‹ Voyages en ArabieChapitre 31 sur 40 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LES AmABSa BKGOVlf COUUXfi^iê PAR UMB FlKMSJi —

LSa TURCS LA RRGARDBIIT COMME UNE SORCIERE, ILS

SONT DiFAITS A TARABA. — MÉCONTENTBHEItT DES TROUPES TURQUES. — MORT DE SAOUD : ABDALLAH SON PILS EST proclamé' CHEF DES WAHHABITES.

Les Arabes Begoum , dont lés uns sont pasteurs et les autres cultivateurs, étaient commandés par Gbalié, veuve d'un des principaux habitans de Tarabaj; elle était plus riche qu'aucune famille arabe du voisinage , elle distribuait de l'argent et des vivres à tous les pauvresl de sa tribu qui voulaient combattre les Turcs ; sa table était ouverte à tous les

Wahhabites fidèles dont les chefs tenaient leurs con-^

seil$ dfms sa maison; comme la vieiUp àsuo^e 4t9it

câèbre pour la rectitude de son jugement , et la connaissance exacte des intérêts des tribus roisines, non seulement son avis était écouté dans le conseil , il était même généralement suivi; ain$i elle gouver* nait réellement les Begoum, quoiqu'ils eussent pour chef ou scfaeikh Ibn Khorscban, mais il ne Tétait que de.nom. Depuis la première défaite de Moustafa bey prés de Taraba , le nom .de Ghalié s'était répandu dans tout le pays ; la peur , chez les soldats turcs, gros* sit . bientôt son influence et son importance ; ils la considérèrent comme le chef des Wahbabites unis, et racontèrent les histoires les plus absurdes sur ^ puissance comme une sorcière, accordant ses faveurs à tous les chefs ^fi^abbabites , qui, par son moyen, étaient rendus invincibles.

Ces rapports contribuèrent à décourager les Osmanlis, inspirèrent une nouvelle confiance aux Bédouins, et concoururent ' essentiellement à faire échouer l'expédition de Tousoun pacha. Moham-^ med Âly ayant finalement décidé d'essayer, une se* conde. attaque , Tousoun partit de Tatf vers la fin d'octobre ou. le commencement de novembre i8i5, avec deux mille hommes, pour s'emparer de Taraba. Le pays entre cette ville et Taif était au pouvoir des Béni Sad, des £1 Nasséra et notamment des.Ateibé> toutes tribus hostiles ; elles s'étaient montrée» neutres pendant le gouvernement du schérif , et même plusieurs de leurs scheikhs étaient venus à la Mec-^ quQ afin de négocier avec le pacha; dès qii'il eut fait arrêter Ghaleb,. tous s'enfuirent dans leurs montagnes et commencèrent à faire des excursions contre Taîf et contre les troupes turques > à qui ces

Arabes reprochaf eqt la trahison 4e Mohamiped' Al|[.

' A son départ de Taif> Tonsoun avait pris des 'TÎ* Très pour trente jours ', dont il consuma la plus grand^ partie à une guerre Ssitigante contre les Ateibé; il lès poursuivit dans leurs montagûes et ré^ daisit plusieurs de leutrs hordes à la sujétion. En ar^ rivant devant Taraha , il ne lui restait \)lus que pour trois jours de provisions. Les troupes reçurent Vpr-* dre d'attaquer immédiatement la place; les Arabes^ animés par la présence et les exhortations de Ghalië; défendirent courageusement leurs remparts ; leA Turcs n'avaient pas ]lespérance d'un fiché b^tin, et harassés de leurs efforts précy^ens, furent aisément rqjpussés. Tousoun commanda une seconde attaqué pour le lendemain , les troupes refusèrent ouvertement de lutter contre Ghalié; les officier^ ftù pa^a hii représentèrent Fétat d'épuisement de l'ai»mëé et le manque de vivres^ lui éxpoisant que, dans le cas d*UÀ autre' échec, ils mourraient tous de faiçi. Us le dëéîdèrent ainsi à changer l'ordre d'attaque çn un ordre dé retraite verS'Taïf. Les Bédouins; qui <^qnnaissâieiit l'embarras de sa position, sortirent de la ville ausst-^ tèt qu'il commença son mouvement rétrogradé, serrèrent de près ses soldats , gagnèrent les passages /jai étaiekit stir la rcniite etle harcelèrent • si vivement, que les Turcs lurent obligés de prendre la fiiite abân*'' dontiant leurs bagages, leurs^ tentes , leur artillerie et leurs provisions.

