CHAPITRE Vin
MOttAMMED ALY PART d'ÉGTFTE AVEC VNE ARMÉE DE
TURCS, -r- IL ARRIVE A DJIDDA ET A LA MEC- QUE. IL ARRÊTE SCHÉRIF GHALEB ET l'eNVOIE
f, PRISONNIER AU CAIRE. LES TROUPES DE GHALEB
SE RASSEMBLENT A TARABA.
Moustafa bey , enivré de ces succès et du vin de Taïf, jugea que seul il était capable de soumettre les Wahhabites. Taraba ville à soixante-dix ou quatre-vingts milles à Test de Taïf> était un des postes les plus forts qui unissaient les,Wahhabites duNedjd à ceiïx Hes mcmtagnes de PYemen. Les Arabes Begoum demeuraieht à Taraba ; depuis les guerres de schérîf Ghaleb avec les Wahbabites , ils avaient fortifié leur ville d'un mur et d'un fossé, et Tëpaisse forêt de dattiers qui Tenvirofine servait de défense addition* nelle. Moustafa bey marcha sur Taraba; ayant rencontré dé Toppositîon dans le pays montagneux et perdu prés de cinq cents hommes, il fut contraint de revenir à Taïf, Sur ces entrefaites, Othman el Medhaîfé, avec sa cavalerie légère, n'était piais resté inactif; il balaya le pays dans toutes les directions, détruisit beaucoup de traineurs et intercepta souvent
les communications avec la Mecque ; enfin^ penclant tout Tété de 1812, il gêna beaucoup la garnison dé Taïf. Ghaleb, qui de même qu'Othman avait des fcavaliers bédouins, offrît une récompensé ' de cinq mille piastres fortes à celui qui prendrait Medhaïfé. Son inimitié personnelle pour son beau-frère , qui avait été la cause, de toutes ses infortunes avec les Wahhabites, aveugla son jugement dans cette occasion; il ne lit pas réflexion que , si les Bédouins» des environs de la Mecque perdaient ce chef, les Turcs n'auraient pas de difficulté à s'établir solidement dans le pays, et à le priver lui-même de son autorité.
Dans une de ses excursions , Medhaïfé fit halte à Bisel , petit château qu'il avait bâti dans les montagnes à quatre ou cinq heures de marche à l'est de Taïf. Le schérif, apprenant qu'il était là, fit investir la place par un fort détachement qui bientôt y mit. le feu. Medhaïfé, avec une trentaine de ses hommes, tous vêtus comme des Bédouins de la classe la plus pauvre , fondit sur l'ennemi et se fit jour à travers ses rangs ; mais une blessure ayant estropié sa jument, elle ne put le porter bien loin. Alors il mit pied à terre et réussit à s'échapper -, le lendemain, ayant cherché un asile dai^s la tente d'un Bédouin Ateïbé, il fut saisi et mené au schérif qui paya au Bédouin la i^écompense promise, et chargea son prisonnier déchaînes. Medhaïfé f*it envoyé àDjidda , au Caire et finalement à Constantiftople , où le plus jeune des fils de Mohammed Aly présenta à son souverain son vaillant captif avec les clefs des villes saintes et beaucoup d'objets précieux. On
pense bien que Medhaïfé ne tarda pas à être déca-* pîté ; Iqs Wabhabites perdirent ainsi leur partisan le plus actif et le plus entreprenant dans le Hedjaz; il fut fait prisonnier au mois de septembre 1812.
lie Hedjaz fut alors réduit à Tobéissànce et les ti^ tés saintes furent délivrées. Au mois de novembre, la caravane des pèlerins du €aipe entra dans la Mecque avec sa pompe ordinaire , et pratiqua toutes les obligations du hadj avec les cérémonies convenables. La caravane de Syrie ne pouvait pas encore essayer de traverser le désert; les châteaux sur la route des pèlerins et les réservoirs qui y sont contigus n'ayant pas encore été réparés; on n'avait pas eu non plus le temps de faire les approvisionnemens nécessaires. Ahmed Bonaparte était retourné au Caire; Tousoun, ctéé pachâ de Djidda , était venu à la Mecque, comme hadji, dans l'hiver de î8i2, laissant le gouvernement de Médihe à Divan Effendi, officier de la cour de Mohammed Aly.
