : il fut reconnu qu'il ne l'avait fait monter qu'à mille piastres fortes. Pour le punir de cette déclaration infidèle, Saoud confisqua sa jument et ses chameaux.

Ges aumônes ou zéka sont singulièrement incommodes aux Arabes obéissant à Saoud ^ car auparavant ils étaient exempts de toute espèce d'impôt; les tribus lointaine^ se sont fréquemment révoltées à ce sujet, et ont chassé les collecteurs. Il n'y avait que la contrainte ou la nécessité qui pût jamais engager un Bédouin à se soumettre à une taxation. Ce fut aussi l'exemption de ces zéka qui rendit les Bédouins du Hedjaz moins hostiles à la cause de Mo-

hammed Âly qu'ils ne l'auraient été sans cela; parce que sa première démarche fut de déclarer que non seulement les Bédouins, mais aussi tous les habitans sédentaires du Hedjaz seraient entièrement exempts d'impôts.

5^. La portion la plus considérable des revenus du chef des Wahhabites provient de ses propres domaines. Il a établi pour règle que tout canton ou toute ville de ses états qui se révolte est pillé pour la première ofiense de ce genre ; la seconde rébellion est punie du pillage et de la confiscation des biens et des terres pour le trésor public. Alors Saoud en distribue des portions aux étrangers, mais il en laisse la plus grande partie dans les mains des anciens propriétaires, qui deviennent simplement ses fermiers, et sont obligés de payer suivant les circonstances, soit le tiers, soit la moitié du produit. Les propriétés de ceux qui ont pris la part la plus active à la révolte sont louées à d'autres, et eux Sont obligés de s'enfuir ou mis à mort.

Les Arabes n'ayant adopté le système wahhabite qu'après des luttes réitérées , des territoires considérables furent donc confisqués par le chef, et si jamais il ressaisit son pouvoir dans le Hedjaz , il s'emparera de même du bien de tous ceuK qui se sont joints à Mohammed Aly. Maintenant la plupart des terres du Nedjd appartiennent au beïth el mal , toutes celles du Gassïip, dont Içs habitans ont été constamment rebelles, sont tenues en ferme ; et beaucoup de villages du Hedjaz et des montagnes vers l'Yemen sont également au trésor public.

4^. Amendes payées pour infractions à la loi. Le

crhne de di^sobëîssahce é$t généralement puni d une amende pécuniaire. La maxime des cours de judîeaiture wahhàbites est qu'un Arabe qui en accuse fausseûiënt un autre, doit une amende au trésor. Tous ces revenus, excepté l'aumône ou zéka, sont déposés dans le beîth el mal. Chaque ville du village un ]^u considérable a son trésor où l'es habitans paient liEÎur impôt. Chaque trésor a un écrivain ou commis envoyé par le chef des Wahhabites avec Tordre d'empêcher le scheikh de faire aucun gain illicite avec le revenu. Le3 scheikhs n'ont pas k faculté dé recueillir l'argent payé , ni d'en tenir compte. Ces fonds sont employés au service public et en conséquence partagés en quatre parts. tJn quart est expé- Sé au grand trésor à Deraïeh ; un autre est consacré au ^ulâgement dés pauvres du territoire du beïth el mal ; au salaire des oulémas chargés d'instruire léskhadis et les ehfans; à lia réparation des mosquées; au creusement de puits publics et à d'autres ouvrages. Une moitié est dépensée en faveur des soldats ihdigens auxquels on fournit dès vivres quand ils partent pbiîr une expédition , ou, en cas de neces^ site, des chameaux j cette moitié sert aussi à régaler les hôtes : cette dernière portion est payée dans les miâinsdes sch'eikhsqui tiennent une espèce d'auberge où <ous les étrangers sont logés et nourris gratuitement; on regarrfe cômine juste que la communauté entière contribue à cette dépense. C'est ainsi qu'ïbn Aly, scheikh des Béni Schammar, reçoit chaque année du beïth ermaï de sa province deux cents charges ( d.e chameau ) de blé, deux cents charges de dattes, etàiille piasftrés fortes : avec* cet argent S achète de

la viande y fla beiiifë et dû café; tcmi bêla éii àé^ pètlié potlt l'entrctieh d'à pfeu pré* trdii fcents hô^ tes dé toutes led classes qui isotit rëçtis et nonrUi jourbélletnent dans des âpparteméhs publics.

Des somihes sont tirées du graiid beith el mal de Deraleh , pour être appliquées au sôtilagfement dëS fidèles sujets de Saoud dont left ennemis ont pris lèft biens. Deraïeh est toujours rempli de gens qui s'â'dressent à Saôtid pour obtenir la restitution d'une partie au moins de la propriété qu'ils ont J)erdùè. Si Saoud sait que le réclamant est uh Wahhabite sincère^ il lui accorde généralement le liéri de si demande; d'autres Somtiles sont cottiptées par cS trésor aux Arabes qui dilt perdu leur bétail pat» ma-^ ladie ou par des accidéns. Si dans ùiié ekpéditioh ; la jument ou le chameau ( déloul ) d'un soldat a ét^ tué tm meurt ^ et si oh à tait dii biitin^ Sàoùâ donne ol*dinairealent une autre jdmeht ou un éH^ tre chameau à ce soldat^ si on n'a pas prié clë btt^ tin , l'Arabe doit supporte la perte.