^ Ce fut là que l'Écossais Ibrahim Aga se distingna; avec'quelques uns de ses cavaliers, il reprit uH^cai non, et le pointa si bien qu'il donna àu;c fu»(4fs le temps de traverser un défilé, où, sans cêla,âi^ eua^

Sfiat probablen^ent été tous exterminés. Sept centi hommes k peu près fîireat tués dans eettp retraite ; beauceoip périrent par le manqne.d'i^u et dé vivres } ear, même devant Taraba , le ppin d'ui^e livre de bisr «lit s'était éleyé à une piastre forte* L'armée fut sauvée d'une destruction totale par une centaine d^ eavalievs qui acooinpagnaient Tousoun. L'in&ntfitie ^dpuinë jij^ put doutenir le ^ehoc de cetjte grpssrs eir vabri^ é^ptiiônne^ qui cependant n'eut que pmi d'OOfaBians d'agir efficaeement dans ces caotoiift montueitjL e4; rocailleux^ Les eftfans agiles et in&tk^ gfibles fiu désert avaient un grand avantage sur lé lourd fantassin ture ^ iqui ne peut pas suppo^rter bea«coupd^>f;iâtigue. ' )

J^jp/rë^ i^ati^ jours 4^ peinjes în^nies et après avoir échappé difficUement au danger d'^ce pris, TousciEUf arriva aree le rèsfe de sioo armée/àTaSf/ Le'i^au^aSs jaujceés deieette^xpéditien clpii ètr^ pirin*eipf lemeiut ittribué au manqitô de «chameaux ppur le transport des hommes et des vivres, il n Y 4vait pas iQuim phis jà Taîf de^ ces ttoîmaûx en anéserv^e qui puaseot lut |K>rter 4^$ renfocts H des !approvibiaiiiie*^ mepis« fians-Autreavan^ge/queiœitiiide ^'expérience tjrée dut tiaa&eur, Mohammed Aly fîit i4>K^^ après cette dë&ite jughaiiée^ de reprend ses aneikttmesr oecufiatiiQAs^defaire parcourir par des caravwies les neotesentee Si^dd^, la Mecque et Taif^hienjéon*» vaincu tqùe toute opémti^m icant^ Kennemi devais partir de la dernière de o^s .v^les^ v *

Les Wahfaajbites^ après ;av<âr poursui vides -Tutcs jw<{i:Cà Moe journée de Taïf^ retournèrent à Taraba, ^ iP^rjirmt J^ur 3ys(èmi9 sfllb haràsper, pifer des .ex.-

cursions soudaines, les carayanes du pacha; elles ne pouvaient plus traverser le pays à moins d'escortes si nombreuses qu'elles consommaient un tiers des vivres avant qu'on fût arrivé au lieu de la destination. Le ipacha passait son temps à la Mecque et à Djidda.

