II. Voy. dans l'Arabie
le même sort , l'avant-garde nettoya la route de la moindre parcelle de chaume ou de feuille d'herbe^ de sorte que le corps d'armée ne trouva plus qu'un désert nu, A l'approche des Turcs, les A'*^!^^ s'enfuyaient de tous côtés, emmenant leqrs bestiaux et emportant leurs vivres , tandis que les Bédoi^iQS qui suivaient l'armée, profitant du désordre général^ enlevaient une grande quantité d'objets. A chaque; halte, des troupes entières de chameaux tombaient ; leur chair était dévorée avec avidité par les soldats^ les derniers biscuits avaient été dis^^ihués à Beîsché, ensuite chaque homme s'approvisionna comme il put. Le pacha jugea nécessaire d'accorder à ses. . troupes une augmentation de paie d'une piastre par jour ; mais cet argent fut à peu près inutile dans ui^ pays où une quantité de blé convertie en pain , et suffisante pour rassasier un homme unç seule fois, coûte douze piastres.
A deux journées de Beïsché, l'armée entra àfUà^ un pays montagneux, qui avait été presque entier?;ment abandonné de ses habitans : el^le joujit de quelques jours de repos chez les Arabes Sehomrané Hassan el Sulsan , chef bédouin descendu d'un homme qui, trois siècles avant, lorsque 0 thman pacha conquit l'Yemen^ sons le règne dç Selim le Grandj, avait été placé à la tête de sa tribu , fut rétabli par Mojbammèd Aly dans les anciens droits de sa famil^ie. Cent chevaux moururent en un seul joiu*dan3. ce lieu jlfis soldats devinrent méçontens, mais comme ilsyovaient clairement quune retraite les conduirait à une destruction inévitable , ils continuèrent à çaaxcher. Le pacha fit mettrç pied à terre à tou3 ses Ghe£s. et ils
sWaftcèreDt ainsi à la tête de leurs cblonnes 'TOspectives^ Il promit à 3es soldats un* butin magnifique ds^ns le pillage des villes de l\Yèmen^ s'efibivàiit ainsi de soutenir leur courage; un marché était établi^ à chaque balte , précisément devant la (ente du pacha ; les B^ouins alliés y rendaient aux troupes ce qq'ils avaient pu enlever aux Arabes le long de la route : le pacha présidait à ce trafic et maintenait strictement le bon ordre.
Près du territoire des Asir^ l'âpreté des montagnes présenta de , grands obstacles au passage; de rartil-* lerie ; les Turcs y entrèrent unç quinzaine de jours après leur départ de Beïsché , et firent halte près du château de Tor^ situé sur un terrain élevé et entouré de montagnes ; il a,vait été bâti par Abou Notka^ prédécesseur de Tami , et passait pour im^enable. Tami y avait rassemblé de huit à dix mille hosfimes que le pacha attaqua; de même qu'à Bisal^ tes troupes turque^ furent repoussées le premier jour ; lès Âsir faisaient un feu continuet : trois cents Turce fure^t tués; on vit Tami à cheval eu avant de ses soldats les animant par des chants guerriers; le se^ cond jour, les pièces d'artillerie fiivent àmenéeS" de-* vaut la pl^ice et purent lia haitré : tes Wahhabites' si) retirè]:en|.; Taijni prit aussi la luite^ mais il; quitta lé ^rnier le chsgnp de bataille;» ^'^antage ftif mieua? disputé qu'à Bisel; le nombne' dës^Eiédouim quràe^ çompstguiai^nt les Turcs rendant cê^x-K^rphis fo^lsi q^^ lejgucs ei^nemis. On tiiouva^ dans ie>>;ébAt6aû' dâ grands . fpprovisionnemçng; dte -fiii^ ^(ftii'tntëiït très utiles àr.ajrmée, heaèeôu^ dl9 mttâitions/ les ca^^' 9pns^ prisi va Gonfodé; FaBnée j^éoédente^, * ee liir
nombre considérable de fusils à méchei à vieux ca-> nons persans, queles Arabes estiment singulièrement. Radjéh fut envoyé à la poursuite de Tami ; Ibn Medri fut nommé scheikh des Asir, et ensuite Mohammed Aly descendit des montagnes vers la côte, à travers des défilés escarpés; il parait qu'il voulait s^avancer vers l'Yemen par le pays moins monta*gneux situé au pied occidental de la grande chaîne. Schérif Hamoud, surnommé Abou M esmâr, était en possession de la cote maritime ; il avait été auparavant du parti des Wahhabites, après de fréquentes luttes avec eux ; mais quand les Turcs arrivèrent dans le Hedjaz, il envoya un messager au pacha avec de riches présens, l'assurant de son empressement à soutenir la cause des Turcs. Cependant les nombreuses défaites de ceux-ci refroidirent son zèle; il