‹ Voyages en ArabieChapitre 36 sur 40 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

ABDALLAH BNTEE DANS LE CA881K AVEC UlfB ARXiE. -— ivi* OOGI AXIONS BNTEE LUI ET TOUSOUN. '-^ LA FAIX EST CONCLUE, -— MOHAMMED ALT EBTOUENE AU CAIEE. — IL ENVOIE SON FILS IBEAHIM PACHA POUB liENOU- VELEA LA GUEBBB DANS LE IIEDJAZ,

Sur ces entrefaites^ Abdallah n'avait pas négligé son devoir ; ayec une armée composée d'Arabes bédouins et sédentaires du Nedjd ^ il entra dans le Cassim et fixa son quartier général à Schenana , qui n'est qu a cinq heures de distance de Khabara^ où Tousoun était campé ; celui^ s'y trouva bie^[itôt dans une situation précaire. Il apprit qite l'Écossais Ibrahim Aga avait été cerné sur la route ^ et malgré la résistance la plus courageuse^ taillé en pièces .avec tous ses cavaliers; les fertiles campagnes du Cassim auraient pu fournir des vivres à une armée bien plus considérable que la sienne^ mais les troupes légères des Wahhabites rôdaient sans cesse autour des Turcs, qui dépendaient uniquement de deux ou trois villages pour leur subsistance journalière, de sorte qu'ils prévoyaient une disette prochaîne. La route de Médine était occupée par l'ennemi j il était impossible d'obtenir aucune information sur les démarches de Mohammed Aly.

Tousoun ne pouvait pas avoir beaucoup de con-

fiance dans les Bédouins qui étaient avec lui, sachant qu'au premier reviers essuyé par les Turcs , ils se joindraient au parti opposé. Il ancrait bien voulu terminer toutes ses incertitudes par une bataille; ses officiers et ses soldats ne s'en souciaient jyas : la supériorité du nombre des Wahhabites les effrayait ; ils étaient convaincus qu'en cas de défaite pas un seul homme ne pourrait échapper, et ils pensaient qu'il valait mieux négocier avec l'ennemi que combattre, d'autant plus que Mohammed Âly avait donné à son fils le pouvoir de traiter de la paix , s'il pouvait la faire à des conditions favorables. Des Bédouins ftirent chargés de sonder les dispositions du cheiF ennemi ; quand celui-ci fut instruit de cette circonstance, il envoya Habab, un des siens, pour connaître les desseins réels de Tbusoun, et pour ofirir un saufconduit à quiconque serait dépéché au camp des Wahhabites . Quelque avantageux quel'état des choses lui parût pourlui-même, il prévoyait que même la destruction entière des douze cents soldats de TousoUn ne serait pas réellement très utile pour lui; puisque alors Mohammed Aly dirigerait toutes ses forces vers ce point, ce qui amènerai t,pour la cause des Wahhabites , des conséquences plus préjudiciables que là victoire partielle ne pourrait lui être profitable. Il savait d'ailleurs que les ressources de l'Egypte procuraient à Mohammed Aly les moyens de prolonger indéfiniment la campagne dans le Hedjaz, Quoique les Turcs eussent éprouvé plusieurs défaites, ils avaient toujours réparé leurs pertes , et après un échec ils étaient plus forts qu'aupiaravant ; ils possédaient aussi la fitcilité de gagner les gens à prix d'argent,

çt Abdallah savait que plusieurs de tes çomp^gnoni^ actuels étaient au fond de leur cœur ses ennemis ; en faisant la paix ^ il s'assurait de la dépendance des tribus qui ne s'étaient pas encore jointes aux Turcs. Habab fut bien accueilli par Tousoua qui, sur-lechamp, chargea de la négociation avec Abdallah Yahya Effendi, son médecin, Syrien de naissance et parlant l'arabe mieux qu'aucun Turc. Yahya Effendi apporta avec lui des présens, et resta trois jours dans le camp des Wahhabites. Les deux partis désirant la paiX| les conférences furent bientôt terminées et un des courtisafis d'Abdallah vint présenter le traité à )a ratification de Tousoun. Abdallah renonçait à toute prétention à la possession des villes sain tes , affectait de se nommer le fidèle sujet du sultan, et obtenait pour tous les gens de son parti la liberté de traverser les états turcs pour s'acquitter çlu pèlerinage quand ils le désireraient, Tousoun abandonnait à Abdallah les villes du Cassïm qu'il occupait, et renvoyait tous les scheikhs de ce pays qui «s'étaient joints à lui; il lui cédait également toutes les tribus de Bédouins dont les pâturages étaient situés au delà de Hanakié , se réservant seulement cçUes qui demeuraient entre Hanakié et Médipe çt dans le territoire des villes saintes. U ne fut pas questiofi des Wàhhabites du midi. En coiiséquence, aussitôt que Tousoun fut parti, Abdallah punit \e$ Bédouins, et notamment les Méteïr, qui s'étaient attachés à ^ef ennemis. Comme de part et d'autre, on craigpait la trahison, des , difficultés s'^levèrçnt sur la priorité du départ. Enfin , Abdalls^h consentit à lever son, camp, mais U iusista pour quç quatre dçs prîncipauJL