En novembre 1 8 1 3 , le pèlerinage se fit avec une grande pompe. Soliman, pacha de Damas, estait venu avec la caravane de Syrie, à travers le détert, sans aucun obstacle : mais les Bédouins. sur le territoire desquels il avait pqtss'é , ^ Tobligèrent à payer le tribut de transit pour les dix ans pendant lesquels le hadj de la Syrie avait été suspendu, tfn grand nombre de pèlerins de l'Âsie-M ineureietde Gonstantinopie était venu par Suez et par Djiddà k la Mecque, et les habitans des cités saintes se r^ouissaieni de voir revivre les profits quMls^ tiraient de là présence des pèlerins, et dont ils avaient été. privés en partie par les Wahhabites. On envoya du Caire au pa-^ cha plusieurs milliers de chameaux avec la caravane des pèlerins et un renfort considérable de troupes ; Moustafa bey alla chercher en Egypte dés chevaux pour remplacer l'immense quantité de ceux qui avaient été perdus. Pendant l'hiver de >i8i3 à t6i4, l'armée turque resta complètement iqactiveV

Toutes tes expéditions contre l'ennemi ayant échoué, excepté celle dans laquelle Médine fut prise, le pacha jugea qu'il convenait de faire une diversion sur un nouveau plan dont lé si^ccés pour-, rait encourager ses soldats et détourner l'attenUon des Wahhabites du point principal de l'attaque. Une escadre fut équipée à S^idda, elle portait quinze

eeilts fantassins et était accompagnée de nond)reiuc bàtimens de transports chargés de vivres. Hosseîn Aga^et Saîm Oglou furent chargés du eômmande* ment des taupes. Ils se dirigèrent sur Gonfodé, port de mer à sept journées au sud ^e Djidda, qui avait autrefois appartenu au territoire de Ghaleb^ mais qui depuis cinq ans était dans la possession de Tami schéikh des Arabes Asir , la plus forte Àes tribus des motitagpes au sud de la Mepque^ et la plus enthousiaste parmi les sectateurs du wahhabisme. La position dé Gonfodé semblait être avantageuse pour diriger des attaques contre les montagnards , de poncert avec la garnison de Taîf; cette pUce pouvait être aisément approvisionnée de vivres, et faciliter^ la conquête de l' Yemen dont les richesses avaient sans doute tenté depuis long-temps i!avidité de Mohammed Aly*Leplan était.assez judicieusentent imaginé. Gonfodé, où Tami n'entretenait qu'une, faible garnison , fut pris en mars 1 8 1 4 , sans efiu3ion d& sang ; la plupart des habitans avaient pris la fuite; Aussitôt que U reddition de cette ville fut connue, un corps de quatre cents hommes de cavalerie partit de Djidda et suivit les bords de la mer. Gonfodé était suffisamment défendu par un mur pour un ennemi qui, comme les Wahhabites, n'^avait pas d'artillerie^ mais l'eau manquait dans l'ititérieur des murs, et les puits qui en fournissent sont à trois heures de distance , près des montagnes. Il aurait fallu construire des retranchemens autour de ces sources , et protéger le chemin de là jusqu'à Gonfodé par une ligne de tours ou de batteries , parce que les Turcs- avaient beaucoup de canons;

des précflutioiis de ce genre ne viennent jàfaidis à l'idée dfes stupides et impréroyans Osmànlis; demémë les puits de Djiddk, qui sëi trouvent à une iietire dés murs de cette ville^^ étaient toujours laisses sans la moindre défense.

Cent cinqutate Arnautes furent pla<^.s. prés des puits de Gonfodé^ moins pour les garder eohire l'ennemi que pour eihpècher les; Arabes* et Ifè paysans du voisinage d'y venir abreuver leurs iroxh peaux. Les Turcs étaient depuis un mois inactifs à Gonfodé^ quand^ au commencement de mai> ils fîi^ rent surprispar une armée d'environ dix raille VI ûthabites comitiaildés par Tami. Les Arnautes chat^ :gés de gaider les . puits furent d'abord attaqués. Quelques uns combattirent bravement jusqu'au soit, d'autres s'enfuirent vers la ville, et y répandirent une consternation générale. Aussitôt une tçUrréur fian^que s'empara du commandant et de la plupart de ses soldats, qui coururent, aux navires mouilles dans le port. Les Wabhabites entrèrent dans la ville> 1*6rent un grand nombre de militaires et de domestiques appartenant à l'armée turque, qui i^e purent se sauver dans des batieaux et qui ne savaient pas nager, il y en eut beaucoup de massacrés dans l'eau, tout près des bàtimens, par les Wabhabites qui les poursuivaient à la nage ; le commandant turc ne se vit pas plutôt en sûreté à bord d'un vaisseau, qu'A ordonna de faire voile, abandonnant à une mort certaine tous ceux qui ne pouvaient pa^ s'échapper pHr tuer.