noua des liaisons avec Tami. Un envoyé de Mohammed Aly le trouva occupé de grands préparatifs de guerre ; très vraisemblablement son dessein était de se joindre aux Wahhabites si l'expédition des Turcs échouait. Depuis long-temps, le pacha souhaitait ardemment de puiser aux richesses de l'Yèmen, célèbres dans tout l'Orient, mais probablenient exagérées. Il aurait désiréaussi de s'emparer d^ piastres fortes qui tous les ans sont envoyées dû Caire, en grosses sommes, pour acheter du café; on di^it dans le Hedja^ qu'eu cas de succès contre les Wahh^ite^ ^ il avait résolu d'attaquer Hamoud. C'est pour cette raison qu'il était entré en correspotadance ayec rimam deSana'a: ce prince lui atait fait bfifrir des présens, parce qu'il- était cordiiaiement intéressé à l'issue favorable de son entreprise, car elle Taurait
délivré de deux roisins dangereux, les Wahhabites et Hamoud.
Cependant l'armée, après une marche longue, fatigante et périlleuse, montra ici de fortes- marques de mécontentement, et manifesta hautement son désir de retourner à la Mecque ; il est certain que, pour tranquilliser ses soldats , Mohammed Aly fut obligé de leur promettre qu'ils seraient hientôt renvoyés en Egypte et remplacés par des troupes fraîches; au lieu d'avancer au sud, il se dirigea vers Gonfbdé. Tami s'était réfugié dans le voisinage d'Arisch chez un schérif son ami et parent de Hamoud. Le schérif jugea que c'était une occasion excellente de se préserver d'une invasion hostile et de faire preuve de soumission et de repentir; Tami fut chargé de chaînes, et un messager dépêché au quartier général des Turcs avec une lettre adressée à Hamoud; le schérif se qualifiait l'esclave de Mohammed Aly, et demandait ce qu'il devait faire de son prisonnier. Schérif Radjéh, qui rôdait dans les montagnes à la recherche du fugitif, fut chargé de l'amener à Gonfodé; l'armée venait d'arriver et y avait trouvé d'abondans approvisionuCTaens de vivres apportés de Djiddà par mer.
Mohammed Aly'envoya de Rannié un coips de . troupes pour envahir le Zohran par l'est, tandis que Mahou hey escalada les montagnes , et par une ma- •4[icBuvre hahile mit les Arabes de Bakhroudj entre -deux feux, de sorte qu'ils furentdéfaits, et Bakhroudj, -fait prisonnier, fut mené à Gonfodé. Le pacha y resta plusieurs jours; ses deux valeureux prisonniers étaient logés daM des* tentes tout prte de la
sienne* La conduite de Tami inspirait du réSpi^ à toute l'armée. Le pacha conversait sottvent avec lui par passe-4emps, de même qu'uu tigre joué atec sa proie avant de la saisir avec sei^ grifies ; mai& le maintien imposaiit de Tami apaisa ia fërocitë même de ce Ture^ qui lui promit d'écrire au sultaft en sa faveur ^ et dé lui taâre obtenir la permission de vivre retiré dans les montagnes du Roumiii. Tami était im homme doué de grands talens naturels : il était de petite taille^ portait une longue barbe blanche ; ses yeux lançaient dit feu ; il était généralement railleur^ mais très poli envers le chef turc. Bàkhroudjy au contraire^ ^rdah un morne silence^ bien, convaincu que Mohammed Âlynelui jnrdonn^ rait jamais la lettre qu'il lui avait écrice)le jiaeha ne témoigna aucun, désir de le voir; Une nutl, ayant trouvé ses gardes endormis , Bâkhroudj saiéit ixn poignard^ réussit à se débarrateér de ses chaînes^ et à s'édbiàpper du. camp; mais il fut repris après avoir tué deux hdfDmesj et éii avoir blessé un troisième. Le lèndema&n Mohammed Aly Ini demanda : or Dé quel » droit. âs^tu égorgé nlesaold^is? t^ Quand jenê » suis .pas eaehàihé^ répondit Bakhrbtvdf ; Ï^S^^ » comme il me plaît^ -'r-. J'agurfti de là même ma- » niére , » répliqua lé pacha. Et pour divertir ses Turcs et en même temps satisfaire sa vengeance , il ordonna aussitôt que l'infortuné prisonnier^ cpii était enchaîné^ fût pl^ au milieii de ses gardes-do- Opjpps 9 et ceux-ci furent invités à le blesser légère^ ment avec leurs iabrès^ afin de prolonger ses tour^ mens : il finit par expirer, sans avoir fait entendre line seul^ pteinte j sa této 6^ envîoyée an Caire eti
Cdnstàtitinople ^ ainsi que Tami qui^ à son arrivée ttàhs la capitale de l'empire ottoman, fut décapité (i).