Quoique les cinq villes du Hedjaz fussent entre les mains des Turcs, cependant la puissance des Wahhabitas n'était pas entamée. Toutes lès tribus à Test des montagnes qui traversent ce pays du nord à Test, parallèlement à la mer,.re<^onnaissaient encore la suprématie dç Saoud. Les Turcs, partout où ils rencontraient les Bédouins, dans les plaines, étaient défaits, et la conduite du schérif n'était pas ])ropre àx inspirer delà confianceà ses nouveaux: alliés. Dansées conjonctures, Mohammed Aly pacha regarda comme indispensable de visiter en personne le théâtre de la guerre,, et de frapper un coup signalé qui pût établir ^n autorité sur un pied permanent' dans le Hed->^
jaz et le mit en état de réclamer pour, lui-même tout le mérite de la conquête. On savait que son souverain lui avait enjoint péremptoirement de se mettre à la tête de l'armée dans ce pays, et comme l'Egypte était y depuis 1811 , comi^étement assujettie , il n'avait aucun prétexte de désobéissance. Les. (atbles restes des mameloucks avaient été chassés de la-Uaut&- Egyple et s'étaient réfugiés à Dongola. Ahmed aga La's , célèbre chef arnaute, gouverneur de Kéné, le seul personnage qui eût de l'influence parmi les sol datSy et sur lequel le pacha entretenait . des soupçons , fut attiré au Caire : son exécution fournit une nouvelle preuve, si elle avait été nécessaire , du peu de respect de Mohammed Aly pour ses garanties les plus solennelles de sauf-conduit; En partant du Caire, le pacha en confia le gouvernement et œlui de la Basse-Egypte à Hosseîn bey, et Celui de la Haute-Egypte à Ibrahim pacha son fils aine f tous deux hommes de grands talens, le premier pour le militaire, le second pour l'administration civile. Mohammed Âly s'embarqua à Suez avec deux mille hommes d'infanterie, pendant qu'un corps de cavalerie de la même force et accompagné d'un train de huit mille chameaux s'avançait en niême temps par terre. Tousoun était occupé à rassembler ses troupes à la Meçquç , quand son pérè arriva sur la rade de Djidda en septembre 181 3. Ghaleb, qui s'y trouvait;, s*empressa d'aller complimenter le pacha à bord de son navire, avant qu'il débarquât. Ce fut en cette occasion que tous deux jurèrent solennellement sur le Koran de ne jamais entreprendra rien contre l'intérêt^ la sÂreté, ou la vie Tuu de l'autre ,
serment qu'ils renouvelèrent publiquement quelques semaines après ^ dans le saint temple de la Mecque^ à la demande expresse du schérif^ qui n'avait pas encore appris qu'on ne peut imaginer aucune promesse assez sacrée poiu* lier un Osmanli. Le schérif arrangea aussi avec le pacha quelques difficultés qui s'étaient élevées entré lui et le gouverneur turc de S^dda , au sujet des àroits de douane ; j'en ai parlé ailleurs.
Mohammed Âly y -arrivé à la Mecque/ fit des pré^ sens aux oulémas et distribua des aumônes aux pàu* vres; il commença à réparer le grand temple^ et consacra de grosses sommes pour son service/ ainsi que pour ses ornemens; mais sa principale et plus pressante afiaire à cette époque fat de pourvoir aii transport des approvisionnemens nécessaires , de Djidda a la Mecque et à Taïf. Djidda était devenu le grand dépôt des vivres et des munitions de l'armée. Tous lés navires de ce port et d'Yambo, qui sont en grand nombre^ étaient employés a cet objet, et Mohammed Aly avait conclu avec l'imam de Mascat un contrat-pour le loyer de vingt navires pendant unan. - • -
Le pacha aurait désiré qu'une petite frégate , le seul bâtiihent'de guerre qui lui appartint , et qui se trouvait'à Alexandrie , eût été conduit dans le golfe Arabique^ en doublant le cap de Bonne-Èspérance ; le gouvernement britannique refusa d'en accorder la permission y sachant que ce vaisseau^ ayant un mauvais équipage^ se perdrait infailliblement dans des mers inconnues aux navigateurs turcs, et que cette perte serait attribuée par lés soupçonneux Ot-
tomans, aux ordre» secrets des Anglais* tfn hommcf de cette nation, qui demeurait depuis quelque temps en Egypte^ proposa de faire remonter la frégate aii Caire;, à Tépoque de la crue du Nil> et ensuite de lui fidre traverser le désert jusqu'à Suez sur des ma-^ driers i il semblait; être peréuadé de la possibilité àë cette entreprise ; comme le projet s'écartait trop de l'esprit de routine des Turcs, ils ne l'adoptèrent pas« On éprouva plus de diflicultés à transporter les vivras de Djidda à la Mecque ^ ville toisine, que de les expédier d'Egypte à Djidda* Les chameaux qut avaient accompagné l'expédition joaioururent^ pour la plupart, peu de temps après leur arrivée dans le Hedjaî; l'herbe le, long des chemins fut bientôt consQmmée par le passage continuel des caravanes ^ et les chameaux n^eurent plus rien à manger qu'un peu de haricots le soir> et une partie de cette ebë^ tive ration. fut volée par les paysans égyptiens con^ ducteurs de ces animaux : on les avait enlevés de forco che^ eux; ils vendaient les haricots aux.Bé-^ dojLiins du ^edjaz. Des huit mille chameaux que Mohammed Aly avait fait partir par terre, il n'en' restait que cinq cents en vie, trois mois après Icoir arrivée. Il était au dessous de la dignité du pacha de surveiller les détails de l'administration militaire f du reste , il aurait fallu qu'il changeât entièrement celle de son armée, où tous les employés depuis lé premier jusqu'au dernier se rendaient coupables de concussions; sans cette réforme, il lui aurait été impossible de faire quelque arrangement salutaire. Les Bédouins qui avaient éppusé la cause d«s Tures, de mi^e que tous fieux qui demeurent dans les oan-
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tons montagneux^ ne possédaient pas beaucoup de chameaux; très peu d'entre eux se hasardèrent à offrir leurs animaux pour le service de l'armée j^ et pendant tout le temps de la guerre des Turcs , [il n'y eut à aucune époque cinq, cents chameaux ^u Hedjaz réunis : ces circonstances entravèrent les opérations du pacha ; le nombre actuel des bêtes de somijDe pouvait à peine sùflirie aux besoins journaliers des troupes à la Mecque et à Taïf^ et le pacha offrait si peu d'argeqtaux Bédouins que presque tous remsaient d'employer leurs chameaux à son service.