Les Wahhabites n'avaient jamais trouvé tuot butili ^atUBsi «onsidéraMe que celui qui rëcon^pensa leurs

«ffbttt à^obfodë*. Tôtitîebagàgë> \ï)lfe giràttdè '^tlKi^ tité de âiunitions et toute l'artiHek^ie tombëneht eti<^ tte leùt^ mains '', jpeti dé Tarci apht èaûvé qùelqtib (*[08è de plus que les habita qu*ils perlaient. Là jftttîfe là plYft précieuse de ta proie fut qt«àtt^ cents chevaux et utt gt'ahd nombre de chft^ théaux.

Leë nâtilnéà ëtàm mal appr^yi^ôttuëis d'eàli où dé tiTres; beaticdtip dé Soldats ott de matelots tûrd( moûniteiit dâHs ïâ traversée. CepentËàht ott a Wtttntê qufe Sâïiif (%lôti, le commandant, feivàît ré^ liêt^m^ût ses mains àviec de Teau dôûce^ tandis mSè ïèsftifortiittés compagfiions périssàiéilt dtè soîf. A ifeon k«ril?êë A îijîddà, il fût liotiimé^ôuvemeur de cette ][flacé. Le peta de soldats qui is'étàiëht défendus à Goéfôdé pièndaût làntiit réussirent à s'échappeir à là fâtèerir de la nuit^ douze d'entre eux atteignirent la Mécqtte. MohàSnmBd ASy les récompensa, et leur permît d'en- -frer 'dans vth autre torps , palpCè qïi'ih étaient dë- Vîîdés à ïiè pîtrî servir soù* lès o^res de Saïm KD^lôu. - .

Vers le teitips dé rexpédîtîoft^è Gonfodé, Mohammed Aly était allé â Taîf afin d'y jouir des bieiïfeits'flù dîmat, et d'être plus prés du théâtré de Ib guerre et de la demeure des Bédouins avec loquets ïl déferrait établir dés Commùnicàtiohïs amicales . En Jùîrf i8i4, tin corps de quinze cents soldats, fe meilleài^e infanterie d'Egypte, arriva du Caîi*e, ayant à àa tête Hassan pacha, célèbre chef arnauté et fidèle ^rtiskn de Mohammed Aly, dont il avait partagé là fbrtniie même avant qtle celui-ci devînt paeha d^gyptè. Hasskh paëhà et son frère Abdîti be^,

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nomme précédemment, avaient réduit la Haute- Egypte, à la soumission, et ensuite coopéré- avec Mohammed Aly au massacre des mameloucks^ aii Caire, exécuté uniquement par des soldats arnautes. Hassan pacha avait récemment fait preuve de zèle dans une révolution, de peu de durée, survenue pendant que le pacha était absent du Caire. En décembre i8i3, ou au mois de janvier suivant, Latif pacha avait excité des soupçons. Cet homme, jadis mamelouck de Mohammed Aly, avait été envoyé avec Ismaêl pacha pour présenter les clefs de la Mecque et de Médine au grand sultan; il fut créé pacha à deux queues, en considération de son patron. J^e bruit de la mort de Mohammed Aly s'étant répandue au Caire ^ la conduite de La* tif pacha donna lieti de suspecter qu'il visait à s'emr* parer du gouvernement. On répétait dans le public qu'il avait reçu de la forte un firman qui rautorisait à cette démarche si l'occasion s'en présentait. Le gouverneur et Hassan pacha adoptèrent aussitôt des mesures pour arrêter cette révolution ": jls assiégèrent pendant- trois jours le palais de I^atif pacha qui bientôt après fut arrêté, déguisé en paysan el décapité ; par ce mo^en, la tranquillité (îit rétablie.