De Gonfodé le pachà partit pour la Mecque, où il rentra le ai de mars, quinze jours après l'avoir quittée. On comprendra bien la nature dé cette expédition , quand je dirai que de plus de dix mille chameaux, qui étaient originairement avec l'armée, et dont la moitié avait été prisé à Bisel, il n'en revint que trois cents à la Mècqiie ; tout le reste était mort en cheiùin ; une grande partie du bagage et des munitions fut détruite, parce qu'on manquait de moyens dé les transporter ; trois cents chevaux seulement furent ramenés , quatre mille Turcs étaient partis de la Btecqué, il n'y en rentra que quinze cents et tous depuis les plus élevés en rang jusqu'au simple soldat étaient harassés de fatigue, sans habits, sans argent.
Mohammed Aly , conformément à la promesse qu'ils lui avaient extorquée à Gonfodé, leur permit à tous de s'embarquer à Djidda, excepté Hassan pacha> qui resta avec quelques centaines d'Arnautes ; bientôt après de nouveaux renforts arrivèrent d'Egypte.
La force des WahKabites était considérablement réduite, surtout dànè le midi. Quand la bataille de Bisel fut livrée, Abdallah îbn Saoud était avec un corps de troupes dans la province de Cassïm, prêt à
(i) Maigre la promesse solennelle que Mohammed Aly ayait faite , Tami , â son arrivée au Caire , fut charge d'une chaîne énorme qui le prenait au cou , puis placé sur un chameau et promené ainsi dans les rues arec la tête de Bakhroudj dans un sac suspendu à gés épaules.
s'opposer au progrés de Tousoun du côté de Médine : en apprenant la défaite de son partie il regagna Deraîch, car il craignait une attaque de la part de Mohammed Âly, qui aurait pu aisément marcher de Taraha sur le Nedjd.
Peu de jours après son arrivée à la Mecque , le pacha convoqua une assemblée des principaux personnages et des oulémas de cette v ille^ et leur lut une lettre qu'il avait adressée à Abdallah pour l'exhorter à la soumission , et lui offrir des conditions de paix; il lui recommandait de restituer les trésors que son père avait enlevés du tombeau du prophète à Médine ^ s'il ne voulait point partager le sort de ses amis du midi. Cette lettre fut portée à Deraïeh par im soldat turc accompagné de quelques Bédouins.
Après un court séjour à la Mecque, Mohammed Aly en donna le gouvernement à Hassan bey; il laissa Hosseïn bey général de cavalerie , et schérif Radjéh , en garnison à Taraha et à Beïsché , puis il partit pour Médine, où il arriva inopinément le 1 4 avril , avec une suite d'une quarantaine de personnes montées sur des dromadaires ; il avait fait tout le voyage par terre. Tousoun avait déjà quitté Médine, l'Écossais Ibrahim Aga en était gouverneur.
Quand la nouvelle des succès de Mohammed Aly fut connue des tribus du nord, plusieurs de leurs scheikhs firent des propositions à Tousoun, qui était alors à Médine, lui offrant de se joindre à lui contre les Wahhabites , dont la puissance y pesait davantage sur les Bédouins que dans le midi. Au mois de mars, presque tous les scheikhs du Cassïm vin-
rent Tun après l'autre à Médiné et assurèrent Tou*soun de leur empressement à l'aider. Il leur fit des présens et envoya avec eux quatre cents hommes de cavalerie pour tenir garnison dans quelques uns de leurs villages ; jaloux d'égaler la gloire que son père venait d'acquérir dans sa dernière campagne, il ne calcula pas la faiblesse de ses moyens. Mohammed Aly i^'avait pas laissé à son fils l'administration de sommes d'argent considérables , connaissant sa libéralité et son caractère généreux^ et peut-être ne voulant pas qu'un autre que lui-même acquit de la renommée dans le Hedjaz . Tousoun avait un grand besoin de chameaux^ et de vivres pour les Bédouins da voisinage; le prix de toutes les denrées était plus élevé à Médine qu'à la Mecque. Toutefois Tousoun résolut d'essayer sa fortune ; il partit à la fin de mars pour Hanakié^ village ruiné avec des murs^ à deux ou trois journées de Médine, sur la route du Gassïm. Il avait quatre cents chameaux chargés de vivres, à peu près trois cents hommes de cavalerie et quatre cents fantassins; il était suivi de quelques centaines de Bédouins, appartenant principalement aux tribus de Harb et de Méteir.