Toutefois, à son arrivée à la Mecque, sentant l'urgçnce des conjonctures, il pressa le schérif d'user de toute son influence auprès dé^ Arabes voisins, pour les engager à fournir autant: aé chameaux qu'il leur serait possible, et à cet effet uoe gtosse somme d'argent fut avaincée pour être distribuée entre les sc|;ièikhs; mais oin chef bédouin n'a pas une autoj^ité despotique dans sa. tribu, et il ne peut pas non plus prendre p?^r force le chameau du dernier de se» Àra^)es. Le scnérîf fit de belles^ promesses, les scheikhs arabes suivirent son exemple; unesecoudç ^vance fut demar^dée au pacha, néanmoins pas un seul chameau ne parut.
Le pacha, qui durant son premier séjour à la Mecque avait rendu des visites amicales au schérif , devint froid dans ses démonstrations d'amitié; le schérif, de son côté, se plaignait de ce que les douanes de Djidda, malgré les promesses de Mohammed Aly, étaient enleyées à ses officiers; etbientôt chaque parti s'accusa miitellement de projeter des machinations insidieuses : les liaisons intimes du schérif avec
toutes les tribus du voisinage, qui, depuis la capture de Medhaifé, le regardaient comme leur protect^r tant contre les Wahhabites que contre les Osmanlis, excitèrent de nouveaux soupçons das^s l'esprit du pacha, et il se persuada qu'il lui serait impossible de réussir dans ses desseins, tant que le scHérif conservei^iit son autorité. Il avait reçu du sultan un firman qui lui permettait de se conduire envécs le schérif comme il le jugerait expédient; ainsi il pouvait le laisser à la tète du gouvernement ou le déposer et le faire prisonnier; èe fut du moins ce quç le pacha dit plus tard.
Son principal objet fut aloJhs d'arrêter et^d*emf«isonner Ghaleb : c'elui^-ci avait àVec lui à la Mecque à peu près quinze cents soldats; et d'autres troupes à Taïf et à Djidda. Tous le» Arabes du voifiinage étaient plus enclins pour lui que pour Mohatnmed Âly, contre lequel il aurait été facile de leur faire entreprendre des hostilités. A la Mecque, le schérif habitait un palais solidement bâti siÉr la pente d'un coteau dominé par un château, ^tnmuniquant par un passage' souterrain avec le palais'. Ce château, construit par Sefour, frère aîné de Ghaléb, venait d'être fortifié par celui-ci, quand il apprit les préparatifs de Mohammed Aly pour l'invasion dé l'Arabie; le château était bien approvisionné, l'eau y abondait dans des citernes , et une garnison de hnit cents hommes avec huit grosses pièces d'artillerie k défendait. Toute la ville était commandée par ce château, qui pouvait passer pour imprenable, d'après les moyens que le pacha avait à sa disposition pour s'en emparer par un siège taulier. Beaucoup d'autres
troupes de Ghaleb^ telles que les schérifs de la Mecque, avec leurs serviteurs, plusieurs esclaves armés et des soldats mercoiaires de F Yemen , étaient logées dans la ville ou servaient de gardes-du-corps à Ghaleb. Il ne tarda pas à s'apercevoir qu'on nourissait des desseins perfides contre lui.
Il est certain que si alors il eut violé sa promesse solennelle et at^qué le' pacha, ^ui n'avait que douze cents hommes à la Mecque, il eût pu, avec Taide des Bédouins, le chasser de la ville; mais, quelques accusations que les ennemis les plus acharnés du schérif aient pu élever contre lui pour son despotisme, jamais ils n'auraient pu prouver qu'il était coupable d'avoir enfreint sa parole; bien que les Turcs insinuent qu'il avait machiné un plan contre la personne de Mohammed Aly.
Ghaleb ne visita plus }e pacha aussi familièrement qu'auparavant; quand il allait le voir à son logement dans une grande médressé prés de la mosquée, il était accompagné de plusieyrs centaines de soldats; il finit par cesser entièrement ses visites, et ne sortit plus de son palais que les vendredis pour se rendre à la mosquée pour la prière. Mohammed Aly essaya inutilement de le faire renoncer à ses précautions. IL lui rendit visite deux fois, accompagné seulement d'un petit nombre d^officîers , espérant que Ghaleb , de son côté, viendrait avec une suite aussi peu nombreuse ; il avait même résolu de le saisir dans la mosquée ; mais il en fut détourné par le kadhi récemment airivé de Constàntinople , qui soutint énergiquement l'inviolabilité de cet asile