Hassan pacha, à son arrivée dans le Hecyaz., fut envoyé par Mohammed Aly pour établir son quartier général à Kolakh, petit village à huit on neuf heur res de marche à l'est de Taïf , sur le chemin de Ta«raba, et dans une plaine au delà de la grande chaîne de montagnes. Des puits nombreux faisaient de Kolakh une position importante, ei il était for-

tifié jusqu a un certain point. Tousoun, qui avait encouru le déplaisir de son père pour son attaque inconsidérée de Taraba , resta à la Mecque*

Ce fut vers cette époque que j'arrivai de*Souakin à Djidda. L'état des affaires des Turcs dans le Hedjaz ne promettait nullement une issue heureuse à la lutte. Le mécontentement et une sorte de terreur panique se manifestaient universellement parmi les soldats. Les victoires réitérées, remportéesjpar l'ennemi^ et la certitude de la mort pour tous les Turcs faits prisonniers , rendaient le nom seul des Wahhabites un épou vantail pour les troupes du pacha. Leur paie qui, en Egypte, suffisait pour faire bien vivre un soldat, Tempèchait à peine, dans le Hedja;c, de mourir de faim. A Taïf et à Médine, le prix de tous les objets de première nécessité monta à un taux si élevé qu'un soldat ne pouvait guère acheter assez de pain et d'oignons pour se sustenter ; la paie était .toujours arriérée de trois à quatre mois. Même à Djidda et à la Mecque , tout était de deux ôent cinquante pour cent plus cher qu'en Egypte , de sorte que tout militaire qui avait économisé un peu d'argent avant d'arriver dans le Hedjaz était obligé de le dépenser pour se procurer les choses indispensables à la vie. D'ailleurs les troupes étaient payées en piastres égyptiennes, mauvaise monnaie, et ayant moins de valeur dans le Hedjaz qu'au Caire ; ainsi les militaires perdaient un tiers de leur paie. Beaucoup vendirent leurs armes à feu et leurs habits , et en général éprouvèrent une infinité d'embarras fâcheux, que Mohammed Aly ne s'embarrassa jamais de soulager. Un grand nombre de soldats ^ de cha-

1I« Voj. dans l'Arabie. «5

meliers, de domestiques et d'artisans perdirent leur salaire et s'embarquèrent à Djidda et à Yambo pour le Caire; bientôt le pacha défendît , sous des peines graves, de sortir du pays, interdiction qui Jes chagrina singulièrement. Un soldat turc est, dans tous les tenips , un volontaire et peut se retirer du service, quand bon lui semble; dans le Hédjaz, ces hommes se trouvèrent traités en prisonùiers. 11$ quittèrent en foule leurs quartiers à Taïf et à la Mecque, et vinrent secrètement à Djidda, espérant pouvoir s'échapper à bord de quelque navire. Quand on les découvrait, on les renvoyait, enchaînés, au quartier-général. Un jour j'en rencontrai, sur le chemin, de Djidda à la Mecque, plus de trente liés ensemble par les bras à upe longue corde , ignominie que ces fiers Osmanlis ne purent jamais oublier. A ces causes de plainte, il faut ajouter l'insalubrité de l'air, et la mauvaise qualité de l'eau qui rendent la piartie basse de la côte du Hedjaz un des climats les plus mauvais que je connaisse ;Jbien peu de soldats échappèrent à son influence, et, d'après un calcul modéré, un quart d'entre eux tut incapable de faire le service. Le découragement occasioné par la mauvaise santé devint général ; Mohammed Aly négligea le seul moyen de le faire cesser et de ranimer ses soldats, qui était d'augmenter leur paie et de distribuer des récompenses au petit nombre de ceux qui s'étaient distingués. Ils ne reçurent aucune augmentation , et il existait un tel désordre dans les finances de l'armée, que chaque chef avait le moyen de rogner une portion de ce qui revenait à $es inférieurs : injustice dont il n'était jamais pos-