Il passa quelque temps à Hanakié et y était encore quand son père arriva à Médine. Le motif de Mohammed Aly pour visiter cette ville sainte était pro* bablement d'obtenir des renseignemens sur les affaires du Hedjaz septentrional et de faire ses dévotions au tombeau du prophète. Il expédia aussitôt à son fils l'ordre de revenir à Médine, afin de copcerter avec lui des mesures pour des expéditions futures ; mais Tousoun^ décidé à suivre son propre
dessein, au lieu d'obéir à TinjotlMiôti dé son përè, 9e mit en marche pour le Cassîm. Comme par lê rang il était Tégal de son père , étant cdmtiie Iili pacha à trois queues , ce dernier eut petlt-étrë tort de lui faire sentir trop fortement son état de dépeildance; car nous ne devons chercher parmi les grands personnages de Turquie Hen cjjii resseifhble à l'affection filiale. Le produit de là douane de Djidda, qui de droit appartenait à Touèoun, avait été transféré par la Porte à Mohammed Aly pour les dépenses de la guerre. Tousôuti recevait simplement un traitement fixe par jour, de ïnêm.e que tous les autres chefs de l'armée; et en pllaçant le Hedjaz septentrional sous son commandement, Mohâmlmed Aly lui avait associé Kadéri Effendi, piersohnagedesâ propre cour^ par les mains duquel toutes les affairée devaient passer, et que Tousôuh avait été averti de consulter dans toutes les occasions , coiâme si son père l'eut jugé incapable de bien remplir la placé élevée qu'il occupait.
Peu de temps après leur arrivée à Médîne, Kadéri Effendi, comme il est aisé de le présumer, ke retidit désagréable à son pupille, qui , daès un accès de co^ lëre, le fit décapiter. Les affaires se trouvafient alors dans un désordre extrême : les intérêts des Turcs rfvec les Arabes du voisinage étaient gérés très maladroîtément ( i ). Tôusoun, ayant besoin de chaimeaux, s'eâi^
(i) En janvier i8i5, <{uand j*^taÎ8 confine dans mon lit par la maladie , mon esclave rehtra souvent tout en pleurs et se plaignant quis les soldats turcs lai avaient pris là viande qu^il avait achetée pour moi, et de plus l'avaient battu, parce qu'il avait essayé de £airerénsttnce.
para de tous ceux qu'on put rencontrer chez les Bédouins^ et Mohammed Aly, au lieu de prendre des mesures offensirfe^éontre rehhcml , fut exclusivement occupé, durant les premiers temps de son séjour à Médine , à réparer le mal causé par les fautes de son fil8# Deux cent dtiquânte hommes de cavaAe^ rie, sous les ordres de i'Écossatis Ibrdhim Aga, furent ^ dépèohési après Tonsoun , ainsi qu'un détachi^ttiént d'tn£Emterîe anÎTé du Caire à Yambo, et <;oniniandé par Ahmed Bonaparte. Durant son totagè, Tonsoun attaquâtes Bédouins Héteîn, et leur enleva cinq cents chameaux, qu'il expédia à Médine pour aller cherther àeêlHLtTei à Ylrinbo. A sort arrivée à Ràss, Une des prin<!ipà)es villes où des grands villages du Cài^stni, il fut rejoint par la cavsllerie qui l'avait précédé pendant quëlqilie temps; et lés Scheikhs de difTéi^eùè cantons de ce ptfys vinrent pottr se coiïcierier avec hfi ; mal» on ne vit point parmi eiix le grand scheikh Hedjdlen q^ataittoujoori été siiicèremeïit attaché à Saond , et qni l'é^H également à son fil» en foveu^ diïquet ii rassembla éesf Ambès à Bei^eîidha.