Indépendamment de be qtli est pdyé aux schëikfitét des cantons , des villes et des tillâges pour Feritré^ tien des hôtes^ les Schéikhs des Bédouins fecbivéht des présens annuels du beIth el jnaldé Deràieh côminé marques de la bienveillance de Saoud. GeS dons tarient de cinquante à trois cents piasti*es fortes^ ètSdnê conférés ^ imitation d'un usage semblable de Ma-^' homet.

Lès naouab^ ou nïezakkiotx a'amil, c'est aihël qu'on nomme les collecteurs des côntribtltions^ soiilt expédiés annuellement de Deraïeh tiux divers càiiton^ ou aux diflPérenttg tribtis; et i^éçmvént jitie tèhJiitM

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somme pour leur peine et pour les dépenses du voyage. Ainsi thaque collecteur envoyé de Deraïeh aux Bédouins du désert de Syrie touche soixante-dix piastres fortes. Quand le collecteur va remplir sa mission , un Ârabe^ parmi ceux qui doivent payer, écrit un état des sommes exigibles y un autre reçoit ces sommes et les remet au collecteur : par là ils préviennent le péculat. Alors le collecteur délivre au canton ou à la tribu une quittance du montant de ce qu'ellç a payé.

. Les Bédouins sont tenus d'acquitter ce tribut immédiatement après le premier mois du printemps , quand les chameaux femelles et les brebis ont^ mis . bas. Le collecteur .et le scheikh conviennent de désigner un lieu ; c'est ordinairement un puits où tous les Arabes de la tribu sont avertis de se rendre. Ce fut ainsi qu'en 1812, Saoud recueillit le tribut des Bédouins du voisinage de Bagdbad , à Hindié y lieu éloigné de deux à trois journées de cette ville et où il y a des puits. La même année, les Arabes Djela's payaient leur tribut à des puits situés à dou^ë heures de marche d'Alep.

Saoud paie de son trésor particulier la dépense de sa maison et de ses gardes-du-corps.

On ne peut nier que le chef des Wahhabites ne montre une grande avidité dans ses rapports avec ses sujets : son revenu est plu^ que suffisant pour payer les dépenses publiques qui ne sont pas consi-^ dérables, puisque son armée ne lui coûte rien. Les Arabes se plaignent de ce que, si un homme a une belle jument, Saoud trouve le moyen de l'accuser df quelque délit pour se justifier de prendre l'animal en

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guise d'amende. Les grandes richesses qu^il a acqtii* ses ont accru ses désirs de les augmenter^ et les Âra<* bes disent que, depuis la prise dlmam Hosseîn^ où le butin fut considérable ^ et depuis le sac des villes de l'Yemen , le caractère de Saoud s'est beaucoup gâté , et que chaque jour ce chef devient plus ayaricieux. Néanmoins je n'ai pas entendu citer un seul exemple du plus mince Arabe privé par lui de son bien sans cause légale. L'avarice de Saoud lui avait, aliéné l'attachement des scheikhs , long-temps avant que Mohammed Aly vint attaquer le Hedjaz; si^ dani^ cette conjoncture, il se fût conduit aussi prudemment que le pacha en distribuant de l'argent parmi lesf scheikhs , il n'est pas douteux que ce dernier n'eût, trouvé impossible d'asseoir un pied ferme dansïe pays.

Saoud ne niait pas qu'il n'eût été coupable d'injustice en punissant trop sévèrement des coupables ; on lui a souvent entendu dire que, si ce n'avait été à cause de ses fautes et de celles de ses amis, letir doctrine se serait propagée jusqu'au Caire et à Constantinople.

On a beaucoup exagéré les revenus publics des Wahhabites. Des Mekkaouis bien informés, qui jouissaient d'un libre accès auprès de Saoud et de sa famille, qui avaient les meilleures occasions de connaître la vérité et n'avaient nul motif à la cacher, m'ont dit que la somme la plus considérable reçue dans une ajanée par Saoud dans son trésor ou dans le grand beith el mal à Deraïeh a été de deux millions de piastres fortes, et qu'en général elle ne se montait qu'à un million. Cette somme ne comprend pas celles que percevaient les trésors des can-^

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tp^$ ftt à^s yiUes; elles sont qrdiinaitemeiit dëpentéfn ea faûer^f et à la fia de l'amiéa il Wm reste riea.

. Les dépefise^ ps^rticuUères du chef étant très ma-* ^^e$^ 01^ pe^t )e supposer trè^ rich^ en espèces sao^nayées qu'il a cachées daq^ 9^ maîsqQ à I>eïaieh. Q^pendapt avec tant de richesse et de poumir^ i^ S^aoud ni %on père ne puipçnt jamais s^juguep les ^xahfss nés libres; ils furent phligés (|e les IfiUsœ îo^îf^ da Içur liberté îqdiyiduelle. Il n'est pas pré^ mpablfi non plus que les Arabes se sotunetteàl jir« l^ais à un maître ab«Bol^ , et encore Qioins à ua yain^ queur étranger; celuirci réussirait peuMtse à tra^ l^erser rapidement leur pays , niais ne parviendrai^ ]iy(aais à les lier avec des chaînes durables. Sfaintè^. liant I Us obéissent plutàt à la loi qu'à S^oud, qui n'4»$t réellement que le grand scheikh de l'Arabie; cer4ainement U n'en est pas le maître ; qudque wés pugnance qu'ils puissent avoir pour le tribut cfu'il epgÇ;, ils savent qu'une grande partie est emi^oyëe à des objets concernant leurs propres intérêts : o(M*^ solation dont ne jouit jamais le paysan turc.

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