Mble d'oJ)tenir le redressement, Faijte de rje.cru(BS turques, un grand nombre de fellî>h$ ou payçaos égyptiens avaient épé dressés par le§ olpciefs ave.ç lesquels ils demeuraient comme domestiques, pour remplir les vides dans les rangs.

l^Iohammed Aly était peut-être le çeuj de sa çopr et de son armée qui , dans ces circonstances , ne désespérât pas du succès futur, sachant bieqi que sa chufe et son expulsion de l'Egypte seraient certaines s'il ne remportait pas quelque avantage signalé en Arabie. Depuis son arrivée à Taïf, il avait esss^yé de rouvrir des communications amicales avec les Bédojiins^ et il y réussit en partie, par le moyen de l'argent et de la patience. En août i8i4;> les tribus desHodheïl, des Thekif, des BeniSad, etupe partie de celle des Ateïbé , avaient conclu avec lui une noiivelle alliance; les trois premières demeurent entre la Mecque et Taïf; les Ateïbé, plus à Fçst. Iveurs scheikhs étaient venus au quartier-général, et à peu près cinq cents hommes de leurs Arabes s^étaient enrôlés sous les bannières de Mohammed Aly, qiji leur accorda une paie presque double de celje qu'il donnait à ses soldats. Durant mon séjour à Taïf, en août i8i4, j'allai souvent au quartier-général où il arrivait journellement des chefs bédouins; ils étaient sûrs de recevoir en présent un habillement complet^ et les grands scheikhs , de l'argent. Beaucoup le prenaient , et de retour à leurs tentes , informaient les Wahhabitesde ce qu'ils avaient vu à Taïf; d'autres restèrent neutres; le pacha, afin d'en gagner un petit nombre, jugea qu'il convenait de donner de }K)nnes paroles et des cadeaux à tous. Il écoutait les

discours et souvent les assurances trompeuses des Bédouins avec une patience et un air de bonne humeur extraordinaires chez un Osmanli d'un certain ï*ang.

Ces enfans du désert lui adressaient la parole brusquement et sans nulle cérémonie , en Tinterpellant seulement par son nom de Mohammed Aly. Un jour^ un Bédouin Ateîbé se présenta devant le pacha, lui baisa la barbe et s'écria : « J'ai abandonné » la religion des musulmans (ou vrais croyans, ainsi » que les Wahhabites se qualifient); j'ai adopté la » religion des hérétiques (nom donné par les Wah- » habites à tous les mahométans qui ne professent }} pas leur doctrine); j'ai embrassé la religion de >i Mohammed Aly. » Cette balourdise involontaire excita un rire général; et le pacha répondit par son interprète, parce qu'il ne savait l'arabe qu'imparfaitement : (c J'espère que tu sera^> toujours un » hérétique décidé. »

Cependant le pacha et les principaux officiers continuaient à ignorer presque entièrement la force, les intérêts et l'histoire intime des tribus qui lés environnaient, ils n'avaient nulle connaissance locale de leurs territoires, de sorte que les Bédouins ne pouvaient pas avoir grande confiance dans les desseins de leur nouvel allié. Toutefois le parti du pacha acquérait journellement de l'infliifence. La profusion avec laquelle il répandait les piastres fortes autour de lui se fit sentir jusqu'au cœur de l'armée wahhabite; et quoique je doute qu'aucun Bédouin ait jamais été attaché sincèrement à sa cause, néanr moins un grand nombre affectait de l'être^ ou au

moins s'abstenait d'hostilités, afin de participer à ses largesses. Schérif Radjéh même, qui s'était mis à la tète de ses ennemis , et s'était distingué personnellement du côté des Wahhabites pendant l'attaque de Tousoun pacha contre Taraba , fit des propositions de retourner vex^s Mohammed Aly, ayant des motifs de mécontentement contre les chefs ses propres compagnons.