o||cieç$ 4h P^cb^ lui fussent refnia cofaume otages , jii^qvi'à ce qu'il eût atteint une position sûre^ d'où il leuf rendrait la liberté. Tousoun^ probablement pour Gf^çher sa faiblesse , chicana quelque temps sur ce poii^t : ime correspondance eut lieu ^ et je pbsséde plusieurs 4ç3 lettres originales d'Abdallah : la plupart Uiontrent cet^e franchise et cette hardiesse de langage qui o^t toujoiiirs distingué les Bédouins, et qui diffèrent t^nt du çtyle cérémonieux et complimen* teur usjité dans des cas semblables chez les autres uatioi^s dç^ rQrieDt. EUes furent toutes écrites sous la dictée imqiédiate d'AbdalJiah ; les sentimens réels qu'i), ^rquyait dans le moment y sont exprimés ^ et le caractère de. Vçcriture fait voir qu'ils furent, sans perte de ^çmps confiés au papier.

Alors nt'ousQun retourna de Khabara à Rass , et a^prèst. avoir séjçurué vingt-huit jours dans le Ga»« sîm^ il :ircviut à Médine vers la fin de juin i8i5. Dç\ix Wahhabites envoyés par Abdallah à Mohammed Aly l'accompagnaient. Us étaient porteurs du traité de paix, d'une lettre de leur chef au pacha, el| d'une autre pour le grajid seigneur.

Toustoun ne trouva pas sou père à Médine; convaincu que les resspujfces actuelles et les moyens de ftiire 1% guerre dans le Hedjaz septentrionial n^e suffisaient paapour qu'on, pût espérer des succès , Mohammed Aly résolut de laisser la chance douteuse à son fils, plutôt que de courir le risque de porter atteinte à sa propre réputation. En cette occasion , il montra un manque total de sensibilité paternelle* Pendant l'absence de Xousoun, il ne lui avait pas dépéché ua sçul q^e^^iger^ de sorte que celui-ci igncH^it entier

rement ce qui se passait à Médine et ailteurs. De {dus, Mohammed Aly songea si peu aux besoins de son fils , qu'il le laissa sans une seule piastre forte; de sorte qu'à son retour à Médine , TouSoun fut obligé d'emprunter de l'argent pour ses dépenses journalières. Peut-être une raison pressante força Mo> hammed Aly de quitter Médine et le Hedjaz. En février et mars i8i5, oi\ craignait en Egypte qu'Alexandrie ne fût attaquée par le capitan pachà qui, parti de la mer de Maimara avec une escadre considérable^ croisait dans l'Archipel. Des renforts nombreux furent envoyés à Alexandrie et à Rosette; et le kiahia bey , gouverneur du Caire , se hâta d'expédier des exprès par mer et par terre , pour informer Mohammed Aly de la circonstance.

Le 19 mai/ quelques semaines après que je fus sorti d' Yambo pour retourner en Egypte , Sélim . aga, gouverneur de cette ville , reçut de- Médine un messager qui lui ordonnait^ sous peine de mort^ de tenir un navire prêt à faire voile dans la soirée. Le lendemain Mohammed Aly, avec une suite peu nombreuse montée sur des dromadaires, entra dans Yambo, et sans prendre aucun rafraîchissement à terre, se dépécha de s'embarquer, et partit; U ne voulut pas permettre au capitaine de longer la côte , suivant l'usage , quoiqu'il sût que le navire était assez mal approvisionné d'eau ; il lui fit aussitôt gagner le large , en se dirigeant sur Cosseïr.

En y débarquant, il n'y trouva ni chevaux, ni dromadaires, il monta donc , sans perte de temps ^ sur un âne, afin de traverser le désert jusqu'à Kéné où il devait descendre le Nil« Sur ces entrefaites^ les

craintes de voir Alexandrie attaquée avaient diminué ; en ayant été instruit , il poursuivit plus à loisir sa route vers sa capitale, où il rentra le 25 juin 1 8 1 5, après une absence de près de deux ans, pendant lesquels sa santé avait considérablement souffert du climat de l'Arabie. Il ignorait que la paix eût été conclue avec les Wahhabites; mais, afin que son arrivée fût accompagnée d'un certain éclat, il fij; annoncer la prise de Deraïeh et l'annihilation complète des Wahhabites.

Au mois d'août suivant , la plupart des troupes qui l'avaient accompagné dans sa campagne d'Arabie montrércHit des symptômes d'insurrection. Celles du corps de Mahou bey et d'autres commencèrent à piller la capitale. Le pacha jugea nécessaire de s'enfermer dans le château du Caire. Ces soldats, à qui de belles promesses avaient été faites , s'aperçurent que des réglemens projetés réduiraient considérablement leur paie, et augmenteraient leurs fatigues. Le pacha voulut introduire le nizàm djedid ou nouveau système de discipline, mesure qui avait été fatale au sultan Sélim. Cependant la révolte ne fit pas de progrès, et Mohammed Aly n'osa pas punir les séditieux. On reconnut que ses succès dans le Hedjaz avaient changé son caractère. L'affabilité qui Tavait distingué de^ autres pachas devint de la hauteur; au lieu d'une maison simple et semblable à celle d'un militaire , il s'abandonna à la magnificence et à l'ostentation ; il fit un monopole ^ son profit de tous les objets d'exportation et d'importation , ce qui causa un tort essentiel aux cultivateurs et aux manufacturiers.

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