Jusqu'alors la conduite du pacha montrait que Ghaleb était le seul personnage, parmi les chefs du Hedjaz , pour lequel il eût de l'aversion ; Radjéh put prouver clairement qu'il n'avait abandonné la cause de Mohammed Aly que par la crainte de partager le sort du schérif. En septembre^ il vint à Taïf j le pacha l'accueillit très gracieusement, et le plaça de nouveau à la tête de ses soldats bédouins.

Indépendamment de sa condescendance politique danis ses relations avec les Bédouins, Mohamme4 Aly faisait toqt ce qu'il pouvait pour se concilier les habitans du Hedjaz. Beaucoup de petits impots levés par Ghaleb furent supprimés ; les droits de douane à Djidda sur différens objets , notamment sur le café, furent diminués; de grosses sommes et de grandes quantités de grains furent distribuées parmi les pauvres et les nécessiteux de toutes les sortes. Les savans et ceux qui occupaient des emplois auprès des mosquées et des écoles reçurent des dons ; les lieux saints de la Mecque furent reparés, et durant son séjour dans cette villele ps^cha observa très scrupuleusement les cérémonies minutieuses et ennuyeuses qui sont prescrites à quiconque visite la ka'aba p et

quî , au Caire, lui auraient fourni un sujet de dérision ; en effet, dans cette capitale de TÉgypte, îl ne se gênait pas pour manifester ses principes de seepticisoie du plutôt d'athéisme. Il fut enjoint atix soldats turcs dans tout le Hedjaz de s'abstenir de tout langage insultant envers les indigènes; ils étaient même punis sévèrement quand ils se permettaient ces actes tyranniques qui leur étaient si familiers en Egypte. Aucun soldat ne se hasardait à prendre, au marché, les choses par force ou à moitié prik; car dans les plaintes portées au pacha ou à ses officiers, tes Arabes étaient toujours favorisés. Ainsi leurs forteé préventions contre tous les étrangers s'affaiblirent graduellehient, et le pacha acquit une réputation dé justice et de charité, qualités auxquelles il n'aurait pas pu avoir la plus légère prétention en Egypte.

En mai 1 8 1 4, Saoud mourut d'une fièvre, maladie très commune dans le Nedjd; les Wahhabites perdirent en lui un chef infatigable et doué de tous les talens nécessaires pour le pos^^e éminent où il était placé. On dit que les dernières paroles qu'il fit entendre à son fils Abdallah furent pour lui con~ seiller de né jamais combattre les Turcs en plaine, principe qui, s'il eût été suivi stfictement,eut indubitablement assuré aux Wahhabites le recouvrement dii Hedjaz. Abdallah, son fils aîné, auquelles principaux chefs wahhabites avaient déjà rendu obéissance durant la vie de Saoud, hérita de l'autorité suprême. Néanmoins, quelques dissensions s'élevèrent. Saoud avait plusieurs frères qui réclamèrent une partie de ses trésors, et Fun d^eùx, nommé Abdallah/ était soir-

»- Ègi ^

tenu par un fort parti des oulémas de Deraïeh. Après quelques actes d'hostilité, Abdallah, fils de Saoud,fut reconnu comme chef des. Wabhabites. Il l'emportait sur son père par le courage et Fhabileté, mais il lui était inférieur dans l'art de diriger les intérêts politiques des tribus soumises à son commandement, et dontles grands scheikhs commençaient à prenare un air d'indépeiïdailce^ ce qui afiaiblissait la force générale. LesWahhabîtes du sud, qui maintenant étaient les plus exposés aux atàiques^ ne recevaient plus Tassistancé des tribus du nord, dont la cavalerie aurait pu les aider essentiellement; et même les scheikhs du midi n'étaient pas d'accord entre eux, de sorte que le pacha avait à combattre contre des tribus isolées plutôt que contre une armée combinée; ce manque d'union peut être imputé au mépris que lès troapés turques avaient inspiré à leuraénnemis.

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